Rubrique : Économie

Redressement choisi ou austérité subie ? On peut le faire !

par Stéphane Boujnah le 28 août 2026
À l’occasion de l’Université d’été du Laboratoire de la République organisée à Sens, Stéphane Boujnah, président du directoire d'Euronext, a appelé à regarder avec lucidité la situation des finances publiques françaises et à retrouver une capacité d’action collective. Face à l’accumulation de la dette et aux défis économiques, sociaux et démographiques, il défend le choix d’un redressement construit dans la durée, fondé sur un effort partagé et une délibération dépassant les clivages partisans. Une conviction traverse son intervention : la France peut encore choisir son destin plutôt que subir demain une austérité imposée.
Les faits sont connus et documentés. Récemment, l’OCDE, la Cour des comptes, puis la mission de Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla, ont établi un constat implacable sur la situation alarmante des comptes publics de la France. Ce document n’ajoute rien à ces analyses précises, dont d’ailleurs il s’inspire en partie. En revanche, il essaye de dégager une compréhension de notre situation qui peut être largement partagée, et surtout de proposer un chemin collectif opérationnel pour choisir le redressement maintenant et éviter de subir l’austérité bientôt. Les analyses contenues dans ce document sont évidemment perfectibles, et elles peuvent être contestées, mais elles permettent d’engager un dialogue avec tous ceux qui veulent sincèrement préserver la capacité de délibération démocratique en France pour pouvoir encore faire demain des choix collectifs. 1 - Il nous faut désormais faire ensemble plus avec moins. C’est frustrant mais c’est la réalité incontestable. Et c’est cette frustration qui nourrit la colère, et souvent une forme de radicalité, chez une partie croissante de nos concitoyens.Il nous faut faire beaucoup plus, car nous devons résoudre les problèmes d’hier et d’aujourd’hui, notamment rétablir la promesse républicaine de l’école et l'excellence de notre recherche, adapter le fonctionnement de la santé au vieillissement, garantir le fonctionnement de la justice de plus en plus sollicitée, réinventer la cohésion des territoires et des centres-villes, moderniser des infrastructures de transport et énergétiques qui vieillissent, ou encore accompagner les transitions agricoles.Mais nous devons aussi résoudre les problèmes d’aujourd’hui et de demain, comme l’adaptation massive au changement climatique, la défense de nos libertés sur le continent européen qui requiert la construction de capacités de défense adaptées à de nouvelles menaces, le rétablissement de notre compétitivité technologique et de nos ambitions de développement de l’intelligence artificielle et de l’informatique quantique, la réindustrialisation du pays dans un contexte de compétition sauvage avec la Chine et de tensions durables avec les États-Unis, la lutte contre la narco-criminalité qui pénètre notre société, et surtout l’adaptation à un vieillissement démographique inéluctable. Il est aisé d’oublier les réalités démographiques, car ce sont des processus lents, mais ces réalités n’en sont pas moins massives et certaines dans leurs effets.Or, il nous faut faire beaucoup plus avec beaucoup moins, car nos capacités de choix collectifs, et donc d’action publique, se réduisent. Certes, notre pays est celui qui prélève le plus d’impôts parmi des 38 pays les plus développés de la planète, plus de 44% du PIB, la richesse que nous créons chaque année. Et, dans ce même groupe, notre pays est aussi celui qui consacre à la dépense publique la plus grande part du PIB, plus de 57%. Alors, pourquoi, si on prélève plus d’impôts que les autres, et si on dépense plus d’argent public que les autres, ne parvient-on pas à résoudre nos problèmes d’hier, d’aujourd’hui et de demain ? Parce que nous avons fait des choix collectifs, implicites ou explicites, qui créent une impasse. 2 - Nous avons choisi ensemble le présent plutôt que l’avenir, c’est à dire transférer des revenus à la génération présente plutôt qu’investir pour préparer un avenir meilleur aux jeunes d’aujourd’hui et aux générations futures. Nous avons, par exemple, préféré garantir la progression des pensions de retraite plutôt que de préserver nos capacités de recherche spatiale. Nous avons privilégié un généreux système d'arrêts maladie au détriment de nos capacités de recherche médicale. Nous nous sommes habitués à ce qu'un enseignant à la retraite qui ne travaille plus perçoive une pension plus élevée que le traitement d’un enseignant qui travaille en début de carrière.Nous avons préféré installer progressivement une société de consommateurs plutôt que construire une nation de producteurs agiles. Nos choix de financement de la protection sociale qui pèsent essentiellement sur les entreprises et les salariés, ou l'acceptation résignée à des échanges asymétriques avec la Chine, ou encore l'accoutumance à un niveau, sans équivalent sur la planète, des réglementations qui frappent les activités industrielles, disent notre préférence collective pour consommer pas cher plutôt que produire de manière compétitive. Notre préférence pour le présent a aussi nourri une croissance faible à laquelle nous semblons nous habituer. Or notre modèle ne fonctionne durablement que si la croissance de notre économie est plus forte que la croissance de nos dépenses publiques. Et nous nous sommes habitués progressivement à financer, avec l’argent des autres, des choix que nous ne pouvions plus nous payer, c’est à dire en empruntant l’argent que nous redistribuons. Nous avons coutume de dire que les Français ne veulent pas faire de sacrifices. C’est faux. Il est un sacrifice que nous faisons collectivement avec méthode et constance, c’est le sacrifice de nos enfants à qui nous laissons chaque année une dette de plus en plus importante et un espace de plus en plus réduit de délibération démocratique pour qu’ils puissent faire des choix demain. Notre préférence pour le présent nous a conduit à rechercher partout, et le plus souvent, auprès de l’État, une protection contre les risques extérieurs. L’euro nous affranchit largement de l’angoisse de la dévaluation, et de la baisse du pouvoir d’achat qu’elle entrainait. Les Français ont aussi la particularité d’être peu sensibles à la hausse des taux d’intérêt. En effet, pour acheter leur logement, quand ils le peuvent, ils empruntent à taux fixe, contrairement à la plupart des pays d’Europe où les crédits immobiliers sont à taux variable. Et quand les taux d’intérêt augmentent, c’est largement le problème de la banque prêteuse. Nous sommes aussi beaucoup plus abrités que les autres pays de l’inflation mondiale grâce à de généreuses interventions publiques, à l’image du bouclier énergétique. Nous avons donc créé les conditions pour que beaucoup de Français pensent que nous vivons sur une île isolée des réalités mondiales. Car nous avons choisi de construire une véritable bulle pour isoler les Français des évolutions du monde qui nous entoure afin de préserver le confort présent. Mais cette bulle est coûteuse, et elle est de plus en plus financée par nos créanciers. Bien sûr, l’emprunt et la dette ne sont pas, en eux-mêmes, toxiques, d’abord si leur produit est affecté à la préparation de l’avenir, et ensuite si la société génère assez de ressources pour en assurer le remboursement sans transférer des charges disproportionnées aux générations futures. Ainsi, une famille emprunte à juste titre pour entreprendre des travaux d’isolation de son logement, ou pour financer la location ou l’achat d’une chambre pour un enfant qui va préparer son avenir dans une ville universitaire. Mais