Retour sur la conférence « Qui défendra le droit international ? »

par L'équipe du Lab' le 29 septembre 2026
Le 23 septembre 2026, Sciences Po accueillait l’événement « Who will stand up for international law ? », organisé par la Paris School of International Affairs et ¡Aguanta Ucrania!, en partenariat avec le Laboratoire de la République. Diplomates, universitaires et experts ont croisé leurs regards sur les défis qui pèsent aujourd’hui sur le droit international et sur le rôle que peuvent jouer l’Europe, l’Ukraine et l’Amérique latine pour le défendre. An English version of this event report is available at the bottom of the page.
Le 23 septembre 2026, la Paris School of International Affairs (PSIA) de Sciences Po et ¡Aguanta Ucrania!, en partenariat avec le Laboratoire de la République, ont organisé à Sciences Po l’événement « Who will stand up for international law ? ». Depuis quatre ans, ¡Aguanta Ucrania! mobilise la solidarité latino-américaine autour de l’Ukraine. Cette rencontre s’inscrivait dans cette dynamique, avec un objectif : réfléchir aux moyens de renforcer les liens entre l’Europe, l’Ukraine et l’Amérique latine pour défendre le droit international. Modérée par Sergio Jaramillo, ancien Haut-Commissaire pour la paix de Colombie, la discussion a réuni Jean-Michel Blanquer, ancien ministre français de l’Éducation nationale, Pavlo Klimkin, ancien ministre ukrainien des Affaires étrangères, Norton Rapesta, ancien ambassadeur du Brésil en Ukraine, Rosemary Ann Byrne, professeure de droit international à la Paris School of International Affairs (PSIA), et Michael Reid, auteur et ancien responsable de la rubrique Amériques de The Economist. Leurs échanges ont permis de croiser les regards sur un même constat : le droit international est aujourd’hui soumis à une pression croissante, alors que les rapports de force reprennent une place centrale dans les relations entre États. Retrouvez le replay de cette conférence sur le site de Sciences Po. Un droit international sous pression Le constat posé au début de la rencontre est celui d’un changement profond des relations internationales. Là où les États pouvaient compter sur des accords et des engagements relativement stables, les relations entre puissances deviennent plus transactionnelles. Les règles sont toujours là, mais leur respect est moins évident. Les nouvelles formes de conflit, à commencer par les cyberattaques, compliquent encore la situation : à partir de quel moment une attaque informatique devient-elle un acte d’agression ou un acte de guerre ? Pour Jean-Michel Blanquer, il serait toutefois erroné d’en conclure à la disparition du droit international. Il a préféré parler d’une « lutte entre le droit international et les ennemis du droit international ». Une manière de rappeler que les règles internationales continuent de jouer un rôle essentiel, mais que leur défense exige une mobilisation constante. L’ancien ministre a notamment pris l’exemple de la Colombie. Les efforts engagés en faveur de la paix ont demandé des années avant d’aboutir. Ce précédent montre, selon lui, l’importance de construire dans la durée des réseaux réunissant responsables politiques, universitaires, étudiants et acteurs de la société civile. Les initiatives qui semblent modestes aujourd’hui peuvent produire des résultats plusieurs années plus tard. L’Ukraine, bien au-delà d’un conflit européen La guerre en Ukraine a naturellement occupé une place centrale dans les échanges. Pour Pavlo Klimkin, elle pose une question qui dépasse largement les frontières de son pays : celle de la souveraineté des États et de leur capacité à décider librement de leur avenir. L’ancien ministre ukrainien des Affaires étrangères a également insisté sur la difficulté de négocier lorsqu’un adversaire remet en cause l’existence même de l’autre partie. Le dialogue reste nécessaire, mais une négociation ne peut être crédible, selon lui, que si elle ne se fait pas depuis une position de faiblesse. Norton Rapesta a, de son côté, raconté la guerre à travers son expérience personnelle d’ambassadeur du Brésil en Ukraine. Présent dans le pays au début de l’invasion à grande échelle, il a évoqué le réveil au son des explosions, puis le quotidien rythmé par les alertes aériennes, les drones et les missiles. Il a également raconté comment, bien après ces événements, entendre le son d’une alarme dans un documentaire consacré à Kharkiv avait provoqué chez lui une réaction physique immédiate. Ce témoignage a permis de mettre en lumière l’une des difficultés rencontrées pour mobiliser en Amérique latine : la distance. Pour une partie de la population, la guerre en Ukraine reste un conflit lointain, alors que les pays de la région sont confrontés à leurs propres difficultés économiques, sociales et sécuritaires. Pour Norton Rapesta, il est donc essentiel de mieux expliquer la réalité ukrainienne et de s’adresser davantage aux sociétés civiles, et pas seulement aux gouvernements et aux diplomates. L’Amérique latine, une tradition à réaffirmer Cette distance contraste avec la longue tradition latino-américaine de défense du multilatéralisme, des droits humains et du principe de non-intervention. Plusieurs intervenants ont rappelé le rôle joué par les pays de la région dans la construction de l’ordre international après la Seconde Guerre mondiale. L’affaire du Nicaragua contre les États-Unis devant la Cour internationale de Justice a notamment été citée : elle avait montré qu’un État moins puissant pouvait utiliser le droit international pour faire valoir ses droits face à une grande puissance. Mais cette tradition ne se traduit pas toujours par une mobilisation concrète sur l’Ukraine. Rosemary Ann Byrne a rappelé que 33 États avaient déposé des déclarations d’intervention dans la procédure engagée par l’Ukraine contre la Russie devant la Cour internationale de Justice, sans qu’aucun État latino-américain, africain ou asiatique ne le fasse. Sur les 43 États ayant saisi le procureur de la Cour pénale internationale de la situation en Ukraine, seuls trois venaient d’Amérique latine. Ces chiffres ont alimenté une discussion plus large sur la cohérence de la défense du droit international. Les échanges ont notamment porté sur les différences de mobilisation face aux guerres en Ukraine et à Gaza. Selon plusieurs intervenants, défendre des règles communes suppose de les appliquer avec la même exigence, quel que soit le pays concerné. Rosemary Ann Byrne a ainsi insisté sur la nécessité de repartir de principes simples et partagés, comme la protection des civils, les règles encadrant le recours à la force ou encore la responsabilité des États. Une bataille qui se joue aussi dans l’opinion La question de l’opinion publique a occupé une autre partie importante de la discussion. Michael Reid a souligné l’activité de la propagande russe en Amérique latine et cité une enquête, qui n’avait pas encore été publiée au moment de la rencontre. Selon ces données, 39 % des personnes interrogées avaient une opinion favorable de la Russie, contre 34 % en 2023. Dans le même temps, les opinions favorables à l’Ukraine étaient passées de 42 % à 35 %. Pour Michael Reid, ces évolutions s’inscrivent dans un contexte plus large : l’Amérique latine peine aujourd’hui à faire émerger une vision commune en matière de politique étrangère. Entre des gouvernements aux orientations très différentes et des opinions publiques davantage préoccupées par les enjeux nationaux, construire une position commune sur des crises internationales éloignées reste difficile. La réponse passe donc aussi par la communication. Les participants ont insisté sur la nécessité de mieux expliquer ce que les principes défendus en Ukraine peuvent signifier pour d’autres régions du monde. La souveraineté, la non-intervention ou le respect des frontières ne sont pas seulement des préoccupations européennes : ils concernent tous les États, et en particulier ceux qui ne disposent pas de la puissance nécessaire pour imposer seuls leurs intérêts. Renforcer les liens entre l’Europe et l’Amérique latine Comment agir dans ce contexte ? Une piste évoquée pendant la rencontre est celle d’une coopération renforcée entre les « puissances intermédiaires », capables de défendre ensemble le multilatéralisme sans dépendre entièrement des grandes puissances. Les relations entre l’Europe et l’Amérique latine pourraient jouer un rôle important dans cette dynamique, les deux régions partageant une histoire et de nombreux principes communs en matière de droit international. Mais cette coopération ne peut pas se limiter aux États. Les intervenants ont souligné le rôle des universités, des étudiants, des chercheurs, des médias et des organisations de la société civile. C’est précisément sur ce terrain que s’inscrit l’action menée depuis quatre ans par ¡Aguanta Ucrania! : créer des liens entre l’Ukraine et l’Amérique latine et faire mieux connaître les enjeux de la guerre auprès des sociétés latino-américaines. Au terme de la rencontre, une idée s’est ainsi dégagée : le droit international n’a pas disparu, mais sa défense ne peut plus être considérée comme acquise. Elle suppose de construire des alliances, de mieux faire connaître les réalités des conflits et de défendre les mêmes principes d’une crise à l’autre. À la question posée par le titre de l’événement (« Who will stand up for international law ? »), les échanges de Sciences Po ont apporté une réponse collective : États et institutions ont leur rôle à jouer, mais universitaires, étudiants, médias et sociétés civiles ont, eux aussi, une part de responsabilité dans la défense d’un ordre international fondé sur des règles. English version On 23 September 2026, Sciences Po’s Paris School of International Affairs (PSIA) and ¡Aguanta Ucrania!, in partnership with the Laboratoire de la République, organised the event “Who will stand up for international law?” at Sciences Po. For the past four years, ¡Aguanta Ucrania! has been mobilising Latin American solidarity around Ukraine. The event built on this momentum, with one objective: to explore ways of strengthening ties between Europe, Ukraine and Latin America in defence of international law. Moderated by Sergio Jaramillo, former High Commissioner for Peace of Colombia, the discussion brought together Jean-Michel Blanquer, former French Minister of National Education, Pavlo Klimkin, former Minister of Foreign Affairs of Ukraine, Norton Rapesta, former Ambassador of Brazil to Ukraine, Rosemary Ann Byrne, Professor of International Law at the Paris School of International Affairs (PSIA), and Michael Reid, author and former Americas Editor at The Economist. Their contributions brought together different perspectives around a shared observation: international law is under growing pressure at a time when power politics are once again playing a central role in relations between states. International law under pressure The discussion began with the observation that international relations are undergoing a profound shift. Where states could once rely on relatively stable agreements and commitments, relations between powers are becoming increasingly transactional. The rules remain, but compliance with them can no longer be taken for granted. New forms of conflict, starting with cyberattacks, are making the situation even more complex: at what point does a cyberattack become an act of aggression or an act of war? For Jean-Michel Blanquer, however, it would be wrong to conclude that international law is disappearing. Instead, he described the current situation as a “struggle between international law and the enemies of international law”. It was a way of stressing that international rules continue to play an essential role, but that defending them requires sustained mobilisation. The former minister pointed in particular to the example of Colombia. Efforts to build peace took years before producing results. In his view, this experience demonstrates the importance of building long-term networks bringing together political leaders, academics, students and civil society. Initiatives that may appear modest today can produce results many years later. Ukraine, far beyond a European conflict The war in Ukraine naturally occupied a central place in the discussion. For Pavlo Klimkin, it raises a question that extends far beyond his country’s borders: the sovereignty of states and their ability to freely determine their own future. The former Ukrainian Foreign Minister also stressed the difficulty of negotiating when an adversary challenges the very existence of the other party. Dialogue remains necessary, but in his view negotiations can only be credible if they are not conducted from a position of weakness. Norton Rapesta, for his part, described the war through his personal experience as Brazil’s Ambassador to Ukraine. Present in the country at the beginning of the full-scale invasion, he recalled waking to the sound of explosions and then living with the daily reality of air-raid warnings, drones and missiles. He also described how, long after those events, hearing the sound of an air-raid siren in a documentary about Kharkiv triggered an immediate physical reaction. His testimony highlighted one of the main challenges in mobilising support in Latin America: distance. For part of the population, the war in Ukraine remains a distant conflict, while countries across the region are dealing with their own economic, social and security challenges. For Norton Rapesta, it is therefore essential to better explain the reality of the war in Ukraine and to engage more directly with civil society, rather than focusing solely on governments and diplomatic channels. Latin America : a tradition to reaffirm This sense of distance contrasts with Latin America’s longstanding tradition of supporting multilateralism, human rights and the principle of non-intervention. Several speakers recalled the role played by countries in the region in building the international order after the Second World War. Nicaragua’s case against the United States before the International Court of Justice was cited in particular: it demonstrated that a less powerful state could use international law to assert its rights against a major power. Yet this tradition has not always translated into concrete mobilisation over Ukraine. Rosemary Ann Byrne noted that 33 states had submitted declarations of intervention in Ukraine’s proceedings against Russia before the International Court of Justice, without a single Latin American, African or Asian state doing so. Of the 43 states that referred the situation in Ukraine to the prosecutor of the International Criminal Court, only three were from Latin America. These figures prompted a broader discussion about consistency in the defence of international law. The conversation notably addressed differences in international mobilisation over the wars in Ukraine and Gaza. Several speakers argued that defending common rules requires applying them with the same level of commitment regardless of the country concerned. Rosemary Ann Byrne stressed the need to return to simple, shared principles, including the protection of civilians, the rules governing the use of force and state responsibility. A battle also being fought in public opinion Public opinion was another important part of the discussion. Michael Reid highlighted the activity of Russian propaganda in Latin America and cited a survey that had not yet been published at the time of the event. According to the figures he presented, 39% of respondents had a favourable view of Russia, compared with 34% in 2023. Over the same period, favourable views of Ukraine had fallen from 42% to 35%. For Michael Reid, these trends are part of a broader context: Latin America is currently struggling to develop a common vision on foreign policy. With governments pursuing very different political agendas and public opinion more focused on domestic concerns, building a shared position on distant international crises remains difficult. Part of the response therefore lies in communication. Participants stressed the need to better explain what the principles at stake in Ukraine mean for other regions of the world. Sovereignty, non-intervention and respect for borders are not exclusively European concerns: they matter to all states, particularly those that do not have the power to impose their interests on their own. Strengthening ties between Europe and Latin America What can be done in this context? One avenue discussed during the event was greater cooperation between “middle powers” capable of defending multilateralism together without being entirely dependent on major powers. Relations between Europe and Latin America could play an important role in this effort, given the two regions’ shared history and many common principles regarding international law. But this cooperation cannot be limited to states. Speakers highlighted the role of universities, students, researchers, the media and civil society organisations. This is precisely where the work carried out by ¡Aguanta Ucrania! over the past four years comes in: building connections between Ukraine and Latin America and raising awareness of the war and its implications among Latin American societies. By the end of the discussion, one idea had clearly emerged: international law has not disappeared, but its defence can no longer be taken for granted. It requires building alliances, improving understanding of the realities of conflicts and defending the same principles from one crisis to another. To the question posed by the title of the event (“Who will stand up for international law?”), the discussion at Sciences Po offered a collective answer: states and institutions have a role to play, but academics, students, the media and civil society also share responsibility for defending an international order based on rules.

