Rubrique : République sociale

Méritocratie républicaine : faut-il récompenser la « chance » des uns ou compenser la « malchance » des autres ?

par Gérard Mermet le 11 mai 2026
Déclassement, panne de l’ascenseur social, défiance envers les élites : pour une majorité de Français, la promesse méritocratique républicaine ne fonctionne plus. Entre héritage social, inégalités de départ et concentration croissante des richesses, le débat sur le « mérite » revient au cœur des fractures françaises.
La dernière enquête de l’Insee sur la mobilité sociale (en principe favorisée par la « méritocratie[1]»  républicaine) date de 2015. Elle faisait apparaître une légère augmentation de la mobilité ascendante (27,6% des Français étaient concernés, contre 23,5% lors de l’enquête de 1977), mais aussi un doublement de la mobilité descendante (15,0% contre 7,2% en 1977). Bien que le sujet soit essentiel à la compréhension du fonctionnement de notre société, l’enquête n’a malheureusement pas été reconduite depuis dix ans.  Où en sommes-nous aujourd’hui ? Un fort sentiment de déclassement A défaut de comparaisons précises sur le thème de la mobilité sociale, il faut se tourner vers les (rares) sondages récents portant sur des sujets voisins. Dans celui réalisé en janvier 2026 par Odoxa[2], 61 % des Français estimaient que leur situation sociale était moins bonne que celle de leurs parents à leur âge. Et 70 % prévoyaient que leurs enfants vivraient moins bien qu’eux, soit 3 points de plus qu’en 2025 et 22 points de plus qu’il y a environ 30 ans (1995) ! Le pessimisme des Français n’est pas nouveau ; il atteint même un record planétaire selon certaines études. Et il ne cesse de s’accroître... Selon un autre sondage, réalisé par Ipsos en octobre 2025[3], les Français se donnaient en moyenne à eux-mêmes une note de 4,7 sur une échelle sociale de 0 à 10 (du plus bas de la pyramide sociale au plus haut). 17% seulement s’attribuaient une note entre 7 et 10 (en haut), et  24% une note entre 0 et 3 (en bas). Les autres (49%) se situaient eux-mêmes ; dans la zone moyenne (notes entre 4 et 6).  Mais 12% seulement considéraient que leur situation dans la société française allait s’améliorer à l’avenir (notes de 7 à 10 sur une échelle de 0 à 10), 32% qu’elle allait se dégrader (notes de 0 à 3), 52% qu’elle resterait stable (notes de 4 à 6). Ces chiffres confirment le sentiment général et traduisent le grand malaise actuel de notre société. Ils montrent que, pour la majorité des Français, la promesse républicaine faite à chaque citoyen de pouvoir se hisser aux étages supérieurs de la pyramide sociale par ses « mérites » personnels (intelligence, talents, ambition, travail, effort, réussite...) n’est pas tenue. Beaucoup se considèrent même en situation de « déclassement » (mobilité descendante). Parmi eux, les moins « dotés » dès le début de leur vie (à la naissance puis lors de leur développement personnel dans leur milieu social) parviennent moins facilement que les autres à monter dans l’« ascenseur social ». La belle idée républicaine de méritocratie est pour eux un leurre. Le « mérite », réalité ou prétexte ? L’argent étant le principal étalon de mesure en matière de « réussite », les détenteurs des revenus et des patrimoines élevés justifient la leur par leurs qualités personnelles : volonté, ambition, effort, travail, ténacité, dons, créativité, capacité à prendre des risques, etc. C’est-à-dire par leurs « mérites », qui leur ont permis de « créer de la valeur », des emplois, des inventions, des audiences monétisables, etc. Mais la « méritocratie » qu’ils invoquent n’est-elle pas un prétexte, un alibi pour se justifier aux yeux des autres et pour se rassurer eux-mêmes sur la légitimité de leur réussite ? Il est utile de s’interroger sur ce qu’est réellement le mérite, historiquement mis en avant par la République[4] pour promettre à chaque citoyen qu’il peut  « réussir » s’il fait les efforts nécessaires. Mais comment se mesure le mérite ? Est-il en mesure de compenser les différences engendrées par le milieu social d’origine ? Ces questions ne sont guère abordées dans le débat public contemporain. Économiquement, (mais aussi philosophiquement et moralement, les deux termes étant en principe liés), elles peuvent être résumées en pratique par une seule : un être humain (patron d’une grande entreprise, sportif de haut niveau, personnalité connue en tant qu’acteur, chanteur, animateur, ou riche héritier...) peut-il dans certains cas « valoir » à lui seul plusieurs milliers de simples citoyens, du simple fait qu'il dispose de talents particuliers qui lui ont permis de se hisser dans le peloton de tête des revenus et de la fortune, de la puissance ou de la gloire ?  Beaucoup considèrent encore que ces disparités sont acceptables, ou même indispensables au bon fonctionnement de la société. Ils justifient généralement leur conviction par l'existence de « marchés » concurrentiels, qui font monter les « enchères » pour recruter les « élites » ou « célébrités » susceptibles de créer pour la société des richesses, emplois, investissements, innovations, divertissements, œuvres d’art, etc. Ces apports étant le résultat de capacités rares, elles doivent être valorisées, selon la « loi » de l'offre et de la demande. Mais n'existe-t-il pas des limites à ce qui est « acceptable » par les citoyens ? La « loi » ne dit rien à ce propos... Même si tous les individus naissent en principe « égaux » selon l’article 1 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, les différences de capacités entre les individus et leurs conséquences en termes d’apports à la collectivité (globale ou partielle) ne sauraient être niées. Mais le simple raisonnement, aidé par l’observation, permet de relativiser ce fait. Certaines de ces qualités rares sont souvent innées, que ce soit en matière physique qu'intellectuelle ou mentale, et ne sont donc pas imputables au « mérite ». D’autres sont acquises au cours de l’enfance et le fait est qu’elles le sont plus facilement dans un milieu familial favorable, grâce aux moyens financiers et matériels dont bénéficient les enfants concernés. Les autres ont donc un « handicap » par rapport à eux, que l’on retrouve notamment lors de leurs études. Aux différences matérielles peuvent aussi s’ajouter des différences culturelles qui limitent la progression sociale et professionnelle. L’absence (ou l’insuffisance) de maîtrise des « codes » en usage dans les groupes sociaux privilégiés, peut ainsi empêcher les moins dotés d’y être admis. Le manque de réseaux relationnels peut aussi retarder, parfois interdire l’accès aux étages les plus élevés de la pyramide sociale. Et de parvenir à la « réussite », telle qu’elle est aujourd’hui inscrite dans l’inconscient collectif : argent ; assurance ; succès ; notoriété ; statut ; respect... Y a-t-il un réel mérite à être intelligent, séduisant ou volontaire ? Quel est le véritable « mérite » personnel de celui qui est doté depuis sa naissance d’atouts tels que l’intelligence, la beauté, la volonté et autres qualités, s’il « réussit » mieux sa vie (professionnelle ou personnelle) que celui qui ne les a pas reçus en cadeau à sa naissance ou au cours de son développement personnel ? Peut-on prétendre que chaque individu est véritablement maître de son apparence, de son caractère, de ses dispositions ou dons particuliers (expression orale, écrite, artistique, commandement, organisation, etc.) ? Nous pouvons tous, certes, nous améliorer au cours de notre existence. Reconnaissons cependant que la tâche est plus facile pour ceux qui