nous faisons collectivement exactement le contraire, nous empruntons, majoritairement au reste du monde, pour pérenniser un niveau de protection sociale que nous ne pouvons plus nous payer. Cette situation est le produit d'un empilage de petits renoncements, devenus des habitudes, où chacun a sa part de responsabilité. Les responsables politiques qui ont souvent préféré regarder les urnes plutôt que les berceaux, et qui ont donc préféré parler aux électeurs plutôt qu’aux citoyens. Mais aussi chacun d’entre nous qui constate, sans en tirer les conséquences, que ce système de protection sociale, inventé en 1945, il y a plus de trois générations, reposait sur des conditions économiques et démographiques qui n'existent plus. Dans 19 ans, la Sécurité Sociale aura un siècle, et en un siècle la France et le monde qui nous entoure ont changé. Ainsi, la plupart des Français se souviennent de leur enfance comme une période où il y avait, le jour de Noël, plus d’enfants qui ouvraient des cadeaux sous le sapin que d’adultes et de personnes âgées qui restaient autour de la table, alors que, désormais, il y a sous le même sapin, quelques enfants qui ouvrent les cadeaux pendant que beaucoup d’adultes, et surtout de plus en plus de personnes âgées, observent tendrement les enfants devenus plus rares. Alors pourquoi notre somnambulisme collectif ne peut-il plus durer ? Et pourquoi cette fois-ci est-ce différent ? Parce que certains problèmes quand ils évoluent trop longtemps sans traitement, finissent par changer, non pas de degré, mais de nature. Ainsi, le traitement tardif du cancer qui a beaucoup évolué est plus lourd et incertain que le traitement précoce de la tumeur initiale. Nous y sommes. Il est tard. Mais il n'est pas trop tard. 3 - Nous sommes entrés ensemble dans un processus d’asphyxie qui s’accélère et qui peut conduire à une austérité subie.Certains pensent que l’on peut procrastiner, que des solutions anciennes sont possibles, puisque finalement il y a toujours des gens qui achètent la dette française, et donc qu’il n’y a pas de problème à s’endetter davantage. Ceci est une erreur quand ceux qui le croient ne connaissent pas la réalité des faits. Mais c'est un mensonge quand ceux qui le disent connaissent les faits et les chiffres. Car, si nous sommes probablement à l’abri d’une coupure soudaine d’oxygène, nous sommes indéniablement entrés dans un processus d’asphyxie progressive. Et le mensonge en cette matière, c’est la trahison. Trahison à l’égard de nos enfants, sur qui nous faisons peser le poids demain de nos renoncements et de nos facilités d’aujourd’hui. Trahison à l’égard des salariés à qui il est demandé de financer aujourd’hui un niveau de vie plus élevé pour les retraités, alors que les salariés savent qu’eux-mêmes n’auront pas accès dans l’avenir aux mêmes pensions. Trahison à l’égard des retraités qui ne comprennent pas pourquoi les règles du jeu changent quand on ne peut répartir plus que ce que l’on produit, parce qu’on ne produit plus assez. Les faits sont en effet cruels. Il y a deux ans, la France empruntait à 10 ans à un taux d’intérêt, certes plus élevé que l'Allemagne mais à un taux inférieur à ce que payaient pour s'endetter sur la même période le Portugal, l'Espagne, l'Italie et la Grèce. Aujourd’hui, la France emprunte, majoritairement au reste du monde, plus cher que tous ces pays européens. Pourquoi ? D’abord, parce que le stock de notre dette augmente plus vite qu’ailleurs. La France est le troisième pays le plus endetté de la zone euro, avec plus de 118% du PIB, derrière la Grèce (146%) et l'Italie (137%). Mais notre pays est le seul dans la zone euro à ne pas avoir fait refluer sa dette depuis la fin de la crise sanitaire. Tout au contraire, nous augmentons chaque année en France notre stock de dette d’environ 3% du PIB, alors que les quelques pays encore plus endettés que nous réduisent, eux, leur stock de dette. C’est le cas en particulier de la Grèce. En France, nous allons augmenter la dette publique de plus de 160 milliards d’euros en 2026, et nous devrons à nos créanciers à la fin de cette année un montant total de 3 620 milliards d’euros. Dans ces conditions, plusieurs rapports publics envisagent même un stock de dette, au milieu du prochain quinquennat, qui pourrait atteindre 130% du PIB. Ensuite, parce que nos créanciers demandent des taux d’intérêt de plus en plus élevés pour continuer à nous prêter. Le taux moyen à l'émission de la dette de la France s'élevait en 2025 à 3,35%, alors qu'il n'était que de 1,70% en 2022 et nul en moyenne en 2021. En d’autres termes, comme la maturité moyenne de la dette française est de 8,5 années, il nous faut refinancer les montants souscrits entre 0% et 2%, quand ils arrivent à échéance aujourd’hui, à des taux d’intérêt supérieurs à 4,1%. Et ces taux n’ont aucune raison de baisser si le débat budgétaire au parlement en 2026 demeure aussi confus et indécis qu’en 2025, si se confirme la perspective d’un déficit en 2026 supérieur à 5% pour la troisième année consécutive, et si la probabilité se renforce de voir deux candidats des partis de la colère qualifiés au deuxième tour des élections présidentielles en mai 2027. La combinaison de l’augmentation continue du stock de notre dette, d’une part, et de l’augmentation rapide des taux d’intérêt qu’exigent nos prêteurs, d’autre part, conduisent à une situation où la charge de la dette aura doublé entre 2020 et 2026. Ainsi, nous paierons cette année au moins 78 milliards d'euros à nos créanciers. C’est-à-dire environ 12 milliards d'euros de plus que l'an dernier. En d’autres termes, un montant plus élevé que la totalité du budget de la Justice est versé cette année à nos créanciers. Nous aurions donc pu doubler le nombre de juges, de procureurs et de gardiens de prisons, si nous avions maintenu notre charge d'endettement au niveau de l’année passée. En 2027, nous devrons verser à nos créanciers entre 85 et 90 milliards d’euros, c’est-à-dire plus que toutes les sommes que nous consacrons à l’instruction et l’éducation des enfants et des jeunes qui vivent dans notre pays de l’école maternelle à la classe terminale. Le véritable coût de l’endettement incontrôlé réside dans le fait que nos créanciers, qui sont payés avant que nous décidions quoi faire de nos des impôts que nous collectons, préemptent une part croissante de nos impôts. Pour comprendre l’ordre de grandeur de nos difficultés, il peut être utile de rappeler qu’en 2028, la première année complète du prochain quinquennat, la charge de la dette dépassera 90 milliards d’euros, et absorbera donc presque l’intégralité de l’impôt sur le revenu payé par toutes les personnes physiques en France cette année-là. A la question fréquente de nos concitoyens, « à quoi servent mes impôts ? » nous pourrons tous répondre en 2028, et sans contestation possible, « d’abord à payer des intérêts aux créanciers qui nous prêtent l’argent que nous redistribuons ».Notre pays découvre le piège du surendettement. C’est-à-dire une situation où le déficit budgétaire augmente même sans décision sur des dépenses nouvelles, car la charge de la dette absorbe une part toujours croissante de tous les prélèvements obligatoires. Puisque ce sont désormais les charges d'intérêt qui tirent principalement la croissance des dépenses publiques. Les entreprises connaissent ces situations ; quand tous les efforts opérationnels pour améliorer la performance sont engloutis dans des charges financières qui finissent pas asphyxier l’entreprise. Les ménages surendettés vivent aussi ce type de situations, quand les créanciers captent presque tous les revenus, car il faut payer les dettes, intérêt et capital. Alors que l’État lui ne