Université d’été de Sens 2026 : revivez les débats du samedi !

par L'équipe du Lab' le 8 septembre 2026
Revivez les débats du samedi 29 août tenus lors de la troisième Université d’été du Laboratoire de la République, à Sens, autour de la question « Quel projet de société pour la France au XXIe siècle ? ».
Le samedi 29 août, la dernière journée de l’Université d’été du Laboratoire de la République a donné une place particulière au débat politique. En direct de Sens et sur l’antenne de LCI, deux rencontres ont prolongé les réflexions menées pendant trois jours par responsables politiques, experts, universitaires et acteurs de la société civile autour des défis économiques, sociaux, éducatifs et démocratiques auxquels la France est confrontée.   Sébastien Lecornu et Jean-Michel Blanquer : qu'est-ce qu'être souverain pour la France aujourd'hui ? La première séquence a réuni le Premier ministre Sébastien Lecornu et Jean-Michel Blanquer, président du Laboratoire de la République et ancien ministre de l’Éducation nationale. Présenté par Darius Rochebin, ce grand entretien d’un peu plus d’une heure a été diffusé en direct de Sens dans le cadre de l’Université d’été.   Qu'est-ce qu'être souverain pour la France aujourd'hui ? Entretien avec Jean-Michel Blanquer et Sébastien Lecornu https://www.youtube.com/watch?v=bIrSXhIfLhE François Hollande et Édouard Philippe : France 2027, quelles perspectives ? La seconde séquence a pris la forme d’un face-à-face entre François Hollande, ancien président de la République et député de Corrèze, et Édouard Philippe, ancien Premier ministre, président d’Horizons et maire du Havre. Annoncée autour de la question « France 2027, quelles perspectives ? », la rencontre avait pour vocation de confronter deux visions politiques et deux projets pour le pays, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Elle a ainsi constitué l’un des temps forts de clôture d’une Université d’été conçue comme un espace de confrontation des idées et d’élaboration de propositions pour la France du XXIe siècle.   France 2027, quelles perspectives ? Débat entre François Hollande et Édouard Philippe https://www.youtube.com/watch?v=x4OOZbc76cM Le discours de clôture de Jean-Michel Blanquer Après trois jours de débats et de rencontres, Jean-Michel Blanquer, président du Laboratoire de la République, a prononcé le discours de clôture de la troisième Université d’été, samedi 29 août à Sens. Des territoires à l’économie, de l’école à la laïcité, de la santé aux institutions, de l’intelligence artificielle à la souveraineté, les différentes séquences de l’Université d’été avaient pour ambition de confronter les diagnostics et de faire émerger des propositions concrètes. Pendant deux jours, responsables politiques, experts, universitaires, élus et acteurs de la société civile ont ainsi été invités à dépasser les constats pour contribuer à l’élaboration d’une vision commune.   Le discours de clôture de Jean-Michel Blanquer s’inscrit dans cette ambition générale et vient refermer une Université d’été placée sous le mot d’ordre « Faire sens ensemble » : créer les conditions du dialogue entre différentes sensibilités républicaines et contribuer à construire une direction commune pour la France à l’approche des échéances de 2027.   Discours de clôture de l'Université d'été par Jean-Michel Blanquer https://www.youtube.com/watch?v=f4ZxS3tOdpE Baromètre de la République, économie, immigration : quelles réponses pour la France ? La matinée du samedi 29 août a permis de croiser les regards sur plusieurs des grands défis auxquels la France est confrontée. La matinée s’est ouverte par la présentation du Baromètre de la République 2026, modérée par Maxime Bigot, directeur des études du Laboratoire de la République. Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos BVA, et le philosophe Pierre-Henri Tavoillot ont analysé les valeurs auxquelles les Français restent attachés et proposé un décryptage de la situation politique, mettant en lumière les attentes, les préoccupations et les évolutions qui traversent aujourd’hui la société française. Présentation du Baromètre de la République 2026 et décryptage de la situation politique https://www.youtube.com/watch?v=Y4KOqjL4IXk Les échanges se sont ensuite concentrés sur les enjeux économiques. Après une intervention de Philippe Aghion, prix Nobel d’économie, consacrée à la politique économique à conduire pour la France en 2027, une table ronde consacrée à la construction d’un nouveau pacte économique a réuni Roland Lescure, Yves Perrier, Emmanuel Combe, Stéphanie Dameron et Philippe Aghion, modérée par Anne de Guigné. Quelle nouvelle politique économique pour la France en 2027 ? https://www.youtube.com/watch?v=bFLe-O0RZCs Un nouveau pacte économique pour la France https://www.youtube.com/watch?v=JJyRaURDT-g La matinée s’est poursuivie autour d’un autre enjeu majeur : « Immigration et intégration : comment refaire Nation ? » Sarah El Haïry, Guillaume Larrivé et Valérie Pécresse ont débattu de cette question sous la modération de Didier Leschi. Immigration et intégration : comment refaire Nation ? https://www.youtube.com/watch?v=Ti4JES5cd44 Enfin, Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre, est intervenu sur la question « Quelle coalition pour quelle réconciliation républicaine ? ». Quelle coalition pour quelle réconciliation républicaine ? Discours de Bernard Cazeneuve https://www.youtube.com/watch?v=-5FfDlyAHP0 Quel projet pour réenchanter la France ? L’après-midi a été marqué par un débat intitulé « Quel projet pour réenchanter la France ? ». Une question destinée à dépasser le seul constat des difficultés du pays pour mettre en discussion les orientations susceptibles de redonner une perspective collective à la France.  Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen-sur-Seine et vice-président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a débattu avec Natacha Polony, directrice de la revue L’Audace ! et essayiste. Quel projet pour réenchanter la France ? Débat avec Karim Bouamrane et Natacha Polony https://www.youtube.com/watch?v=f4hB7i9Aka8 Un second débat a réuni Aurore Bergé, ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations et Jérôme Guedj, député de l’Essonne, sous la modération d’Ambre Xerri. Quel projet pour réenchanter la France ? Débat avec Aurore Bergé et Jérôme Guedj https://www.youtube.com/watch?v=ocQLTd9BkNg

Université d’été de Sens 2026 : revivez les débats du jeudi et du vendredi !

par L'équipe du Lab' le 8 septembre 2026
Revivez les débats du vendredi 28 août tenus lors de la troisième Université d’été du Laboratoire de la République, à Sens, autour de la question « Quel projet de société pour la France au XXIe siècle ? ».
