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Municipales 2026 – École, territoires et politiques éducatives locales

par la commission Éducation le 3 mars 2026
À l’approche des élections municipales de 2026, l’école s’impose comme un enjeu territorial majeur. Baisse rapide de la démographie scolaire, tensions autour des fermetures de classes, qualité du périscolaire, organisation des temps éducatifs : les communes se trouvent au cœur de mutations profondes. Dans cette huitième note de notre série consacrée aux élections municipales, la commission Éducation du Laboratoire de la République propose des orientations concrètes pour faire de la politique éducative locale un levier stratégique des prochaines municipales.
Dans un contexte marqué par une diminution inédite du nombre d’élèves (avec une baisse projetée d’un million d’ici 2029 par rapport à 2019), cette note de la commission Éducation du Laboratoire de la République analyse les conséquences territoriales de la transition démographique et appelle à repenser la gouvernance éducative locale. Si l’État conserve des compétences centrales, l’école constitue une responsabilité partagée avec les communes, dont l’action dépasse largement le seul cadre des obligations légales. La commission Éducation plaide pour une continuité éducative fondée sur une gouvernance plus étroitement concertée entre services académiques et élus locaux. S’agissant des territoires ruraux, la note dresse un bilan contrasté des conventions de ruralité mises en place depuis 2014 et des Observatoires des Dynamiques Rurales et Territoriales généralisés depuis 2023. Si ces dispositifs ont amélioré le dialogue et la visibilité, ils demeurent insuffisants pour garantir des engagements pluriannuels sur les moyens. La commission Éducation propose de relancer des conventions intercommunales adossées aux Territoires Éducatifs Ruraux, permettant de conditionner le maintien des postes à des efforts de restructuration, tout en soutenant la modernisation du bâti scolaire et l’amélioration des transports adaptés aux réalités locales. La note aborde également la question des temps scolaires, à la lumière des propositions formulées par la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant réunie au CESE. Elle invite les maires à adapter les horaires aux besoins des territoires et à renforcer l’articulation entre temps scolaire et périscolaire. Une attention particulière est portée à la qualité et à la sécurité des activités périscolaires, à l’inclusion des enfants en situation de handicap, ainsi qu’à la nécessité de structurer une véritable politique de ressources humaines et d’évaluation des contenus proposés. Enfin, la commission Éducation insiste sur la mobilisation des instances locales existantes (conseils municipaux de jeunes, maisons de la jeunesse, conseils locaux associant Éducation nationale et collectivités) afin de renforcer la concertation et l’implication des familles et des jeunes. La condition centrale d’une politique éducative territoriale cohérente et durable demeure un dialogue structuré et exigeant entre l’État et les élus locaux, seul à même de répondre aux défis démographiques et sociaux à venir. Municipales 2026 - École, territoires et politiques éducatives localesTélécharger

Municipales 2026 – Les communes et l’emploi : l’heure d’une révolution copernicienne ?

par Louis-Charles Viossat le 2 mars 2026
Dans cette septième note de notre série consacrée aux élections municipales, Louis-Charles Viossat interroge le modèle français de la politique de l'emploi, historiquement centralisé. Face à la montée des disparités territoriales et au ralentissement du marché du travail, il plaide pour un changement d’échelle : faire du bloc communal un acteur central de l’action en faveur de l’emploi.
En France, la politique de l’emploi relève formellement de l’État, garant de l’égalité de traitement sur l’ensemble du territoire. Pourtant, la réalité du marché du travail est profondément territorialisée : taux de chômage, tensions de recrutement, qualifications, logement ou transports varient fortement d’une zone à l’autre. Si des avancées ont été réalisées (décentralisation partielle de la formation aux régions, création de France Travail et de comités territoriaux pour l’emploi par la loi de 2023), les communes et intercommunalités demeurent des acteurs secondaires, malgré leur connaissance fine du tissu économique local et leur rôle de premier recours pour les citoyens. Cette situation contraste avec leur poids réel. Le bloc communal est un employeur public majeur incarné par plus d’un million d’agents et intervient déjà à travers les missions locales, les plans locaux pour l’insertion et l’emploi (PLIE), les Maisons de l’emploi ou encore l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée. Les communes articulent concrètement emploi, action sociale, développement économique, logement ou mobilité. Pourtant, leurs initiatives restent dispersées, peu visibles et insuffisamment structurées dans un cadre stratégique national. Louis-Charles Viossat, responsable de la commission République sociale du Laboratoire de la République, propose donc une « révolution copernicienne ». D’une part, repenser le rôle des communes en tant qu’employeurs, notamment en externalisant certaines fonctions support pour dégager des marges d’investissement dans les services à forte valeur sociale. D’autre part, aller au-delà de la simple territorialisation pour engager une véritable décentralisation partielle de la politique de l’emploi, en confiant aux intercommunalités volontaires une co-responsabilité opérationnelle avec France Travail dans l’accompagnement des demandeurs d’emploi. Dans un contexte de remontée du chômage, de faible taux d’emploi des jeunes et des seniors et de bouleversements technologiques, il s’agirait de repositionner le bloc communal comme centre de gravité d’une politique de l’emploi plus agile, personnalisée et ancrée dans les réalités locales. Municipales 2026 - République socialeTélécharger