ont acquis certaines qualités personnelles directement dans leurs gènes : détermination, ambition, optimisme, persévérance, confiance en soi... Ou qui ont disposé des moyens nécessaires pour les acquérir pendant leur enfance (et souvent pendant toute leur vie). On se développe plus facilement et l’on progresse plus rapidement dans un environnement familial favorable. On en revient alors à la question initiale, qui peut être reformulée ainsi : celui qui a eu le plus de « chance » par sa naissance doit-il être en plus récompensé pour cela, par l’argent qu’il gagne, la notoriété et l’autorité que cela lui confère, l’admiration qu’on lui porte ou les « passe-droits » que cela lui autorise ? Ne devrait-il pas plutôt faire preuve de gratitude envers le sort qui lui a été favorable, d'humilité et d'empathie à l'égard de ceux qui ont été moins chanceux que lui ? S'il ne se comporte pas spontanément ainsi, la société ne doit-elle pas lui suggérer de « rendre » une partie de ses avantages, en contribuant davantage que les autres au maintien et à l’accroissement du bien commun ? C’est ce que font par exemple certains milliardaires américains, sans qu’on les y oblige. 16 d’entre eux ont ainsi adhéré au Giving Pledge (Promesse de dons), une campagne lancée en 2010 par Warren Buffett, Bill et Melinda Gates pour inciter leurs « pairs » à faire don de la moitié au moins de leur fortune. À ce jour, 3 des 25 milliardaires de ce « club » ont déjà atteint le seuil des 50%. Autre exemple, encore américain : le gouvernement de Californie a déposé en 2026 une proposition de loi[5] visant à imposer une taxe unique de 5 % aux résidents possédant plus d’un milliard de dollars d’actifs financiers. Son objectif est de lever 100 milliards de dollars pour compenser les coupes budgétaires prévues dans le secteur de la santé. En France, le débat sur une éventuelle « taxe Zucman » (présentée de façon trop punitive et pas assez contributive) montre combien les initiatives de ce type se heurtent à de fortes oppositions. De même, les débats sur les économies possibles en matière de santé (et dans d’autres secteurs) n’ont débouché que sur des « mesurettes », loin de permettre d’équilibrer les dépenses. Les nombreux avantages accordés à ceux qui sont déjà privilégiés par leur hérédité et leur milieu d'origine constituent autant de « primes » supplémentaires souvent attribuées sans raison évidente par la République. D’un simple point de vue « moral[6] » , elles peuvent être considérées comme excessives ou injustes par ceux qui n’en bénéficient pas. Surtout dans le contexte actuel d’accroissement des écarts de revenu et de patrimoine entre les Tranquilles[7], peu touchés personnellement par la conjoncture économique et sociale et les difficultés qu'elle engendre) et les Fragiles, qui se situent aux marges d’une société qui n’est plus « centripète » mais « centrifuge », et tend à les rejeter. La fracture qui les sépare est en train de se creuser. Quelques pistes d’action financières Plutôt que de  récompenser la chance de certains (les Tranquilles, ou « gagnants » dans la compétition sociale) par des revenus qui parfois indécents, des patrimoines parfois mirobolants, complétés par des avantages en nature importants et d’autres marques de considération, la société pourrait compenser la malchance (ou la moindre chance) des autres (les Fragiles ou « perdants »). Elle le fait certes, partiellement, avec la redistribution. Mais celle-ci, très coûteuse, s'avère aujourd'hui impuissante à réduire les écarts matériels entre les individus. Parmi les pistes « financières », la première consiste à recourir à l’impôt. Là encore, l’exemple vient des États-Unis. Franklin D. Roosevelt, président démocrate de 1993 à 1945, déclara en 1942 : « Aucun citoyen américain ne doit avoir un revenu (après impôt) supérieur à 25 000 $ par an » (soit 315 000 $ actuels). Il fixa alors le taux d’imposition sur la tranche la plus élevée à 88 %, puis à 94 % en 1944‑45 (pour les revenus supérieurs à 5,9 millions de dollars). Le taux s’élevait encore à 91 % pour les revenus supérieurs à 400 000 $ entre 1951 et 1964, avant de redescendre à 70-75 % jusqu’en 1980, puis à 50% de 1981 à 1987. Il est fixé à 35% depuis 2017. La France ne pourrait-elle pas s’inspirer de cet exemple ? A situation critique, solution courageuse. Dans le même esprit, pourquoi ne pas accroître la progressivité des droits de succession sur les donations et les héritages transmis par les plus aisés à leurs enfants (au-delà sans doute d’un certain seuil, afin de ne pas ne pas toucher aux « petits » héritages, qui affectent moins l’égalité des chances... et rapportent moins d’agent à l’État). Cette méthode serait d’autant plus « morale » que l’héritage ne peut se justifier par aucun « mérite » attribuable à l’héritier. On sait en revanche qu’il constitue le principal facteur d’inégalité entre les citoyens. Il peut aussi avoir un effet contre-productif lorsque l’héritier est assuré de recevoir de grosses sommes d’argent à certains moments de sa vie et les attend sans rien faire, en continuant de bénéficier du confort familial. Parmi les contributions financières des ménages les plus aisés, l’augmentation des droits de succession (et/ou de donation) sur les patrimoines (avec par exemple un seuil de 10 millions d’euros pour les héritages) serait la plus « indolore ». Elle ne changerait rien en effet au train de vie des personnes concernées (le donateur comme le donataire). Elle serait aussi la plus « juste », puisque les héritiers n’ont aucun « mérite ». Mais la logique de « marché » qui prévaut aboutit au résultat inverse : elle accroît les écarts de patrimoine entre les groupes sociaux. En période de gros temps, tous les moyens sont bons à prendre, si l’on veut à la fois équilibrer les budgets, arrêter l’inqiétante dérive de la dette nationale, financer des investissements d’avenir,tout en amélioran la justice sociale. Ces contributions financières seraient bien sûr perçues très positivement par ceux qui se situent en bas de la pyramide sociale. Elles les inciteraient aussi à faire aussi des efforts de leur côté, à croire davantage en l’existence d’un « ascenseur social » accessible à tous. Pour les « donateurs », dont la réussite a été facilitée par la naissance, ces mesures seraient un moyen de se rassurer sur leur statut et de rendre à la « chance (l’autre nom du hasard) une partie de ce qu’ils ont reçu d’elle. Il est d’ailleurs connu et documenté que l’on se sent généralement mieux lorsqu’on donne (et que l’on en est remercié) que lorsqu’on reçoit et que l’on est redevable). Ceux qui préféreront s’exiler pour échapper à leurs obligations (au moins morales) sont de mauvais citoyens ; ils devront être considérés comme tels. Il ne serait pas anormal qu’ils assument leurs contributions en France plutôt que de s’en exempter en partant à l’étranger. Au moins tant qu’ils conserveront la nationalité française. Quelques pistes d’action non financières  La « discrimination positive », qui consiste à donner la priorité à des candidats « méritants » issus des milieux défavorisés (à l’université, dans les entreprises ou autres lieux de compétition) est une autre piste possible. Elle est cependant apparue insuffisante partout où elle a été tentée. Il serait peut-être plus efficace d’inciter ceux qui ont « réussi » en ayant eu plus de « chance » que les autres, à faire des efforts supplémentaires (en complément de ceux à caractère  financier, évoqués plus haut) pour rééquilibrer les chances. En réduisant ou en plafonnant par exemple certains de leurs avantages non financiers (à définir avec les interlocuteurs concernés). Les Tranquilles se montreraient aussi plus solidaires envers les Fragiles « méritants » en s’impliquant davantage dans des actions humanitaires, environnementales ou autres œuvres utiles à la collectivité. On pourrait dans ce but développer des formes nouvelles de tutorat permettant  d’aider ceux qui  ne savent comment ouvrir les bonnes portes pour améliorer leur statut social.    