La désinformation en santé n’est plus un phénomène marginal : elle constitue désormais une menace majeure pour la qualité des soins, la confiance dans la science et la cohésion sociale. Un rapport remis au ministre de la Santé le 12 janvier 2026 dresse un constat préoccupant et formule des recommandations ambitieuses pour endiguer la propagation de fausses informations médicales. Le rapport reprend plusieurs axes structurants défendus par le Laboratoire de la République, sous l’impulsion de David Smadja et Nathalie Sonnac.
Désinformation en santé : un enjeu majeur de santé publique
Le rapport remis au ministre de la Santé le 12 janvier 2026 tire la sonnette d’alarme : la désinformation en santé fragilise notre système de soins et met à mal le débat public. À l’heure des réseaux sociaux et de l’information instantanée, les fausses nouvelles circulent plus vite que jamais, souvent au détriment de la rigueur scientifique.
Le document met en lumière plusieurs constats préoccupants. Plus de la moitié des jeunes âgés de 15 à 30 ans (53 %) s’informent principalement via Instagram, TikTok ou YouTube. Sur ces plateformes, les algorithmes favorisent les contenus émotionnels, spectaculaires ou polarisants, au détriment des informations fondées sur des données scientifiques solides.
Dans ce contexte, les fausses informations relatives aux vaccins, aux traitements médicaux, à l’alimentation ou encore à la santé mentale se diffusent rapidement, bien plus vite que les réponses institutionnelles. Ces dernières peinent souvent à suivre le rythme et à adopter les codes de communication propres aux nouveaux usages numériques.
Le rapport souligne également le rôle actif de certains acteurs de la désinformation : influenceurs, groupes militants, scientifiques dévoyés ou encore lobbies industriels exploitent les failles du système informationnel. À l’inverse, les scientifiques, journalistes ou lanceurs d’alerte qui défendent les faits et l’intégrité scientifique sont fréquemment exposés à des campagnes de harcèlement, des menaces ou des procédures-bâillons.
Des recommandations structurantes pour enrayer la désinformation
Face à ce constat, le rapport formule une série de recommandations destinées à structurer une réponse durable et collective.
Il préconise d’abord de renforcer l’éducation à l’esprit critique dès l’école et tout au long de la vie, afin de permettre à chacun de mieux évaluer la fiabilité des informations auxquelles il est exposé. La formation des professionnels de santé, des journalistes et des cadres publics à la communication scientifique et à la lutte contre la désinformation constitue également un levier essentiel.
Parmi les propositions phares figure la création d’un Info-Score Santé, inspiré du Nutri-Score, destiné à évaluer la fiabilité des sources d’information en santé. Le rapport recommande également la mise en place d’un Observatoire de l’information en santé, s’appuyant sur une intelligence artificielle dédiée et un système d’infovigilance capable de détecter et de contrer les fausses informations en temps réel.
Enfin, le texte insiste sur la nécessité de sanctionner les désinformateurs, tout en renforçant la protection des scientifiques et experts qui contribuent à l’information du public.
Des propositions déjà formulées par le Laboratoire de la République
Dès décembre 2024, le Laboratoire de la République, à travers les travaux de David Smadja et Nathalie Sonnac, avait formulé plusieurs propositions pour lutter contre la désinformation en santé. Ces analyses et recommandations sont disponibles sur notre site internet.
Le rapport officiel peut quant à lui être consulté sur le site du ministère de la Santé.
Après l’intervention militaire américaine au Venezuela et la capture de Nicolás Maduro, les équilibres politiques, juridiques et régionaux du continent latino-américain sont profondément ébranlés. Entre risque de fragmentation interne, crise de légalité internationale et résurgence du spectre de l’interventionnisme américain, l’événement ouvre une séquence lourde d’incertitudes. Jean-Michel Blanquer, président du Laboratoire de la République, professeur de droit public et ancien président de l’Institut des Amériques, a répondu aux questions de La Nouvelle Revue Politique sur les conséquences immédiates de l’opération, ses implications pour l’ordre international et les voies possibles d’une transition démocratique crédible.
