Retour sur la Conversation éclairée : Servane Mouton et Laure Miller

le 13 février 2026
Le 10 février à 19h, le Laboratoire de la République organisait une nouvelle Conversation éclairée consacrée à une question devenue centrale dans le débat public : l’impact des écrans sur les enfants et les adolescents. Une rencontre nourrie, à la croisée des enjeux sanitaires, éducatifs et démocratiques.
Des regards croisés pour éclairer un enjeu de société Pour analyser les effets du numérique sur les plus jeunes, cette Conversation éclairée réunissait Serge Lameyton, médecin, neurologue et neurophysiologiste, ainsi que Laure Miller, députée de la Marne et auteure d’une proposition de loi visant à mieux protéger les mineurs face aux réseaux sociaux. Les échanges étaient animés par Chloé Morin et Brice Couturier. Une première victoire législative, mais des limites persistantes Les intervenants sont revenus sur l’interdiction du téléphone portable au collège, instaurée en 2018. Cette mesure fait aujourd’hui consensus : elle constitue une avancée majeure, désormais appliquée dans la grande majorité des établissements.Pour autant, le constat est partagé : le problème ne s’arrête pas aux portes du collège. Une extension de cette interdiction au lycée a été évoquée, au regard des risques sanitaires et cognitifs toujours présents à l’adolescence. Dans cette continuité, une nouvelle proposition de loi, votée en première lecture à l’Assemblée nationale, ambitionne de fixer un cadre plus protecteur. Elle recommande l’absence de smartphone avant 13 ans et l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans, en s’inspirant notamment du modèle australien. Des effets sanitaires désormais incontestables Les données scientifiques présentées lors de la discussion confirment l’ampleur des risques. Sur le plan physique, l’exposition prolongée aux écrans entraîne des troubles du sommeil liés à la lumière bleue, un risque accru de myopieet une sédentarité préoccupante, facteur de surpoids, de diabète et de maladies cardiovasculaires. Sur le plan cognitif et psychologique, les effets sont tout aussi alarmants : troubles de l’attention, retards de langage chez les enfants de moins de trois ans, et augmentation de 4 % du risque de syndrome dépressif liée à l’usage des réseaux sociaux. Les performances scolaires se dégradent nettement au-delà de deux heures d’écran par jour. Plateformes numériques : une responsabilité structurelle Au cœur des échanges, la question du modèle économique des plateformes. Celles-ci reposent sur des techniques issues de la captologie, conçues pour capter l’attention et créer de l’addiction. Les algorithmes de recommandation enferment les utilisateurs dans des contenus toujours plus polarisants, souvent fondés sur les émotions négatives. Résultat : les jeunes passent en moyenne quatre à cinq heures par jour devant les écrans. Une exposition qui accentue également les inégalités sociales, les enfants issus de familles moins informées ou moins disponibles étant davantage livrés à eux-mêmes face au numérique. Un paradoxe éducatif de plus en plus visible Les échanges ont mis en lumière un paradoxe frappant : une hyperprotection des enfants dans l’espace physique, contrastant avec une forme de laisser-faire dans l’univers numérique. Cette contradiction se retrouve aussi à l’école, entre discours de prévention et usages pédagogiques du numérique parfois peu encadrés. Réguler : une nécessité qui divise Pour les défenseurs de la régulation, une règle collective est indispensable face à la puissance des plateformes, afin de dénormaliser des usages nocifs et de protéger la santé publique. La comparaison avec l’interdiction de fumer dans les lieux publics a été régulièrement invoquée. Les objections portent principalement sur le risque de contournement, la liberté individuelle et la responsabilité parentale, avec un clivage politique marqué : une partie de la gauche se montre réservée, à l’exception notable des socialistes. Des pistes concrètes pour agir Plusieurs