La société, dans son ensemble, devrait attacher moins d’importance aux diplômes, à la maîtrise des « codes sociaux » que les  Tranquilles  apprennent dès l’enfance dans les « bonnes familles », et qui leur confèrent une certaine aisance dans la vie professionnelle, sociale et familiale. Les recruteurs devraient aussi privilégier davantage l’imagination et la créativité des Fragiles, leur volonté et à leur aptitude à résoudre les problèmes pratiques, à apporter des points de vue différents issus de leurs expériences personnelles. Mais il faudra admettre que tous les postulants ne disposent pas, même en étant aidés, des qualités nécessaires pour devenir des « hauts potentiels ». Le rééquilibrage des chances est une idée noble, qui a des limites à ne pas pas dépasser. Un débat de fond à engager hors du champ politique Faut-il donc récompenser la « chance » des uns ou compenser la « malchance » des autres ? La formulation de cette question-clé sera sans doute jugée provocante par certains. Elle me paraît essentielle si l’on veut inventer un avenir acceptable à notre pays. Il ne s’agit en aucune façon de « punir » ceux qui ont « réussi » leur vie sur le plan professionnel, matériel, intellectuel ou dans tout autre domaine, mais de donner de l’espoir à ceux qui ne peuvent y parvenir pour des raisons liées au milieu familial dans lequel ils sont nés et ont grandi. Beaucoup ont en effet le sentiment qu’ils ne pourront jamais prendre l’« ascenseur social » pour améliorer leur condition. Qu’on le veuille ou non, la « reproduction des élites » décrite et dénoncée en 1970 par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron[8] reste d’actualité. Le « capital » initial de chacun (familial, culturel et financier) reste prépondérant dans son parcours de vie. Son poids s’est même accru au cours des dernières années. L’objectif de cette réflexion n’est surtout pas de politiser le débat. En opposant par exemple une droite qui serait principalement guidée par l’idée de liberté (et donc responsable des inégalités qui en découlent) à une gauche qui serait essentiellement éprise d’égalité. Rappelons que ces deux valeurs figurent tout en haut du triptyque de la République. Elles ne doivent donc pas faire l’objet d’un choix, qui rendrait ceux qui le font « hémiplégiques ». La liberté et l’égalité s’imposent avec la même force à tous les républicains. Chacun d’eux doit donc débattre de la méritocratie avec la plus grande la plus grande ouverture d’esprit. Tout en respectant pleinement la troisième valeur fondatrice de la République, la solidarité. Il s’agit en effet de conduire une réflexion d’ordre philosophique et moral , en se situant en amont de la notion de mérite. La méritocratie, présentée comme la reconnaissance de l’effort individuel, ne doit pas être un prétexte permettant aux soi-disant « méritants » de justifier leur statut social, lié en grande partie à leur chance initiale d’être « bien-né ». Montesquieu l’avait bien compris en son temps : « Quand il s’agit d’obtenir des honneurs, on rame avec le mérite personnel, et on vogue à pleines voiles avec la naissance[9] ». Enfin, ce débat ne pourra déboucher sur des initiatives efficaces, consensuelles (ou au moins majoritaires) que s’il est conduit de façon apaisée, réaliste, rationnelle, responsable... et productive. Pour cela, il devra se tenir hors des partis politiques, et des idéologies qu’ils portent. Hors également des réflexes de leurs adhérents ou sympathisants et des postures de leurs dirigeants. Il devra privilégier l'éthique de responsabilité plutôt que celle de conviction. Et se situer sur le terrain de la justice et de l’équité. À ces conditions, les Français pourront non seulement se réconcilier avec les « élites » de la nation, mais aussi entre eux. Cette « utopie » apparente est à la fois nécessaire et possible. Gérard Mermet, sociologue, président du caninet d’études et de conseil Francoscopie. [1] La notion est ancienne, mais le mot a été introduit en mai 1956 par le sociologue Britannique Alan Fox, dans un article intitulé Class and equality”publié dans le magazine Socialist Commentary. Fox l’utilisait alors de façon ironique et négative pour critiquer l’idée qu’une société puisse légitimer la domination des « méritants ». C’est la publication d’un autre sociologue britannique, Michaël Young, dans son ouvrage The Rise of the Meritocracy (1958) qui a popularisé le terme et l’a introduit dans le discours public. [2] Sondage réalisé pour Challenges-Agipi-BFM Business. [3] Baromètre « Fractures françaises » pour Cesi école d'ingénieurs. [4] C’est après la Révolution française qu’a été reconnu le mérite. L’abolition des privilèges nobiliaires s’est accompagnée de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, dont l’article premier proclame l’égalité de tous. La notion de mérite est retenue comme critère d’accès aux fonctions publiques et militaires. Bonaparte crée en 1802 la Légion d’Honneur. La Troisième République étend le principe méritocratique aux fonctions publiques civiles. L’Ordre national du Mérite est créé en 1963, en complément de la Légion d’honneur. Le mérite devient un critère important dans les concours de la fonction publique, les écoles d’ingénieurs et les grandes écoles. [5] 2026 Billionaire Tax Act. Cette taxe serait un prélèvement ponctuel, avec la possibilité pour les milliardaires concernés d’étaler le paiement sur cinq ans. Elle sera soumise à référendum en novembre 2026 et adoptée si elle obtient la majorité de voix favorable auprès des électeurs californiens.   [6] Ce mot est presque devenu tabou dans notre pays. Au motif que nul ne serait en mesure de dire ce qui est « bien » et ce qui est « mal »., la morale pouvant être différente selon les cultures, les pays ou les individus. Le mot et la notion qu’il exprime, me paraissent pourtant nécessaires dans une période particulièrement difficile et incertaine, où le droit international est bafoué et la violence omniprésente. Certaines valeurs et principes de notre République ont vocation à être universels. Il est souhaitable de s’y conformer. Le relativisme est paralysant. [7] La typologie entre les Tranquilles et les Fragiles (auxquels s’ajoutent les Agiles, groupe intermédiaire capable de s’adapter aux accidents de la vie et aux changements sociétaux) a été proposée par l’auteur pour la première fois dans un article publié par la Tribune, le 18 février 2009. [8] Éléments pour une théorie du système d’enseignement, Éditions de Minuit, Le sens commun, 1970. [9] Dans Mes Pensées (1725-1727). Cet article a été publié initialement sur le site Atlantico

Municipales 2026 – Les communes et l’emploi : l’heure d’une révolution copernicienne ?

par Louis-Charles Viossat le 2 mars 2026
Dans cette septième note de notre série consacrée aux élections municipales, Louis-Charles Viossat interroge le modèle français de la politique de l'emploi, historiquement centralisé. Face à la montée des disparités territoriales et au ralentissement du marché du travail, il plaide pour un changement d’échelle : faire du bloc communal un acteur central de l’action en faveur de l’emploi.
