Municipales 2026 – Les communes et l’emploi : l’heure d’une révolution copernicienne ?

par Louis-Charles Viossat le 2 mars 2026
Dans cette septième note de notre série consacrée aux élections municipales, Louis-Charles Viossat interroge le modèle français de la politique de l'emploi, historiquement centralisé. Face à la montée des disparités territoriales et au ralentissement du marché du travail, il plaide pour un changement d’échelle : faire du bloc communal un acteur central de l’action en faveur de l’emploi.
En France, la politique de l’emploi relève formellement de l’État, garant de l’égalité de traitement sur l’ensemble du territoire. Pourtant, la réalité du marché du travail est profondément territorialisée : taux de chômage, tensions de recrutement, qualifications, logement ou transports varient fortement d’une zone à l’autre. Si des avancées ont été réalisées (décentralisation partielle de la formation aux régions, création de France Travail et de comités territoriaux pour l’emploi par la loi de 2023), les communes et intercommunalités demeurent des acteurs secondaires, malgré leur connaissance fine du tissu économique local et leur rôle de premier recours pour les citoyens. Cette situation contraste avec leur poids réel. Le bloc communal est un employeur public majeur incarné par plus d’un million d’agents et intervient déjà à travers les missions locales, les plans locaux pour l’insertion et l’emploi (PLIE), les Maisons de l’emploi ou encore l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée. Les communes articulent concrètement emploi, action sociale, développement économique, logement ou mobilité. Pourtant, leurs initiatives restent dispersées, peu visibles et insuffisamment structurées dans un cadre stratégique national. Louis-Charles Viossat, responsable de la commission République sociale du Laboratoire de la République, propose donc une « révolution copernicienne ». D’une part, repenser le rôle des communes en tant qu’employeurs, notamment en externalisant certaines fonctions support pour dégager des marges d’investissement dans les services à forte valeur sociale. D’autre part, aller au-delà de la simple territorialisation pour engager une véritable décentralisation partielle de la politique de l’emploi, en confiant aux intercommunalités volontaires une co-responsabilité opérationnelle avec France Travail dans l’accompagnement des demandeurs d’emploi. Dans un contexte de remontée du chômage, de faible taux d’emploi des jeunes et des seniors et de bouleversements technologiques, il s’agirait de repositionner le bloc communal comme centre de gravité d’une politique de l’emploi plus agile, personnalisée et ancrée dans les réalités locales. Municipales 2026 - République socialeTélécharger