recommandations pratiques ont émergé : Moins de 6 ans : aucun écran 6 à 13 ans : pas de smartphone personnel 13 à 15 ans : smartphone sans réseaux sociaux À partir de 15 ans : accès à des réseaux sociaux dits « éthiques » À cela s’ajoutent des mesures structurelles : vérification obligatoire de l’âge, contrôle parental facilité, interdiction du scrolling infini, création d’un Conseil national d’éducation aux médias, et une éducation numérique pensée de la crèche à l’EHPAD. Des témoignages révélateurs La Conversation éclairée a également été marquée par des témoignages forts : une institutrice racontant voir des parents récupérer leurs enfants écouteurs aux oreilles, des élèves de CM1 capables de citer de nombreuses activités sans écran, ou encore ce collégien inquiet : « Que vais-je faire sans réseaux sociaux ? »Un témoignage familial a particulièrement résonné : « Mon frère ne joue plus avec moi depuis qu’il a un téléphone. » Une responsabilité collective à construire En conclusion, les intervenants ont insisté sur la nécessité d’une action coordonnée, combinant cadre légal, éducation, régulation des plateformes et responsabilisation collective des parents, de l’école et de la société. Une réflexion appelée à se poursuivre lors de la prochaine université d’été du Laboratoire de la République, les 28 et 29 août prochains. Retrouvez l'intégralité de la Conversation éclairée sur Youtube 👉 https://youtu.be/PhE-vRrTxEc

Retour sur la Conversation éclairée de Denis Olivennes

par L'équipe du Lab' le 15 janvier 2026
Le 8 janvier 2026, le Laboratoire de la République a accueilli Denis Olivennes à l’occasion d’une Conversation éclairée consacrée à son dernier ouvrage, le Dictionnaire amoureux des Juifs de France. Animée par Brice Couturier, cette conférence a donné lieu à un échange approfondi sur l’histoire des Juifs de France, la singularité du modèle républicain français et les mutations contemporaines de l’antisémitisme, dans un contexte marqué par les événements du 7 octobre et la montée des tensions antijuives.
Ancien directeur général de Canal+, PDG de la FNAC, du Nouvel Observateur et d’Europe 1, directeur général de Libération, Denis Olivennes est aujourd’hui président d’Editis. Le pari républicain français : intégrer sans effacer les identités Denis Olivennes a ouvert la discussion en revenant sur la genèse de son Dictionnaire amoureux des Juifs de France. Il y rappelle son histoire familiale, celle d’une famille de juifs allemands sauvée en 1938 grâce à l’action de Marx Dormoy, ministre socialiste de l’Intérieur, qui permit l’entrée en France de juifs et d’antinazis. Plus récemment, il a souligné combien cet ouvrage est né du choc du 7 octobre et de la montée contemporaine de l’antisémitisme. Les dernières années ont, selon lui, révélé une méconnaissance profonde de l’histoire des Juifs de France, pourtant indissociable de l’histoire nationale. L’ouvrage identifie au moins cinq grandes familles de Juifs de France, présentes sur le territoire depuis près de deux mille ans, notamment en Provence dès le Ier siècle, en Alsace à partir du IXᵉ siècle, ou encore à Bordeaux depuis le XVIᵉ siècle. Denis Olivennes a rappelé le caractère fondateur de l’émancipation des juifs par la Révolution française, qui permit en 1791 aux juifs de devenir citoyens de plein droit sans renoncer à leur identité religieuse. Ce choix républicain, résumé par la formule de Clermont-Tonnerre (« tout aux juifs en tant qu’individus et rien en tant que nation ») constitue, selon lui, une singularité française. Contrairement aux modèles britannique, fondé sur le multiculturalisme, ou allemand, structuré autour d’une conception ethno-nationale, la République française repose sur le « droit à l’indifférence » plutôt que sur le droit à la différence, reconnaissant des citoyens avant toute appartenance communautaire. Cette singularité se retrouve dans les trajectoires de grandes figures évoquées dans l’ouvrage, telles que Georges Mandel ou Marc Bloch, dont l’attachement indéfectible à la