En France, la politique de l’emploi relève formellement de l’État, garant de l’égalité de traitement sur l’ensemble du territoire. Pourtant, la réalité du marché du travail est profondément territorialisée : taux de chômage, tensions de recrutement, qualifications, logement ou transports varient fortement d’une zone à l’autre. Si des avancées ont été réalisées (décentralisation partielle de la formation aux régions, création de France Travail et de comités territoriaux pour l’emploi par la loi de 2023), les communes et intercommunalités demeurent des acteurs secondaires, malgré leur connaissance fine du tissu économique local et leur rôle de premier recours pour les citoyens. Cette situation contraste avec leur poids réel. Le bloc communal est un employeur public majeur incarné par plus d’un million d’agents et intervient déjà à travers les missions locales, les plans locaux pour l’insertion et l’emploi (PLIE), les Maisons de l’emploi ou encore l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée. Les communes articulent concrètement emploi, action sociale, développement économique, logement ou mobilité. Pourtant, leurs initiatives restent dispersées, peu visibles et insuffisamment structurées dans un cadre stratégique national. Louis-Charles Viossat, responsable de la commission République sociale du Laboratoire de la République, propose donc une « révolution copernicienne ». D’une part, repenser le rôle des communes en tant qu’employeurs, notamment en externalisant certaines fonctions support pour dégager des marges d’investissement dans les services à forte valeur sociale. D’autre part, aller au-delà de la simple territorialisation pour engager une véritable décentralisation partielle de la politique de l’emploi, en confiant aux intercommunalités volontaires une co-responsabilité opérationnelle avec France Travail dans l’accompagnement des demandeurs d’emploi. Dans un contexte de remontée du chômage, de faible taux d’emploi des jeunes et des seniors et de bouleversements technologiques, il s’agirait de repositionner le bloc communal comme centre de gravité d’une politique de l’emploi plus agile, personnalisée et ancrée dans les réalités locales. Municipales 2026 - République socialeTélécharger

Louis-Charles Viossat : « Changer de cap »

par Louis-Charles Viossat le 9 janvier 2026
Dans un monde lancé à vive allure mais privé de boussole, nos sociétés semblent avancer vers toujours plus de richesses apparentes au prix d’inégalités accrues, d’un épuisement écologique et d’une fragilisation démocratique profonde. Face aux crises qui s’additionnent - sociales, climatiques, géopolitiques, culturelles, Louis-Charles Viossat, responsable de la commission République sociale, appelle à changer de cap. Cette tribune esquisse les fondations d’une prospérité durable, réconciliant justice sociale, souveraineté économique, innovation, culture et exigence républicaine, pour redonner à la France un horizon commun et une stabilité à la hauteur des défis du siècle.
Chaque jour qui passe, une réalité s’impose en ce début d’année 2026 très particulier et si chaotique. Nos sociétés avancent vite, mais sans gouvernail, dans une fuite en avant : toujours plus de production, plus de richesses et plus de consommation, mais aussi toujours plus d’inégalités économiques et sociales, de tensions internes et désormais de désordre international majeur. Nous croyons toujours bâtir la prospérité mais nous creusons la dette écologique et sociale de notre monde et nous nous éloignons de plus en plus de la stabilité et de la paix. Cette course effrénée, qui se conjugue avec des mouvements migratoires croissants, une dépopulation qui s’accélère au Nord, des crises — financières, sanitaires, géopolitiques — toujours plus graves et fréquentes et des populismes désormais débridés nourris par des réseaux sociaux incontrôlés, met désormais en péril la santé démocratique de nos sociétés. Si nous continuons à vivre comme si nos ressources étaient infinies, nos institutions pérennes et nos nations indissolubles, nous allons droit vers la rupture et vers l’éclosion de conflits domestiques et internationaux majeurs. Il est temps de changer de cap. De dessiner un nouveau modèle qui réponde à des principes respectueux et garants des équilibres écologiques, économiques et sociaux. Un modèle qui réajuste le rapport de forces entre l’économique et le social, qui respecte les limites de la planète, et qui sache puiser dans la créativité des femmes et des hommes autant que dans la puissance des technologies pour recréer du lien social et une croissance soutenable. Intégrer les contraintes écologiques et les limites de la planète Il y a urgence à trouver les moyens d’une prospérité qui respecte les limites de la Terre et les besoins de l’homme : remplacer les énergies fossiles par des filières locales d’énergies renouvelables, conditionner les aides publiques aux entreprises à la réduction de leur empreinte carbone ou instaurer une fiscalité écologique dont les recettes financent directement la transition et la lutte contre la précarité énergétique sont des pistes sérieuses. Cela impose aussi d’investir massivement dans les projets de recherche et de développement des énergies nouvelles, de transformer profondément notre appareil de formation pour l’orienter vers les nouveaux métiers, en lien avec le changement climatique et la transition numérique et de l’intelligence artificielle générative, et de mobiliser les diplomaties européennes en direction des pays du Sud global pour prolonger les engagements de la COP en dépit du défaut américain. Les dérèglements climatiques et l’effondrement des écosystèmes ne sont pas des abstractions : ils frappent d’abord les plus vulnérables. C’est la vallée inondée qui chasse ses habitants, l’agricultrice surendettée après des années de sécheresse et d’inondations, le chauffeur-livreur et l’ouvrier du bâtiment qui suffoquent dans une ville surchauffée. Ils exacerbent les mouvements de populations, les conflits et obèrent la croissance. Chaque grande décision publique ou privée devrait être évaluée à l’aune des limites planétaires, de la préservation des ressources et de l’héritage que nous laisserons. Rééquilibrer le rapport de forces entre le social et l’économique Cette ambition n’oppose pas la liberté d’entreprendre à la solidarité, ni la compétitivité au progrès social. Elle revient à dépasser les clivages anciens entre État et marché pour bâtir un contrat national autour d’un objectif simple : que le travail et l’effort soient justement récompensés, que nul ne soit laissé de côté et que la mobilité sociale l’emporte sur la rente et l’héritage. Les décisions économiques ne peuvent plus être prises désormais comme si elles étaient détachées de leurs conséquences humaines. La santé d’une nation ne se mesure pas seulement au PIB, mais au bien-être de ses habitants, à la vitalité de ses territoires, à la cohésion de son peuple. La justice sociale peut redevenir notre boussole : nul ne doit être laissé dans l’angle mort de la République — ni l’ouvrier au salaire stagnant, ni l’aide-soignante épuisée, ni l’étudiant qui cumule études et petits boulots, ni l’agriculteur qui travaille sans relâche tous les jours de l’année. Cela suppose de garantir à chacun un socle effectif de droits fondamentaux : un logement digne à un prix accessible, un accès égal à une santé de qualité, à l’éducation et à la formation tout au long de la vie, ainsi qu’une protection sociale qui sécurise vraiment les parcours, en particulier pour les jeunes et les travailleurs précaires. Pour cela, nous avons besoin de partenaires sociaux forts, vraiment représentatifs, responsables et respectés par les pouvoirs publics, capables de négocier la modernisation du pays et des progrès pour tous les travailleurs, en sachant concéder sur certains points pour mieux se battre sur d’autres. Nous devrons également rechercher une fiscalité plus juste, qui encourage l’égalité des chances et empêche la concentration excessive des patrimoines comme aujourd’hui. L’impôt doit redevenir l’expression de la