paye principalement que des intérêts et refinance la quasi-totalité du capital. Mais, si les taux d’intérêts exigés par nos créanciers pour continuer à nous prêter ne dépendent pas de nous. L’ampleur de nos déficits, quant à elle, dépend de nous seuls. Alors pourquoi, nous résignons-nous à accumuler, année après année des rivières de dépenses publiques supplémentaires, qui alimentent des fleuves de déficits qui finissent dans un estuaire ensablé et boueux d’endettement ? Ces dernières années, les dépenses de l’État sont celles qui ont le moins progressé et qui, dans certains secteurs ont même beaucoup baissé. Les dépenses des collectivités ont été, au cours des dernières années, mieux maitrisées qu’elles ne le furent dans le passé. En revanche les dépenses sociales, au premier rang desquelles les retraites et la santé, progressent dans des proportions très supérieures à la croissance du PIB. Nous avons décidé d’emprunter pour maintenir, et même augmenter, d’abord le niveau des retraites, puis des prestations de santé, parce que nous ne voulons pas renoncer à un modèle social que nous ne pouvons plus nous payer. Désormais, la protection sociale représente non seulement la très large majorité de la dépense publique, mais surtout c’est celle qui progresse le plus vite. Pourtant, la persistance de déficits massifs de la sécurité sociale est peu justifiable dès lors que notre économie n’est pas en bas de cycle. Car les dépenses sociales sont constituées de prestations versées aux ménages qui, comme c’est le cas depuis de nombreuses années, quand elles ne sont pas couvertes par des impôts ou des cotisations sociales, pèsent sur les générations suivantes qui devront rembourser cette dette sociale. Enfin, le contexte international dégradé depuis le début de l’année conduit à envisager une aggravation des déficits publics qui pourraient pour la troisième année consécutive être supérieurs à 5% du PIB. Quand le niveau nécessaire pour stabiliser l’emballement du stock de dette doit être nécessairement inférieur à 3%. 4 - Nous pouvons sortir ensemble de cette impasse, parce que nous l’avons fait dans le passé, et parce que d’autres pays européens l’ont fait plus récemment.Nous l’avons fait dans le passé. En 1958, avec le général De Gaulle et le plan Pinay-Rueff. En 1983, avec le tournant de la rigueur opéré par Pierre Mauroy et Jacques Delors. Mais aussi pendant la période 1997-1999 pour qualifier la France au passage à l’euro, quand l’action du gouvernement de majorité plurielle de Lionel Jospin était guidée par l’objectif de respecter les seuils de 60% de dette et 3% de déficit prévus par le traité de Maastricht. Le plus souvent, nous pensions que c’était impossible, mais nous l’avons fait. Face à l’ampleur de la tâche, le général De Gaulle associa au projet de redressement, au moins de mai 1958 à janvier 1959, la plupart des forces politiques du moment. En 1997, la dissolution de l’Assemblée nationale fut décidée très largement pour rechercher un mandat politique fort pour engager le redressement nécessaire pour qualifier la France à l’euro. Les Français, avec des majorités politiques très différentes, ont su trouver dans le passé les énergies pour rétablir nos comptes publics, alors même que beaucoup pensaient que c’était impossible. D’autres pays européens l’ont fait plus récemment.Le Danemark et la Suède dans les années 1990 ont mené des ajustements budgétaires spectaculaires pour réinventer totalement le modèle social très avancé de ces pays en l’adaptant à des contraintes extérieures devenues insoutenables. Aujourd’hui, le Danemark emprunte à 10 ans à 3,04%, c’est-à-dire à un niveau plus faible que l‘Allemagne (3,22%).L’Allemagne tout au long de la décennie 2010 a dégagé des excédents primaires, c’est-à-dire un excédent budgétaire avant les charges financières liées à la dette, qui lui ont permis de réduire de 22,3 points de PIB son ratio de dette publique entre 2010 et 2019 et d’entrer dans la période de crises sanitaire puis inflationniste du début des années 2020 avec un espace budgétaire confortable. Aujourd’hui, l’Allemagne a un niveau de dette sur PIB d’environ 64% alors que celui de la France atteindra cette année 118%. Les principales réformes qui ont permis ce rétablissement des comptes publics en Allemagne furent une réduction d’accès à l’assurance chômage en 2003, l’allongement décidé en 2007 de l’âge de départ à la retraite jusqu’à 67 ans à horizon 2031 , et l’augmentation de trois points du taux normal de TVA, dont un tiers du rendement fut affecté à des réductions de cotisations sociales et deux tiers au désendettement.L’Italie, en dépit d’une croissance faible, notamment liée à une démographie défavorable, a mené d’ambitieuses réformes depuis les années 2010 qui ont permis de stabiliser son niveau de dette élevé (133% du PIB). En deux ans, l’Italie a ramené son déficit de 7,2% à 3,4%, puis à 3,1% en 2025, avec des excédents primaires constants ; ce qui a permis une hausse de la note souveraine de l’Italie de BBB à BBB+. D’importants programmes de soutien public à l’investissement ont été interrompus, le marché du travail a été assoupli et le report progressif de l’âge de la retraite à 67 ans se poursuit.La Grèce célèbre en 2026 sa troisième année d’excédents budgétaires. Le pays affiche une croissance supérieure à la moyenne européenne et un chômage en net recul. Cette situation est le fruit d’efforts immenses pour sortir de la crise de liquidité et de solvabilité du début des années 2010. L’âge de la retraite a été porté à 67 ans et les dépenses de santé de confort ont été plafonnées. La masse salariale publique a été massivement réduite. Une ambitieuse réforme territoriale, portant notamment sur la fusion des communes, a permis de générer des économies d’échelle avec désormais 332 municipalités dans un pays de 130 000 km2 et de 11 millions d’habitants. Mais surtout, le discours politique des équipes aux responsabilités repose sur le slogan systématiquement répété par le ministre des finances, Kyriakos Pierrakakis : « Nous ne passerons pas la facture à la génération suivante ».Le Portugal est passé en dix ans d’un déficit chronique à un excédent de plus de 2% du PIB. Le ratio de dette publique sur PIB est passé de 134% en 2014 à 89% en 2025. Deux tiers du programme d’ajustement engagé depuis 2012 a porté sur une réduction des dépenses publiques et un tiers sur une augmentation des recettes. Les dépenses publiques ont été réduites par des coupes claires dans les services de santé de confort, le gel des pensions et un relèvement de l’âge de départ à la retraite à 66 ans. Dans une perspective de relance de l’activité, le marché du travail a été flexibilisé par l’allongement du temps de travail, la suppression de quatre jours fériés et des programmes de réinsertion des chômeurs de longue durée. Un consensus politique s’est établi entre la droite et la gauche qui ont alterné au pouvoir autour du slogan « Plus jamais ça ». Cette convergence des forces politiques sur l’équilibre des comptes publics a permis la constance des programmes de redressement.5 - Nous pouvons sortir ensemble de cette impasse précisément si nous le faisons ensemble.Nous devons, et nous pouvons, expliquer que nous devons renoncer à certains aspects du monde d’hier que ni notre démographie, ni notre productivité, ni notre croissance ne rendent soutenables, pour réinventer notre modèle social et en préserver l’essentiel. Comment ? Il y a d’abord des méthodes qui ne fonctionnent plus, car elles ne sont plus adaptées à l’ampleur du redressement que nous devons conduire. C’est le cas notamment des choix des vainqueurs imposés aux vaincus pendant l’été qui suit l’élection présidentielle, sans