France illustre la possibilité d’une intégration républicaine exigeante, et non assimilationniste. Antisémitisme : héritages historiques et mutations contemporaines Si l’affaire Dreyfus constitue un moment majeur de l’antisémitisme en France, Denis Olivennes souligne que ce qui distingue fondamentalement le cas français n’est pas la montée de l’antisémitisme (alors présente dans toute l’Europe) mais le fait que Charles Péguy, Jean Jaurès et Émile Zola se soient dressés aux côtés de Bernard Lazare et Léon Blum pour défendre un capitaine juif, et qu’ils aient finalement triomphé de l’appareil d’État et de l’armée. L’auteur est également revenu sur le rôle historique de l’Église catholique, marquée par une « théologie négative » selon laquelle les juifs devaient continuer à exister comme témoins de leur refus du Messie. Cette doctrine ambivalente a nourri à la fois des persécutions et, paradoxalement, des formes de protection. Denis Olivennes a souligné le caractère décisif du concile Vatican II, qui permit à l’Église de rompre avec cet « enseignement du mépris », notamment sous l’influence de l’historien Jules Isaac. Il a ensuite proposé une lecture historique de l’antisémitisme, distinguant plusieurs formes successives : l’antijudaïsme chrétien (les juifs comme peuple déicide), dont l’Église s’est progressivement purgée ; l’antijudaïsme socialiste du XIXᵉ siècle (Fourier, Proudhon, Marx), dont la gauche s’est affranchie à travers l’affaire Dreyfus ; l’antisémitisme racial porté par le nazisme ; et enfin un antisémitisme contemporain, apparu depuis une vingtaine d’années, fondé sur l’équation « Israël = génocidaire = juif ». Les données issues de l’enquête Radiographie de l’antisémitisme 2024 (IFOP pour la Fondation pour l’innovation politique) confirment à la fois la persistance d’un noyau dur de personnes exprimant des préjugés antisémites et acceptant la violence, et l’existence d’une majorité de Français refusant l’antisémitisme et toute forme de violence. Elles mettent également en lumière des disparités marquées selon les milieux sociaux et politiques : les électeurs d’extrême gauche représenteraient ainsi 30 % des personnes exprimant des préjugés et acceptant la violence à l’encontre des juifs, soit trois fois plus que la moyenne. Éducation civique et clarté politique : les conditions d’une réponse républicaine Face à ce constat, Denis Olivennes a identifié deux axes d’action prioritaires. Le premier est éducatif : il s’agit de déconstruire les amalgames contemporains, de transmettre une histoire longue du judaïsme français et de réaffirmer les principes républicains d’universalité et de citoyenneté. Le second est politique : il appelle à une ligne de clarté face aux forces qui banalisent ou instrumentalisent l’antisémitisme, et plaide pour l’instauration d’un cordon sanitaire républicain. Plus largement, l’auteur a inscrit cette réflexion dans une analyse critique de la situation politique et économique française, qu’il juge marquée par une difficulté structurelle à conduire les réformes nécessaires. Malgré ce diagnostic, il a exprimé une confiance persistante dans la solidité du modèle républicain français, estimant que la mobilisation civique observée après le 7 octobre témoigne de la vitalité de la communauté nationale. Il a conclu sur une conviction forte : seule l’éducation, entendue au sens large (scolaire, civique et culturelle) permettra de contenir durablement l’antisémitisme et de préserver le pacte républicain. https://youtu.be/SjmV1A_xb_w?si=MimFVRFypURaXPKl

Crise internationale : Iran et Venezuela, entre effondrement des régimes et recompositions géopolitiques

le 13 janvier 2026
Dans un contexte international marqué par une multiplication des tensions géopolitiques, le Laboratoire de la République a organisé une conférence consacrée à deux crises majeures : l’Iran et le Venezuela. Deux pays aux trajectoires différentes, mais au cœur de recompositions internationales profondes, tant sur les plans politique, diplomatique que stratégique.