Municipales 2026 – La place de la laïcité dans la démocratie locale

par la Commission République laïque le 28 février 2026
Dans cette sixième note de notre série consacrée aux élections municipales, la commission République laïque du Laboratoire de la République analyse la place que devrait occuper la laïcité dans l’action des futures équipes communales. Elle défend l’idée que les maires et élus locaux constituent le « dernier kilomètre » de la mise en œuvre concrète des principes républicains et formule une série de propositions pour ancrer durablement la laïcité dans la démocratie locale.
La commission République laïque du Laboratoire de la République rappelle d’abord que les communes et intercommunalités, en tant que composantes de la sphère publique, sont pleinement tenues au respect du principe constitutionnel de laïcité. Or celle-ci demeure largement absente des débats de campagne, alors même qu’elle structure l’équilibre démocratique entre liberté de conscience, neutralité de l’action publique et civilité dans l’espace commun. La laïcité distingue trois sphères : privée (liberté), publique (neutralité) et société civile (discrétion) et vise à garantir que nulle foi ni idéologie ne dicte la loi collective. Elle ne combat pas les religions, mais les logiques fondamentalistes et les atteintes à l’ordre public. Les auteurs insistent sur le rôle central des élus municipaux, en particulier des maires, pour faire vivre ce principe au quotidien, qu’il s’agisse de la gestion de situations sensibles, de la prévention des tensions ou de l’encadrement des associations subventionnées. La loi du 24 août 2021 impose la formation des agents publics et la désignation de référents laïcité, mais son application demeure incomplète, notamment dans la fonction publique territoriale. La note plaide ainsi pour un effort massif, structuré et durable de formation des élus, agents et responsables associatifs, articulant repères historiques et juridiques, mises en situation concrètes et accompagnement des encadrants. Au-delà de la formation, la commission propose un véritable pilotage communal de la laïcité : adoption d’une charte municipale, création d’un Conseil local des sages, publication annuelle d’un rapport, conditionnement des subventions au respect du contrat d’engagement républicain. La promotion de la laïcité passe également par des actions symboliques et éducatives, comme la valorisation du 14 juillet et du 9 décembre, le soutien aux initiatives citoyennes, les politiques d’égalité des chances, afin de faire de la laïcité non un principe défensif, mais un levier d’émancipation et de cohésion au cœur du projet municipal. Michel Lalande est préfet honoraire et responsable de la commission République laïque du Laboratoire de la République. Malika Guenou est conseillère Relations avec les Territoires au cabinet du président de la région Provence-Alpes Côte d’Azur. Leïla Grenu est membre de la commission République laïque. Pierre-Henri Tavoillot est philosophie, universitaire et responsable du diplôme D.U. « Référent laïcité » à Sorbonne Université. Théo Fouquer est sherpa de la commission République laïque. Alexia Fossaluzza est sherpa de la commission République laïque. Municipales 2026 - République laïqueTélécharger