Alors que la France interroge sa capacité à transmettre la citoyenneté et à engager sa jeunesse, l’initiative sud-africaine Valued Citizens, fondée par Carole Podetti Ngono, offre un exemple saisissant de ce que signifie véritablement « faire société ». Forte d’un parcours international et d’une expérience professionnelle diversifiée, Carole a choisi de transformer l’école, la famille et les institutions sociales en véritables incubateurs de citoyenneté active, centrée sur l’estime de soi, le dialogue, le leadership éthique et l’engagement collectif. Touchant des millions de jeunes et formant des milliers de professionnels, son approche démontre qu’investir dans l’enfance et les compétences sociales permet de répondre aux fractures sociales et à la défiance envers les institutions. Pour la France, cette expérience est une interpellation : elle rappelle que la citoyenneté ne se proclame pas mais se construit, se vit et s’éprouve, et que notre jeunesse peut devenir non de simples héritiers d’un modèle républicain, mais de véritables co-constructeurs d’une société plus juste et dynamique.
Il y a quelques mois, un voyage en Afrique du Sud m’a offert bien plus qu’un simple dépaysement géographique et artistique : il m’a conduit à la découverte de Valued Citizens Initiative, une organisation qui incarne, avec une étonnante simplicité, ce que signifie transmettre les valeurs profondes de la citoyenneté.
Une femme, une vision, un changement systémique
Carole Podetti Ngono n’est pas une militante comme les autres. Elle ne brandit pas des slogans. Elle bâtit des ponts. Des ponts entre les générations, les classes sociales, les mondes parfois irréconciliables de la politique, de l’éducation, et des réalités sociales du terrain.
Diplômée de l’ISCOM Paris et forte d’un parcours international (France, États-Unis, Afrique du Sud), elle aurait pu rester dans le confort des grandes entreprises et des événements mondiaux — elle a notamment travaillé pour le Comité d’Organisation de la Coupe du Monde de la FIFA 1998. Mais c’est en Afrique du Sud, en 2001, qu’elle décide de faire de la citoyenneté une mission de vie. Elle fonde alors Valued Citizens Initiative, une organisation à but non lucratif, installée à Johannesburg, avec une ambition audacieuse : reconstruire la société par l’éducation citoyenne et l’action collective.
Une réponse éducative aux fractures sociales
Carole ne part pas d’une idéologie, mais d’un constat de terrain. En Afrique du Sud, 30 ans après la fin de l’apartheid, dans une démocratie aux promesses inachevées, Carole répond aux fractures sociales non par l’idéologie, mais par l’action : elle fait des écoles et des familles des lieux où la jeunesse retrouve repères, confiance et pouvoir d’agir.
L’Initiative Valued Citizens ne propose pas une énième charte morale ou un programme abstrait. Elle transforme les écoles, les familles, les institutions sociales en incubateurs d’émancipation.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
Plus de 1,7 million d’élèves touchés directement par les programmes ;
2 674 écoles publiques partenaires, dans 6 régions d’Afrique du Sud (Gauteng, Limpopo, KwaZulu-Natal, Free State, Mpumalanga et Western Cape);
12 651 professionnels formés, dont 4 019 travailleurs sociaux, 73 Éducatrices de la petite enfance et 8 559 enseignants ;
Une expansion en cours au Lesotho et au Malawi ;
38 % de l’équipe salariée issue des anciens bénéficiaires.
L’enfance comme levier de résilience collective
Ce que propose Carole Podetti Ngono, c’est une pédagogie de la citoyenneté incarnée. Elle mise sur les soft skills : estime de soi, expression émotionnelle, prise de parole, écoute active, leadership éthique. Ses programmes, conçus en interne, sont accrédités par les autorités sud-africaines.
À travers le programme Sondela Open Dialogue — Sondela signifiant "approche-toi" en zoulou — des adolescents de milieux marginalisés débattent de l’histoire sud-africaine, de l’égalité, de la justice sociale, de la confiance dans les institutions, de l’environnement, de l’entrepreneuriat et l’emploi, et de leur propre avenir. Ces jeunes osent rêver, mais surtout : ils s’engagent à devenir les bâtisseurs de leur démocratie.
Ces dialogues ont un impact profond : « Ces élèves de classe de troisième ne se contentent plus d’espérer un changement, ils en deviennent les architectes. »— Extrait du rapport Sondela.
Une citoyenneté vécue, pas seulement enseignée
Carole ne croit pas à une citoyenneté abstraite. Elle croit à une citoyenneté expérientielle, vécue, ressentie. Elle intègre des outils pédagogiques comme My Valued Diary, développe des contenus multimédias, publie des recueils de témoignages de jeunes, et met en scène les valeurs constitutionnelles dans des récits incarnés.