effort d’inclusion de ceux qui ne pensent pas comme les vainqueurs.Il nous faut donc inventer une délibération collective, respectueuse des convictions de chacun, mais exigeante et lucide face aux réalités. C’est une délibération qui permet de faire des choix sans avoir l’impression de faire des sacrifices. C’est possible, car il y a dans toutes les forces politiques du pays des hommes et des femmes prêts à agir en responsabilité. Cela peut paraître naïf à certains, mais aucun effort de redressement, à l’échelle de ce que nous devons accomplir, ne sera possible sans construire une coalition de projet qui devra réunir « ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas ».Cette inclusion, sinon de tous, du moins de beaucoup, est nécessaire car le redressement nécessitera un effort constant pendant plus de cinq ans. Aucun redressement n’est possible sans une trajectoire pluriannuelle, crédible, réaliste et volontaire. Il faut donc construire dans la durée une forme, sinon de consensus, mais au moins d’accord sur un projet de redressement, qui dépasse les limites partisanes traditionnelles. Pour que l’effort soit durable, ses prémices doivent être largement partagées. Alors comment construire ce rassemblement autour d’une ambition collective de redressement ?Pour réaliser un redressement choisi, il y a trois solutions : augmenter les prélèvements, réduire les dépenses publiques et augmenter la croissance en augmentant la productivité et la quantité de travail. La facilité pavlovienne a consisté pour chaque force politique à vouloir concentrer l’effort sur l’un seulement des trois leviers. La réalité implacable est que nous devrons agir sur les trois leviers pour deux raisons. D'abord parce que l’ampleur du redressement nécessaire ne permet d’atteindre l’objectif avec un seul levier. Ensuite, et surtout, parce que l’adhésion collective à un effort partagé nécessite précisément que les efforts soient partagés. Alors comment fait-on ? Premier levier : augmenter les prélèvements, qui est la solution française par défaut dans ce type de circonstances. Ainsi, en 2025, la réduction du déficit fut exclusivement imputable à des hausses d’impôts, principalement sur les grandes entreprises et sur les ménages les plus aisés. Mais nous devrons commencer l’exercice de redressement avec le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé de la zone euro, et même des 38 pays de l’OCDE. Il nous faudra donc délibérer ensemble de ce que sont les impôts supplémentaires qui auraient le moins d’impact sur notre productivité et notre croissance. Sans doute, les impôts qui touchent les successions sont-ils les moins toxiques à ce titre. Sans doute aussi, devrons-nous augmenter la TVA de 2 ou 3 points comme l’ont fait tous les pays européens qui ont conduit des programmes ambitieux de redressement. Mais surtout parce que, dans notre pays où les déficits commerciaux se creusent, la TVA est en réalité le seul moyen de faire contribuer aux charges communes la consommation de produits importés. Beaucoup objecteront que la TVA frappe de manière disproportionnée les ménages les plus modestes qui consacrent l’intégralité de leurs revenus à la consommation, alors que les ménages les plus aisés, eux, épargnent beaucoup et consomment une part plus faible de leurs revenus. C’est pourquoi, comme l’ont fait les allemands, il faudra donc sans doute affecter une partie de cette augmentation de la TVA à la réduction du coût du travail, en rapprochant le salaire brut du salaire net par une réduction des cotisations sociales qui pèsent essentiellement sur le travail. Choisir le travail et la production plutôt que la consommation nous obligera à augmenter la TVA pour permettre de gagner plus avant de consommer moins cher. Deuxième levier : réduire la dépense sera la nouvelle priorité. Car là aussi, nous commencerons l’exercice avec 57% du PIB consacré à la dépense publique. Il nous faudra délibérer ensemble de la manière la plus efficace de remodeler l’empilement de nos collectivités locales, héritage d’une structure administrative fixée il y a plus de deux siècles et massivement alourdie depuis cinquante ans, mais que nous ne pouvons plus nous payer. Nous devrons délibérer ensemble des interventions publiques que, là aussi, nous ne pouvons plus nous payer, et qui devront être abandonnées, soit définitivement, soit jusqu’à ce que nos comptes publics soient revenus à l’équilibre. Nous devrons aussi délibérer ensemble pour distinguer ce qui est nécessaire, en matière de santé, et doit être renforcé, et ce qui doit désormais relever des dépenses personnelles de confort, car le système actuel n’est pas soutenable. Nous devrons délibérer ensemble de la période pendant laquelle la plupart des pensions de retraite cesseront d’augmenter, puisque l’INSEE a démontré l’an dernier que la quasi-totalité de l’augmentation des pensions était affectée à l’épargne. Troisième levier : augmenter le potentiel de croissance, c’est-à-dire augmenter la compétitivité de notre économie et la quantité de travail. Toute augmentation des impôts et toute réduction significative des dépenses porte à court terme des risques de récession. C’est pourquoi tout programme de redressement devra déployer des mesures permettant d’accroitre la compétitivité des entreprises et les investissements dans le capital humains, mais aussi dans les mutations technologiques en cours. Mais il faudra aussi délibérer ensemble des conditions dans lesquelles nous devrons tous travailler plus d’heures, plus de journées et plus d’années. Car, dans la durée, seul le rétablissement d’une croissance forte, reposant sur une productivité accrue et une compétitivité retrouvée, pourra permettre de rendre soutenable notre système social.La seule manière de rendre l’effort de redressement collectif acceptable par tous et supportable par chacun est d’agir sur les trois leviers en même temps.La construction d’une forme d’accord assez large, et reposant sur la mobilisation de ces trois leviers, est nécessaire pour rétablir la crédibilité de nos engagements européens. Depuis de nombreuses années, la France ne respecte pas les engagements de rétablissement de nos comptes publics que nous avons souscrits auprès de nos partenaires européens qui ont mis en commun leur monnaie avec nous. Personne ne peut raisonnablement penser que les pays d’Europe qui travaillent plus d’heures par an que chez nous, qui partent à la retraite à 67 ans, et où les pensions de retraite ne sont pas indexées, vont se cotiser pour nous aider à vivre sans faire les efforts qu'eux ont faits et que nous ne voulons pas faire. Nous ne convaincrons personne de nous aider sans changer nos habitudes. L’immense majorité des Français est certainement disposée à éviter l’austérité subie, et est prête à accepter un peu de sueur maintenant pour éviter beaucoup de sang et beaucoup de larmes plus tard. Car la majorité des Français préfère rester maître de son destin dans un cadre démocratique plutôt que se résigner à voir des décisions nécessaires imposées par nos créanciers. D’ailleurs, le taux d’épargne dans notre pays est très élevé et croissant ; c’est bien là le signe que les Français, en épargnant pour des jours sombres, considèrent que le système actuel n’est plus soutenable, et qu’ils sont beaucoup plus prêts à entendre la vérité et à entrer dans un redressement où les efforts seront véritablement partagés. Nous pouvons le faire, pas seulement parce que nous devons le faire, mais surtout parce que nous l’avons déjà fait, et parce que d’autres l’ont fait. Mais alors il faut le faire ensemble et en confiance. Donc, si on peut le faire, faisons-le ! Stéphane Boujnah est président du directoire d'Euronext.