solidarité nationale, et la transmission du patrimoine doit servir la justice sociale. Sans justice fiscale, pas de cohésion sociale durable ; sans égalité des droits, pas de République digne de ce nom ; sans finances publiques assainies, pas de croissance équilibrée. Cela signifie qu’il n’y a pas d’alternative à des efforts importants et rapides d’économies sur les retraites et l’assurance maladie. Chaque euro investi par l’Etat doit être justifié par son efficacité sociale, écologique ou économique. Il ne faut promettre que ce que l’on peut financer, et financer effectivement ce qui a été promis. La solidarité nationale doit aussi aller de pair avec la responsabilité individuelle. Les droits sociaux ne sont pas des rentes, mais le fruit d’un effort collectif auquel chacun doit contribuer selon ses moyens. Une prospérité durable suppose aussi de libérer les énergies créatives. Cela veut dire simplifier les démarches pour les entrepreneurs, encourager l’investissement productif, et soutenir nos PME et ETI innovantes qui exportent le savoir-faire français. L’État devrait moins étouffer par la norme et plus accompagner par la stratégie, en misant sur des filières d’avenir où nous pouvons exceller : hydrogène, biotechnologies, agriculture durable, économie circulaire. C’est en faisant confiance aux initiatives privées, tout en fixant un cap clair et en ayant une stratégie de finances publiques sérieuse et crédible que nous conjuguerons compétitivité et justice. Nous ne pourrons financer ni la solidarité ni la transition écologique sans une économie forte. S’appuyer sur l’innovation sociale autant que sur les nouvelles technologies L’intelligence artificielle, la robotique, les télécommunications ou l’industrie spatiale progressent à grand pas. C’est en aidant à la recherche, au développement et au bon usage de ces nouvelles technologies que nous trouverons des solutions et pas en freinant ou en faisant l’autruche. Mais le progrès ne réside pas seulement dans l’invention d’outils toujours plus puissants, il réside aussi dans la capacité à créer des solutions collectives qui changent la vie des gens. L’innovation sociale, c’est aussi l’entreprise qui associe ses salariés aux décisions, la collectivité qui relocalise l’alimentation scolaire, l’association qui forme les jeunes aux métiers de demain. Ces initiatives de la société civile peuvent devenir la norme plutôt que l’exception. Pour cela, l’essaimage des dispositifs de participation citoyenne à l’élaboration des choix publics permettant à tous, y compris aux plus modestes, de prendre part aux choix qui orientent l’avenir de leur territoire est un point clé : budgets participatifs, jurys citoyens, implication accrue des partenaires sociaux et des associations dans l’élaboration des politiques publiques. Faire de la souveraineté économique notre armure La souveraineté économique n’est pas un slogan, c’est une condition d’indépendance. Elle se traduit par la capacité à décider de notre destin productif, à préserver nos savoir-faire, à lutter contre les délocalisations qui vident nos villes et nos campagnes de leur substance. Produire mieux plutôt que produire plus ; privilégier la qualité, la durabilité, la relocalisation : c’est la filière bois qui renaît dans le Jura, l’atelier textile qui reprend vie à Roanne, le chantier naval qui embauche à Saint-Nazaire. A cette fin, la création d’un grand fonds souverain où investir une partie des ressources de l’assurance retraite, dessiller les yeux des autres pays de l’Union européenne sur l’utilité de tarifs douaniers plus adaptés à l’échelle européenne et privilégier les circuits courts de production et de consommation sont souhaitables. La souveraineté économique passe aussi par un bouclier de services publics dans tous les territoires : accès à la santé, à l’éducation, aux transports, afin d’éviter que des zones entières ne se sentent abandonnées par la République. La souveraineté économique exige également une politique migratoire lucide et maîtrisée. Accueillir doit rester un choix, non une fatalité subie. Nous pouvons mieux contrôler nos frontières communautaires, fixer des quotas adaptés à nos besoins sectoriels de main-d’œuvre, et conditionner le droit au séjour au respect des lois et des valeurs de la République. Mais la politique migratoire, c’est aussi une politique d’intégration courageuse et solidaire. Celle-ci se construit par l’apprentissage du français, l’accès au travail, la lutte acharnée contre les discriminations et une participation active à la vie civique. Il n’y a pas de paix sociale durable ni de développement économique si des pans entiers de la population vivent à l’écart de la communauté nationale. Préserver la culture comme notre ancre dans un monde en voie d’uniformisation La culture n’est pas un luxe : c’est ce qui nous relie à ce que nous avons de plus précieux, la mémoire des arts, la force de l’éducation, la liberté du débat. Elle vit dans la voix du libraire qui défend ses auteurs, dans la classe d’une institutrice qui initie ses élèves à la poésie, dans le geste de l’artisan qui perpétue un savoir-faire. Un pays qui perd sa voix devient une province anonyme du village global. Défendre la culture, c’est défendre notre capacité à penser librement, à dialoguer avec notre passé, à inventer notre avenir. Cela exige de faire de l’école et de l’université un grand chantier d’avenir, de promouvoir la création artistique sous toutes ses formes, de garantir un accès équitable aux arts et aux savoirs en soutenant financièrement les librairies indépendantes, en renforçant l’éducation artistique à l’école, en protégeant le financement public du cinéma et du théâtre… Préserver notre culture, c’est aussi affirmer ce qui nous unit : notre langue, notre histoire, nos paysages, notre art de vivre. Ces trésors ne sont pas tournés vers le passé, ils sont les fondations sur lesquelles nous bâtissons l’avenir. Un nouveau cap pour le pays ne passe donc ni par la colère facile de la démagogie, ni par les grands soirs dangereux de la révolution. Il suppose de réinventer une troisième voie : exigeante dans ses objectifs, réformiste dans ses méthodes, démocratique dans son esprit. De sortir du productivisme pour entrer dans l’âge où l’on juge la réussite d’une nation à la qualité de vie de ses habitants et au degré de cohésion nationale. Et de mettre en cohérence les valeurs collectives qui sont proclamées avec la réalité de nos actions d’une part, et avec les vertus individuelles des dirigeants comme des citoyens. Pour porter cette ambition, l’État devra se reconstruire et se réformer : moins centralisateur, plus agile, concentré sur ses missions régaliennes et stratégiques, et laissant plus de place aux initiatives locales et à la décentralisation, pourquoi pas dans le domaine de la santé et de l’éducation comme dans beaucoup d’autres pays. Il est grand temps de simplifier aussi le mille-feuille administratif. Sans sécurité, il n’y a ni liberté, ni prospérité, ni confiance. C’est pourquoi l’ordre public doit être garanti avec fermeté, en donnant aux forces de l’ordre les moyens matériels, juridiques et humains d’agir, tout en exigeant un respect strict des droits fondamentaux. La cohésion nationale ne se maintient pas seulement par des politiques sociales ou économiques efficaces : elle se défend aussi par une présence républicaine forte et de services publics dans chaque quartier, chaque village, chaque territoire et par la prévention de toutes les incivilités. Nous n’avons pas vocation à choisir entre justice et compétitivité, entre culture et économie, entre environnement et progrès. Nous avons vocation à les unir, dans un équilibre qui permette à chacun de s’accomplir, à la société de se tenir, à l’économie de prospérer sans détruire ce qui la rend possible. C’est cette ambition véritablement fraternelle qu’il nous faut réapprendre à inventer et à servir. Alors seulement nous pourrons dire que nous sommes fidèles à l’esprit de la République. Louis-Charles Viossat est responsable de la commission République sociale du Laboratoire de la République.