L’action de Valued Citizen repose sur trois piliers essentiels :
Valoriser l’écosystème de l’enfantFormation professionnelle des enseignants, dirigeants scolaires, praticiens de la petite enfance et travailleurs sociaux.
Développement des compétences parentales pour renforcer le rôle des familles.
Accroître l’employabilité des jeunes
Orientation professionnelle, communication, intelligence émotionnelle, prise de décision, leadership, préparation au monde du travail et entrepreneuriat.
Développer une citoyenneté activeDialogue sur la Constitution, les droits humains, les inégalités et l’identité.Promotion du respect, de l’autonomie, et de la responsabilité.
Expression par l’art, justice restaurative et inclusion sociale.
L’initiative intègre aussi un soutien psychosocial pour les individus et communautés les plus vulnérables, dans une logique de transformation durable.
Et nous, en France ?
Que faisons-nous, ici, en France, pour accompagner cette jeunesse qui doute ?Que répondons-nous aux signaux faibles qui, de quartier en quartier, de collège en collège, traduisent une déconnexion croissante entre la République et ceux qui devraient en être les premiers bénéficiaires ?
Nous aussi, nous avons :
Des jeunes qui ne votent plus ou jamais voté.
Des enseignants démunis face à la défiance.
Des familles déstructurées et isolées.
Des institutions perçues comme distantes, voire hostiles.
Et pourtant, combien d’initiatives comme celle de Valued Citizens soutenons-nous réellement ?
Une interpellation salutaire pour la République
Il ne s’agit pas de transposer mécaniquement une initiative sud-africaine. Il s’agit de réfléchir autrement. Et si l’éducation civique en France devenait une éducation au dialogue ? Et si les écoles devenaient des lieux de transformation sociale ? Et si chaque jeune, dès le collège, avait accès à un parcours de citoyenneté active, où l’on parle d’éthique, d’empathie, de parole, d’engagement, de désaccords féconds, de résilience ?
Valued Citizens Initiative nous rappelle une chose essentielle : La citoyenneté ne se proclame pas. Elle se construit. Elle se vit. Elle s’éprouve.
Il ne s’agit plus de faire apprendre la République. Il s’agit désormais de faire vivre la République.
En guise de conclusion
Il est temps de faire de nos jeunes non pas de simples héritiers d’un modèle républicain figé, mais des co-constructeurs d’une société plus juste, plus inclusive, plus vivante.
L’initiative de Carole Podetti Ngono est un électrochoc discret. Un exemple qui dérange les habitudes. Et une invitation à penser non pas en termes de dispositifs, mais en termes d’âmes, d’élans, de confiance, de dignité.
C’est cela, faire société.
Pour tout renseignements sur Valued Citizens : https://www.valuedcitizens.co.za
David Smadja : Université Paris Cité, Inserm PARCC et Hôpital Européen Georges Pompidou, responsable de la commission santé du Laboratoire de la république
Au cœur d’une région en pleine recomposition, la médecine devient un moteur de transformation et d’espoir. En Arménie, le développement des soins hématologiques et de la transplantation ne symbolise pas seulement un progrès scientifique : il incarne la volonté d’un pays de bâtir un système de santé résilient, ouvert sur le monde, et de faire de la coopération médicale un levier de stabilité et de renaissance nationale. David Smadja est professeur d’hématologie à l’Université Paris Cité, praticien hospitalier à l’hôpital européen Georges Pompidou et responsable de la commission Santé du Laboratoire de la République.
À l’occasion de la première Journée Franco-Arménienne d’Hématologie, organisée dans le cadre de la Conférence Médicale Arméno-Française, médecins, chercheurs et acteurs de santé publique se sont rassemblés pour saluer l’impact historique de l’association Transplant to Armenia, fondée par le Dr Gérard Hovakimian, ardent défenseur de la coopération médicale entre l’Arménie et la France et marquer le début d’une collaboration hospitalière et universitaire entre la France et l’Arménie.
La première Journée Franco-Arménienne d’Hématologie, qui s’est tenue le samedi 4 octobre 2025 à Erevan, s’inscrit dans un moment historique profondément marqué par des enjeux à la fois médicaux, géopolitiques et humains. Ce symposium n’était pas seulement un événement scientifique ; il fut aussi le reflet d’un contexte régional bouleversé et porteur d’espoir. Quelques semaines avant cette rencontre, un accord de paix a été signé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, mettant officiellement un terme à plusieurs années de conflit autour de la région du Haut-Karabagh. Si cette signature représente une avancée diplomatique majeure, elle ne dissipe pas les conséquences profondes de la guerre. L’Arménie fait aujourd’hui face à un afflux massif de réfugiés, des familles déracinées, traumatisées, souvent en grande détresse physique et psychologique.