La dette nationale, déni et défi majeur pour la France

par Gérard Mermet le 13 avril 2026
À un an d’une échéance présidentielle décisive, Gérard Mermet propose une réflexion sans détour sur l’un des angles morts du débat public : la dette nationale. Entre déni collectif et risque systémique, il alerte sur une spirale financière devenue incontrôlable et appelle à un sursaut de lucidité. Dans un contexte de crises multiples, cet article pose une question essentielle : la France peut-elle encore éviter le mur de la dette sans remettre en cause ses habitudes, ses choix politiques et son rapport à l’effort collectif ?
Il reste un an avant le premier tour de l’élection présidentielle « existentielle » de 2027 et la campagne commence. Il va bien falloir (re)parler des sujets essentiels. Les défis auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés sont à la fois nombreux, complexes et imbriqués. Ils peuvent être rangés en dix catégories : Économiques (faible croissance, surendettement, inflation, manque de compétitivité, stagnation du pouvoir d’achat...),  Sociétaux (fracturation, radicalisation, inégalités, incivilités, immigration...),  Environnementaux (réchauffement climatique, agriculture obsolète, raréfaction des ressources, espèces menacées...) ; Politiques (représentativité, radicalisation, incapacité de construire des compromis...) ; Géopolitiques (conflits, menaces, reconfiguration du monde...) ;  Démographiques (crise de la natalité, vieillissement de la population, baisse de la taille des ménages...) ; Administratifs (inflation normative, complexité des textes, centralisation...) ; Culturels (égocentrisme, corporatisme, déni de réalité, refus du changement, culte de l’exception...) ; Sécuritaires (désinformation, vols de données personnelles, arnaques, violences...) ; Technologiques (recherche inefficace, innovation insuffisante, dépendance industrielle, impact de l’IA...). En bref, nous sommes un peuple pessimiste et désuni, ayant perdu confiance dans nos responsables politiques et dans notre « modèle » national, rétif à toute adaptation au monde réel et sans perspectives. Le poids actuel de notre dette nationale, à la fois défi et déni, en est la principale illustration. La dette, risque majeur et priorité absolue  Il est très difficile d’établir une hiérarchie entre ces défis, car ils sont tous interdépendants. Ainsi, la perte de confiance et le pessimisme de la population favorisent l’immobilisme des « élites » (sans pour autant le justifier). L’égocentrisme ambiant se traduit par une incapacité à « vivre ensemble » et rechercher des « compromis synergiques » (tels que l’accord final soit meilleur pour la collectivité que chacune de leurs composantes). Le mal-être individuel conduit à la désignation de boucs-émissaires : immigrés, responsables politiques, grandes entreprises, conjoncture, Europe... La situation économique, délétère, encourage en retour le chacun pour soi. Toutes ces dérives donnent du grain à moudre à l’offre populiste, qui apparaît comme une « dernière chance » puisque toutes les autres ont échoué. Pourtant, se livrer aux extrémismes serait un suicide collectif. Privation de liberté et fermeture à l’Europe d’un côté, chaos volontaire de l’autre. Avec, dans les deux cas, une fascination pour les dictatures et les régimes « illibéraux ». Et un affaissement moral du pays. Il devrait être évident à toute personne de bon sens que le premier défi que nous devons relever est de réduire le poids insupportable de notre dette publique. Pour retrouver une marge de manœuvre financière (et assurer les nouvelles dépenses incontournables en matière de défense, environnement, santé...), rassurer nos partenaires et les « marchés financiers » (qui existent qu’on le veuille ou non, et ont été très patients à notre égard), corriger les injustices et abus existants, restaurer l’image fortement dégradée de la France, donner des perspectives à sa population déprimée et au bord de l’explosion.   Les moins « politisés » des économistes (donc a priori le plus « objectifs ») sont quasiment unanimes pour reconnaître que la dette paralyse notre pays. Et affirmer qu’elle devra être réduite (progressivement, compte tenu de son ampleur et du contexte actuel), quitte à proposer des remèdes différents à un même diagnostic. On peut citer, par ordre alphabétique : Philippe Aghion, Olivier Blanchard, Mario Draghi, Esther Duflo, François Ecalle, Jean Tirole, Jean-Claude Trichet et bien d’autres... Mais les économistes ne sont pas les seuls autorisés à évoquer le danger de la dette. Les autres observateurs (sociologues, philosophes, responsables politiques, journalistes prospectivistes... ou simples citoyens) ont le droit, et me semble-t-il le devoir de s’y intéresser. Et de s’en inquiéter. La dette constitue ainsi à mes yeux un poison potentiellement mortel, dont il faut d’urgence trouver l’antidote.  Équité et efficacité Pour beaucoup, cet antidote est déjà présent dans le peuple : il consisterait à orienter son épargne surabondante (18% du revenu disponible moyen, record européen) vers l’« économie productive », c’est-à-dire les investissements d’avenir (infrastructures, recherche, création d’entreprises et de valeur...), en créant notamment un fonds souverain. Une piste qui a fait ses preuves en Norvège (2 000 milliards de dollars), en Chine, dans les pays du Golfe persique et d’autres pays du monde. On devrait, me semble-t-il, lui ajouter deux mesures complémentaires et simultanées (mais pas alternatives) :  Réduire les dépenses de l’État. Une mesure évidemment impopulaire mais indispensable pour parvenir au même niveau d’efficacité que les autres pays développés dont la France fait encore partie. Le choix sera évidemment difficile, mais nécessaire. Il ne sera possible que si les partenaires concernés acceptent de regarder la situation telle qu’elle est et font abstraction de leurs intérêts personnels, corporatistes ou communautaires. Un grand moment de vérité pour l’ensemble de la société, qui ne pourra réussir que s’il est associé à la seconde mesure, qui concernera le haut de la pyramide sociale. Accroître les recettes de l’État en faisant appel aux plus aisés. Évidemment pas dans le but de les stigmatiser et de les « punir » en leur infligeant un nouvel impôt, mais pour qu’ils participent à la mesure de leurs moyens (élevés par définition) au redressement commun, en cette période de grande difficulté. Leur contribution serait progressive, à partir d’un seuil à définir en commun, et limitée à l’avance dans le temps (celui du quinquennat ?). Elle serait renforcée par une progression accrue des droits de succession sur les plus hauts patrimoines. Une façon de réduire les inégalités (qui s’accroissent sensiblement) à s’accroître, et d’envoyer un signe positif aux ménages modestes, et de justifier l’effort qui sera demandé aux « classes moyennes ».  