Municipales 2026 – La confiance dans la démocratie locale en question

par Olivia Leboyer le 27 février 2026
Dans cette cinquième note de notre série consacrée aux élections municipales, Olivia Leboyer, docteure en science politique et enseignante à Sciences Po Paris, analyse l’état de la confiance dans la démocratie locale. À partir des données du CEVIPOF et de travaux récents sur la confiance politique, elle interroge le rôle singulier du maire dans un contexte de défiance généralisée, de transformation des règles électorales et d’attentes citoyennes croissantes.
Le constat est paradoxal : la défiance envers le personnel politique atteint des niveaux élevés (seuls 20 % des sondés estiment que les responsables politiques essaient de tenir leurs promesses et la confiance dans les partis demeure marginale) mais les élus locaux continuent de bénéficier d’un capital de confiance nettement supérieur. La proximité, l’accessibilité et l’ancrage territorial expliquent en partie cet écart. Pourtant, cette relation repose sur un équilibre fragile. En mobilisant les apports de la philosophie politique et de la sociologie, d’Hobbes à Niklas Luhmann et Martin Hartmann, Olivia Leboyer rappelle que la confiance n’est pas un état acquis mais une pratique, une construction dynamique toujours exposée à son envers : la défiance. La figure du maire demeure centrale dans une France composée majoritairement de petites communes. Toutefois, plusieurs évolutions fragilisent cet équilibre : professionnalisation et exigence accrue des mandats, faibles rémunérations, recul des profils notabiliaires traditionnels, interdiction du cumul des mandats. Dans un contexte international anxiogène, les citoyens projettent sur les maires des attentes fortes, notamment sur des enjeux comme l’insécurité, la santé ou les finances publiques ; des domaines qui relèvent en grande partie du niveau national. Ce décalage nourrit un risque de malentendu démocratique. Enfin, la note met en lumière les effets institutionnels et communicationnels susceptibles d’influencer les municipales de 2026 : extension de la prime majoritaire dans les petites communes, application de la réforme PLM à Paris, Lyon et Marseille, statut encore fragile des élus d’opposition. À cela s’ajoute l’évolution des campagnes locales, de plus en plus marquées par le storytelling et les formats numériques courts. Pour l’auteure, la démocratie municipale devrait au contraire rester un espace de délibération concrète et d’échange horizontal, condition essentielle pour retisser la confiance dans une société fragmentée. Olivia Leboyer est docteur en science politique et enseignante à Sciences Po Paris. Municipales 2026 - La confiance en questionTélécharger

Roberto Saviano à Assas : la démocratie face au crime organisé

par L'équipe du Lab' le 27 février 2026
Invité à l’Université Panthéon-Assas, l’écrivain et journaliste italien Roberto Saviano a livré une réflexion puissante sur les mutations du crime organisé et les vulnérabilités contemporaines des démocraties. Lors de cette conférence consacrée aux rapports entre mafias et institutions, organisée notamment avec le Laboratoire de la République, il a appelé à défendre l’indépendance de la justice et à repenser les instruments politiques face à des organisations criminelles désormais pleinement intégrées à la mondialisation économique.
Invité à l’Université Panthéon-Assas, l’écrivain et journaliste italien Roberto Saviano a donné une conférence exceptionnelle intitulée La démocratie face au crime organisé. Organisée en partenariat avec le Laboratoire de la République, Italia France Future et Assas Perspectives, la rencontre a été co-modérée par Francesco Martucci et Jean-Michel Blanquer. Devant un amphithéâtre comble, Roberto Saviano a livré une analyse dense et engagée des mutations contemporaines du crime organisé et de leurs effets sur les institutions démocratiques en Europe et à l’échelle internationale. Une parole forgée par l’expérience Né à Naples en 1979, auteur de Gomorra, enquête majeure sur la Camorra napolitaine, Roberto Saviano vit depuis près de vingt ans sous protection policière permanente en raison des menaces qui pèsent sur lui. Cette situation singulière confère à son intervention une force particulière : son analyse du phénomène mafieux est à la fois intellectuelle et existentielle. Revenant sur son dernier ouvrage consacré au juge Giovanni Falcone, assassiné en 1992, il a rappelé combien la lutte contre les mafias se joue d’abord sur le terrain économique et financier. Falcone, a-t-il souligné, avait compris que l’arme décisive résidait dans la traque des flux et des patrimoines plutôt que dans la seule répression pénale. L’indépendance de la justice comme ligne de front Une part importante de la conférence a été consacrée à la comparaison entre les systèmes judiciaires italien et français. Roberto Saviano a insisté sur l’indépendance institutionnelle de la magistrature italienne, qu’il considère comme un rempart essentiel face aux pressions politiques et criminelles. À ses yeux, toute fragilisation du parquet ouvre un espace aux organisations mafieuses, dont la stratégie première consiste à neutraliser les contre-pouvoirs. Au-delà des différences juridiques, il a défendu une idée simple : sans magistrature indépendante, il n’y a pas de démocratie capable de résister durablement aux logiques de corruption. Des mafias transformées, plus diffuses, plus intégrées Roberto Saviano a ensuite décrit la profonde mutation des organisations criminelles. Moins enclines à la violence spectaculaire, celles-ci privilégient désormais l’infiltration économique, la corruption administrative et la délégitimation progressive des institutions. L’objectif n’est plus d’affronter l’État, mais de le contourner, voire de le rendre superflu. Il a évoqué les pratiques d’achat de votes, la personnalisation extrême des promesses politiques et la réduction du débat public à une logique transactionnelle. Les mafias, selon lui, prospèrent là où la confiance collective s’effondre et où la politique se réduit à la gestion d’intérêts particuliers. La conférence a enfin mis en lumière la dimension internationale du crime organisé : circulation des capitaux, zones grises fiscales, affaiblissement des États fragiles. Roberto Saviano a souligné que les mafias exploitent les failles de la mondialisation économique avec une agilité que les démocraties peinent à égaler. Il a également mis en garde contre certaines politiques de sanctions ou de fermeture brutale des marchés, susceptibles de renforcer paradoxalement les réseaux criminels les plus structurés. Défendre la démocratie par la lucidité En conclusion, Roberto Saviano a posé une question centrale : les démocraties européennes disposent-elles encore des instruments intellectuels et institutionnels pour faire face au crime organisé ? Sa réponse tient en un appel à la lucidité : comprendre les mécanismes financiers, défendre l’indépendance de la justice et réhabiliter une ambition réformiste capable de retisser la confiance collective. Plus qu’un diagnostic, son intervention aura constitué une invitation à penser la démocratie non comme un acquis, mais comme un équilibre fragile, à défendre face à des organisations criminelles devenues expertes dans l’art d’en exploiter les failles. https://youtu.be/OsqRjgKX60M