Faire Nation aujourd’hui Le jeudi 27 août, l’Université d’été s’est ouverte au Théâtre municipal de Sens par une soirée consacrée à la question de la Nation. La projection du documentaire « Ernest Renan, chantre de la Nation » a servi de point de départ à une réflexion sur ce que signifie « faire Nation » aujourd’hui. Jean-Michel Blanquer, Marika Bret, Brice Couturier, Jean-Michel Djian et Baptiste Touverey ont participé à cette séquence inaugurale, ouvrant trois jours de débats autour de la République, de la cohésion nationale et des transformations de la société française. Projection d'ouverture : qu'est-ce que faire Nation aujourd'hui ?  https://www.youtube.com/watch?v=LD0cYmKhIak Refonder le contrat territorial Au Théâtre municipal de Sens, ce parcours était consacré à la « refondation du contrat territorial ». Après les discours d’ouverture de Jean-Michel Blanquer et Paul-Antoine de Carville, une première séquence avec Frédéric Dabi et Olivier Girard a interrogé les transformations liées à l’intelligence artificielle. La matinée s’est ensuite concentrée sur l’aménagement du territoire, avec une table ronde autour d’une « DATAR+ », réunissant Clément Beaune, Bruno Bonnell, Éric Hazan et Fabien Verdier, avant une intervention de Benjamin Morel sur la subsidiarité.   Ouverture de l'Université d'été https://www.youtube.com/watch?v=TmDdR73QwP8 IA, vers quel nouveau monde allons-nous ? https://www.youtube.com/watch?v=cTKP9b144uM&t=1s Vers une DATAR+, repenser l'aménagement du territoire https://www.youtube.com/watch?v=KczLCUaleSI Pour une République de la subsidiarité - discours de Benjamin Morel https://www.youtube.com/watch?v=amSTYoYoJsw Les échanges se sont poursuivis sur les nouvelles libertés locales avec François Baroin, Xavier Bertrand, Carole Delga et Hervé Marseille, avant qu’Érik Orsenna n’aborde la place de l’agriculture et de l’eau dans l’aménagement du territoire. Vers de nouvelles libertés locales : prendre au sérieux le principe de subsidiarité. https://www.youtube.com/watch?v=JqCKOza4apo L'agriculture et l'eau au centre de l'aménagement du territoire - discours d'Erik Orsenna https://www.youtube.com/watch?v=WRG8cT1yJcQ L’après-midi a prolongé ces réflexions à travers les enjeux du quotidien : mobilités, logement, infrastructures et transition écologique ont été au cœur d’une table ronde réunissant François Durovray, Franck Leroy, Agnès Pannier-Runacher, Laurianne Rossi et Guillaume Vuilletet.   Mieux vivre, mieux se déplacer, mieux habiter : le défi écologique du quotidien https://www.youtube.com/watch?v=0Q-K913NmKM Enfin, les débats se sont ouverts aux enjeux internationaux avec les tables rondes « Vers un conseil de défense européen » et « La France face au réarmement du monde », réunissant notamment Eléonore Caroit, Éric Danon, Frédéric Encel, Nathalie Loiseau et Pierre Vimont, suivie de plusieurs cartes blanches. Vers un conseil de défense européen https://www.youtube.com/watch?v=kpOEcv-zkxY La France face au réarmement du monde  https://www.youtube.com/watch?v=8xc6RQH9QIQ Le service à la Nation : redonner du sens - discours de Florian Bachelier https://www.youtube.com/watch?v=oPnq9l9VN78 Cartes blanches de Fahimeh Robiolle, Patrice Franceschi et Hélé Beji https://www.youtube.com/watch?v=czH3emT1DCs La soirée a ensuite été consacrée à l’engagement des jeunes avec Yaël Braun-Pivet et trois jeunes engagées, aux finances publiques avec François Baroin et Thierry Breton, puis à la littérature et à la liberté d’expression avec Boualem Sansal et Claudio Galderisi, clôturant un parcours consacré aux conditions politiques, territoriales et économiques permettant de repenser l’action publique.   L'engagement des jeunes https://www.youtube.com/watch?v=4rXRdPhy5EQ Rétablir les comptes publics pour mieux investir https://www.youtube.com/watch?v=NSheNeK4nEI Littérature et liberté d'expression https://www.youtube.com/watch?v=8GpOjoBhkrE Les défis existentiels À l’Hôtel de Ville, les échanges ont placé les grands défis sociaux et démographiques au cœur de la réflexion. La matinée s’est ouverte par une table ronde consacrée à « La jeunesse au cœur de la Nation : démographie, territoire et avenir français », réunissant Maud Bregeon, Cyril Cibert, Nathalie Delattre, Alexia Fossaluzza et Jérémie Patrier-Leitus, sous la modération de Pascale d’Artois. Les discussions se sont ensuite tournées vers la protection de l’enfance avec Madiba-Ousmane Guirassy, Juliette Méadel, Charlyne Péculier et Ghislaine Pieux.  La jeunesse au cœur de la Nation : démographie, territoire et avenir français https://www.youtube.com/watch?v=Fdb-DyCGOYM L'enfance en danger : vers une véritable protection de l'enfance https://www.youtube.com/watch?v=wYVuZMH1p-4 L’après-midi a été consacré à la laïcité et à sa place dans la cohésion républicaine. Médéric Chapitaux, Éric Chevée, Pascale d’Artois, Michel Lalande, Frédéric Souillot, Thierry Teboul et Nathalie Wolff ont participé à une table ronde intitulée « La laïcité, pilier du vivre ensemble », prolongée par une intervention de l’ancien Premier ministre Manuel Valls sur le caractère plus que jamais essentiel de la laïcité pour la République.  La laïcité, pilier du vivre ensemble https://www.youtube.com/watch?v=e-ZErFt4arc La laïcité, pilier plus que jamais essentiel de notre République - discours de Manuel Valls https://www.youtube.com/watch?v=xRBKGboqMY4 Retrouvez le discours écrit de Manuel Valls en intégralité sur le site du Laboratoire de la République La réflexion s’est ensuite ouverte sur la dimension maritime et ultramarine de la France. Roland Coutas, Guillaume Sainteny et Thani Mohamed Soilihi, sous la modération de Benjamin Morel, ont échangé autour de la nécessité de « repenser notre destin maritime et ultramarin ». La séquence s’est achevée par une intervention de Stéphane Boujnah, président du directoire d’Euronext, autour d’une question économique et budgétaire : « Redressement choisi ou austérité subie ? ». La France des océans : repenser notre destin maritime et ultramarin https://www.youtube.com/watch?v=KzwoDCIqrhM Redressement choisi ou austérité subie ? Discours de Stéphane Boujnah https://www.youtube.com/watch?v=VF-Lp2BTCns Retrouvez le discours écrit de Stéphane Boujnah en intégralité sur le site du Laboratoire de la République Réaffirmer la puissance publique En salle Poterne, les échanges ont d’abord interrogé la capacité de la France à construire et mobiliser ses compétences. Caroline Chanavas, Thibaut Guilluy, Franck Morel, Astrid Panosyan-Bouvet et Frédérique Vidal ont débattu des enjeux de formation, d’emploi et de compétences, sous la modération de Fabienne Arata et Louis-Charles Viossat. La question des retraites a ensuite été abordée sous l’angle du passage « de l’État-providence à l’État-prévoyance », avec Augustin de Romanet, Bertrand Martinot et Camille Renard.  Construire une France des compétences https://www.youtube.com/watch?v=7sbkH9_pFuQ Retraites : de l'État-providence à l'État-prévoyance  https://www.youtube.com/watch?v=a0Xv13qhd-Q L’après-midi a porté sur la solidité des institutions démocratiques et judiciaires. Un premier panel consacré à la Justice a réuni Béatrice Brugère, Julie Couturier et Luc Gras, avant qu’un second ne s’interroge sur les conditions d’une Ve République modernisée avec Jean-Michel Blanquer, Élisabeth Borne, Benjamin Morel et François Perret. Ces échanges ont permis d’aborder conjointement l’efficacité de la Justice, la confiance dans les institutions et leur adaptation aux transformations de la société.  Fortifier les institutions judiciaires : redonner sens à la Justice https://www.youtube.com/watch?v=U3j_QkdSsBA Fortifier les institutions démocratiques : une Ve République modernisée https://www.youtube.com/watch?v=yipXURsqMok La dernière partie de la journée s’est tournée vers la souveraineté technologique. Raphaël Doan, Éric Hazan, Frédéric Masquelier, Sébastien Soriano et Huguette Tiegna ont débattu des conditions d’une souveraineté française et européenne en matière d’intelligence artificielle, sous la modération de Marin de Nebehay. Bertrand Pancher a enfin conclu ce parcours par une intervention intitulée « Comment redémarrer la machine France ? ».  IA : vers une souveraineté française et européenne https://www.youtube.com/watch?v=zR1agMh5SF8 Comment redémarrer la machine France ? Discours de Bertrand Pancher  https://www.youtube.com/watch?v=pxkYe0V6sMA Retrouver un commun républicain En salle Europe, les tables rondes était consacrées à la recherche d’un « commun républicain ». La matinée s’est ouverte sur l’école, avec Jean-Michel Blanquer, Ilana Cicurel, Marin de Nebehay et Marie-Caroline Missir. Les échanges se sont poursuivis sur le rôle des universités dans la vitalité des territoires, avec Stéphanie Dameron, Catherine Fabre, Olivier Faron et Sylvie Retailleau, avant une table ronde consacrée aux transformations de la culture et de l’audiovisuel à l’heure de l’intelligence artificielle et des plateformes.  L'école au cœur du pacte républicain https://www.youtube.com/watch?v=URlKZ7-wTqE&t=10s Les universités, moteurs de la vitalité régionale https://www.youtube.com/watch?v=NQ_YzRkZX_0 Culture, IA, audiovisuel public et plateformes : le grand débat https://www.youtube.com/watch?v=goeY5cLpnBg L’après-midi a notamment placé la santé publique au centre des débats. Xavier Bertrand, André Lestienne, Camille Renard, Jean-Charles Samuelian, Frédéric Valletoux et Louis-Charles Viossat ont participé à la table ronde « Comment refonder la santé publique ? », modérée par Léa Behr et David Smadja. Une réflexion sur les transformations nécessaires du système de santé et sur les conditions permettant de reconstruire une politique de prévention et de santé publique.  Comment refonder la santé publique ? https://www.youtube.com/watch?v=NqZblf-zv5Y Enfin, les débats se sont tournés vers le travail, le pouvoir d’achat et la justice sociale. Patrick Martin et Bernard Spitz ont ouvert la séquence « Produire davantage pour un meilleur pouvoir d’achat et une société plus juste », complétée par une table ronde avec Thibaut Guilluy et Anne Rubinstein. Édouard Tétreau a conclu cette journée par une intervention intitulée « Refaire Nation, ne plus subir ». Produire davantage pour un meilleur pouvoir d'achat et une société plus juste : débat entre Patrick Martin et Bernard Spitz https://www.youtube.com/watch?v=Px_O5f_HRQw Produire davantage pour un meilleur pouvoir d'achat et une société plus juste : table ronde avec Thibaut Guilluy et Anne Rubinstein https://www.youtube.com/watch?v=UDXLSJCW8HA Refaire Nation, ne plus subir - discours d'Édouard Tétreau https://www.youtube.com/watch?v=IZqv6K4C7Vw

Nos études inédites présentées à Sens

par L'équipe du Lab' le 8 septembre 2026
À l’occasion de son Université d’été 2026 à Sens, le Laboratoire de la République a présenté cinq travaux inédits pour éclairer les transformations politiques, démocratiques et sociales à l’œuvre. Valeurs républicaines, intelligence artificielle et démocratie, décentralisation, neutralité dans l’entreprise et adaptation au changement climatique : ces études et guides proposent à la fois des éléments de diagnostic et des pistes concrètes pour l’action publique.