J’ajoute que cette seconde mesure s’inspire de celle qu’avait pratiquée avec succès le président des États-Unis, Franklin D. Roosevelt, pendant la Seconde Guerre mondiale (1). Lorsqu’il arriva au pouvoir, en 1932, le taux d’imposition maximum sur les revenus était de 25 %. Il décida de le porter immédiatement à 63 %, puis à 79 % en 1936, 91 % en 1941, et 94 % en 1944‑45. Il est resté à 91 % pour les revenus supérieurs à 400 000 $ entre 1951 et 1964, puis oscilla entre 70 et 75 % jusqu’en 1981. Les États-Unis ne pouvaient pourtant pas être qualifiés à l’époque de pays socialiste ou totalitaire. Ils ont seulement fait montre de leur pragmatisme. En serions-nous incapables, en l’absence d’autre solution en cette période de grande incertitude ? On notera que la première mesure (baisse des dépenses) est celle globalement réclamée par la droite. La seconde (augmentation des recettes) est réclamée par la gauche. Il ne s’agit pas ici d’équilibrer les contraintes dans le but de satisfaire les uns et pour les autres, mais d’oublier celles liées aux partis et à leurs idéologies, par nature peu compatibles. Il y va de l’équité et de l’efficacité de ces deux mesures nécessaires pour redresser le pays, en l’absence de toute alternative sérieuse susceptible de donner des résultats rapides. Il est indiscutable que les économies seront plus difficiles à vivre par les ménages modestes qui la subiront (en matière de santé, et autres aides supprimées) que la taxation supplémentaire par les plus aisés, qui ne changera guère leur train de vie (ce qui devrait moralement les empêcher de s’exiler fiscalement).  Les deux mesures seront en tout cas porteuses de symboles justifiant mutuellement l’effort collectif. Elles seront même les conditions de la mise en œuvre de l’une et de l’autre. Il est des moments dans l’Histoire des nations où la nécessité fait loi. Au moins tant qu’elle ne contrevient pas à la morale commune. Parier sur le futur, une solution trop risquée  A l’inverse de ceux cités plus haut, d’autres économistes cherchent des prétextes pour minimiser les risques liés à l’accroissement quasiment ininterrompu (depuis un demi-siècle !) de la dette. Certains d’entre eux considèrent par exemple qu’une forte croissance (sans inflation) serait suffisante, si son taux dépassait largement celui des intérêts payés aux prêteurs. Ils semblent ignorer que la situation actuelle de la France ne s’y prête pas.  Ils font ainsi un pari très risqué, inacceptable à l’échelle d’un pays sérieux. D’autant que la (faible) prévision de croissance initialement prévue par l’INSEE et d’autres institutions économiques pour 2026 (environ 1%) devrait être réduite de moitié par les conséquences de la guerre en Iran. Et que la France emprunte déjà actuellement à un taux plus élevé que la moyenne des pays de la zone euro (+0,4 point), et même que l’Espagne (+ 0,2 point) et même le Portugal (0,05 point), tandis que l’écart (« spread ») avec l’Allemagne a atteint 0,6 point (2). Il devrait encore s’accroître avec la crise en cours, la fin de la mansuétude des agences de notation à notre égard... et l’inquiétude grandissante des prêteurs.  D’autres économistes, parmi les moins inquiets, espèrent plutôt une forte montée de l’inflation, qui réduirait mécaniquement le poids des intérêts de la dette, comme ce fut le cas lors de la « parenthèse enchantée » (mais totalement irrationnelle) des taux d’intérêt négatifs apparus dans les années 2010 dans des pays avancés (zone euro, Japon, Suisse, Danemark), puis abandonnés à partir de la fin 2021. Cette « solution » aurait bien d’autres inconvénients : hausse des prix, baisse du pouvoir d’achat, renforcement des inégalités...  D’autres, encore plus optimistes, rêvent que la Banque centrale européenne rachèterait (au moins en partie) la dette de la France et lui re-prêterait les mêmes sommes à un moindre coût. Comment ne pas imaginer alors la fronde des pays « frugaux » et bons gestionnaires comme l’Allemagne et ceux du Nord de l’Union européenne ? Elle conduirait à une explosion de la zone euro et à une situation encore plus difficile pour la France.  Supprimer la dette, une fausse solution D’autres « experts » affirment qu’il suffirait de décréter la suppression pure et simple, unilatérale, de tout ou partie de la dette, comme cela fut le cas, selon eux, à maintes reprises au cours de notre Histoire. Or, il n’y eut en réalité que très peu de véritables banqueroutes en France. Contrairement à ce qui est parfois affirmé, François 1er n’a pas mis le pays en faillite en 1535. Il a inventé la « rente perpétuelle » et multiplié les recettes fiscales pour combler les déficits : taille, gabelle, décime sur les revenus de l’Église, droits de douane, taxes de foires, etc. La première véritable banqueroute eut lieu en 1648, sous le cardinal Mazarin. La France était en état de crise financière après les guerres de la Fronde et les dépenses de la cour pesaient fortement. Le Trésor royal fut alors déclaré en état de banqueroute universelle afin de restructurer la dette et stabiliser les finances publiques.  La crise suivante fut provoquée en 1720 par le franco-irlandais John Law, fondateur de la Banque Royale et de la Compagnie du Mississippi (et inventeur de la monnaie papier), lorsque les actionnaires de la société exigèrent en masse la conversion de leurs titres en or, la banque ne disposant pas des liquidités suffisantes. La Banqueroute des deux tiers, en 1797, fut ainsi qualifiée parce que le Directoire décida d’annuler les deux tiers de la dette nationale. Le tiers restant fut inscrit au grand‑livre de la dette publique et les intérêts payés en bons du Trésor. Ce fut la dernière banqueroute officielle de l’État. Il y a plus de deux siècles. Depuis, les guerres mirent souvent à mal les capacités de paiement du pays, sans le conduire à la faillite. Ce fut le cas après la défaite de Napoléon 1er en 1812 à Waterloo. Puis celle de son « neveu » Napoléon III, après la défaite de 1870 contre la Prusse. Lors des deux Guerres Mondiales du XXe siècle, l’endettement considérable fut assaini par la forte inflation qui les suivit. Mais, dans les deux cas, les épargnants qui avaient fait confiance à l’État furent « euthanasiés ». Ceux d’aujourd’hui doivent y penser. Et se souvenir notamment que la dette accumulée par Louis XVI et ses prédécesseurs (pour financer les guerres et le train de vie royal) a largement contribué au déclenchement de la Révolution de 1789, après que le roi (dans un réflexe plutôt « démocratique » ...) eut convoqué les États-Généraux pour en discuter. Immoralité, irrationalité, irresponsabilité Les deux principales contraintes imposées par une dette sont qu’elle soit reconnue et remboursée. Toute autre attitude est par principe immorale. Une évidence pour tous ceux qui restent attachés à quelques valeurs de base, sur lesquels on ne transige pas. Chaque citoyen doit l’apprendre, dès l’enfance. Si ce n’est pas le cas, chaque établissement de crédit le lui rappellera lorsqu’il s’endettera auprès de lui.  Le non-remboursement de la dette nationale n’est donc pas moralement envisageable. Il est également irrationnel, fruit d’une grande paresse intellectuelle ou plus probablement d’une cécité volontaire. Il est surtout totalement irresponsable (et coupable), puisqu’il implique d’en laisser la charge aux générations à venir, qui ne sont pas à l’origine de la dette. Les conséquences économiques et sociales pour eux et pour le pays seraient particulièrement douloureuses. En particulier si le contexte actuel de faible croissance et de dénatalité se poursuit durablement. Ce non-remboursement est également délétère pour les générations actuelles, auxquelles il supprime toute marge de manœuvre pour relever les défis majeurs cités plus haut. Ainsi, le seul paiement des intérêts de notre dette commune devrait dépasser 100 milliards d’euros dès 2029, soit davantage que toute autre dépense régalienne de l’État. Comment les rembourser sans emprunter de nouveau ? Mais rembourser en plus le capital dû impliquerait d’emprunter encore plus, à des taux de plus en plus élevés par rapport à ceux offerts aux pays mieux gérés. Tout ménage surendetté comprend vite le mécanisme de cette spirale infernale, et la nécessité de l’enrayer au plus vite. Pourquoi pas le citoyen ordinaire, qui ne se sent pas directement concerné par le problème et s’en remet par habitude à l’État. En faisant semblant d’ignorer que l’État, c’est lui...  