Réunissant Jean-Michel Blanquer, Jean-Marc Laforêt, Fahimeh Robiolle et Carlos Quenan, cette rencontre a permis de croiser les regards d’experts, de responsables publics et de chercheurs afin de mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre dans ces deux régions du monde. Le Venezuela : du déclin chaviste à l’enjeu stratégique mondial Ancien ambassadeur de France au Venezuela, Jean-Marc Laforêt est revenu sur les racines du déclin du chavisme, qu’il situe dès 2007, avec la défaite d’Hugo Chávez lors du référendum constitutionnel. Avant même son arrivée au pouvoir en 1998, le pays connaissait déjà une pauvreté massive : 72 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté selon l’ONU, contre 81 % aujourd’hui. L’économiste Carlos Quenan a dressé un constat économique alarmant. En 1960, le Venezuela représentait 13 % du PIB sud-américain ; il n’en représente plus que 2,5 % en 2024. La production pétrolière, pilier historique de l’économie nationale, s’est effondrée, passant de 3 à 4 millions de barils par jour à environ 500 000/ 600 000 barils récemment. Une intervention américaine aux conséquences lourdes L’intervention militaire américaine récente a été qualifiée de réussite technique : 55 Vénézuéliens et Cubains neutralisés, sans pertes américaines. Cette opération soulève toutefois de nombreuses interrogations, notamment sur l’existence de complicités internes au sein du régime chaviste. Dans la foulée, Caracas a accepté de fournir entre 30 et 50 millions de barils de pétrole aux États-Unis, soit près de 3 milliards de dollars au prix actuel. Une décision qui illustre l’approche pragmatique privilégiée par l’administration Trump, davantage tournée vers le « business » que vers les considérations de droits de l’homme ou de légitimité démocratique. Ressources naturelles et rivalités internationales Au-delà du pétrole, dont le Venezuela détient les premières réserves mondiales prouvées, le pays dispose de ressources stratégiques majeures : terres rares (coltan, thorium), or, gaz naturel (avec des réserves comparables à celles du Qatar) et une biodiversité parmi les plus riches au monde. Ces richesses attisent les convoitises internationales. La Chine, notamment, a cartographié les ressources minières du pays dès 2010-2011, lui conférant un avantage stratégique considérable. Les créances chinoises sur le Venezuela sont estimées entre 20 et 50 milliards de dollars. Une opposition marginalisée et une approche régionale défaillante L’opposition incarnée par María Corina Machado et Edmundo González Urrutia est aujourd’hui écartée par Washington, jugée incapable de contrôler l’armée et la police. Par ailleurs, les tentatives de médiation régionale se sont révélées inefficaces. La CELAC est largement discréditée, la rencontre de Santa Marta en novembre ayant été qualifiée de « fiasco total ». Les intervenants ont insisté sur la nécessité d’une approche régionale crédible, impliquant notamment le Brésil, le Mexique et la Colombie. L’Iran : un régime à bout de souffle face à une contestation massive La situation iranienne a été analysée par Fahimeh Robiolle, qui a détaillé les liens étroits entre Téhéran et Caracas. L’Iran a investi entre 2 et 4 milliards de dollars au Venezuela, sans remboursement effectif, dans des secteurs clés comme l’énergie, l’automobile ou les infrastructures. La présence du Hezbollah au Venezuela a également été soulignée, notamment dans les trafics d’armes et de drogue. Après 46 ans de République islamique, le bilan est lourd : près d’un million de morts durant la guerre Iran-Irak, un programme nucléaire ayant coûté plus de 3 000 milliards de dollars, 75 % de la population appauvrie, 8 millions d’Iraniens en exil et 1 900 exécutions recensées en 2023. La monnaie nationale s’est effondrée, le rial ayant perdu près de 20 000 fois sa valeur face au dollar. Contestation populaire et alternative politique Aujourd’hui, la contestation touche entre 100 et 200 villes, y compris des universités. Les slogans entendus « Vive le roi » témoignent d’un soutien croissant au prince Reza Pahlavi, qui propose une transition fondée sur trois principes : l’intégrité territoriale de l’Iran, une démocratie laïque respectueuse des droits de l’homme et le droit du peuple à choisir librement son système politique. Face à une répression violente, touchant y compris des enfants, les intervenants ont appelé à une mobilisation internationale urgente, exhortant notamment la France et les puissances occidentales à sortir de leur mutisme. Des crises locales aux enjeux globaux Les débats ont mis en évidence l’affaiblissement simultané de l’axe Russie-Chine-Iran-Venezuela. La Russie accumule les