Le Laboratoire de la République, à travers son antenne de Sciences Po Paris, a organisé un ciné-débat consacré aux violences intra-familiales. Entre projection documentaire et échange avec des acteurs engagés, cette soirée a permis d’ouvrir un espace de réflexion autour d’un enjeu social majeur.
Le Laboratoire de la République poursuit son objectif : faire vivre le débat public sur des sujets contemporains structurants. À Sciences Po Paris, l’antenne étudiante a ainsi proposé une soirée consacrée aux violences intra-familiales, en s’appuyant sur un format mêlant production documentaire et discussion.
L’événement s’est ouvert par la projection du film « Didier, moi et les autres… les enfants du silence », réalisé par Nicolas Bourgouin. Le film donne la parole à des hommes aujourd’hui adultes, victimes de viols ou d’agressions sexuelles durant leur enfance. À travers leurs témoignages, il met en lumière la persistance du silence, les mécanismes de déni et les difficultés spécifiques liées à la reconnaissance des violences sexuelles lorsqu’elles concernent des garçons.
La projection a été suivie d’un échange avec Steffy Alexandrian, fondatrice et présidente de l’association Carl, et Patrick Spica, producteur du documentaire. Leurs interventions ont permis d’articuler deux approches complémentaires : celle du terrain, à travers l’accompagnement des victimes, et celle de la production audiovisuelle, comme outil de sensibilisation et de mise en visibilité.
Les discussions ont notamment porté sur les conditions d’émergence de la parole des victimes, les freins sociaux et institutionnels à leur reconnaissance, ainsi que sur le rôle que peuvent jouer les acteurs publics, associatifs et médiatiques dans la lutte contre ces violences. La question de la prévention et de la responsabilisation collective a également été abordée.
Au-delà du seul cadre de la projection, ce ciné-débat illustre une démarche plus large portée par le Laboratoire de la République : croiser les regards, faire dialoguer les expériences et structurer des espaces de réflexion au plus près des jeunes publics. Dans un contexte où les violences intra-familiales demeurent un enjeu central des politiques publiques, ce type d’initiative contribue à nourrir une compréhension plus fine et partagée du phénomène.
En mobilisant à la fois le récit documentaire et la discussion, l’antenne de Sciences Po Paris affirme ainsi sa volonté de participer activement à la construction d’un débat public informé et exigeant.
(Re)voir l'intégralité du débat :
https://youtu.be/S8qWjI3P-eQ
Le 25 mars 2026, le Laboratoire de la République consacrait une « Conversation actuelle » à l’escalade des tensions au Moyen-Orient après les frappes américano-israéliennes contre l’Iran. Experts, diplomates et témoins ont analysé les logiques stratégiques à l’œuvre, les perspectives d’évolution du régime iranien et les risques de recomposition durable de l’ordre international.
Le 25 mars 2026, le Laboratoire de la République organisait une conférence, consacrée à la situation internationale au Moyen-Orient, dans un contexte de tensions accrues après les frappes américano-israéliennes contre l’Iran. Cette rencontre exceptionnelle a réuni experts, diplomates et témoins directs afin d’éclairer les dynamiques à l’œuvre et d’en interroger les conséquences à court et moyen terme. Autour de Rachel, modératrice représentant les jeunes du Laboratoire, les échanges ont rassemblé Éric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël, Frédéric Encel, docteur en géopolitique et professeur à Sciences Po, Brice Couturier, journaliste essayiste, ainsi que Fahimeh Robiolle, militante pour les droits du peuple iranien.
La discussion s’est structurée autour d’un constat partagé : les événements récents marquent une rupture stratégique dont les effets restent encore largement incertains.Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une campagne de bombardements d’ampleur sur le territoire iranien, visant les infrastructures centrales du régime. Cette opération, qui s’inscrit dans une logique de neutralisation du programme nucléaire et des capacités balistiques iraniennes, poursuit également un objectif politique plus implicite : fragiliser le régime en place afin de favoriser une dynamique de contestation interne.Les conséquences immédiates ont été significatives, tant sur le plan militaire que symbolique. La disparition du guide suprême Ali Khamenei, la destruction de milliers de sites stratégiques selon les sources américaines, ainsi que les frappes de représailles iraniennes sur plusieurs capitales régionales et au-delà, ont contribué à une escalade rapide, sans pour autant déboucher sur un élargissement massif du conflit.Sur ce point, Frédéric Encel a tenu à relativiser le risque d’une conflagration mondiale. Selon lui, les conditions structurelles d’une troisième guerre mondiale ne sont pas réunies. L’absence de blocs militaires comparables à ceux du XXe siècle limite l’extension du conflit, qui reste circonscrit à un nombre restreint d’acteurs. L’OTAN demeure aujourd’hui la seule alliance militaire structurée, ce qui empêche la formation d’un système d’affrontement global.