Le déni actuel est d’autant plus dangereux qu’il s’accompagne d’une baisse inédite (et majeure) de la confiance des autres pays à l’égard de la France, de ses dirigeants et de son peuple de « cigales ». Une accusationjustifiée puisque nous avons été incapables de mettre un terme à un processus qui dure depuis plus d’un demi-siècle (le premier déficit budgétaire remonte à 1974). Depuis, les innombrables promesses des « responsables » politiques n’ont pratiquement jamais été tenues. À l’exception de la légère décrue enregistrée entre 1996 et 2000 (de 59,3 % à 57,3 % du PIB), inférieure cependant à celle constatée dans les autres pays de l’UE... pendant la même période. Le mantra du « quoi qu’il en coûte » inauguré pendant la période du Covid s’est installé dans les esprits, et conduit au concept fallacieux d’« argent magique ». La facture est plus que salée : quelques centaines de milliards d’euros ! Mur de la dette, mur de la honte Nous sommes depuis des années dans une situation proche de celle de la Suède des années 1990, de la Grèce (et de l’Irlande) en 2010, du Portugal en 2011, de l’Espagne, de l’Italie et de Chypre en 2012. Tous ces pays ont réagi, avec ou sans l’aide de la « Troïka » internationale (FMI, Banque Centrale Européenne, Commission européenne). Ils ont mis en place des réformes courageuses et douloureuses, avec l’assentiment (contraint) de la population. La France semble incapable d’anticiper ce moment. Elle préfère l’attendre : « encore une minute [ou une année], Monsieur le bourreau ! Elle ne réalise pasque l’exercice sera alors beaucoup plus difficile, et qu’il peut même déboucher sur une guerre civile. Sachons en tout cas que la mansuétude des agences de notation à notre égard prendra vite fin si notre pays apparaît tel qu’il est, mal gouverné. Ou, pire encore, ingouvernable. La crise internationale en cours pourrait servir de détonateur à la bombe à retardement qui nous menace depuis des années. Le compte à rebours est largement commencé. Cessons enfin de rêver, ou de procrastiner. Pourquoi le pays du « principe de précaution » (inscrit dans la Constitution depuis 2005) est-il à ce point irrationnel, irréaliste et irresponsable ? Et son peuple si habile à nier la réalité, avec un tel aplomb (ou une telle indifférence...) ? Les raisons sont comme souvent multiples. Parce que la réalité lui fait peur. Parce que notre sens du confort individuel dépasse très largement celui de l’effort collectif. Parce que nous avons pris l’habitude, au fil du temps, d’attendre de l’État qu’il règle les problèmes du pays à notre place... tout en refusant aujourd’hui de lui donner les moyens de le faire, au prétexte que nous n’avons plus confiance en lui. Parce que nos dirigeants, eux aussi, ont peur de nous (et des Gilets Jaunes qui peuvent se réveiller à tout moment). Parce qu’ils manquent de courage, de pédagogie, de capacité à fixer un cap, à tracer des perspectives, à entraîner, à convaincre les citoyens de participer davantage. À expliquer que ce sera difficile, mais beaucoup moins que d’attendre un « miracle », qui ne viendra pas. Et parce que nous ne voulons pas entendre ceux qui le disent. Nous sommes ainsi tous co-responsables de la situation, embarqués dans le même navire, menacés par un naufrage collectif.  L’élection présidentielle de l’an prochain sera l’occasion (probablement ultime) de placer les partis politiques, leurs candidats et, in fine, les citoyens devant leurs responsabilités. Tout pacte avec l’une ou l’autre des offres extrémistes serait suicidaire. Et particulièrement coûteux pour une grande partie de la population et pour ses descendants. Toute tentative de nier encore la réalité et la gravité de notre endettement serait pure démagogie et inconscience. Le mur de la dette est aussi celui de la honte. Il nous faudra faire preuve de beaucoup de courage pour le détruire, et reconstruire le pays sur des bases plus saines. (1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Salaire_maximum. Roosevelt avait même ajouté : « aucun citoyen américain ne doit avoir un revenu (après impôt) supérieur à 25 000 $ par an » (315 000 $ actuels) (2) Source : https://fr.countryeconomy.com/marches/obligations, 8 avril 2026. Cet article a été publié initialement sur le site Atlantico.

Municipales 2026 – Refonder la République par l’autonomie territoriale

par Éric Hazan le 20 février 2026
Dans cette deuxième note de notre série consacrée aux élections municipales, Éric Hazan plaide pour une refondation en profondeur du modèle républicain français. Face au déclassement des classes moyennes et à la fracture entre métropoles et territoires périphériques, il appelle à une véritable révolution de l’autonomie locale. Pour lui, c’est par les territoires que la France pourra renouer avec la prospérité économique et la vitalité démocratique.
La France traverse, selon Éric Hazan, une crise économique et démocratique majeure, marquée par le recul industriel, le décrochage du pouvoir d’achat et un sentiment croissant d’abandon dans les villes moyennes et les zones rurales. La concentration de la richesse et de l’innovation dans quelques grandes métropoles a creusé les inégalités territoriales, alimentant défiance et ressentiment, comme l’a illustré le mouvement des Gilets jaunes. Face à ce constat, l’auteur estime que les réponses centralisées et technocratiques ont atteint leurs limites. Il propose une stratégie de réindustrialisation et d’innovation ancrée dans les territoires, s’appuyant sur les atouts locaux : universités régionales, tissu de PME, qualité de vie, foncier accessible. Plutôt que de reproduire le modèle hyperconcentré des grandes capitales, il appelle à construire un maillage de villes innovantes interconnectées, capables de porter une croissance plus équilibrée. Le numérique et l’intelligence artificielle, loin d’être réservés aux métropoles, pourraient devenir des leviers de revitalisation rurale, à condition de réduire la fracture numérique et de soutenir les initiatives locales. Mais cette renaissance suppose une transformation institutionnelle profonde : autonomie fiscale accrue, simplification normative, droit à l’expérimentation et participation citoyenne renforcée. Il ne s’agit pas d’une simple décentralisation administrative, mais d’une véritable « révolution territoriale » fondée sur la confiance et la responsabilité. En redonnant aux maires et aux collectivités les moyens d’agir, la République pourrait, selon Éric Hazan, restaurer le lien démocratique, réarmer son économie et offrir à chaque territoire une place pleine et entière dans le projet national. Éric Hazan est co-fondateur d’Ardabelle Capital, enseignant à HEC et à Sciences Po. Expert de l'impact de la technologie et de l'IA sur la société et l'économie, il est également auteur avec Frédéric Salat-Baroux de « Révolution par les territoires » (Éditions de l’Observatoire) et, avec Olivier Sibony, de « Faut-il encore décider ? La décision humaine à l’ère de l’intelligence artificielle » (Flammarion). Municipales 2026 - Note ÉconomieTélécharger

Philippe Aghion, prix Nobel d’économie 2025 !