Parmi ces déplacés, nombreux sont ceux qui nécessitent des traitements lourds, notamment dans le domaine de l’oncohématologie. Le cancer du sang, les syndromes myélodysplasiques et autres pathologies hématologiques exigent des soins spécialisés, coûteux et complexes, qui ne sont pas encore disponibles à large échelle en Arménie.
Face à cette crise humanitaire silencieuse, l’association Transplant to Armenia a décidé d’élargir son champ d’action. Initialement centrée sur la mise en place d’un centre de greffe de cellules souches hématopoïétiques, l’organisation mobilise désormais ses ressources pour toutes les facettes de l’hématologie et pas uniquement la greffe mais elle vient aussi en aide aux réfugiés. Elle le fait en collaboration étroite avec des ONG locales, des partenaires médicaux internationaux et des membres de la diaspora.
La tenue de cette première journée d’hématologie à Erevan, dans un tel climat, témoigne de la volonté collective de faire de la médecine un instrument de résilience, de reconstruction et de paix. C’est une étape symbolique et concrète dans la transformation du système de santé arménien, et un appel à la solidarité médicale internationale.
« La santé est un droit fondamental. Si nous voulons un avenir stable pour la région, cela passe aussi par la santé. » — Dr Gérard Hovakimian
Aux origines du projet : l’idée de créer un centre de greffe de cellules souches hématopoïétiques en Arménie a émergé en mars 2014, à Milan, lors du 40e Congrès de l’EBMT (European Society for Blood and Marrow Transplantation). Constatant le nombre croissant de patients arméniens venant se faire greffer en France, le Professeur Mohamad Mohty et plusieurs hématologues français de renom, dont le Pr Ibrahim Yakoub-Agha, ont spontanément proposé leur soutien.
« L’Arménie ne disposait pas alors de cette thérapie vitale. Les patients devaient se rendre à Paris, Moscou, Téhéran ou Delhi. Ce n’était pas acceptable. » — Dr Gérard Hovakimian
Depuis 2014, Transplant to Armenia a transformé un rêve en réalité :
Formation intensive des hématologues arméniens dans les centres européens de référence
Première autogreffe réussie le 10 avril 2017 sur un patient de 50 ans atteint d’un myélome multiple
Plusieurs greffes réussies depuis, ouvrant la voie à une autonomie médicale arménienne
Lors de la session d’ouverture du 4 octobre 2025 à Erevan, de nombreux spécialistes en hématologie français et arménien ont partagé la scène. Le ton était à l’espoir et à la coopération renforcée, mais aussi à la reconnaissance d’une avancée thérapeutique majeure en Arménie, permise par la synergie entre professionnels de santé, institutions et diaspora.
Aujourd’hui, l’association Transplant to Armenia est plus qu’un projet médical. C’est un mouvement humanitaire, scientifique et diplomatique, qui place la médecine au service de la paix.
Parmi les principales conclusions de cette première journée franco-arménienne d’hématologie, la volonté affirmée de structurer une coopération clinique bilatérale a occupé une place centrale. Celle-ci s’organise autour de trois domaines majeurs : la greffe de moelle osseuse, l’ensemble des pathologies malignes hématologiques – incluant les myélomes, leucémies, lymphomes et la myélofibrose – ainsi que l’hémostase et la prise en charge des complications thromboemboliques associées à ces maladies.
Les discussions ont également permis de définir plusieurs axes prioritaires pour le système de santé arménien. L’un des enjeux essentiels demeure l’amélioration de l’accès aux traitements innovants, notamment les cellules CAR-T, les thérapies ciblées, et les greffes de cellules souches. Le déploiement de programmes de prise en charge standardisée pour les hémopathies malignes représente également un objectif majeur, afin de garantir une meilleure équité dans l’accès aux soins. En parallèle, le renforcement des capacités locales dans le domaine de l’anticoagulation et dans la prévention ainsi que la gestion des complications thromboemboliques est apparu comme un besoin urgent, en particulier dans un contexte de transformation rapide du paysage médical arménien.