revers, notamment en Syrie et au Venezuela, où son matériel militaire s’est révélé inefficace. La Chine, quant à elle, a profité de l’embargo sur l’Iran pour acheter du pétrole à prix réduit et sécuriser l’accès aux terres rares, essentielles aux nouvelles technologies, à l’intelligence artificielle et aux véhicules électriques. Quels scénarios pour l’avenir ? Pour le Venezuela, les risques sont nombreux : fragmentation territoriale, émergence de guérillas, instabilité liée aux collectivos et absence de plan clair de transition. Les priorités identifiées sont la reconstruction institutionnelle, la normalisation financière internationale, le règlement des dettes et une réconciliation nationale. Pour l’Iran, l’urgence est humanitaire et politique. Soutenir le peuple iranien est présenté comme un « investissement dans la stabilité mondiale ». En croisant ces deux crises, la conférence a rappelé que la compréhension fine des enjeux locaux est indispensable pour anticiper les recompositions internationales et penser une action diplomatique efficace. La captation intégrale de l’événement est disponible ci-dessous pour approfondir ces réflexions passionnantes. https://youtu.be/2pfc9InG0yU?si=ULTEtzPWkz5lCbn8

Retour sur une soirée exceptionnelle à la Sorbonne avec Jean-Michel Blanquer

le 12 décembre 2025 Conférence de Jean-Michel Blanquer à la Sorbonne
Le jeudi 11 décembre à 19h00, le Laboratoire de la République a eu l’honneur de recevoir Jean-Michel Blanquer à la Sorbonne pour une rencontre autour de son dernier ouvrage, Civilisation française (éditions Albin Michel). Animée par Brice Couturier et Chloé Morin, cette soirée a été l’occasion de réfléchir aux grands défis de notre temps — divisions sociales, montée des autoritarismes, perte de repères — et de repenser le sens de la civilisation française, cette force capable de redonner vie au projet collectif de notre pays.
Un livre pour réenchanter la France Dans Civilisation française, Jean-Michel Blanquer explore la notion de civilisation, concept rarement mobilisé dans deux siècles d’histoire française. S’inspirant de Condorcet, de Fernand Braudel et de la pensée du XVIIIe siècle, il propose une réflexion sur trois niveaux temporels : l’événement, l’époque et la civilisation. Son objectif : revaloriser ce concept face à la haine de soi actuelle et proposer une vision d’avenir pour la France. Des propositions concrètes pour tous les domaines La discussion a couvert de nombreux sujets cruciaux pour notre pays : Territoire et aménagement : création d’un Haut-commissariat à l’aménagement, développement de la façade maritime, projets stratégiques Paris-Le Havre et Marseille-Lyon, et réinvestissement dans la diagonale du vide. Démographie : encouragement des familles à s’installer dans les villages rénovés, soutien aux jeunes mères et création d’un cercle vertueux social et matériel. Éducation et sciences : bilan du ministère, promotion des prépas scientifiques, dédoublement des classes. Intelligence artificielle et numérique : nécessité d’une stratégie européenne ambitieuse pour ne pas rater la révolution de l’IA, comparable à l’invention de l’imprimerie. Indivisibilité de la République : opposition au fédéralisme et à l’autonomie différenciée, préservation de la liberté locale et rôle d’un État stratège. Laïcité et culture : défense de la laïcité comme liberté, importance de la culture et du langage pour l’épanouissement civilisationnel, critique de l’architecture contemporaine et promotion du beau. Des mots forts pour un message d’espoir « La France n’est rien au départ sans l’ensemble de ses territoires »« Nous sommes un verbe qui s’est fait chair »« Rester une civilisation qui éclaire plutôt que devenir une nation qui gère » À travers cet ouvrage, il appelle à combiner raison et émotion pour réenchanter le débat politique français et bâtir un projet national ambitieux et cohérent. https://www.youtube.com/watch?v=bg_2HdIBbE8

Après la pièce « Le Professeur », un débat essentiel sur l’école, la laïcité et l’héritage de Samuel Paty

par L'antenne d'Assas le 9 décembre 2025 event-theatre-07122025
Dans le cadre des 120 ans de la loi de la séparation des Eglises et de l'Etat, dimanche 7 décembre, au Théâtre de la Scala, la représentation de la pièce "Le Professeur" mise en scène par Émilie Frèche, interprétée par Carole Bouquet, a été suivie d’un échange dense et nécessaire. Autour de la table : la metteuse en scène et l’enseignant Iannis Roder – membre du Conseil des sages de la laïcité. Une rencontre au croisement du théâtre, du témoignage et de l’analyse, pour revenir sur l’assassinat de Samuel Paty et sur les défis actuels qui pèsent sur l’école de la République.