Éric Danon a, quant à lui, insisté sur la durée probable du conflit. Les objectifs initiaux des protagonistes n’ayant pas été atteints, la logique d’escalade devrait se poursuivre. Il a également détaillé les conditions nécessaires à un éventuel changement de régime en Iran : une opposition structurée, des ressources financières conséquentes et un appui militaire extérieur. À cet égard, la question des moyens de communication, notamment via des technologies comme Starlink, apparaît déterminante.L’ancien ambassadeur a aussi souligné les enjeux énergétiques, en particulier autour du détroit d’Ormuz et de l’île de Kharag. La stratégie américaine se heurte ici à un dilemme : frapper les infrastructures pétrolières iraniennes affaiblirait la Chine, principal importateur du pétrole iranien, mais renforcerait mécaniquement la Russie via une hausse des prix mondiaux.Brice Couturier a proposé une lecture plus prospective, inscrivant les événements actuels dans un temps long. Selon lui, le cycle historique ouvert par la révolution iranienne de 1979 est en voie d’achèvement. Il met en avant une société iranienne profondément transformée, plus jeune, plus éduquée et de plus en plus détachée du modèle théocratique. Par ailleurs, l’Iran aurait perdu une grande partie de ses relais régionaux, ce qui affaiblit durablement son influence.La question nucléaire reste toutefois au cœur des préoccupations.
Les intervenants ont rappelé que l’Iran disposerait encore de stocks importants d’uranium enrichi, dont la localisation demeure incertaine. Certains sites profondément enfouis échappent à toute capacité de destruction conventionnelle, posant un problème stratégique majeur. Une destruction directe de ces stocks pourrait en outre entraîner des conséquences radiologiques importantes.La position française, évoquée au cours des échanges, se caractérise par une ligne de prudence. Le président Emmanuel Macron a choisi de ne pas engager la France dans les opérations offensives, tout en maintenant ses engagements dans le cadre des alliances existantes, notamment au Moyen-Orient. Cette posture traduit une volonté d’équilibre entre solidarité stratégique et autonomie de décision.
Le témoignage de Fahimeh Robiolle a apporté une dimension humaine essentielle à la discussion. Elle a décrit une situation intérieure marquée par une répression extrême et une violence systémique. Son intervention a également mis en lumière les attentes d’une partie de la population iranienne, favorable à une transition politique vers un modèle laïque et démocratique.Enfin, les perspectives évoquées au cours de cette rencontre restent ouvertes et incertaines. Plusieurs scénarios coexistent : un soulèvement populaire encore hypothétique, une intervention ciblée pour neutraliser les capacités nucléaires restantes, ou encore une transformation interne du régime, y compris sous forme militaire.Le risque de prolifération nucléaire a également été souligné comme un enjeu majeur. Une issue perçue comme défavorable pour les États-Unis pourrait inciter d’autres puissances régionales à se doter de l’arme nucléaire, modifiant durablement les équilibres stratégiques.
Au-delà des considérations militaires et diplomatiques, les échanges ont enfin soulevé une question fondamentale de droit international : celle du devoir de protéger les populations face à des États accusés de violences massives contre leurs propres citoyens. Ce débat, loin d’être tranché, illustre les tensions croissantes entre souveraineté étatique et responsabilité internationale.
Retrouvez l'intégralité de la conférence sur notre chaine YouTube !
https://youtu.be/8kWZe-iF7cE?si=dyhbtz_6Y18ryk_A
Le 19 mars 2026, une conférence-débat consacrée à la laïcité à l’école s’est tenue à Guyancourt, réunissant experts et acteurs institutionnels autour d’un principe au cœur des tensions contemporaines. En présence de Jean-Michel Blanquer, les échanges ont permis de questionner les enjeux politiques, juridiques et éducatifs liés à son application dans l’espace scolaire.