Municipales 2026 – Vers un renforcement de la démocratie municipale ?

par Alain Laquièze le 25 février 2026
À l’approche des élections municipales de mars 2026, la réforme des modes de scrutin redessine en profondeur les règles du jeu électoral dans les communes françaises. Dans cette quatrième note de notre série consacrée aux élections municipales, Alain Laquièze, professeur de droit public et responsable de la commission République démocratique du Laboratoire de la République, examine la portée démocratique de ces changements législatifs et interroge leur capacité réelle à restaurer la confiance civique.
À quelques mois d’un scrutin municipal décisif, la réforme des systèmes électoraux adoptée en 2025 invite à une réflexion d’ensemble sur l’état de la démocratie locale en France. Dans cette note, Alain Laquièze propose une lecture juridique et institutionnelle des nouvelles règles applicables en mars 2026, en les replaçant dans un contexte marqué par l’érosion de la confiance envers les élus et par une exigence accrue de participation citoyenne. Deux textes ont substantiellement modifié le cadre électoral. La loi du 21 mai 2025 réforme le mode de scrutin dans les communes de moins de 1 000 habitants en substituant au scrutin plurinominal avec panachage un scrutin proportionnel de liste assorti d’une prime majoritaire et d’une obligation de parité. Présentée comme un levier de vitalité démocratique, de cohésion municipale et d’égal accès des femmes et des hommes aux mandats, cette évolution soulève néanmoins des interrogations : restriction de la liberté de l’électeur, difficulté à constituer plusieurs listes dans les très petites communes et risque d’exacerbation des antagonismes locaux. Parallèlement, la loi du 11 août 2025 transforme le régime électoral de Paris, Lyon et Marseille en instaurant un double scrutin distinct pour les conseillers municipaux et les conseillers d’arrondissement ou de secteur, tout en abaissant la prime majoritaire à 25 %. Si cette réforme renforce le lien direct entre les électeurs et le conseil municipal et favorise le pluralisme, elle contribue aussi à une forte personnalisation de la compétition autour de la figure du maire et à un affaiblissement relatif de l’échelon d’arrondissement. Ces réformes tendent ainsi à politiser davantage les élections municipales de 2026, tant dans les petites communes que dans les plus grandes villes. Il demeure toutefois incertain qu’elles suffisent à restaurer durablement la confiance démocratique, même si le maire et le conseil municipal restent, à ce jour, les institutions politiques qui bénéficient du niveau de confiance le plus élevé auprès des Français. Municipales 2026 - République démocratiqueTélécharger

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