IA, jeunesse et emploi : un nouveau pacte

par Louis-Charles Viossat le 16 juillet 2025 LC_Viossat_LAB
Alors que l’intelligence artificielle – en particulier l’IA générative – s’impose comme l’une des grandes ruptures de notre siècle, une question décisive se pose : quel avenir réserve-t-elle aux jeunes sur le marché du travail ? Si les promesses de gain de productivité et de création de nouveaux métiers abondent, les premiers signaux d’alerte, notamment aux États-Unis, montrent que cette transition pourrait fragiliser les débuts de carrière, en particulier dans les secteurs les plus exposés. Dans cet article, Louis-Charles Viossat, responsable de la commission République sociale, plaide pour une mobilisation collective afin d’anticiper les risques, renforcer la formation et bâtir un véritable pacte pour garantir aux jeunes une place dans un monde du travail transformé par l’IA.
La diffusion de l’intelligence artificielle, en particulier de l’IA générative, constitue sans doute l’un des bouleversements structurels les plus profonds de ce début de XXIe siècle. Si les jeunes générations en sont les principaux utilisateurs au quotidien, elles pourraient aussi en devenir les premières victimes sur le marché du travail. Plusieurs signaux faibles, notamment aux États-Unis, laissent déjà entrevoir cette possibilité. Il est temps d’agir pour éviter qu’elle ne devienne réalité. Des opportunités nombreuses, mais des signaux d’alerte Les économistes et les organisations internationales, telles que l’OCDE ou l’OIT, ont jusqu’ici abordé l’impact de l’IA sur l’emploi avec un certain optimisme, tant en termes de volume que de qualité. Le rapport Aghion-Bouverot, remis en 2024, conclut ainsi à « un effet positif de l’IA sur l’emploi dans les entreprises qui l’adoptent ». Selon ses auteurs, l’IA remplace des tâches, non des emplois, et seuls 5 % des postes seraient directement substituables dans un pays comme la France. Ils estiment par ailleurs que l’IA créera de nombreux postes, dans des métiers nouveaux comme dans des secteurs existants. Des ajustements seront nécessaires dans certains domaines, mais l’effet global sur l’emploi national ne serait pas négatif. L’Organisation internationale du travail, souvent critique à l’égard des transformations de l’emploi, a elle aussi publié des analyses globalement positives, y compris dans les pays du Sud. Sur le papier, les jeunes, premiers utilisateurs de l’IA, pourraient être les grands bénéficiaires de cette transition. L’IA améliore la productivité des salariés les moins expérimentés, crée de nouveaux usages et, donc, de nouveaux postes naturellement accessibles aux jeunes actifs. Selon une étude récente, 70 % des jeunes Américains de 18 à 25 ans considèrent l’IA générative comme une opportunité pour développer leurs compétences. Mais cet optimisme est aujourd’hui largement tempéré par l’évolution du marché de l’emploi des jeunes aux États-Unis. La Réserve fédérale de New York a récemment publié un rapport faisant état d’une dégradation notable de la situation des diplômés du supérieur au premier trimestre 2025 : le taux de chômage des jeunes diplômés y approche les 6 %, son plus haut niveau depuis 2021. Même les sortants des meilleurs MBA peinent à trouver un emploi. Trois explications émergent dans les analyses américaines. La première est conjoncturelle : les marchés de l’emploi dans la tech, le conseil ou la finance n’ont jamais retrouvé leur dynamique d’avant-Covid, ni même celle d’avant la crise financière de 2008. La deuxième est structurelle : depuis 2010, les diplômes universitaires procurent un avantage moindre sur le marché du travail, comme l’a souligné la Réserve fédérale de San Francisco. La troisième hypothèse, plus préoccupante, met en cause l’effet même de l’IA. Selon un responsable de LinkedIn, les outils de codage assisté remplacent peu à peu les tâches simples qui servaient de tremplin aux jeunes développeurs. Hors secteur tech, les fonctions traditionnellement confiées aux jeunes recrues – rédaction de synthèses, recherches juridiques, saisie et traitement de données – sont elles aussi largement automatisées. Les premiers secteurs touchés seraient la finance et l’informatique, où les gains de productivité liés à l’IA sont les plus marqués. Dario Amodei, PDG d’Anthropic, estime que la moitié des emplois de début de carrière des cols blancs pourraient disparaître d’ici cinq ans, avec un risque de chômage atteignant 10 à 20 %, notamment dans les fonctions routinières ou standardisées – celles précisément occupées par les jeunes actifs. Même sans scénario aussi abrupt, les grandes entreprises technologiques – naguère avides de jeunes talents – privilégient désormais les profils expérimentés. Selon Business Insider, les recrutements de jeunes diplômés dans les grands groupes comme Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia ou Tesla auraient chuté de plus de 50 % depuis 2022. Dans les start-up de la Silicon Valley, la baisse atteindrait 30 % depuis 2019. Certaines directions des ressources humaines inciteraient même leurs équipes à envisager l’option IA avant d’ouvrir un poste. En retour, les jeunes diplômés, anticipant ces mutations, se détournent des carrières autrefois prisées, notamment dans la finance ou la tech. En France, les données précises font défaut, mais l’inquiétude semble elle aussi croître dans les universités et parmi les jeunes diplômés. Agir pour ne pas subir Face à ces bouleversements, l’inaction serait une erreur stratégique. Des réponses existent, mais elles supposent une mobilisation rapide et ambitieuse. Mieux connaître. Il est urgent de mieux suivre l’évolution du marché du travail des jeunes en France. À ce jour, les outils d’analyse ne permettent pas une observation fine, régulière et en temps réel. La mobilisation coordonnée de la statistique publique, en lien avec des acteurs privés comme LinkedIn, les cabinets de recrutement et les DRH, est indispensable. Former massivement. L’enseignement de l’intelligence artificielle doit être significativement renforcé, dès le secondaire et à l’université. Le rapport Villani de 2018 appelait déjà à tripler le nombre de personnes formées en IA, en féminisant les filières, en créant des cursus croisés (droit-IA, par exemple), et en soutenant des parcours de formation du niveau bac+2 au doctorat. Six ans après, le rapport Aghion-Bouverot réaffirme la nécessité de former, sans délai et à tous niveaux, tant les concepteurs de solutions d’IA que leurs utilisateurs ou les citoyens appelés à vivre dans une société augmentée par l’IA. Cela implique également de renforcer les formations STEM (sciences, technologies, ingénierie, mathématiques), notamment pour les jeunes les plus vulnérables, afin d’éviter une nouvelle fracture numérique. Parallèlement, les soft skills – communication, collaboration, créativité, résolution de problèmes – doivent être revalorisées dans les parcours éducatifs. Ces compétences, difficilement automatisables, constituent un levier essentiel d’insertion pour les jeunes. Un pacte pour les jeunes Les employeurs ont, eux aussi, un rôle crucial à jouer. Les jeunes n’attendent pas un monde sans IA, mais un monde dans lequel ils ont leur place. Les entreprises doivent éviter une automatisation brutale, préserver les débuts de carrière et parier sur le potentiel humain. Dans ce cadre, les partenaires sociaux pourraient engager une négociation interprofessionnelle pour bâtir un pacte en faveur de l’emploi des jeunes. Celui-ci pourrait conjuguer des engagements sur l’orientation, la formation, l’accès au marché du travail, la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) et les conditions de travail. La relation entre l’IA et l’emploi des jeunes ne sera pas univoque. Elle produira des gagnants et des perdants, selon les choix politiques, économiques, éducatifs qui seront faits. La révolution est en marche ; son issue, elle, reste à écrire. L’enjeu dépasse la seule sphère technologique. Il est profondément social.