par L'équipe du Lab' le 13 octobre 2025
Le Laboratoire de la République adresse ses plus chaleureuses félicitations à Philippe Aghion, lauréat du prix Nobel d’économie 2025 !
Créé en 1969 par la Banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel, le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en l’honneur d’Alfred Nobel, plus connu sous le nom de prix Nobel d’économie, récompense chaque année des chercheurs dont les travaux ont profondément renouvelé la compréhension des mécanismes économiques. Décerné par l’Académie royale des sciences de Suède, il distingue des contributions majeures à la recherche sur la croissance, les marchés, les inégalités ou encore les politiques publiques. Au fil des décennies, le prix Nobel d’économie a salué des figures qui ont transformé la pensée économique mondiale. Cette année, le prix Nobel revient à l'économiste français Philippe Aghion pour ses travaux pionniers sur la « théorie de la croissance soutenue par la destruction créatrice », développée avec Peter Howitt. Cette reconnaissance internationale souligne l'importance de ses recherches pour comprendre les dynamiques économiques actuelles. Le Laboratoire de la République adresse ses plus chaleureuses félicitations à Philippe Aghion. Le 29 août 2025, lors de la deuxième Université d'été du Laboratoire, il a partagé ses réflexions sur la situation économique en France et en Europe, avant de participer à notre table ronde consacrée au « nouveau pacte économique pour la France ».Retrouvez son discours en intégralité : https://www.youtube.com/watch?v=Bhw7XE8FFno

Taxe Zucman : justice fiscale ou frein économique ?

par Carmen Beaussier le 19 septembre 2025
En ciblant les 0,01 % les plus fortunés, la taxe Zucman entend réduire les inégalités fiscales et renforcer le financement public. Mais son application soulève des interrogations sur ses effets économiques et son efficacité réelle.
Depuis plusieurs mois, la taxe Zucman suscite le débat aussi bien dans l’hémicycle que dans les médias. Adoptée en février dernier puis rejetée par le Sénat en juin, cette proposition de loi interroge autant qu’elle divise.  Les origines de la taxe Zucman  Présenté par le groupe Écologiste et Social, cet impôt s’appliquerait sur la fortune des 0,01% des contribuables qui détiennent un patrimoine de plus de 100 millions d’euros. Ces derniers devraient alors s’acquitter d’un impôt équivalent à au moins 2% de leur fortune. Dans le cas où les impôts normalement dus seraient inférieurs à ce taux, les redevables devraient s’acquitter de la différence. Les travaux de l’économiste Gabriel Zucman, président de l’Observatoire fiscal de l’Union européenne, défendent que cette imposition différentielle permettrait de générer 15 à 25 milliards de recettes supplémentaires et ainsi d’augmenter le budget de l’État. Selon lui, en exprimant le taux d’imposition effectif comme une fraction du revenu et en prenant en compte l’ensemble des impôts acquittés par un contribuable, au-delà de l’impôt sur le revenu, les Français paieraient en moyenne 45% à 50% d’impôts tandis que ceux appartenant à la catégorie des « ultras-riches » ne contribueraient qu’à hauteur de 26% environ. Le rapport de l’Observatoire fiscal de l’Union européenne de 2024 démontre que les milliardaires s’acquitteraient en France d’un impôt effectif moyen presque nul. Ils paieraient environ 2% de leur revenu en impôt à titre personnel, ce qui correspond à 0,1% de leur fortune. Bien que leur patrimoine soit plus élevé, leur imposition serait nettement inférieure aux autres catégories de contribuables. La principale raison pointée par cette analyse est le recours à des montages en holdings qui les placeraient dans une « zone grise » sur le plan fiscal.  Dans un sens plus large, ce phénomène s’explique principalement par le fait que la fortune de ces individus repose sur des actifs financiers et professionnels dont la valeur, bien que croissante, n’est imposée que lorsque des gains sont réalisés, comme lors d’une vente. En ce sens, les partisans de la taxe Zucman soutiennent que ce dispositif permettrait d’affirmer le principe d’égalité devant l’impôt et de faciliter le financement des services publics.    Il convient de préciser que, selon les statistiques livrées par la Direction générale des finances publiques (DGFiP), les 0,1% de foyers fiscaux redevables d’un taux marginal d’imposition de 45%, le plus élevé du barème, contribuaient à hauteur de 13,6% du montant total de l’impôt sur le revenu en 2023. Les foyers concernés par le taux marginal de 30% représentaient le principal contributeur avec 53% du montant total de l’impôt au barème progressif, pour seulement 16,7% des foyers fiscaux.  Le rapport de la DGFiP présente également que les 10% des foyers fiscaux les plus aisés se sont acquittés d’un impôt d’en moyenne 15,2% de leur revenu fiscal de référence en 2023. Leur contribution représentait alors les trois quarts des recettes d’impôt sur le revenu.  L’identification des redevables à partir d’une fortune plancher La taxe Zucman s’appliquerait à tout contribuable dont l’ensemble des actifs a une valeur supérieure à 100 millions d’euros. L’assiette de cet impôt plancher sur la fortune se basera sur la valeur nette au 1er janvier de l’année de l’ensemble des biens, droits et valeurs imposables des contribuables visés. Elle prendra également en compte l’administration légale de ces biens par leurs enfants mineurs. Les montages patrimoniaux, les contrats d’assurances-vie et les fruits qui en sont issus seront aussi pris en compte, empêchant la mise en place de stratégies d’évitement fiscal. Toutefois, il convient de préciser qu’un abattement d’un million d’euros est prévu sur la valeur de la résidence principale des redevables.  Les contribuables ayant leur domicile fiscal en France ainsi que les non-résidents possédant des biens situés en France devront s’acquitter de cet impôt dès lors qu’ils atteindront ce niveau de patrimoine. Les redevables ont été estimés à 1 800 foyers en France. Le risque d’un frein au développement   Considérée comme indispensable par une partie de la classe politique, cette mesure représente toutefois un alourdissement non négligeable de la fiscalité qui peut devenir un frein pour le développement des entreprises françaises et en particulier celui des licornes comme Mistral IA, Quonto ou encore Verkor. Cependant, une adaptation sera nécessaire pour éviter que ces entreprises bien valorisées mais difficilement lucratives sur le court terme ne soient contraintes de vendre une partie de leurs actifs voire de s’exiler fiscalement afin de poursuivre leur développement. En effet, comptabiliser les actifs professionnels dans la base de cette imposition nécessiterait l’application d’un taux bien plus faible. Bien que le texte ait été rejeté par le Sénat, la dynamique actuelle en faveur d’une taxation plus forte des grandes fortunes tend à ce que l’on retrouve une proposition similaire avec une base plus restreinte, ou une proposition alternative visant la contribution différentielle sur le patrimoine ou la taxation des holdings, dans le projet de loi de finances (PLF) 2026 qui sera présenté cet automne.   Sources : https://www.taxobservatory.eu/www-site/uploads/2023/10/global_tax_evasion_report_24.pdf   https://www.senat.fr/leg/ppl24-380.html   https://www.impots.gouv.fr/sites/default/files/media/9_statistiques/0_etudes_et_stats/0_publications/d gfip_statistiques/2025/num32_04/dgfip_stat_32_2025.pdf  

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