Retour sur le colloque « Neutralité en entreprise » organisé par le Laboratoire de la République à Villers-Cotterêts le 29 avril 2026. Entre témoignages du monde économique, de l'éducation et de l'insertion, une conviction partagée : le vivre-ensemble au travail ne va pas de soi, il se construit.
Le 29 avril 2026, le Laboratoire de la République réunissait à la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts élus, dirigeants d'entreprise, chercheurs et professionnels de l'insertion autour d'une question aussi simple qu'exigeante : comment garantir la neutralité au travail dans une société traversée par les tensions identitaires et le bouillonnement des réseaux sociaux ?
Le travail, premier espace du vivre-ensemble ?
C'est dans le cadre majestueux du château de Villers-Cotterêts, berceau de la langue française, que le Laboratoire de la République a choisi d'ancrer ce colloque. Un symbole fort : la langue, comme la neutralité, est un bien commun qui transcende les appartenances particulières.
Nicolas Fayol, directeur des ressources humaines de Toyota Motor Manufacturing France, a posé d'emblée la question centrale : « Comment les individus acceptent-ils de bien vivre ensemble ? » Un enjeu devenu plus aigu encore à l'heure des réseaux sociaux, qui font entrer les conflits de la sphère privée au cœur de l'espace professionnel.
« Avec les réseaux sociaux, les problèmes de la sphère privée interviennent dans le monde du travail. » Nicolas Fayol, DRH, Toyota Motor Manufacturing France
La neutralité, condition du bien-être au travail
Pour Peggy Brione, ancienne directrice générale adjointe de la Caisse d'Épargne Hauts-de-France, la neutralité se définit d'abord par ce qu'elle permet : venir travailler sereinement, sans être heurté par les croyances ou les engagements des autres. En entreprise, chacun doit faire fi de ses convictions personnelles. Non par renoncement à soi, mais par respect de l'espace commun.
« Le monde du travail est un endroit où les salariés doivent ressentir du bien-être et où il doit y avoir de la cohésion. » Peggy Brione, ancienne DGA, Caisse d'Épargne Hauts-de-France
Le service public, garant de l'égalité de traitement
Alice Lemeret, directrice départementale Aisne de France Travail, a rappelé ce qui fonde la neutralité dans le service public : permettre à chaque individu de bénéficier de la même qualité de service, quelles que soient ses opinions. Une exigence républicaine, mais aussi une réalité opérationnelle quotidienne pour les agents au contact de publics très divers.
L'uniforme, outil de cohésion et non d'effacement
Jérôme Blanchard, directeur du Centre EPIDE de Margny-lès-Compiègne, a apporté un éclairage particulièrement frappant à partir de l'expérience des jeunes en insertion qu'il accompagne. Dans cet établissement qui accueille des profils aux parcours difficiles, l'uniforme n'a pas pour vocation d'effacer les personnalités, il crée de la cohésion.
« On essaie de leur apprendre que, quelles que soient leurs convictions, il faut accepter les différences dans le respect de l'autre. » Jérôme Blanchard, directeur du Centre EPIDE de Margny-lès-Compiègne
Médiation plutôt qu'interdiction : la voie de l'éducation
Stéphanie Rodrigues, proviseure du Lycée professionnel de Château-Thierry, a témoigné d'une approche pédagogique fondée sur le dialogue. Face aux tensions entre élèves, l'institution scolaire ne peut pas se contenter d'interdire : elle doit expliquer, mettre en débat, construire du sens.
« Avec les élèves, on passe par la médiation et la communication plutôt que par l'interdiction. » Stéphanie Rodrigues, proviseure du Lycée Professionnel de Château-Thierry
En conclusion : le vivre-ensemble, priorité absolue de la République
C'est Michel Lalande, préfet honoraire et responsable de la commission République laïque du Laboratoire de la République, qui a conclu les échanges avec une conviction forte : le vivre-ensemble est plus important que tout le reste. Et pour en rappeler les fondements, il a convoqué la mémoire collective, celle d'une histoire douloureuse dont le 14 juillet reste le symbole vivant, chaque année, des conditions du pacte républicain.
« Le vivre-ensemble est plus important que tout le reste. » Michel Lalande, préfet honoraire, commission République laïque
https://youtu.be/ADGoX2w5wmY