Présentées dans le cadre de l’Université d’été du Laboratoire de la République, organisée les 27, 28 et 29 août 2026 à Sens, cinq études inédites proposent un éclairage sur les grands enjeux qui traversent le débat public. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, elles portent notamment sur l’adhésion des Français aux valeurs républicaines, les mutations liées à l’intelligence artificielle, les libertés locales, la laïcité et la transition écologique. Le Baromètre de la République 2026 Réalisée par Ipsos bva pour le Laboratoire de la République, la deuxième vague du Baromètre de la République mesure le rapport des Français aux valeurs républicaines et leur perception du climat politique et démocratique à l’approche de 2027. L’étude met en évidence un attachement toujours très fort à la liberté, à l’égalité et à la fraternité, qui contraste avec un jugement beaucoup plus sévère sur leur application concrète. Elle fait également ressortir un climat marqué par le pessimisme et la demande de changement, ainsi qu’un décalage entre les préoccupations économiques et sociales des Français et les sujets qu’ils anticipent au cœur de la campagne présidentielle.  Je découvre le Baromètre de la République 2026 Présidentielle 2027 : les Français face à l’intelligence artificielle Quelle place les Français sont-ils prêts à accorder à l’intelligence artificielle dans une campagne électorale ? L’étude réalisée par l’Ifop pour le Laboratoire de la République montre une forte défiance à l’égard de l’IA lorsqu’elle touche à l’information et au choix politiques, mais aussi une plus grande ouverture à certains usages, notamment chez les jeunes générations. Les Français peuvent envisager l’IA pour comprendre une proposition, comparer des programmes ou vérifier une information, mais refusent très majoritairement qu’elle oriente leur vote. Alors que 86 % craignent que des deepfakes puissent influencer le résultat de la présidentielle, l’étude souligne l’importance de la transparence et de l’identification des contenus générés pendant la campagne.  Je découvre l'étude Présidentielle 2027 : les Français face à l'intelligence artificielle Benjamin Morel : pour une République de la subsidiarité À l’appui d’une étude réalisée en partenariat avec l’Institut Terram, Benjamin Morel, constitutionnaliste et secrétaire général du Laboratoire de la République, propose de repenser la décentralisation à partir de la capacité d’action des pouvoirs publics. Plutôt qu’un nouvel « acte » fondé sur de nouveaux transferts de compétences, il défend une subsidiarité effective : donner à chaque niveau de pouvoir les ressources fiscales, politiques et juridiques nécessaires pour agir et rendre des comptes aux citoyens. Autonomie fiscale, liberté d’initiative locale, pouvoir réglementaire et solidarité entre les territoires constituent les principaux leviers d’une réforme pensée moins comme une réorganisation administrative que comme un enjeu démocratique. Je découvre l'étude Décentraliser : subsidiarité contre vetocratie L’avenir de la Corse : sortir de l’impasse statutaire et reconstruire une réponse républicaine Alors que le projet de loi constitutionnelle relatif à l’autonomie de la Corse ouvre la voie à une évolution majeure de son statut, Benjamin Morel, constitutionnaliste, et Michel Ruimy, économiste, proposent une analyse des conséquences institutionnelles, politiques et économiques d’une telle réforme. Au-delà de la seule question corse, l’étude interroge les principes d’égalité devant la loi et d’indivisibilité de la République, ainsi que les risques liés à l’instauration de mécanismes d’exception territoriale. Face à ce qu’ils considèrent comme une impasse statutaire, les auteurs invitent à reconstruire une réponse républicaine capable de concilier la prise en compte des spécificités de l’île, l’efficacité de l’action publique et le maintien d’un cadre commun. Une contribution au débat constitutionnel qui entend éclairer les choix à venir et leurs conséquences durables pour la Corse comme pour l’ensemble de la République. Je découvre l'étude L'avenir de la Corse Faire vivre la neutralité dans l’entreprise : un guide pratique pour les employeurs, RH, managers et salariés Comment garantir que l’expression des convictions individuelles ne remette pas en cause les règles communes et le bon fonctionnement de l’entreprise ? La Commission République laïque du Laboratoire de la République, sous la plume de Pascale d'Artois et Théo Fouquer, publie un guide pratique consacré à la neutralité dans l’entreprise. Face à des manifestations plus affirmées des convictions sur le lieu de travail, il rappelle que la liberté de chacun doit s’exercer dans le respect du collectif, des nécessités de l’activité et du droit. Destiné aux employeurs, responsables des ressources humaines, managers et salariés, ce guide fournit des repères concrets pour déterminer ce qui peut être accepté, encadré ou interdit. Il précise notamment le rôle du règlement intérieur et les conditions dans lesquelles des restrictions peuvent être mises en place, afin de donner aux acteurs de l’entreprise les moyens de fixer un cadre clair et de le faire respecter. Je découvre le guide Neutralité en entreprise 2026-2032 : un mandat clé pour adapter son territoire aux enjeux environnementaux Face à la multiplication des canicules, aux records de chaleur et aux incendies, l’adaptation des territoires au changement climatique devient un enjeu immédiat de l’action locale. Quelques mois après les élections municipales de mars 2026, la Commission Environnement du Laboratoire de la République, par les voix d'Agnès Pannier-Runacher et Marine de Bazelaire, propose aux nouvelles équipes municipales une méthode, des priorités et des solutions concrètes pour renforcer la résilience de leur territoire. L’objectif : faire de la transition écologique une politique locale pragmatique, capable à la fois de protéger les habitants, d’anticiper les risques et de créer de la valeur pour les communes. Je découvre le guide 2026-2032 : un mandat clé pour adapter son territoire

La laïcité, pilier de la République

par Manuel Valls le 30 août 2026
Le vendredi 28 août 2026, à l’occasion de l'Université d’été du Laboratoire de la République, Manuel Valls, ancien Premier ministre, a prononcé un discours consacré à la laïcité, pilier essentiel du modèle républicain. Revenant sur ses fondements historiques et juridiques, les menaces auxquelles elle est selon lui confrontée et les combats qu’elle impose aujourd’hui, il appelle à défendre une laïcité « sans adjectif et sans exception », garante de la liberté de conscience, de l’égalité et de la fraternité.
Seul le prononcé fait foi. Mesdames, Messieurs, Chers amis, Laissez-moi d’abord vous remercier pour votre invitation et la qualité de vos travaux. Vous avez évoqué tout au long de cette table ronde un mot que l’on brandit, que l’on accuse, que l’on adjective — laïcité « ouverte », laïcité « apaisée », laïcité « positive », laïcité « inclusive » — comme si le mot nous faisait peur. Comme s’il fallait, à chaque fois, s’excuser de le prononcer. Je ne m’excuserai pas. Je ne me suis jamais excusé. La laïcité n’a pas besoin d’adjectif. Elle a besoin d’être comprise et défendue. Les deux vont ensemble. Ce discours sera donc une leçon et un combat. Ce que la laïcité est — et ce qu’elle n’est pas. Le premier ennemi de la laïcité, c’est l’ignorance de ce qu’elle est. La laïcité tient en trois principes. Premier principe : la liberté de conscience. Chacun est libre de croire, de ne pas croire, de changer de croyance, de la pratiquer, de l’abandonner. C’est l’article 1er de la loi de 1905 : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes. » Assure. Garantit. Des verbes de protection, pas d’interdiction. Deuxième principe : la séparation. L’État ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. C’est l’article 2. L’État ne dit pas ce qu’il faut croire ; les religions ne disent pas ce qu’il faut légiférer. Chacun chez soi. Troisième principe : l’égalité. Devant la loi, il n’y a ni catholique, ni juif, ni musulman, ni protestant, ni athée. Il y a des citoyens. Aucune conviction ne donne de droits en plus ; aucune n’en donne en moins. Liberté, séparation, égalité. Voilà la laïcité. Ce n’est pas une opinion. Ce n’est pas une idéologie. C’est le cadre politique, juridique et moral qui permet à des gens qui ne croient pas la même chose de vivre sous les mêmes lois sans s’entre-tuer. Rien de moins. Disons maintenant ce qu’elle n’est pas, parce que c’est là que la confusion prospère. La laïcité n’est pas l’effacement du religieux de l’espace public. On confond trop souvent l’espace public – la rue, le café, le parc, où chacun s’habille et s’exprime comme il l’entend – et le service public – l’école, la mairie, l’hôpital, le tribunal, où les fonctionnaires et les agents de l’État au sens le plus large doivent la neutralité parce qu’ils incarnent l’État. La laïcité n’est pas non plus l’athéisme d’État. Elle n’est pas hostile aux religions. Certes, je n’oublie ni les excès révolutionnaires ni le culte de l’« Être suprême » : « l’homme nouveau » et la « table rase » conduisent toujours au pire.   J’ai vécu, comme maire d’Évry, au cœur d’une ville qui a vu s’élever la seule cathédrale construite au XXe siècle, un temple évangéliste, une grande mosquée, une synagogue, une pagode immense. J’y ai entretenu un dialogue exigeant avec chacun des cultes, sans jamais céder sur les valeurs communes de la République. J’ai retrouvé ce modèle de tolérance, forcément fragile, à la Réunion. Personne n’a demandé à personne de se cacher. Dans un pays laïque, on peut être curé, rabbin, imam ou pasteur et ne devoir de comptes à personne sur sa foi – seulement sur ses actes. La laïcité n’est donc pas une arme contre une religion. Forgée face une Église qui prétendait régenter la République et les consciences, elle s’applique aujourd’hui à tous, sans exception et sans exemption. D’où elle vient : la mémoire d’un combat On voudrait nous faire croire que la laïcité serait un caprice récent, une crispation identitaire, une invention de circonstance. C’est faux, et il faut le dire avec force : la laïcité est au cœur de l’idéal républicain. Elle commence en 1789, avec l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses. » Même religieuses : la religion cesse d’être la norme obligatoire pour devenir une opinion protégée comme telle. Elle continue avec Jules Ferry en 1882 : l’école devient laïque. Non pour chasser Dieu de l’école ; c’est pour que l’école appartienne à tous les enfants de France, quelle que soit la maison d’où ils viennent. Elle s’accomplit en 1905, dans un climat de violence oublié : les inventaires des biens d’Église ont provoqué des émeutes. Et pourtant, Aristide Briand, rapporteur de la loi, soutenu par Jean Jaurès à la Chambre des Députés et Georges Clemenceau au Sénat a tenu une ligne de crête : ni la loi de combat des anticléricaux les plus durs, ni la capitulation. Une loi de compromis et de liberté. Cette loi, l’Église catholique l’a d’abord rejetée. Pie X l’a condamnée. Il a au moins fallu vingt ans, et une guerre mondiale où catholiques, anticléricaux et bien d’autres sont morts dans les mêmes tranchées, pour que la réconciliation vienne. Aujourd’hui, l’Église de France défend la loi de 1905. Voilà la preuve historique : la laïcité ne détruit pas les religions ; elle les libère de la tentation du pouvoir, et l’État de la tentation de la tutelle. Il faut le rappeler à ceux qui prétendent que la laïcité serait discriminatoire envers les musulmans. En 1905, l’islam ne pesait rien en métropole. La loi a été écrite dans un face à face avec la religion majoritaire, dominante, installée. Et c’est précisément pour cela qu’elle est juste : elle a imposé à la plus puissante ce qu’elle demande aujourd’hui à toutes. Bien sûr, il y a eu des anachronismes, par exemple à la construction de la Mosquée de Paris décidée par une loi en 1920 d’abord pour rendre hommage aux musulmans morts dans les tranchées et pour incarner un geste vis-à-vis de l’empire colonial. Il