Émilie Frèche a présenté la genèse de sa pièce, pensée autour de trois mots clés : peur, solitude, absurde. Elle décrit une écriture comme une “toile d’araignée” autour du personnage de Samuel Paty, marquée par un rythme froid, presque clinique, qui retrace la progression inexorable vers le drame. Plutôt que de représenter frontalement la menace islamiste, la pièce met en scène notre incapacité collective à y répondre, comme un miroir tendu à la société. Le débat a rappelé les mécanismes qui ont mené à l’assassinat de Samuel Paty : une rumeur fabriquée de toutes pièces, l’emballement des réseaux sociaux, la construction d’un récit parallèle, puis la désignation de l’enseignant comme cible. Le tout alors que l’élève à l’origine de l’affaire n’était pas présente au cours incriminé. L’analyse a replacé l’affaire dans un contexte plus large. Dès 2014, Daesh ciblait explicitement l’école de la République. Trois jours avant l’assassinat, le politologue Bernard Rougier déclarait déjà : « L’école est une cible pour les islamistes ». Parce qu’elle vise à libérer les enfants des déterminismes et à leur apprendre à penser par eux-mêmes, l’école laïque est perçue comme un obstacle central au projet islamiste. Les contestations ont évolué : hier centrées sur les caricatures, elles peuvent aujourd’hui toucher des savoirs fondamentaux comme la musique, le sport ou encore les œuvres d’art, sur fond de retour du tabou du blasphème chez certains élèves. Plusieurs anecdotes rapportées au public ont illustré la situation actuelle : des élèves de 5e ou de 6e se réjouissant à l’évocation d’assassinats ; un professeur muté dans l’urgence après s’être fait menacer le 13 octobre 2023, pour avoir simplement contextualisé le conflit israélo-palestinien ; des collégiens identifiant certains enseignants comme des cibles “à afficher” sur les réseaux. Les intervenants ont retracé les grandes lois scolaires (1882, 1886, 2004) et partagé un sondage de la Fondation Jean Jaurès : deux tiers des Français estiment la loi de 1905 très bonne, mais 15 % jugent que le religieux devrait intervenir davantage dans la vie politique. Côté formation, depuis l’impulsion de Jean-Michel Blanquer, 850 000 enseignants ont été formés aux principes républicains, mais 350 000 restent encore à accompagner. Un hommage lucide, sobre et nécessaire — pour comprendre, et pour agir.

120 ans de la loi de 1905 : « Les nouvelles frontières de la laïcité » 

le 9 décembre 2025 IMG_loi1905_event_6dec
À l’occasion du 120ᵉ anniversaire de la loi de 1905, le Laboratoire de la République et le Parti radical ont réuni, le 6 décembre 2025, universitaires, acteurs associatifs et praticiens pour interroger « les nouvelles frontières de la laïcité ». Entre héritage historique et défis contemporains, les intervenants ont rappelé que la laïcité demeure au cœur du pacte républicain. De l’école à l’espace public, du sport aux entreprises, les débats ont mis en lumière l’urgence de sortir de la défensive et de réaffirmer un projet commun capable de réunir tous les citoyens autour de l’idéal républicain.