Le 19 mars 2026, la Faculté de droit et science politique de Guyancourt a accueilli une conférence-débat consacrée à la laïcité à l’école, un sujet au croisement des enjeux juridiques, éducatifs et politiques contemporains. Organisée dans un contexte de débats renouvelés autour de ce principe fondamental, la rencontre a réuni un public attentif, venu interroger les évolutions et les tensions qui traversent aujourd’hui l’institution scolaire.
Animée par Nathalie Wolff, vice-doyenne en charge de la culture et chargée de mission à la présidence de l’université, la conférence a proposé un retour structuré sur les fondements de la laïcité, tout en mettant en lumière les difficultés de compréhension et d’application qui peuvent émerger dans le cadre scolaire. Les échanges ont permis de rappeler que la laïcité, loin d’être un principe figé, s’inscrit dans une dynamique d’interprétation et d’adaptation aux réalités sociales.
La présence de Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l’Éducation nationale et président du Laboratoire de la République, a apporté un éclairage institutionnel sur les politiques publiques mises en œuvre ces dernières années. Son intervention a notamment souligné les défis auxquels l’école est confrontée, entre affirmation du cadre républicain et gestion de situations concrètes parfois complexes sur le terrain.
Au fil des prises de parole, plusieurs lignes de tension ont été identifiées : la persistance de malentendus autour de la notion de laïcité, les attentes contradictoires qui pèsent sur l’institution scolaire, ainsi que la nécessité de renforcer la formation et l’accompagnement des personnels éducatifs. La question de la transmission des valeurs républicaines est ainsi apparue comme un enjeu central, dans un contexte marqué par des recompositions sociales et culturelles.
Cette conférence s’inscrit pleinement dans les travaux du Laboratoire de la République, qui œuvre à nourrir le débat public sur les principes qui fondent le pacte républicain. En proposant un espace de dialogue entre acteurs institutionnels, universitaires et citoyens, elle contribue à éclairer les enjeux contemporains de la laïcité et à renforcer la compréhension collective de ses implications concrètes.
Retrouvez l'intégralité de la conférence sur notre chaine Youtube !
https://youtu.be/WZjUwsgbyTE?si=vokZxWeXTjawsU0M
Invité à l’Université Panthéon-Assas, l’écrivain et journaliste italien Roberto Saviano a livré une réflexion puissante sur les mutations du crime organisé et les vulnérabilités contemporaines des démocraties. Lors de cette conférence consacrée aux rapports entre mafias et institutions, organisée notamment avec le Laboratoire de la République, il a appelé à défendre l’indépendance de la justice et à repenser les instruments politiques face à des organisations criminelles désormais pleinement intégrées à la mondialisation économique.
Invité à l’Université Panthéon-Assas, l’écrivain et journaliste italien Roberto Saviano a donné une conférence exceptionnelle intitulée La démocratie face au crime organisé. Organisée en partenariat avec le Laboratoire de la République, Italia France Future et Assas Perspectives, la rencontre a été co-modérée par Francesco Martucci et Jean-Michel Blanquer.
Devant un amphithéâtre comble, Roberto Saviano a livré une analyse dense et engagée des mutations contemporaines du crime organisé et de leurs effets sur les institutions démocratiques en Europe et à l’échelle internationale.
Une parole forgée par l’expérience
Né à Naples en 1979, auteur de Gomorra, enquête majeure sur la Camorra napolitaine, Roberto Saviano vit depuis près de vingt ans sous protection policière permanente en raison des menaces qui pèsent sur lui. Cette situation singulière confère à son intervention une force particulière : son analyse du phénomène mafieux est à la fois intellectuelle et existentielle.
Revenant sur son dernier ouvrage consacré au juge Giovanni Falcone, assassiné en 1992, il a rappelé combien la lutte contre les mafias se joue d’abord sur le terrain économique et financier. Falcone, a-t-il souligné, avait compris que l’arme décisive résidait dans la traque des flux et des patrimoines plutôt que dans la seule répression pénale.
L’indépendance de la justice comme ligne de front
Une part importante de la conférence a été consacrée à la comparaison entre les systèmes judiciaires italien et français. Roberto Saviano a insisté sur l’indépendance institutionnelle de la magistrature italienne, qu’il considère comme un rempart essentiel face aux pressions politiques et criminelles. À ses yeux, toute fragilisation du parquet ouvre un espace aux organisations mafieuses, dont la stratégie première consiste à neutraliser les contre-pouvoirs.