reste aussi le Concordat en Alsace-Moselle puisque ces départements étaient prussiens en 1905. Pourquoi la laïcité est-elle un pilier, et pas un simple principe ? Parce que la laïcité porte les trois mots de notre devise. Elle porte la liberté, et d’abord la première de toutes : celle de penser par soi-même. Là où le religieux dicte la loi, il y a une orthodoxie et des hérétiques. La laïcité est la garantie que l’hérésie n’existe pas en droit français. Elle porte l’égalité. Pas seulement l’égalité entre les croyants, entre les croyants et les non-croyants. L’égalité entre les femmes et les hommes. C’est là que le débat se durcit, et je ne l’esquiverai pas – je ne l’ai jamais esquivé. À l’été 2016, à Colomiers, en pleine polémique sur le burkini, j’ai dit : « Marianne a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple. Elle n’est pas voilée parce qu’elle est libre. » Que n’avais-je dit ! On m’a raillé, y compris au sein du gouvernement. On m’a accusé de diviser, de fracturer. Dix ans ont passé. Regardez la pression qui s’exerce sur le corps des femmes – dans les quartiers, plages, piscines, stades – au nom d’une pudeur qui vise à effacer la femme de l’espace public. Le burkini n’a jamais été un maillot de bain ; c’était et c’est toujours un drapeau, une revendication politique. Comme le voile que l’on impose aux jeunes filles. Je l’ai dit. J’avais raison. Toutes les grandes religions, au cours de l’histoire et encore aujourd’hui dans leurs versions les plus rigoristes, ont produit des règles qui assignent les femmes à un statut inférieur : le corps à couvrir, la parole à taire, l’espace à ne pas partager. La République laïque dit : la loi civile prime, et la loi civile dit que la femme est l’égale de l’homme. Point. Ce n’est négociable au nom d’aucune tradition, d’aucun texte sacré. Cette bataille-là doit être menée avec pédagogie mais sans compromission. Enfin, la laïcité porte la fraternité. Parce que la fraternité suppose un commun. Une nation n’est pas une juxtaposition de communautés qui se tolèrent ; c’est un peuple qui partage des lois, une école, un destin. La laïcité est ce qui permet au fils d’immigré et à la petite-fille de paysan berrichon, au catholique pratiquant et à l’athée militante, de s’asseoir a priori sur le même banc d’école et d’y apprendre la même chose : dans la sphère publique, ils sont d’abord des citoyens – même si je sais qu’il reste beaucoup à faire pour redresser notre école publique. Retirez la laïcité, et le pilier tombe. Ce qui reste, c’est le modèle communautaire, où l’on naît, vit et meurt dans son groupe, où la loi commune recule devant les accommodements, où l’individu n’est plus protégé contre sa propre communauté. Ce modèle abandonne les plus faibles — la jeune fille qui ne veut pas du voile, l’homosexuel, l’apostat, le libre penseur — à la loi du groupe. Ce n’est pas notre modèle. Ce ne le sera jamais. Les attaques — nommer les adversaires Un pilier ne s’effondre pas d’un coup. Il est rongé. Sur trois fronts à la fois. Première attaque : l’offensive islamiste. Il faut la nommer sans peur et sans confusion. L’islam est une religion de France, pratiquée par des millions de nos concitoyens, qui ont droit à la même liberté et au même respect que les autres. L’islamisme est un projet politique, qui veut que la loi religieuse (la charia) l’emporte sur la loi civile et retourne nos libertés contre nous. Confondre les deux est une faute. Refuser de voir le second au nom du premier est une lâcheté.   Cette offensive a un visage : la pression sur les jeunes filles, la contestation des programmes d’histoire ou de biologie, les certificats de virginité, les piscines séparées, les menus exigés, les enseignants intimidés, la haine des Juifs, matrice de cette idéologie totalitaire. Elle a eu ses martyrs : Charb et la rédaction de Charlie ; les victimes de Paris, de Nice, de Toulouse et de Montauban ; Samuel Paty, décapité pour avoir enseigné la liberté d’expression ; Dominique Bernard, égorgé devant son lycée ; le père Hamel dans son église ; le colonel Beltrame en prenant la place d’un otage. Je prononce ces noms, parmi d’autres, pour rappeler que cette guerre-là n’est pas une abstraction. Cette offensive n'est pas une somme de faits divers. C'est une stratégie. Elle a une doctrine, celle des Frères musulmans, qui ne cherchent plus la rupture violente mais la conquête lente : investir les associations, les clubs, les conseils municipaux, les syndicats étudiants, les prisons ; se rendre indispensable ; puis exiger. Le rapport remis au gouvernement l'an dernier a décrit cet entrisme avec une précision clinique. Il n'a été suivi de presque rien. Nous avons désormais la carte ; il nous manque la volonté. Et cette épreuve n'est pas seulement française. Elle est européenne. À Bruxelles, à Manchester, à Vienne, à Nice, à Solingen, ce sont les mêmes tueurs, les mêmes prêches, les mêmes réseaux. À Hambourg, on a vu défiler des centaines d'hommes réclamant le califat en plein cœur d'une démocratie. En Angleterre, des tribunaux islamiques rendent des « jugements » en matière de famille et de divorce que l'État tolère depuis des années, et des milliers de jeunes filles ont été livrées à des gangs pendant que les autorités se taisaient par peur d'être accusées de racisme. En Suède, en Belgique, aux Pays-Bas, des quartiers entiers échappent à la loi commune. Partout, la même mécanique : le renoncement au nom de la tolérance, puis la sécession au nom de la diversité, puis la peur. La France est en première ligne parce qu'elle est vue comme la seule à opposer un principe à cette entreprise. C'est pour cela qu'on nous hait, et c'est pour cela qu'on nous regarde. Les islamistes savent que si la laïcité française tombe, que si son école publique cède, plus rien ne tiendra en Europe. Ils ne se trompent pas de cible. Ne nous trompons pas d'ennemi. Deuxième attaque : le renoncement. Elle est plus discrète et dangereuse, parce qu’elle vient de nos rangs. Souvenez-vous de janvier 2015. Quatre millions de Français dans la rue. Et déjà, dans les marges, ceux qui n’étaient « pas Charlie ». Qui trouvaient que les caricatures étaient « de trop ». Qui expliquaient, les morts encore dans la salle de rédaction, que les dessinateurs « l’avaient un peu cherché ». Qui refusaient la minute de silence dans les collèges et qu’on a excusés au nom de la « diversité des ressentis ». Ceux-là n’étaient pas des naïfs. Ils avaient choisi : les assassins contre les assassinés, le blasphème comme délit contre le blasphème comme droit. Et ceux-là, dix ans plus tard, siègent, enseignent, éditent, et se présentent comme les gardiens de la « laïcité apaisée ». Je ne leur accorde aucune excuse. On ne négocie pas avec ceux qui cherchent des circonstances atténuantes aux tueurs. On ne s’allie pas avec LFI, qui s’accorde avec les islamistes par calcul électoral et instrumentalise la haine des Juifs et d’Israël. Plus que jamais nous devons « être Charlie », revendiquer le crayon des dessinateurs comme l’un des plus beaux symboles de notre pays. Il a fait le tour du monde. N’oublions pas que le 11 janvier 2015, Paris était la capitale du monde et de la liberté.   C’est le même discours qui décrète depuis quelques années que la laïcité serait devenue « islamophobe », qui invente une laïcité « ouverte » pour excuser des accommodements que la loi refuse. Une partie de la gauche – politique, syndicale, médiatique, féministe – pourtant mère de la laïcité, a déserté ce combat. Elle a troqué l’universalisme contre les identités, Jaurès contre le clientélisme. Elle a trahi. Il n’y a pas d’autre mot. Troisième attaque : la récupération, et l’ambiguïté d’en haut. Il y a ceux qui découvrent la laïcité tardivement et n’y voient qu’un instrument pour désigner un ennemi ; qui la brandissent contre l’islam mais s’accommoderaient volontiers d’une France « chrétienne » où les racines l’emporteraient sur les lois. Je n’ignore pas nos racines chrétiennes – admirons la cathédrale gothique de Sens et ses vitraux – mais notre pays est une sédimentation, une histoire, une culture et une langue. Et il a fait un choix qu’il faut protéger : la République universelle. L'extrême droite identitaire ne veut pas la laïcité. Derrière le mot « identité », il y a une doctrine, et elle a un nom : le suprémacisme. L'idée qu'il existerait un peuple de souche, défini par la couleur et le sang, seul légitime à dire qui est français. Cette doctrine n'a rien à faire de la loi de 1905 ; elle s'en sert. Elle réclame la neutralité pour l'imam et l'exception pour le curé, parce que le crucifix est pour elle un marqueur ethnique. Elle veut remettre la crèche dans la mairie, pour dire que l'on est d'abord de sa « race » ou de sa religion, et citoyen ensuite, s'il reste de la place. Quand elle parle de « grand remplacement », elle dit exactement ce que disent les prêcheurs salafistes : qu'un musulman ne peut pas être français. Les uns ont besoin des autres. Chaque attentat nourrit l'identitaire ; chaque discours identitaire nourrit le recruteur. Et la « remigration », l'expulsion de Français selon leur origine, nie la République dans ce qu'elle a de plus profond, l'idée que la nation est un contrat et non une race. Regardez ce qu'ils admirent : des régimes où l'on a marié l'État à l'Église, où l'on gouverne au nom du Dieu contre ses concitoyens. Ce n'est pas la laïcité. La laïcité est universaliste ou elle n'est rien. Qui la veut pour les autres et pas pour les siens la salit. Je ne laisserai pas Marianne servir d'enseigne à ceux qui, en 1905, auraient été du côté des évêques rebelles et auraient célébré leur revanche avec Pétain en 1940. Et il y a ceux qui ont eu la charge de l’État et qui ont vacillé alors qu’ils avaient juré de défendre la République. Le 20 décembre 2007, au Latran, un Président de la République française a déclaré que l’instituteur ne pourrait jamais remplacer le curé ou le pasteur dans la transmission des valeurs. Mesurez cette phrase. Un chef de l’État qui place, sous les ors du Vatican, le catéchisme au-dessus de l’école de la République. Pauvre Jules Ferry. Ce n’était pas une maladresse ; c’était une doctrine, la « laïcité positive » qui n’était que la réhabilitation du religieux comme fondement de la morale publique. Nous l’avons combattue alors. Nous la combattons encore. Onze ans plus tard, en avril 2018, aux Bernardins, un autre Président est venu dire aux évêques de France que le lien entre l’Église et l’État s’était « abîmé » et qu’il lui appartenait de le « réparer ». Réparer quoi ? La séparation n’est pas une blessure ; c’est la loi. Un Président de la République ne « répare » pas un lien avec un culte ; il garantit à tous les cultes la même distance. Et ce même Président a remercié le ministre qui avait, sur l’école, tenu la ligne la plus ferme depuis longtemps — Jean-Michel Blanquer, à qui je veux rendre hommage ici — pour le remplacer par le contraire. Le signal a été reçu cinq sur cinq par tous ceux qui attendaient que l’État baisse la garde. La laïcité ne se découpe pas. Elle vaut pour le voile et pour la crèche dans la mairie, pour le prêche de l’imam et pour celui de l’évêque quand il s’invite à l’Élysée. Voilà la tenaille. D’un côté, ceux qui veulent la briser. De l’autre, ceux qui veulent la vider. Contre tous, une seule réponse : la laïcité intégrale, celle de 1905, sans adjectif et sans exception. Agir, maintenant Un discours offensif n’a de sens que s’il débouche sur une action. Voici nos sept chantiers. D’abord, l’école – volontairement non traitée dans cette table ronde, et j’y reviens car elle est le sanctuaire. La loi de 2004 sur les signes religieux, grâce à Jacques Chirac et François Baroin, a été majeure ; la décision sur l’abaya, préparée par le travail de Jean-Michel Blanquer et prise par Gabriel Attal en a été le prolongement nécessaire. Mais une loi ne suffit pas : chaque enseignant doit savoir qu’il sera soutenu, immédiatement et sans réserve, quand il enseignera Darwin, la Shoah, la liberté de caricaturer ou l’égalité des sexes. L’enseignement de la laïcité doit être une colonne vertébrale.  