Municipales 2026 – La place de la laïcité dans la démocratie locale

par la Commission République laïque le 28 février 2026
Dans cette sixième note de notre série consacrée aux élections municipales, la commission République laïque du Laboratoire de la République analyse la place que devrait occuper la laïcité dans l’action des futures équipes communales. Elle défend l’idée que les maires et élus locaux constituent le « dernier kilomètre » de la mise en œuvre concrète des principes républicains et formule une série de propositions pour ancrer durablement la laïcité dans la démocratie locale.
La commission République laïque du Laboratoire de la République rappelle d’abord que les communes et intercommunalités, en tant que composantes de la sphère publique, sont pleinement tenues au respect du principe constitutionnel de laïcité. Or celle-ci demeure largement absente des débats de campagne, alors même qu’elle structure l’équilibre démocratique entre liberté de conscience, neutralité de l’action publique et civilité dans l’espace commun. La laïcité distingue trois sphères : privée (liberté), publique (neutralité) et société civile (discrétion) et vise à garantir que nulle foi ni idéologie ne dicte la loi collective. Elle ne combat pas les religions, mais les logiques fondamentalistes et les atteintes à l’ordre public. Les auteurs insistent sur le rôle central des élus municipaux, en particulier des maires, pour faire vivre ce principe au quotidien, qu’il s’agisse de la gestion de situations sensibles, de la prévention des tensions ou de l’encadrement des associations subventionnées. La loi du 24 août 2021 impose la formation des agents publics et la désignation de référents laïcité, mais son application demeure incomplète, notamment dans la fonction publique territoriale. La note plaide ainsi pour un effort massif, structuré et durable de formation des élus, agents et responsables associatifs, articulant repères historiques et juridiques, mises en situation concrètes et accompagnement des encadrants. Au-delà de la formation, la commission propose un véritable pilotage communal de la laïcité : adoption d’une charte municipale, création d’un Conseil local des sages, publication annuelle d’un rapport, conditionnement des subventions au respect du contrat d’engagement républicain. La promotion de la laïcité passe également par des actions symboliques et éducatives, comme la valorisation du 14 juillet et du 9 décembre, le soutien aux initiatives citoyennes, les politiques d’égalité des chances, afin de faire de la laïcité non un principe défensif, mais un levier d’émancipation et de cohésion au cœur du projet municipal. Michel Lalande est préfet honoraire et responsable de la commission République laïque du Laboratoire de la République. Malika Guenou est conseillère Relations avec les Territoires au cabinet du président de la région Provence-Alpes Côte d’Azur. Leïla Grenu est membre de la commission République laïque. Pierre-Henri Tavoillot est philosophie, universitaire et responsable du diplôme D.U. « Référent laïcité » à Sorbonne Université. Théo Fouquer est sherpa de la commission République laïque. Alexia Fossaluzza est sherpa de la commission République laïque. Municipales 2026 - République laïqueTélécharger

Municipales 2026 – La confiance dans la démocratie locale en question

par Olivia Leboyer le 27 février 2026
Dans cette cinquième note de notre série consacrée aux élections municipales, Olivia Leboyer, docteure en science politique et enseignante à Sciences Po Paris, analyse l’état de la confiance dans la démocratie locale. À partir des données du CEVIPOF et de travaux récents sur la confiance politique, elle interroge le rôle singulier du maire dans un contexte de défiance généralisée, de transformation des règles électorales et d’attentes citoyennes croissantes.
Le constat est paradoxal : la défiance envers le personnel politique atteint des niveaux élevés (seuls 20 % des sondés estiment que les responsables politiques essaient de tenir leurs promesses et la confiance dans les partis demeure marginale) mais les élus locaux continuent de bénéficier d’un capital de confiance nettement supérieur. La proximité, l’accessibilité et l’ancrage territorial expliquent en partie cet écart. Pourtant, cette relation repose sur un équilibre fragile. En mobilisant les apports de la philosophie politique et de la sociologie, d’Hobbes à Niklas Luhmann et Martin Hartmann, Olivia Leboyer rappelle que la confiance n’est pas un état acquis mais une pratique, une construction dynamique toujours exposée à son envers : la défiance. La figure du maire demeure centrale dans une France composée majoritairement de petites communes. Toutefois, plusieurs évolutions fragilisent cet équilibre : professionnalisation et exigence accrue des mandats, faibles rémunérations, recul des profils notabiliaires traditionnels, interdiction du cumul des mandats. Dans un contexte international anxiogène, les citoyens projettent sur les maires des attentes fortes, notamment sur des enjeux comme l’insécurité, la santé ou les finances publiques ; des domaines qui relèvent en grande partie du niveau national. Ce décalage nourrit un risque de malentendu démocratique. Enfin, la note met en lumière les effets institutionnels et communicationnels susceptibles d’influencer les municipales de 2026 : extension de la prime majoritaire dans les petites communes, application de la réforme PLM à Paris, Lyon et Marseille, statut encore fragile des élus d’opposition. À cela s’ajoute l’évolution des campagnes locales, de plus en plus marquées par le storytelling et les formats numériques courts. Pour l’auteure, la démocratie municipale devrait au contraire rester un espace de délibération concrète et d’échange horizontal, condition essentielle pour retisser la confiance dans une société fragmentée. Olivia Leboyer est docteur en science politique et enseignante à Sciences Po Paris. Municipales 2026 - La confiance en questionTélécharger