Au-delà des différences juridiques, il a défendu une idée simple : sans magistrature indépendante, il n’y a pas de démocratie capable de résister durablement aux logiques de corruption.
Des mafias transformées, plus diffuses, plus intégrées
Roberto Saviano a ensuite décrit la profonde mutation des organisations criminelles. Moins enclines à la violence spectaculaire, celles-ci privilégient désormais l’infiltration économique, la corruption administrative et la délégitimation progressive des institutions. L’objectif n’est plus d’affronter l’État, mais de le contourner, voire de le rendre superflu.
Il a évoqué les pratiques d’achat de votes, la personnalisation extrême des promesses politiques et la réduction du débat public à une logique transactionnelle. Les mafias, selon lui, prospèrent là où la confiance collective s’effondre et où la politique se réduit à la gestion d’intérêts particuliers.
La conférence a enfin mis en lumière la dimension internationale du crime organisé : circulation des capitaux, zones grises fiscales, affaiblissement des États fragiles. Roberto Saviano a souligné que les mafias exploitent les failles de la mondialisation économique avec une agilité que les démocraties peinent à égaler. Il a également mis en garde contre certaines politiques de sanctions ou de fermeture brutale des marchés, susceptibles de renforcer paradoxalement les réseaux criminels les plus structurés.
Défendre la démocratie par la lucidité
En conclusion, Roberto Saviano a posé une question centrale : les démocraties européennes disposent-elles encore des instruments intellectuels et institutionnels pour faire face au crime organisé ? Sa réponse tient en un appel à la lucidité : comprendre les mécanismes financiers, défendre l’indépendance de la justice et réhabiliter une ambition réformiste capable de retisser la confiance collective.
Plus qu’un diagnostic, son intervention aura constitué une invitation à penser la démocratie non comme un acquis, mais comme un équilibre fragile, à défendre face à des organisations criminelles devenues expertes dans l’art d’en exploiter les failles.
https://youtu.be/OsqRjgKX60M
Le 10 février à 19h, le Laboratoire de la République organisait une nouvelle Conversation éclairée consacrée à une question devenue centrale dans le débat public : l’impact des écrans sur les enfants et les adolescents.
Une rencontre nourrie, à la croisée des enjeux sanitaires, éducatifs et démocratiques.
Des regards croisés pour éclairer un enjeu de société
Pour analyser les effets du numérique sur les plus jeunes, cette Conversation éclairée réunissait Serge Lameyton, médecin, neurologue et neurophysiologiste, ainsi que Laure Miller, députée de la Marne et auteure d’une proposition de loi visant à mieux protéger les mineurs face aux réseaux sociaux. Les échanges étaient animés par Chloé Morin et Brice Couturier.
Une première victoire législative, mais des limites persistantes
Les intervenants sont revenus sur l’interdiction du téléphone portable au collège, instaurée en 2018. Cette mesure fait aujourd’hui consensus : elle constitue une avancée majeure, désormais appliquée dans la grande majorité des établissements.Pour autant, le constat est partagé : le problème ne s’arrête pas aux portes du collège. Une extension de cette interdiction au lycée a été évoquée, au regard des risques sanitaires et cognitifs toujours présents à l’adolescence.
Dans cette continuité, une nouvelle proposition de loi, votée en première lecture à l’Assemblée nationale, ambitionne de fixer un cadre plus protecteur. Elle recommande l’absence de smartphone avant 13 ans et l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans, en s’inspirant notamment du modèle australien.
Des effets sanitaires désormais incontestables
Les données scientifiques présentées lors de la discussion confirment l’ampleur des risques. Sur le plan physique, l’exposition prolongée aux écrans entraîne des troubles du sommeil liés à la lumière bleue, un risque accru de myopieet une sédentarité préoccupante, facteur de surpoids, de diabète et de maladies cardiovasculaires.
Sur le plan cognitif et psychologique, les effets sont tout aussi alarmants : troubles de l’attention, retards de langage chez les enfants de moins de trois ans, et augmentation de 4 % du risque de syndrome dépressif liée à l’usage des réseaux sociaux. Les performances scolaires se dégradent nettement au-delà de deux heures d’écran par jour.
Plateformes numériques : une responsabilité structurelle
Au cœur des échanges, la question du modèle économique des plateformes. Celles-ci reposent sur des techniques issues de la captologie, conçues pour capter l’attention et créer de l’addiction. Les algorithmes de recommandation enferment les utilisateurs dans des contenus toujours plus polarisants, souvent fondés sur les émotions négatives.