Et je reste convaincu que ces mêmes règles – notamment la loi de 2004 – doivent s’appliquer à l’université où depuis trop longtemps on cède à la pression des islamistes et de leurs complices. Ensuite, le service public. La neutralité des agents est acquise en droit ; elle doit être appliquée partout, sans exception. Et elle doit être étendue là où le doute subsiste : aux accompagnateurs de sorties scolaires, qui participent à l’acte éducatif ; aux organismes privés qui exercent une mission de service public. Troisièmement, l’entreprise. C’est la loi Travail de 2016 - mon gouvernement, notamment avec Myriam El Khomri - qui a inscrit dans le Code du travail le droit pour l’employeur de fixer, dans le règlement intérieur, un principe de neutralité, justifié et proportionné. J’ai encore le souvenir de mon combat pour soutenir la courageuse directrice de la crèche privée Babyloup aux côtés d’Elisabeth Badinter, Richard Malka ou Caroline Fourest. La Cour de Justice de l’Union européenne a confirmé ce droit. Il est trop peu utilisé, parce que les directions ont peur, le fameux « pas de vague ». La loi est avec vous : exiger que l’on serve les clients, que l’on travaille avec des femmes, que l’on ne transforme pas un atelier en salle de prière, ce n’est pas discriminer. C’est faire respecter la vie commune. Quatrièmement, le sport. Le stade n’est pas neutre parce qu’on y joue selon les mêmes règles. Le Conseil d’État a validé le refus du voile sur les terrains de football. Étendons cette neutralité à toutes les compétitions fédérales, et cessons de plier devant les fédérations internationales qui, au nom de l’« inclusion », importent sur nos pelouses le marquage religieux des corps. Le sport a été, avec l’école, le grand creuset de la République. On ne le laissera pas devenir le laboratoire de la sécession. Cinquièmement, l’espace public. Il ne s’agit pas d’interdire un foulard dans la rue – j’y reviendrai pour les jeunes filles. Il s’agit de ne rien céder sur ce qui contredit la loi : voile intégral, prières de rue, séparation des sexes dans les équipements publics. La loi de 2021 contre le séparatisme a donné des outils : contrat d’engagement républicain, contrôle des financements étrangers, fermeture des lieux de culte qui prêchent la haine. Utilisons-les pleinement. Et adaptons l'arsenal à l’ère numérique : 1905 a été pensée pour un monde de chaires et de sacristies, pas pour l'endoctrinement en ligne, invisible aux familles. Je vais être franc avec vous sur un sujet complexe sur le plan juridique mais clair sur le plan des valeurs. Celui du voile imposé aux jeunes filles dans l’espace public. D’une manière ou d’une autre, il faudra légiférer, agir face à une provocation qui teste la République. Nous ne pouvons pas abandonner ces fillettes. Sixièmement, l’organisation du culte musulman. Ce n’est pas à l’État de le faire — ce serait contraire à 1905. Mais c’est à l’État d’exiger que l’islam de France cesse de dépendre d’Alger, de Rabat, d’Ankara ou de Doha. Un imam formé et payé en France, parlant français, ne prêche pas comme un imam détaché par un État étranger. La fin des imams détachés était un premier pas. Allons au bout.  Mais un débat plus fondamental est posé à l’Islam quant à sa capacité de se réformer dans nos sociétés occidentales et démocratiques. Nous ne pouvons pas ignorer les enquêtes d’opinion qui reflètent chez nos concitoyens musulmans, notamment parmi les plus jeunes, un éloignement à l’égard de nos principes républicains et laïcs qui va au-delà de la radicalité de la jeunesse, de l’aspiration spirituelle et de la crise identitaire par laquelle nous sommes tous passés.   Septièmement, la parole. Cessons de nous taire. Cessons de laisser le mot « islamophobie » servir de bâillon—critiquer une religion est un droit ; discriminer ses fidèles est un délit, et la loi sait distinguer les deux. Cessons de considérer que défendre la laïcité serait « faire le jeu » de qui que ce soit. La laïcité ne fait le jeu que de la République. Conclusion Je vous ai parlé de lois, de dates, de principes. Je terminerai par une conviction. La laïcité n’est pas un compromis fatigué entre des forces qui se sont lassées de se battre. C’est une conquête. C’est l’idée, folle en 1789, révolutionnaire en 1905, encore fragile aujourd’hui, que l’on peut bâtir une nation sur autre chose que le sang, le sol ou le dieu. Sur la citoyenneté. Sur la loi que l’on se donne à soi-même. Cette idée, le monde nous l’envie et ne la comprend pas. Les Anglo-Saxons y voient une intolérance ; les théocraties y voient une impiété ; les relativistes y voient une arrogance. Pourtant, elle a fait que ce pays, qui a connu les guerres de religion, la Saint-Barthélemy, la révocation de l’édit de Nantes, l’affaire Dreyfus, a fini par se donner une paix civile dont il ne mesure plus le prix. Ce prix, d’autres l’ont payé. Il nous revient de ne pas le gaspiller. Alors, quand on vous dira que la laïcité est dépassée, répondez qu’elle est la modernité même. Quand on vous dira qu’elle est contre les religions, répondez qu’elle les a toutes libérées. Quand on vous dira qu’elle est contre les musulmans, répondez qu’elle est la meilleure protection des musulmans de France contre ceux qui veulent parler en leur nom. Et quand on vous dira qu’elle est une crispation, répondez qu’elle est ce qui reste quand on a renoncé à la guerre civile. La laïcité n’a pas besoin d’adjectif. Elle a besoin de nous tous. Manuel Valls est ancien Premier ministre.

Redressement choisi ou austérité subie ? On peut le faire !

par Stéphane Boujnah le 28 août 2026
À l’occasion de l’Université d’été du Laboratoire de la République organisée à Sens, Stéphane Boujnah, président du directoire d'Euronext, a appelé à regarder avec lucidité la situation des finances publiques françaises et à retrouver une capacité d’action collective. Face à l’accumulation de la dette et aux défis économiques, sociaux et démographiques, il défend le choix d’un redressement construit dans la durée, fondé sur un effort partagé et une délibération dépassant les clivages partisans. Une conviction traverse son intervention : la France peut encore choisir son destin plutôt que subir demain une austérité imposée.
Les faits sont connus et documentés. Récemment, l’OCDE, la Cour des comptes, puis la mission de Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla, ont établi un constat implacable sur la situation alarmante des comptes publics de la France. Ce document n’ajoute rien à ces analyses précises, dont d’ailleurs il s’inspire en partie. En revanche, il essaye de dégager une compréhension de notre situation qui peut être largement partagée, et surtout de proposer un chemin collectif opérationnel pour choisir le redressement maintenant et éviter de subir l’austérité bientôt. Les analyses contenues dans ce document sont évidemment perfectibles, et elles peuvent être contestées, mais elles permettent d’engager un dialogue avec tous ceux qui veulent sincèrement préserver la capacité de délibération démocratique en France pour pouvoir encore faire demain des choix collectifs. 1 - Il nous faut désormais faire ensemble plus avec moins. C’est frustrant mais c’est la réalité incontestable. Et c’est cette frustration qui nourrit la colère, et souvent une forme de radicalité, chez une partie croissante de nos concitoyens.Il nous faut faire beaucoup plus, car nous devons résoudre les problèmes d’hier et d’aujourd’hui, notamment rétablir la promesse républicaine de l’école et l'excellence de notre recherche, adapter le fonctionnement de la santé au vieillissement, garantir le fonctionnement de la justice de plus en plus sollicitée, réinventer la cohésion des territoires et des centres-villes, moderniser des infrastructures de transport et énergétiques qui vieillissent, ou encore accompagner les transitions agricoles.Mais nous devons aussi résoudre les problèmes d’aujourd’hui et de demain, comme l’adaptation massive au changement climatique, la défense de nos libertés sur le continent européen qui requiert la construction de capacités de défense adaptées à de nouvelles menaces, le rétablissement de notre compétitivité technologique et de nos ambitions de développement de l’intelligence artificielle et de l’informatique quantique, la réindustrialisation du pays dans un contexte de compétition sauvage avec la Chine et de tensions durables avec les États-Unis, la lutte contre la narco-criminalité qui pénètre notre société, et surtout l’adaptation à un vieillissement démographique inéluctable. Il est aisé d’oublier les réalités démographiques, car ce sont des processus lents, mais ces réalités n’en sont pas moins massives et certaines dans leurs effets.Or, il nous faut faire beaucoup plus avec beaucoup moins, car nos capacités de choix collectifs, et donc d’action publique, se réduisent. Certes, notre pays est celui qui prélève le plus d’impôts parmi des 38 pays les plus développés de la planète, plus de 44% du PIB, la richesse que nous créons chaque année. Et, dans ce même groupe, notre pays est aussi celui qui consacre à la dépense publique la plus grande part du PIB, plus de 57%. Alors, pourquoi, si on prélève plus d’impôts que les autres, et si on dépense plus d’argent public que les autres, ne parvient-on pas à résoudre nos problèmes d’hier, d’aujourd’hui et de demain ? Parce que nous avons fait des choix collectifs, implicites ou explicites, qui créent une impasse. 2 - Nous avons choisi ensemble le présent plutôt que l’avenir, c’est à dire transférer des revenus à la génération présente plutôt qu’investir pour préparer un avenir meilleur aux jeunes d’aujourd’hui et aux générations futures. Nous avons, par exemple, préféré garantir la progression des pensions de retraite plutôt que de préserver nos capacités de recherche spatiale. Nous avons privilégié un généreux système d'arrêts maladie au détriment de nos capacités de recherche médicale. Nous nous sommes habitués à ce qu'un enseignant à la retraite qui ne travaille plus perçoive une pension plus élevée que le traitement d’un enseignant qui travaille en début de carrière.Nous avons préféré installer progressivement une société de consommateurs plutôt que construire une nation de producteurs agiles. Nos choix de financement de la protection sociale qui pèsent essentiellement sur les entreprises et les salariés, ou l'acceptation résignée à des échanges asymétriques avec la Chine, ou encore l'accoutumance à un niveau, sans équivalent sur la planète, des réglementations qui frappent les activités industrielles, disent notre préférence collective pour consommer pas cher plutôt que produire de manière compétitive. Notre préférence pour le présent a aussi nourri une croissance faible à laquelle nous semblons nous habituer. Or notre modèle ne fonctionne durablement que si la croissance de notre économie est plus forte que la croissance de nos dépenses publiques. Et nous nous sommes habitués progressivement à financer, avec l’argent des autres, des choix que nous ne pouvions plus nous payer, c’est à dire en empruntant l’argent que nous redistribuons. Nous avons coutume de dire que les Français ne veulent pas faire de sacrifices. C’est faux. Il est un sacrifice que nous faisons collectivement avec méthode et constance, c’est le sacrifice de nos enfants à qui nous laissons chaque année une dette de plus en plus importante et un espace de plus en plus réduit de délibération démocratique pour qu’ils puissent faire des choix demain. Notre préférence pour le présent nous a conduit à rechercher partout, et le plus souvent, auprès de l’État, une protection contre les risques extérieurs. L’euro nous affranchit largement de l’angoisse de la dévaluation, et de la baisse du pouvoir d’achat qu’elle entrainait. Les Français ont aussi la particularité d’être peu sensibles à la hausse des taux d’intérêt. En effet, pour acheter leur logement, quand ils le peuvent, ils empruntent à taux fixe, contrairement à la plupart des pays d’Europe où les crédits immobiliers sont à taux variable. Et quand les taux d’intérêt augmentent, c’est largement le problème de la banque prêteuse. Nous