Municipales 2026 – Vers un renforcement de la démocratie municipale ?

par Alain Laquièze le 25 février 2026
À l’approche des élections municipales de mars 2026, la réforme des modes de scrutin redessine en profondeur les règles du jeu électoral dans les communes françaises. Dans cette quatrième note de notre série consacrée aux élections municipales, Alain Laquièze, professeur de droit public et responsable de la commission République démocratique du Laboratoire de la République, examine la portée démocratique de ces changements législatifs et interroge leur capacité réelle à restaurer la confiance civique.
À quelques mois d’un scrutin municipal décisif, la réforme des systèmes électoraux adoptée en 2025 invite à une réflexion d’ensemble sur l’état de la démocratie locale en France. Dans cette note, Alain Laquièze propose une lecture juridique et institutionnelle des nouvelles règles applicables en mars 2026, en les replaçant dans un contexte marqué par l’érosion de la confiance envers les élus et par une exigence accrue de participation citoyenne. Deux textes ont substantiellement modifié le cadre électoral. La loi du 21 mai 2025 réforme le mode de scrutin dans les communes de moins de 1 000 habitants en substituant au scrutin plurinominal avec panachage un scrutin proportionnel de liste assorti d’une prime majoritaire et d’une obligation de parité. Présentée comme un levier de vitalité démocratique, de cohésion municipale et d’égal accès des femmes et des hommes aux mandats, cette évolution soulève néanmoins des interrogations : restriction de la liberté de l’électeur, difficulté à constituer plusieurs listes dans les très petites communes et risque d’exacerbation des antagonismes locaux. Parallèlement, la loi du 11 août 2025 transforme le régime électoral de Paris, Lyon et Marseille en instaurant un double scrutin distinct pour les conseillers municipaux et les conseillers d’arrondissement ou de secteur, tout en abaissant la prime majoritaire à 25 %. Si cette réforme renforce le lien direct entre les électeurs et le conseil municipal et favorise le pluralisme, elle contribue aussi à une forte personnalisation de la compétition autour de la figure du maire et à un affaiblissement relatif de l’échelon d’arrondissement. Ces réformes tendent ainsi à politiser davantage les élections municipales de 2026, tant dans les petites communes que dans les plus grandes villes. Il demeure toutefois incertain qu’elles suffisent à restaurer durablement la confiance démocratique, même si le maire et le conseil municipal restent, à ce jour, les institutions politiques qui bénéficient du niveau de confiance le plus élevé auprès des Français. Municipales 2026 - République démocratiqueTélécharger

Municipales 2026 – Les fonds européens, une opportunité négligée par les communes françaises