Réhabiliter le temps partiel en France

par Louis-Charles Viossat le 5 février 2025
Dans cette tribune, Louis-Charles Viossat, responsable de la commission République Sociale, montre comment le temps partiel peut être une solution précieuse pour lutter contre la détérioration du marché du travail. Une solution pourtant largement sous-utilisée en France. En permettant d'intégrer les personnes les plus éloignées du marché du travail, il se pose comme un outil efficace pour tendre vers le plein emploi. Louis-Charles Viossat met cependant en garde contre une utilisation abusive de l'outil qui pourrait conduire à une précarisation excessive et à un temps partiel contraint pour les travailleurs les plus fragiles. Sa démocratisation en France doit être l'occasion de mettre en place un nouveau pacte social.
Réhabiliter le temps partiel en France A l’heure où la situation du marché du travail se détériore sérieusement, le temps partiel est un ingrédient du plein emploi qui est encore largement sous-estimé en France. Les exemples du Danemark, de l’Allemagne ou des Pays-Bas le montrent pourtant : le temps partiel joue un rôle très efficace d’intégration des jeunes et des personnes éloignées de l’emploi sur le marché du travail et permet une bonne conciliation entre sphère professionnelle et sphère familiale. C’est également un outil très apprécié de flexibilité pour les entreprises, petites et grandes, comme de gestion des seniors quand c’est nécessaire. Il y a urgence à réhabiliter le temps partiel dans notre pays, tout en luttant contre les formes de précarité excessive et le temps partiel contraint. Le temps partiel, angle mort de la politique de l’emploi  En France, la part des salariés à temps partiel, quoique multipliée par 2,5 en cinquante ans, demeure toujours trop modeste au plan européen. Avec 17,4 % de l’emploi salarié en 2023, soit un peu plus d’un salarié sur six, la part des salariés à temps temps partiel, en forte baisse depuis 2017, est inférieure de quatre points à celle des pays de la zone euro et surtout très inférieure à celle des pays du nord de l’Europe comme le Danemark (26,5 %), l’Allemagne (30,2 %) et les Pays-Bas (43,7 %). Au total, l’emploi à temps partiel concerne 4,2 millions de salariés (hors apprentis) dans notre pays. Il est très majoritairement concentré sur certaines catégories de salariés : les femmes, les employés et ouvriers, les immigrés, les entreprises de petite taille et une quinzaine de métiers seulement. La France se différencie des autres pays également depuis l’instauration, une quinzaine d’années après les 35 heures, d’un plancher minimal de 24 heures hebdomadaires pour les travailleurs à temps partiel. Fixé à défaut par la loi, les accords de branche peuvent certes y déroger. Cette mesure très rigide, censée protéger les salariés de la précarité et éviter la floraison des petits boulots à l’allemande ou à la britannique, a pourtant été une arme à double tranchant : elle n'a pas permis d’accroître la quotité de travail hebdomadaire des salariés à temps partiel, qui n’a pas bougé depuis dix ans, et elle a eu, semble-t-il, un impact négatif sur le volume de l’emploi féminin. En outre, l’instauration du plancher est intervenue à une période où commençaient à progresser deux autres échappatoires : les contrats de moins de sept jours et les missions de travailleurs indépendants, en particulier d’auto-entrepreneurs. On a assisté ainsi, singularité française, à un envol des CDD de moins d’une semaine entre 2011 et 2017 puis après le Covid. Certains travailleurs à temps partiel, et particulièrement parmi le million de ceux qui sont à temps partiel dit contraint, c’est-à-dire qui n’ont pas trouvé d’emploi à temps plein alors qu’ils en cherchent, souffrent d’une situation parfois problématique de leurs conditions de travail, et notamment d’une fragmentation pénalisante de leur temps de travail. Les agents d'entretien ou les aides à domicile cumulent ainsi, parmi d’autres professionnels, les difficultés : horaires décalés, coupures multiples dans la journée, temps de trajet non rémunérés entre deux interventions, amplitudes journalières extensibles et faibles rémunérations… Or ni le système de formation ni le service public de l’emploi ne leur prêtent une attention particulière et le système socio-fiscal engendre lui-même des trappes à temps très partiel : les salariés avec une faible quotité horaire ne gagnent parfois, voire souvent, pas plus en travaillant plus ; et cela coûte très cher à leurs employeurs pour autant d’accroître cette quotité ! Pistes et propositions pour un nouveau pacte social La France a besoin d'un pacte social en faveur du temps partiel adapté au XXIème siècle. Un pacte qui reconnaisse d’abord le bien-fondé de son développement dans l’économie et la diversité des situations et des aspirations. Un pacte qui donne les moyens aux salariés qui souhaitent travailler à temps partiel de le faire, notamment les femmes et les hommes avec charges d’enfants, les personnes ayant des problèmes de santé ou ceux qui veulent accroître leur quotité de travail. Un pacte qui offre aussi des garanties de conditions de travail et de rémunération dignes, en particulier pour les salariés à temps partiel contraint. Le temps partiel doit devenir dans notre pays, comme il l’est dans d’autres, un choix positif et un véritable outil d'équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Un droit au temps partiel pour une durée déterminée, comme il existe déjà dans la fonction publique, mais également dans les entreprises allemandes ou néerlandaises, serait notamment, à ce titre. Le temps partiel est un superbe sujet de négociation pour un nouvel accord interprofessionnel et du grain à moudre dans les branches les plus concernées par ce type de salariat (services à la personne, propreté, HCR…). S’agissant du million de salariés à temps partiel contraint, il y a matière à assouplir le cadre légal actuel tout en renforçant les garanties pour les salariés les plus exposés. La CFDT demande l’instauration, comme il en existe dans la branche de l’animation, d’une indemnité d’emploi à temps partiel équivalente à 10% de la rémunération des travailleurs à temps partiel, avec une possibilité de dérogation par accord de branche, ce qui permettrait de négocier des conditions de travail plus favorables. A contrario, le MEDEF demande, pour sa part, la suppression pure et simple de la règle de la durée minimale de 24 heures ou, à défaut, une simplification du formalisme du contrat de travail à temps partiel. A mi-chemin de ces positions, on pourrait assouplir le régime des heures complémentaires et des compléments d'heures, en les assortissant de contreparties plus favorables pour les salariés : bonification minimale de 10% pour les compléments d'heures, majoration salariale dès la deuxième coupure journalière, rémunération des temps de trajet inter-vacations… De leur côté, les donneurs d'ordre, publics et privés, ont une part de responsabilité importante vis-à-vis de beaucoup de travailleurs à temps partiel contraint et fragmenté. Trop souvent, ils se défaussent sur leurs sous-traitants, notamment dans le secteur de la propreté, perpétuant ainsi un modèle économique basé sur la précarité. Ils doivent prendre leurs responsabilités sociales plus au sérieux. De même, le service public de l’emploi et le système de formation professionnelle doivent mobiliser davantage les dispositifs existants en faveur des salariés à temps partiel, et en particulier ceux qui veulent travailler plus. S’il y peu à attendre, en pratique, de la formule des groupements d’employeurs qui demeurera une solution intéressante mais marginale, l’utilisation intensive de l’intelligence artificielle pour un meilleur appariement des offres et des demandes sur le marché du travail offre des perspectives importantes quoique complexe à mettre en oeuvre. Au fond, c’est en améliorant la qualité de l’emploi, en assouplissant la réglementation là où il le faut et en la durcissant ailleurs, qu’on parviendra à accroître aussi la quantité d’emploi dans notre économie. Qualité et quantité vont de pair. Il y a urgence à agir sur ce front-là aussi, et à agir de façon décisive, au vu des perspectives préoccupantes de la croissance et de l’emploi.