sommes aussi beaucoup plus abrités que les autres pays de l’inflation mondiale grâce à de généreuses interventions publiques, à l’image du bouclier énergétique. Nous avons donc créé les conditions pour que beaucoup de Français pensent que nous vivons sur une île isolée des réalités mondiales. Car nous avons choisi de construire une véritable bulle pour isoler les Français des évolutions du monde qui nous entoure afin de préserver le confort présent. Mais cette bulle est coûteuse, et elle est de plus en plus financée par nos créanciers. Bien sûr, l’emprunt et la dette ne sont pas, en eux-mêmes, toxiques, d’abord si leur produit est affecté à la préparation de l’avenir, et ensuite si la société génère assez de ressources pour en assurer le remboursement sans transférer des charges disproportionnées aux générations futures. Ainsi, une famille emprunte à juste titre pour entreprendre des travaux d’isolation de son logement, ou pour financer la location ou l’achat d’une chambre pour un enfant qui va préparer son avenir dans une ville universitaire. Mais nous faisons collectivement exactement le contraire, nous empruntons, majoritairement au reste du monde, pour pérenniser un niveau de protection sociale que nous ne pouvons plus nous payer. Cette situation est le produit d'un empilage de petits renoncements, devenus des habitudes, où chacun a sa part de responsabilité. Les responsables politiques qui ont souvent préféré regarder les urnes plutôt que les berceaux, et qui ont donc préféré parler aux électeurs plutôt qu’aux citoyens. Mais aussi chacun d’entre nous qui constate, sans en tirer les conséquences, que ce système de protection sociale, inventé en 1945, il y a plus de trois générations, reposait sur des conditions économiques et démographiques qui n'existent plus. Dans 19 ans, la Sécurité Sociale aura un siècle, et en un siècle la France et le monde qui nous entoure ont changé. Ainsi, la plupart des Français se souviennent de leur enfance comme une période où il y avait, le jour de Noël, plus d’enfants qui ouvraient des cadeaux sous le sapin que d’adultes et de personnes âgées qui restaient autour de la table, alors que, désormais, il y a sous le même sapin, quelques enfants qui ouvrent les cadeaux pendant que beaucoup d’adultes, et surtout de plus en plus de personnes âgées, observent tendrement les enfants devenus plus rares. Alors pourquoi notre somnambulisme collectif ne peut-il plus durer ? Et pourquoi cette fois-ci est-ce différent ? Parce que certains problèmes quand ils évoluent trop longtemps sans traitement, finissent par changer, non pas de degré, mais de nature. Ainsi, le traitement tardif du cancer qui a beaucoup évolué est plus lourd et incertain que le traitement précoce de la tumeur initiale. Nous y sommes. Il est tard. Mais il n'est pas trop tard. 3 - Nous sommes entrés ensemble dans un processus d’asphyxie qui s’accélère et qui peut conduire à une austérité subie.Certains pensent que l’on peut procrastiner, que des solutions anciennes sont possibles, puisque finalement il y a toujours des gens qui achètent la dette française, et donc qu’il n’y a pas de problème à s’endetter davantage. Ceci est une erreur quand ceux qui le croient ne connaissent pas la réalité des faits. Mais c'est un mensonge quand ceux qui le disent connaissent les faits et les chiffres. Car, si nous sommes probablement à l’abri d’une coupure soudaine d’oxygène, nous sommes indéniablement entrés dans un processus d’asphyxie progressive. Et le mensonge en cette matière, c’est la trahison. Trahison à l’égard de nos enfants, sur qui nous faisons peser le poids demain de nos renoncements et de nos facilités d’aujourd’hui. Trahison à l’égard des salariés à qui il est demandé de financer aujourd’hui un niveau de vie plus élevé pour les retraités, alors que les salariés savent qu’eux-mêmes n’auront pas accès dans l’avenir aux mêmes pensions. Trahison à l’égard des retraités qui ne comprennent pas pourquoi les règles du jeu changent quand on ne peut répartir plus que ce que l’on produit, parce qu’on ne produit plus assez. Les faits sont en effet cruels. Il y a deux ans, la France empruntait à 10 ans à un taux d’intérêt, certes plus élevé que l'Allemagne mais à un taux inférieur à ce que payaient pour s'endetter sur la même période le Portugal, l'Espagne, l'Italie et la Grèce. Aujourd’hui, la France emprunte, majoritairement au reste du monde, plus cher que tous ces pays européens. Pourquoi ? D’abord, parce que le stock de notre dette augmente plus vite qu’ailleurs. La France est le troisième pays le plus endetté de la zone euro, avec plus de 118% du PIB, derrière la Grèce (146%) et l'Italie (137%). Mais notre pays est le seul dans la zone euro à ne pas avoir fait refluer sa dette depuis la fin de la crise sanitaire. Tout au contraire, nous augmentons chaque année en France notre stock de dette d’environ 3% du PIB, alors que les quelques pays encore plus endettés que nous réduisent, eux, leur stock de dette. C’est le cas en particulier de la Grèce. En France, nous allons augmenter la dette publique de plus de 160 milliards d’euros en 2026, et nous devrons à nos créanciers à la fin de cette année un montant total de 3 620 milliards d’euros. Dans ces conditions, plusieurs rapports publics envisagent même un stock de dette, au milieu du prochain quinquennat, qui pourrait atteindre 130% du PIB. Ensuite, parce que nos créanciers demandent des taux d’intérêt de plus en plus élevés pour continuer à nous prêter. Le taux moyen à l'émission de la dette de la France s'élevait en 2025 à 3,35%, alors qu'il n'était que de 1,70% en 2022 et nul en moyenne en 2021. En d’autres termes, comme la maturité moyenne de la dette française est de 8,5 années, il nous faut refinancer les montants souscrits entre 0% et 2%, quand ils arrivent à échéance aujourd’hui, à des taux d’intérêt supérieurs à 4,1%. Et ces taux n’ont aucune raison de baisser si le débat budgétaire au parlement en 2026 demeure aussi confus et indécis qu’en 2025, si se confirme la perspective d’un déficit en 2026 supérieur à 5% pour la troisième année consécutive, et si la probabilité se renforce de voir deux candidats des partis de la colère qualifiés au deuxième tour des élections présidentielles en mai 2027. La combinaison de l’augmentation continue du stock de notre dette, d’une part, et de l’augmentation rapide des taux d’intérêt qu’exigent nos prêteurs, d’autre part, conduisent à une situation où la charge de la dette aura doublé entre 2020 et 2026. Ainsi, nous paierons cette année au moins 78 milliards d'euros à nos créanciers. C’est-à-dire environ 12 milliards d'euros de plus que l'an dernier. En d’autres termes, un montant plus élevé que la totalité du budget de la Justice est versé cette année à nos créanciers. Nous aurions donc pu doubler le nombre de juges, de procureurs et de gardiens de prisons, si nous avions maintenu notre charge d'endettement au niveau de l’année passée. En 2027, nous devrons verser à nos créanciers entre 85 et 90 milliards d’euros, c’est-à-dire plus que toutes les sommes que nous consacrons à l’instruction et l’éducation des enfants et des jeunes qui vivent dans notre pays de l’école maternelle à la classe terminale. Le véritable coût de l’endettement incontrôlé réside dans le fait que nos créanciers, qui sont payés avant que nous décidions quoi faire de nos des impôts que nous collectons, préemptent une part croissante de nos impôts. Pour comprendre l’ordre de grandeur de nos difficultés, il peut être utile de rappeler qu’en 2028, la première année complète du prochain quinquennat, la charge de la dette dépassera 90 milliards d’euros, et absorbera donc presque l’intégralité de l’impôt sur le revenu payé par toutes les personnes physiques en France cette année-là. A la question fréquente de nos concitoyens, « à quoi servent mes impôts ? » nous pourrons tous répondre en 2028, et sans contestation possible, « d’abord à payer des intérêts aux créanciers qui nous prêtent l’argent que nous redistribuons ».Notre pays découvre le piège du surendettement. C’est-à-dire une situation où le déficit budgétaire augmente même sans décision sur des dépenses nouvelles, car la charge de la dette absorbe une part toujours croissante de tous les prélèvements obligatoires. Puisque ce sont désormais les charges d'intérêt qui tirent principalement la croissance des dépenses publiques. Les entreprises connaissent ces situations ; quand tous les efforts opérationnels pour améliorer la performance sont engloutis dans des charges financières qui finissent pas asphyxier l’entreprise. Les ménages surendettés vivent aussi ce type de situations, quand les créanciers captent presque tous les revenus, car il faut payer les dettes, intérêt et capital. Alors que l’État lui ne paye principalement que des intérêts et refinance la quasi-totalité du capital. Mais, si les taux d’intérêts exigés par nos créanciers pour continuer à nous prêter ne dépendent pas de nous. L’ampleur de nos déficits, quant à elle, dépend de nous seuls. Alors pourquoi, nous résignons-nous à accumuler, année après année des rivières de dépenses publiques supplémentaires, qui alimentent des fleuves de déficits qui finissent dans un estuaire ensablé et boueux d’endettement ? Ces dernières années, les dépenses de l’État sont celles qui ont le moins progressé et qui, dans certains secteurs ont même beaucoup baissé. Les dépenses des collectivités ont été, au cours des dernières années, mieux maitrisées qu’elles ne le furent dans le passé. En revanche les dépenses sociales, au premier rang desquelles les retraites et la santé, progressent dans des proportions très supérieures à la croissance du PIB. Nous avons décidé d’emprunter pour maintenir, et même augmenter, d’abord le niveau des retraites, puis des prestations de santé, parce que nous ne voulons pas renoncer à un modèle social que nous ne pouvons plus nous payer. Désormais, la protection sociale représente non seulement la très large majorité de la dépense publique, mais surtout c’est celle qui progresse le plus vite. Pourtant, la persistance de déficits massifs de la sécurité sociale est peu justifiable dès lors que notre économie n’est pas en bas de cycle. Car les dépenses sociales sont constituées de prestations versées aux ménages qui, comme c’est le cas depuis de nombreuses années, quand elles ne sont pas couvertes par des impôts ou des cotisations sociales, pèsent sur les générations suivantes qui devront rembourser cette dette sociale. Enfin, le contexte international dégradé depuis le début de l’année conduit à envisager une aggravation des déficits publics qui pourraient pour la troisième année consécutive être supérieurs à 5% du PIB. Quand le niveau nécessaire pour stabiliser l’emballement du stock de dette doit être nécessairement inférieur à 3%. 