Le 6 décembre 2025, le Laboratoire de la République et le Parti radical ont organisé, avec l’appui de la LICRA et du Comité Laicité République, un colloque consacré aux 120 ans de la loi de 1905. La présidente du Parti Radical, Nathalie Delattre a introduit la matinée en rappelant les mots d’Aristide Briand, « La laïcité n’est pas une arme, c’est une prudence » et en insistant sur l’importance de bien définir la laïcité. Pour elle, la laïcité n’est pas contre les religions mais contre les privilèges, elle n’est pas contre les croyants mais contre les ingérences, elle n’est pas contre la diversité, mais au service de la liberté de tous. La loi de 1905, une loi de libertés Jacqueline Lalouette, historienne, a rappelé que l'article 1er de la loi de 1905 proclame la liberté de conscience, donnant l'impression qu'elle n'existait pas auparavant, et démontre qu’elle existait bien avant 1905 en s’appuyant notamment sur le discours du 30 juillet 1904 de Jean Jaurès à Castres. Cependant, des failles subsistaient sur le budget des cultes et sur les questions liées à la mort. Elle a longuement rappelé l’évolution des règles en vigueur sur l’organisation des cimetières (décret du 23 prairial de l’An XII – 12 juin 1804 – imposant des divisions par culte, aboli par la loi municipale du 5 avril 1884) et la liberté des funérailles (loi du 15 novembre 1887), ainsi que le rôle de la laïcité dans la conquête de ces libertés nouvelles. Galina Elbaz, avocate et première vice-présidente de la LICRA, a identifié les limites contemporaines de la loi de 1905 et plus particulièrement la perception négative de la laïcité chez les jeunes : la laïcité est parfois perçue par eux comme liberticide et raciste, notamment via l'accusation d'islamophobie. Cette confusion entre critique de la religion et racisme est entretenue par des mouvements communautaristes. Cette perception est nourrie par des discriminations réelles (emploi, contrôles au faciès, …) et par des applications à géométrie variable de la laïcité. Elle propose d’articuler laïcité et lutte contre les discriminations pour réenchanter la laïcité comme loi d'émancipation et d'égalité, notamment pour les femmes (droit à l'avortement, divorce, contraception). Benjamin Morel, constitutionnaliste et secrétaire général du Laboratoire de la République, a analysé la constitutionnalisation imparfaite de la laïcité dans la décision du Conseil constitutionnel de 2013 et son figement juridique actuel. Il a souligné son application à géométrie variable (Alsace-Moselle, Guyane, Mayotte) et les confusions avec des lois récentes qui relèvent de l’ordre public et non de la laïcité, comme la loi de 2010 sur la dissimulation du visage. Après avoir comparé les trois grands modèles de rapport État/religion en Europe (sécularisme anglo-saxon, régimes concordataires allemand ou autrichien, laïcité française), il a insisté sur le fait qu’ils étaient tous en crise, pour les mêmes raisons. Dans le cas de la France, il a pointé trois grandes dérives concernant la laïcité : Considérer la laïcité comme une valeur coercitive ; Considérer la laïcité comme un instrument pour lutter contre l’islam ; Considérer que la radicalisation des jeunes de toutes religions est une radicalisation religieuse, quand elle est bien plutôt une quête identitaire des jeunes face à laquelle les religions (comme les régionalismes et autres mouvement identitaires) deviennent un marqueur identitaire face à l'anomie sociale. Il a notamment proposé d’inscrire une Charte de la laïcité dans notre bloc de constitutionnalité, à l’instar de la Charte de l'environnement de 2004, tant pour installer ce principe clairement que pour relancer un grand débat national sur le sujet et définir la manière dont notre communauté politique se définit et se projette. Sortir d’une posture défensive : quelles nouvelles perspectives ? Delphine Girard, professeure et membre du Conseil des sages de la laïcité, a démontré que l’école de la République était assiégée, rendant hommage à Samuel Paty et Dominique Bernard, enseignants assassinés dans l’exercice de leur métier et regrettant que trop peu ne soit fait pour lutter contre l’autocensure des enseignants qui, pour la moitié d’entre eux, craignent l’anathème moral d’islamophobie. Elle a insisté sur la nécessité de contrer les discours essentialistes qui définissent la religion comme une identité, soulignant que si la religion est un héritage familial, il doit être possible de le renier, de s’en départir ou d’en choisir un autre. Concernant la jeunesse, elle décrit la montée de la radicalité qui touche toutes les jeunesses : Celle des centres-villes, perméable à l’idéologie communautariste anglo-saxonne ; Celle des banlieues périurbaines, qui est gagnée par le rigorisme religieux et qui a pour épouvantail la laïcité ; Celle des campagnes rurales, abreuvée d’un identitarisme fantasmé et nationaliste qui puise dans