Résultat : les jeunes passent en moyenne quatre à cinq heures par jour devant les écrans. Une exposition qui accentue également les inégalités sociales, les enfants issus de familles moins informées ou moins disponibles étant davantage livrés à eux-mêmes face au numérique.
Un paradoxe éducatif de plus en plus visible
Les échanges ont mis en lumière un paradoxe frappant : une hyperprotection des enfants dans l’espace physique, contrastant avec une forme de laisser-faire dans l’univers numérique. Cette contradiction se retrouve aussi à l’école, entre discours de prévention et usages pédagogiques du numérique parfois peu encadrés.
Réguler : une nécessité qui divise
Pour les défenseurs de la régulation, une règle collective est indispensable face à la puissance des plateformes, afin de dénormaliser des usages nocifs et de protéger la santé publique. La comparaison avec l’interdiction de fumer dans les lieux publics a été régulièrement invoquée.
Les objections portent principalement sur le risque de contournement, la liberté individuelle et la responsabilité parentale, avec un clivage politique marqué : une partie de la gauche se montre réservée, à l’exception notable des socialistes.
Des pistes concrètes pour agir
Plusieurs recommandations pratiques ont émergé :
Moins de 6 ans : aucun écran
6 à 13 ans : pas de smartphone personnel
13 à 15 ans : smartphone sans réseaux sociaux
À partir de 15 ans : accès à des réseaux sociaux dits « éthiques »
À cela s’ajoutent des mesures structurelles : vérification obligatoire de l’âge, contrôle parental facilité, interdiction du scrolling infini, création d’un Conseil national d’éducation aux médias, et une éducation numérique pensée de la crèche à l’EHPAD.
Des témoignages révélateurs
La Conversation éclairée a également été marquée par des témoignages forts : une institutrice racontant voir des parents récupérer leurs enfants écouteurs aux oreilles, des élèves de CM1 capables de citer de nombreuses activités sans écran, ou encore ce collégien inquiet : « Que vais-je faire sans réseaux sociaux ? »Un témoignage familial a particulièrement résonné : « Mon frère ne joue plus avec moi depuis qu’il a un téléphone. »
Une responsabilité collective à construire
En conclusion, les intervenants ont insisté sur la nécessité d’une action coordonnée, combinant cadre légal, éducation, régulation des plateformes et responsabilisation collective des parents, de l’école et de la société. Une réflexion appelée à se poursuivre lors de la prochaine université d’été du Laboratoire de la République, les 28 et 29 août prochains.
Retrouvez l'intégralité de la Conversation éclairée sur Youtube 👉
https://youtu.be/PhE-vRrTxEc
Le 8 janvier 2026, le Laboratoire de la République a accueilli Denis Olivennes à l’occasion d’une Conversation éclairée consacrée à son dernier ouvrage, le Dictionnaire amoureux des Juifs de France. Animée par Brice Couturier, cette conférence a donné lieu à un échange approfondi sur l’histoire des Juifs de France, la singularité du modèle républicain français et les mutations contemporaines de l’antisémitisme, dans un contexte marqué par les événements du 7 octobre et la montée des tensions antijuives.
Ancien directeur général de Canal+, PDG de la FNAC, du Nouvel Observateur et d’Europe 1, directeur général de Libération, Denis Olivennes est aujourd’hui président d’Editis.
Le pari républicain français : intégrer sans effacer les identités
Denis Olivennes a ouvert la discussion en revenant sur la genèse de son Dictionnaire amoureux des Juifs de France. Il y rappelle son histoire familiale, celle d’une famille de juifs allemands sauvée en 1938 grâce à l’action de Marx Dormoy, ministre socialiste de l’Intérieur, qui permit l’entrée en France de juifs et d’antinazis. Plus récemment, il a souligné combien cet ouvrage est né du choc du 7 octobre et de la montée contemporaine de l’antisémitisme. Les dernières années ont, selon lui, révélé une méconnaissance profonde de l’histoire des Juifs de France, pourtant indissociable de l’histoire nationale.