par Olivier Costa le 23 février 2026
À l’approche des élections municipales de 2026, la question du financement des projets locaux s’impose comme un enjeu central. Dans cette troisième note de notre série consacrée aux élections municipales, Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS (CEVIPOF / Sciences Po), montre que les fonds européens constituent un levier stratégique encore trop peu mobilisé par les communes françaises. Entre contraintes budgétaires croissantes et besoin d’investissements structurants, ces dispositifs représentent pourtant une opportunité majeure pour les territoires.
Dans cette note, Olivier Costa revient sur les fondements et les objectifs de la politique européenne de cohésion, qui mobilise plus de 20 % du budget de l’Union européenne. Conçue pour réduire les écarts de développement entre régions et accompagner les grandes transformations économiques et sociales, elle s’appuie notamment sur le FEDER, le FSE+ et le FEADER qui permettent de cofinancer des projets locaux dans des domaines clés : transition écologique, développement économique, inclusion sociale ou encore innovation territoriale. Loin d’être marginale, cette politique produit un effet de levier significatif pour les territoires. L’auteur souligne toutefois le paradoxe français : alors que les communes disposent d’un accès facilité aux fonds européens depuis plusieurs années, la France demeure en situation de sous-consommation par rapport à la moyenne européenne. Les petites et moyennes communes, en particulier, déposent moins de projets et captent une part plus faible des financements. Complexité des procédures, manque d’ingénierie, culture administrative centralisée et appréhensions face aux contrôles expliquent en partie cette situation. Au-delà des enjeux techniques et budgétaires, la note met en lumière la dimension politique et démocratique de ces financements. S’engager dans les programmes européens, c’est non seulement moderniser les pratiques locales (transparence, évaluation, partenariats), mais aussi rendre visible l’apport concret de l’Union européenne dans la vie quotidienne des citoyens. Dans un contexte de tensions budgétaires et de prudence fiscale à l’approche des municipales de 2026, les fonds européens apparaissent ainsi comme un levier non partisan pour financer des projets structurants sans alourdir la fiscalité locale. Olivier Costa est directeur de recherche au CNRS, CEVIPOF, Sciences Po. Il est notamment auteur, avec Nathalie Brack, de « Le fonctionnement de l’Union européenne » (Éditions de l’Université de Bruxelles). Retrouvez l'ensemble de ses travaux sur le site internet : www.olivier-costa.com Municipales 2026 - Note GéopolitiqueTélécharger

Municipales 2026 – Refonder la République par l’autonomie territoriale

par Éric Hazan le 20 février 2026
Dans cette deuxième note de notre série consacrée aux élections municipales, Éric Hazan plaide pour une refondation en profondeur du modèle républicain français. Face au déclassement des classes moyennes et à la fracture entre métropoles et territoires périphériques, il appelle à une véritable révolution de l’autonomie locale. Pour lui, c’est par les territoires que la France pourra renouer avec la prospérité économique et la vitalité démocratique.
La France traverse, selon Éric Hazan, une crise économique et démocratique majeure, marquée par le recul industriel, le décrochage du pouvoir d’achat et un sentiment croissant d’abandon dans les villes moyennes et les zones rurales. La concentration de la richesse et de l’innovation dans quelques grandes métropoles a creusé les inégalités territoriales, alimentant défiance et ressentiment, comme l’a illustré le mouvement des Gilets jaunes. Face à ce constat, l’auteur estime que les réponses centralisées et technocratiques ont atteint leurs limites. Il propose une stratégie de réindustrialisation et d’innovation ancrée dans les territoires, s’appuyant sur les atouts locaux : universités régionales, tissu de PME, qualité de vie, foncier accessible. Plutôt que de reproduire le modèle hyperconcentré des grandes capitales, il appelle à construire un maillage de villes innovantes interconnectées, capables de porter une croissance plus équilibrée. Le numérique et l’intelligence artificielle, loin d’être réservés aux métropoles, pourraient devenir des leviers de revitalisation rurale, à condition de réduire la fracture numérique et de soutenir les initiatives locales. Mais cette renaissance suppose une transformation institutionnelle profonde : autonomie fiscale accrue, simplification normative, droit à l’expérimentation et participation citoyenne renforcée. Il ne s’agit pas d’une simple décentralisation administrative, mais d’une véritable « révolution territoriale » fondée sur la confiance et la responsabilité. En redonnant aux maires et aux collectivités les moyens d’agir, la République pourrait, selon Éric Hazan, restaurer le lien démocratique, réarmer son économie et offrir à chaque territoire une place pleine et entière dans le projet national. Éric Hazan est co-fondateur d’Ardabelle Capital, enseignant à HEC et à Sciences Po. Expert de l'impact de la technologie et de l'IA sur la société et l'économie, il est également auteur avec Frédéric Salat-Baroux de « Révolution par les territoires » (Éditions de l’Observatoire) et, avec Olivier Sibony, de « Faut-il encore décider ? La décision humaine à l’ère de l’intelligence artificielle » (Flammarion). Municipales 2026 - Note ÉconomieTélécharger

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