Assurance chômage et emploi : réforme paramétrique ou structurelle ?

par Louis-Charles Viossat le 22 novembre 2024
Les trois accords interprofessionnels conclus par les partenaires sociaux le 14 novembre 2024, dont un sur l’assurance chômage, montrent que la confiance du premier ministre Michel Barnier envers le dialogue social porte ses premiers fruits. Néanmoins, cette réforme ne permettra pas d’éviter le véritable problème social qui est la hausse du nombre de demandeurs d’emploi qui se profile, ni de résorber les pénuries locales et sectorielles de main-d’œuvre qui subsistent. La commission "République Sociale" chausse ses lunettes européennes et se demande si l'on peut s'inspirer du modèle allemand pour modifier structurellement notre approche du marché du travail.
Assurance chômage et emploi : réforme paramétrique ou structurelle ? Les trois accords interprofessionnels conclus par les partenaires sociaux, dont un accord sur l’assurance chômage qui devrait dégager selon la presse des économies supérieures aux 400 millions d’euros demandés par les pouvoirs publics dans leur lettre de cadrage, sont à porter au crédit du Premier ministre et de la ministre du travail. La confiance de Michel Barnier envers le dialogue social a porté ses fruits et tranche avec l’approche des gouvernements précédents. Une réforme paramétrique utile mais partielle Cette nouvelle réforme paramétrique de l’assurance chômage (versement des allocations sur trente jours tous les mois, réduction des allocations des travailleurs transfrontaliers…) a une dimension principalement budgétaire. Elle n’est pas mince puisque les économies devraient, nous dit la presse, atteindre 1,7 milliards d’euros par an en régime de croisière. Cette réforme ne devrait pas permettre, néanmoins, d’éviter le véritable problème social qui est la hausse du nombre de demandeurs d’emploi qui se profile, ni de résorber les pénuries locales et sectorielles de main-d’œuvre qui subsistent. L’Allemagne, avec un taux de chômage de 3,5% en septembre 2024 contre 7,6% en France selon Eurostat et un taux d’emploi de 77,4% au deuxième trimestre 2024 contre 69% en France, offre l’exemple d’une meilleure efficacité dont nous gagnerions à nous inspirer. Outre des contrats plus flexibles (mini jobs) et davantage de temps partiel (30,2% de l’emploi contre 17,4% en France en 2023), trois ingrédients clé sont à la base des performances de notre voisin outre-rhin sur le front de l’emploi et du chômage. Comment peut-on s’en inspirer ? Trois ingrédients dont s’inspirer 1) Focaliser l’accompagnement des chômeurs sur une reprise la plus rapide possible d’un emploi Il faut d’abord tourner résolument l’accompagnement des chômeurs vers l’objectif d’une reprise la plus rapide possible d’un emploi et pas prioritairement, comme en France, vers l’accompagnement de leurs projets, parfois peu réalistes. Cela n’empêche pas de mettre en œuvre en parallèle des programmes de reconversion et d’évolution professionnelle pour les demandeurs d’emploi qui ont repris un travail et qui souhaiteraient changer de métiers. En contrepartie d’allocations chômage globalement plus favorables que dans beaucoup d’autres pays de l’Union européenne, France Travail et l’Unedic pourraient aussi exiger, comme en Allemagne, mais également dans d’autres pays européens, des démarches plus actives de la part des chômeurs et des contraintes plus fortes : des durées de transport plus élevées dans les zones, notamment urbaines, où existe un système fonctionnel de transports en commun, un système d’information électronique qui retrace en continu la recherche active d’emploi, des sanctions plus nombreuses et systématiques mais plus proportionnées en cas de recherche insuffisante ou de refus d’un emploi… 2) Cibler les chômeurs ayant une faible ancienneté Ensuite, il faut avoir pour objectif prioritaire de trouver un emploi aux nouveaux chômeurs, voire aux salariés sur le point de perdre le leur, et pas, comme en France, de réinsérer les personnes les plus éloignées du marché du travail. Faire comme en Allemagne représenterait une inflexion importante de la réforme de France Travail. Elle est néanmoins justifiée. L’objectif de réinsertion des demandeurs d’emploi de très longue durée et des bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) est louable mais c’est un choix trop coûteux dans le contexte actuel des finances sociales et du marché de l’emploi. Il va exiger beaucoup d’efforts et d’argent public pour des résultats qui seront par construction médiocres. Au contraire, se focaliser sur le retour à l’emploi rapide des demandeurs d’emploi de moins d’un an, comme le font les Allemands, permettrait de faire des économies substantielles sur les allocations chômage qui leur sont versées, pour un montant certainement supérieur à 400 millions d’euros par an, et de répondre aussi hic et nunc aux besoins de main-d’œuvre des entreprises. 3) Refonder la gouvernance de l’assurance chômage et du service public de l’emploi Enfin, il faut donner aux partenaires sociaux l’entière responsabilité de l’assurance chômage et de l’accompagnement des chômeurs de moins d’un an d’ancienneté. Transposée en France, cette réforme reviendrait à ce que les agences locales de France Travail agissent désormais pour le compte de l’Unedic, à la main des partenaires sociaux, qui gèrerait entièrement et de façon indépendante l’indemnisation et l’accompagnement des chômeurs récents. L’Etat fixerait seul les paramètres de l’assurance chômage des chômeurs de plus d’un an d’ancienneté jugés aptes, selon un critère médical clair comme en Allemagne, de revenir sur le marché de l’emploi. Et ce seraient, dans le cadre d’une gouvernance décentralisée et partenariale, des structures communes à France Travail et aux collectivités territoriales (les villes, les intercommunalités voire les départements selon les cas) qui seraient en charge de leur accueil et de leur accompagnement. L’accompagnement social des personnes trop éloignées du marché de l’emploi et jugées inaptes à retrouver un emploi resterait géré par les départements. Comme l’exemple de l’Allemagne et d’autres voisins européens le montre, l’amélioration du fonctionnement du marché du travail français, l’augmentation du taux d’emploi et la baisse du chômage dans notre pays passent par des changements structurels et non pas uniquement paramétriques. Mais ces changements exigent une capacité de rapprochement des points de vue, de dialogue social et de réforme qui ne se décrète pas et ne peut que s’inscrire dans le temps long. Assurance chomage et emploi reforme parametrique ou structurelle - Laboratoire de la RepubliqueTélécharger

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