L’ouvrage identifie au moins cinq grandes familles de Juifs de France, présentes sur le territoire depuis près de deux mille ans, notamment en Provence dès le Ier siècle, en Alsace à partir du IXᵉ siècle, ou encore à Bordeaux depuis le XVIᵉ siècle. Denis Olivennes a rappelé le caractère fondateur de l’émancipation des juifs par la Révolution française, qui permit en 1791 aux juifs de devenir citoyens de plein droit sans renoncer à leur identité religieuse. Ce choix républicain, résumé par la formule de Clermont-Tonnerre (« tout aux juifs en tant qu’individus et rien en tant que nation ») constitue, selon lui, une singularité française. Contrairement aux modèles britannique, fondé sur le multiculturalisme, ou allemand, structuré autour d’une conception ethno-nationale, la République française repose sur le « droit à l’indifférence » plutôt que sur le droit à la différence, reconnaissant des citoyens avant toute appartenance communautaire.
Cette singularité se retrouve dans les trajectoires de grandes figures évoquées dans l’ouvrage, telles que Georges Mandel ou Marc Bloch, dont l’attachement indéfectible à la France illustre la possibilité d’une intégration républicaine exigeante, et non assimilationniste.
Antisémitisme : héritages historiques et mutations contemporaines
Si l’affaire Dreyfus constitue un moment majeur de l’antisémitisme en France, Denis Olivennes souligne que ce qui distingue fondamentalement le cas français n’est pas la montée de l’antisémitisme (alors présente dans toute l’Europe) mais le fait que Charles Péguy, Jean Jaurès et Émile Zola se soient dressés aux côtés de Bernard Lazare et Léon Blum pour défendre un capitaine juif, et qu’ils aient finalement triomphé de l’appareil d’État et de l’armée.
L’auteur est également revenu sur le rôle historique de l’Église catholique, marquée par une « théologie négative » selon laquelle les juifs devaient continuer à exister comme témoins de leur refus du Messie. Cette doctrine ambivalente a nourri à la fois des persécutions et, paradoxalement, des formes de protection. Denis Olivennes a souligné le caractère décisif du concile Vatican II, qui permit à l’Église de rompre avec cet « enseignement du mépris », notamment sous l’influence de l’historien Jules Isaac.
Il a ensuite proposé une lecture historique de l’antisémitisme, distinguant plusieurs formes successives : l’antijudaïsme chrétien (les juifs comme peuple déicide), dont l’Église s’est progressivement purgée ; l’antijudaïsme socialiste du XIXᵉ siècle (Fourier, Proudhon, Marx), dont la gauche s’est affranchie à travers l’affaire Dreyfus ; l’antisémitisme racial porté par le nazisme ; et enfin un antisémitisme contemporain, apparu depuis une vingtaine d’années, fondé sur l’équation « Israël = génocidaire = juif ».
Les données issues de l’enquête Radiographie de l’antisémitisme 2024 (IFOP pour la Fondation pour l’innovation politique) confirment à la fois la persistance d’un noyau dur de personnes exprimant des préjugés antisémites et acceptant la violence, et l’existence d’une majorité de Français refusant l’antisémitisme et toute forme de violence. Elles mettent également en lumière des disparités marquées selon les milieux sociaux et politiques : les électeurs d’extrême gauche représenteraient ainsi 30 % des personnes exprimant des préjugés et acceptant la violence à l’encontre des juifs, soit trois fois plus que la moyenne.
Éducation civique et clarté politique : les conditions d’une réponse républicaine
Face à ce constat, Denis Olivennes a identifié deux axes d’action prioritaires. Le premier est éducatif : il s’agit de déconstruire les amalgames contemporains, de transmettre une histoire longue du judaïsme français et de réaffirmer les principes républicains d’universalité et de citoyenneté. Le second est politique : il appelle à une ligne de clarté face aux forces qui banalisent ou instrumentalisent l’antisémitisme, et plaide pour l’instauration d’un cordon sanitaire républicain.
Plus largement, l’auteur a inscrit cette réflexion dans une analyse critique de la situation politique et économique française, qu’il juge marquée par une difficulté structurelle à conduire les réformes nécessaires. Malgré ce diagnostic, il a exprimé une confiance persistante dans la solidité du modèle républicain français, estimant que la mobilisation civique observée après le 7 octobre témoigne de la vitalité de la communauté nationale.
Il a conclu sur une conviction forte : seule l’éducation, entendue au sens large (scolaire, civique et culturelle) permettra de contenir durablement l’antisémitisme et de préserver le pacte républicain.
https://youtu.be/SjmV1A_xb_w?si=MimFVRFypURaXPKl
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