le déclassement. Elle a notamment proposé de faire de la laïcité à l'école une grande cause nationale, en créant un secrétariat d'État à la laïcité rattaché au ministre de l'Éducation nationale, avec budget et feuille de route propres. Gilbert Abergel, président du Comité Laïcité République, a alerté sur le sport comme terrain privilégié de l'entrisme islamiste. Il a illustré son propos à travers plusieurs situations observées dans des structures sportives proposant des adaptations particulières, tout en soulignant l’hétérogénéité des règles et la difficulté de certaines fédérations à soutenir clairement les principes de laïcité, à l’exception de la fédération de football. Il a notamment proposé d’étendre la loi de 2004 sur la neutralité à l’école au secteur sportif associatif délégataire de service public. Michel Lalande, ancien préfet et président de la commission République laïque du Laboratoire de la République, a tiré trois enseignements des échanges de la matinée. Il a rappelé d’abord que « un État neutre est un État pleutre » : par nature, l’État doit être engagé et défendre activement les valeurs républicaines. Il a ensuite souligné que la laïcité est une bataille et que nous devons être capables de répondre sur tous les terrains, y compris les plus imprévisibles. À ce titre, il a évoqué notamment le secteur privé, où TPE et PME se trouvent parfois démunies face aux revendications religieuses et ont un réel besoin d’accompagnement juridique et de formation. Enfin, il a insisté sur l’urgence de sortir du silence, de porter un engagement politique affirmé, de renforcer les dispositifs de contrôle et d’assurer un véritable pilotage des politiques publiques. Cet engagement doit être soutenu par les intellectuels et les universitaires, qui peuvent donner à la laïcité le sens du XXIᵉ siècle, car, selon lui, elle ne peut plus s’écrire avec l’encre du XIXᵉ siècle. Les questions/réponses avec le public ont permis d’apporter des compléments sur plusieurs points, comme par exemple le fait que de nombreuses victoires avaient été remportées, et que le tableau n’était pas exclusivement négatif : sur l’adhésion des enseignants aux principes de la République, le concours comprend une épreuve orale obligatoire sur les principes républicains ; le plan des mille a permis de former 1 000 référents laïcité qui, à leur tour, forment des enseignants dans toute la France ; Pierre-Henri Tavoillot a créé un diplôme universitaire sur la laïcité et l’initiative a été reprise dans d’autres universités. Répondant à une question sur le caractère religieux de nos jours fériés, Jacqueline Lalouette a rappelé que seuls quatre jours fériés en France sont des jours chrétiens (Noël, l’Ascension, le 15 août et la Toussaint). Tous les autres sont non-religieux, y compris les lundis de Pâques et de la Pentecôte qui ont été votés sont difficulté en 1886 (à une époque de grande laïcisation du droit) pour des raisons commerciales, en lien avec les protêts bancaires et le fonctionnement des autres banques européennes. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui, depuis que le Vatican a renoncé à faire de ces deux jours des jours d’obligation religieuse. Jean-Michel Blanquer, président du Laboratoire de la République, a conclu en revenant sur les idées fortes qui ont traversé la matinée. Il a rappelé d’abord l’importance de l’universalisme : nous sommes avant tout des êtres humains, puis des citoyens, et c’est à partir de cette base commune que se construisent nos différences, ce qui fonde l’importance de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Il a ensuite souligné que la force du droit est déterminante : la loi doit être claire, appliquée avec constance, et soutenue par un signal politique fort. Le combat pour la laïcité est à la fois juridique et culturel et il ne peut être gagné que si ces deux dimensions avancent ensemble. Il a également insisté sur la nécessité de nommer les choses : l’islamisme représente aujourd’hui un défi, comme le catholicisme en posait un en 1905, et ne pas le reconnaître reviendrait à tomber dans une forme de paternalisme qui ne respecte pas les citoyens. La laïcité doit être comprise non comme une contrainte, mais comme une liberté et une source d’émancipation. Dans cette optique, les mots comptent : il ne faut pas craindre d’élaborer nos propres concepts et de défendre une vision du monde face à ceux qui cherchent à l’influencer autrement. Enfin, cette réflexion s’inscrit dans une histoire longue : la loi de 1905 est l’héritière de siècles de distinction entre le temporel et le spirituel, et d’un héritage à la fois gréco-romain et judéo-chrétien. Jean-Michel Blanquer a ainsi conclu par un appel final sur l’importance de sauver la laïcité pour préserver notre devise républicaine, liberté, égalité, fraternité. https://youtu.be/yxJP8L-Ufoc

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