4 - Nous pouvons sortir ensemble de cette impasse, parce que nous l’avons fait dans le passé, et parce que d’autres pays européens l’ont fait plus récemment.Nous l’avons fait dans le passé. En 1958, avec le général De Gaulle et le plan Pinay-Rueff. En 1983, avec le tournant de la rigueur opéré par Pierre Mauroy et Jacques Delors. Mais aussi pendant la période 1997-1999 pour qualifier la France au passage à l’euro, quand l’action du gouvernement de majorité plurielle de Lionel Jospin était guidée par l’objectif de respecter les seuils de 60% de dette et 3% de déficit prévus par le traité de Maastricht. Le plus souvent, nous pensions que c’était impossible, mais nous l’avons fait. Face à l’ampleur de la tâche, le général De Gaulle associa au projet de redressement, au moins de mai 1958 à janvier 1959, la plupart des forces politiques du moment. En 1997, la dissolution de l’Assemblée nationale fut décidée très largement pour rechercher un mandat politique fort pour engager le redressement nécessaire pour qualifier la France à l’euro. Les Français, avec des majorités politiques très différentes, ont su trouver dans le passé les énergies pour rétablir nos comptes publics, alors même que beaucoup pensaient que c’était impossible. D’autres pays européens l’ont fait plus récemment.Le Danemark et la Suède dans les années 1990 ont mené des ajustements budgétaires spectaculaires pour réinventer totalement le modèle social très avancé de ces pays en l’adaptant à des contraintes extérieures devenues insoutenables. Aujourd’hui, le Danemark emprunte à 10 ans à 3,04%, c’est-à-dire à un niveau plus faible que l‘Allemagne (3,22%).L’Allemagne tout au long de la décennie 2010 a dégagé des excédents primaires, c’est-à-dire un excédent budgétaire avant les charges financières liées à la dette, qui lui ont permis de réduire de 22,3 points de PIB son ratio de dette publique entre 2010 et 2019 et d’entrer dans la période de crises sanitaire puis inflationniste du début des années 2020 avec un espace budgétaire confortable. Aujourd’hui, l’Allemagne a un niveau de dette sur PIB d’environ 64% alors que celui de la France atteindra cette année 118%. Les principales réformes qui ont permis ce rétablissement des comptes publics en Allemagne furent une réduction d’accès à l’assurance chômage en 2003, l’allongement décidé en 2007 de l’âge de départ à la retraite jusqu’à 67 ans à horizon 2031 , et l’augmentation de trois points du taux normal de TVA, dont un tiers du rendement fut affecté à des réductions de cotisations sociales et deux tiers au désendettement.L’Italie, en dépit d’une croissance faible, notamment liée à une démographie défavorable, a mené d’ambitieuses réformes depuis les années 2010 qui ont permis de stabiliser son niveau de dette élevé (133% du PIB). En deux ans, l’Italie a ramené son déficit de 7,2% à 3,4%, puis à 3,1% en 2025, avec des excédents primaires constants ; ce qui a permis une hausse de la note souveraine de l’Italie de BBB à BBB+. D’importants programmes de soutien public à l’investissement ont été interrompus, le marché du travail a été assoupli et le report progressif de l’âge de la retraite à 67 ans se poursuit.La Grèce célèbre en 2026 sa troisième année d’excédents budgétaires. Le pays affiche une croissance supérieure à la moyenne européenne et un chômage en net recul. Cette situation est le fruit d’efforts immenses pour sortir de la crise de liquidité et de solvabilité du début des années 2010. L’âge de la retraite a été porté à 67 ans et les dépenses de santé de confort ont été plafonnées. La masse salariale publique a été massivement réduite. Une ambitieuse réforme territoriale, portant notamment sur la fusion des communes, a permis de générer des économies d’échelle avec désormais 332 municipalités dans un pays de 130 000 km2 et de 11 millions d’habitants. Mais surtout, le discours politique des équipes aux responsabilités repose sur le slogan systématiquement répété par le ministre des finances, Kyriakos Pierrakakis : « Nous ne passerons pas la facture à la génération suivante ».Le Portugal est passé en dix ans d’un déficit chronique à un excédent de plus de 2% du PIB. Le ratio de dette publique sur PIB est passé de 134% en 2014 à 89% en 2025. Deux tiers du programme d’ajustement engagé depuis 2012 a porté sur une réduction des dépenses publiques et un tiers sur une augmentation des recettes. Les dépenses publiques ont été réduites par des coupes claires dans les services de santé de confort, le gel des pensions et un relèvement de l’âge de départ à la retraite à 66 ans. Dans une perspective de relance de l’activité, le marché du travail a été flexibilisé par l’allongement du temps de travail, la suppression de quatre jours fériés et des programmes de réinsertion des chômeurs de longue durée. Un consensus politique s’est établi entre la droite et la gauche qui ont alterné au pouvoir autour du slogan « Plus jamais ça ». Cette convergence des forces politiques sur l’équilibre des comptes publics a permis la constance des programmes de redressement.5 - Nous pouvons sortir ensemble de cette impasse précisément si nous le faisons ensemble.Nous devons, et nous pouvons, expliquer que nous devons renoncer à certains aspects du monde d’hier que ni notre démographie, ni notre productivité, ni notre croissance ne rendent soutenables, pour réinventer notre modèle social et en préserver l’essentiel. Comment ? Il y a d’abord des méthodes qui ne fonctionnent plus, car elles ne sont plus adaptées à l’ampleur du redressement que nous devons conduire. C’est le cas notamment des choix des vainqueurs imposés aux vaincus pendant l’été qui suit l’élection présidentielle, sans effort d’inclusion de ceux qui ne pensent pas comme les vainqueurs.Il nous faut donc inventer une délibération collective, respectueuse des convictions de chacun, mais exigeante et lucide face aux réalités. C’est une délibération qui permet de faire des choix sans avoir l’impression de faire des sacrifices. C’est possible, car il y a dans toutes les forces politiques du pays des hommes et des femmes prêts à agir en responsabilité. Cela peut paraître naïf à certains, mais aucun effort de redressement, à l’échelle de ce que nous devons accomplir, ne sera possible sans construire une coalition de projet qui devra réunir « ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas ».Cette inclusion, sinon de tous, du moins de beaucoup, est nécessaire car le redressement nécessitera un effort constant pendant plus de cinq ans. Aucun redressement n’est possible sans une trajectoire pluriannuelle, crédible, réaliste et volontaire. Il faut donc construire dans la durée une forme, sinon de consensus, mais au moins d’accord sur un projet de redressement, qui dépasse les limites partisanes traditionnelles. Pour que l’effort soit durable, ses prémices doivent être largement partagées. Alors comment construire ce rassemblement autour d’une ambition collective de redressement ?Pour réaliser un redressement choisi, il y a trois solutions : augmenter les prélèvements, réduire les dépenses publiques et augmenter la croissance en augmentant la productivité et la quantité de travail. La facilité pavlovienne a consisté pour chaque force politique à vouloir concentrer l’effort sur l’un seulement des trois leviers. La réalité implacable est que nous devrons agir sur les trois leviers pour deux raisons. D'abord parce que l’ampleur du redressement nécessaire ne permet d’atteindre l’objectif avec un seul levier. Ensuite, et surtout, parce que l’adhésion collective à un effort partagé nécessite précisément que les efforts soient partagés. Alors comment fait-on ? Premier levier : augmenter les prélèvements, qui est la solution française par défaut dans ce type de circonstances. Ainsi, en 2025, la réduction du déficit fut exclusivement imputable à des hausses d’impôts, principalement sur les grandes entreprises et sur les ménages les plus aisés. Mais nous devrons commencer l’exercice de redressement avec le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé de la zone euro, et même des 38 pays de l’OCDE. Il nous faudra donc délibérer ensemble de ce que sont les impôts supplémentaires qui auraient le moins d’impact sur notre productivité et notre croissance. Sans doute, les impôts qui touchent les successions sont-ils les moins toxiques à ce titre. Sans doute aussi, devrons-nous augmenter la TVA de 2 ou 3 points comme l’ont fait tous les pays européens qui ont conduit des programmes ambitieux de redressement. Mais surtout parce que, dans notre pays où les déficits commerciaux se creusent, la TVA est en réalité le seul moyen de faire contribuer aux charges communes la consommation de produits importés. Beaucoup objecteront que la TVA frappe de manière disproportionnée les ménages les plus modestes qui consacrent l’intégralité de leurs revenus à la consommation, alors que les ménages les plus aisés, eux, épargnent beaucoup et consomment une part plus faible de leurs revenus. C’est pourquoi, comme l’ont fait les allemands, il faudra donc sans doute affecter une partie de cette augmentation de la TVA à la réduction du coût du travail, en rapprochant le salaire brut du salaire net par une réduction des cotisations sociales qui pèsent essentiellement sur le travail. Choisir le travail et la production plutôt que la consommation nous obligera à augmenter la TVA pour permettre de gagner plus avant de consommer moins cher. Deuxième levier : réduire la dépense sera la nouvelle priorité. Car là aussi, nous commencerons l’exercice avec 57% du PIB consacré à la dépense publique. Il nous faudra délibérer ensemble de la manière la plus efficace de remodeler l’empilement de nos collectivités locales, héritage d’une structure administrative fixée il y a plus de deux siècles et massivement alourdie depuis cinquante ans, mais que nous ne pouvons plus nous payer. Nous devrons délibérer ensemble des interventions publiques que, là aussi, nous ne pouvons plus nous payer, et qui devront être abandonnées, soit définitivement, soit jusqu’à ce que nos comptes publics soient revenus à l’équilibre. Nous devrons aussi délibérer ensemble pour distinguer ce qui est nécessaire, en matière de santé, et doit être renforcé, et ce qui doit désormais relever des dépenses personnelles de confort, car le système actuel n’est pas soutenable. Nous devrons délibérer ensemble de la période pendant laquelle la plupart des pensions de retraite cesseront d’augmenter, puisque l’INSEE a démontré l’an dernier que la quasi-totalité de l’augmentation des pensions était affectée à l’épargne. Troisième levier : augmenter le potentiel de croissance, c’est-à-dire augmenter la compétitivité de notre économie et la quantité de travail. Toute augmentation des impôts et toute réduction significative des dépenses porte à court terme des risques de récession. C’est pourquoi tout programme de redressement devra déployer des mesures permettant d’accroitre la compétitivité des entreprises et les investissements dans le capital humains, mais aussi dans les mutations technologiques en cours. Mais il faudra aussi délibérer ensemble des conditions dans lesquelles nous devrons tous travailler plus d’heures, plus de journées et plus d’années. Car, dans la durée, seul le rétablissement d’une croissance forte, reposant sur une productivité accrue et une compétitivité retrouvée, pourra permettre de rendre soutenable notre système social.La seule manière de rendre l’effort de redressement collectif acceptable par tous et supportable par chacun est d’agir sur les trois leviers en même temps.La construction d’une forme d’accord assez large, et reposant sur la mobilisation de ces trois leviers, est nécessaire pour rétablir la crédibilité de nos engagements européens. Depuis de nombreuses années, la France ne respecte pas les engagements de rétablissement de nos comptes publics que nous avons souscrits auprès de nos partenaires européens qui ont mis en commun leur monnaie avec nous. Personne ne peut raisonnablement penser que les pays d’Europe qui travaillent plus d’heures par an que chez nous, qui partent à la retraite à 67 ans, et où les pensions de retraite ne sont pas indexées, vont se cotiser pour nous aider à vivre sans faire les efforts qu'eux ont faits et que nous ne voulons pas faire. Nous ne convaincrons personne de nous aider sans changer nos habitudes. L’immense majorité des Français est certainement disposée à éviter l’austérité subie, et est prête à accepter un peu de sueur maintenant pour éviter beaucoup de sang et beaucoup de larmes plus tard. Car la majorité des Français préfère rester maître de son destin dans un cadre démocratique plutôt que se résigner à voir des décisions nécessaires imposées par nos créanciers. D’ailleurs, le taux d’épargne dans notre pays est très élevé et croissant ; c’est bien là le signe que les Français, en épargnant pour des jours sombres, considèrent que le système actuel n’est plus soutenable, et qu’ils sont beaucoup plus prêts à entendre la vérité et à entrer dans un redressement où les efforts seront véritablement partagés. Nous pouvons le faire, pas seulement parce que nous devons le faire, mais surtout parce que nous l’avons déjà fait, et parce que d’autres l’ont fait. Mais alors il faut le faire ensemble et en confiance. Donc, si on peut le faire, faisons-le ! Stéphane Boujnah est président du directoire d'Euronext.

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