Un troisième pilier de cette collaboration repose sur un projet structurant de formation médicale. Celui-ci prévoit l’accueil de médecins arméniens au sein de centres universitaires français pour des formations spécialisées. Cette dynamique de transfert de compétences comprendra aussi l’intégration de ces professionnels dans des équipes de recherche, avec la possibilité de réaliser des stages de Master 2, voire des thèses de doctorat. Leur participation à l’activité clinique quotidienne des services hospitalo-universitaires partenaires permettra enfin un enrichissement mutuel, consolidant une expertise partagée au service des patients arméniens.
En conclusion, le projet Transplant to Armenia avec de nombreux experts engagés, incarne ce que la médecine peut accomplir quand elle s’appuie sur la solidarité, l’excellence et la vision humaniste. En Arménie, elle a transformé des vies. Elle peut désormais changer l’avenir.
L’intelligence artificielle ne détruit pas l’emploi, elle le réinvente. En transformant les tâches et en libérant du temps, elle promet des gains de productivité tout en révélant une nouvelle fracture entre savoir automatisé et intelligence humaine. Alors que la majorité des projets d’IA échouent faute d’une approche réfléchie, la clé réside désormais dans la formation et le dialogue avec la technologie. L’avenir du travail appartiendra à ceux qui sauront donner du sens à ces outils, car l’IA ne sera éthique que si nous la rendons telle.
L’intelligence artificielle redistribue silencieusement les cartes du travail.
Pas en supprimant des métiers, mais en redessinant les tâches qui les composent.La productivité augmente sous conditions, les marges suivent et s’élargissent, mais la question essentielle demeure : à quoi servira le temps libéré ?
Les études convergent : les entreprises qui adoptent l’IA avec une gouvernance adaptée enregistrent une croissance supérieure de 6 % de l’emploi et de 9,5 % des ventes. Mais 95 % des projets échouent encore faute d’usage maîtrisé. La technologie est prête. Ce sont les humains qui ne le sont pas.
Derrière les courbes de performance, un paradoxe : les emplois les plus exposés à l’automatisation ne sont plus ceux de l’industrie, mais ceux de l’information — comptables, développeurs, analystes. Et ce sont surtout les jeunes diplômés qui en subissent le choc. Les 22-25 ans dans ces métiers ont vu leur emploi chuter de 13 % depuis 2022.
Pourquoi ? Parce que l’IA imite bien la connaissance codifiée, celle qu’on enseigne à l’école. Mais elle n’imite pas encore l’intelligence vivante : le discernement, la créativité, la capacité à relier les faits à leur contexte humain.
Or cette fracture cognitive pourrait devenir le nouveau fossé social. Si nous laissons l’IA décider sans comprendre, nous remplaçons la pensée par la procédure.
C’est là que se joue le véritable enjeu : non pas une guerre entre l’homme et la machine, mais une discipline d’usage, une hygiène de l’intelligence artificielle.
Avec un triangle d’or :
Acculturation, pour comprendre les algorithmes et leurs biais économiques ;
Dialogue éclairé, pour savoir interroger l’IA sans s’y soumettre ;
Mise à jour permanente, pour que le temps gagné serve à apprendre se confronter à l'autre dans ses différences, se cultiver , pas à s’endormir.
Mais cette hygiène suppose aussi de repenser la formation des jeunes.
L’école et l’université doivent enseigner moins la maîtrise d’outils que la capacité à incarner l’humain dans le management. Cela passe par le développement de l’écoute, de la coopération et de la réflexivité : des qualités qu’aucun algorithme ne remplacera. Le futur du travail n’appartiendra pas à ceux qui savent exécuter, mais à ceux qui savent faire grandir les autres.
Le leadership de demain sera horizontal : un leader qui relie, anime des collectifs hétérogènes, croise les savoirs et fait circuler l’intelligence au lieu de la concentrer. Cette posture n’est pas un renoncement à l’autorité : c’est sa transformation en influence partagée.
L’IA ne sera ni responsable, ni fiable, ni digne de confiance sans cette hygiène collective. Elle ne sauvera ni la planète ni l’emploi si nous n’investissons pas d’abord dans la conscience critique de ceux qui la manient.
Jensen Huang, PDG de NVIDIA, le dit sans détour : « les électriciens et les plombiers seront les grands gagnants de la révolution IA ». Parce qu’ils construisent l’infrastructure du futur.
Mais la vraie infrastructure reste humaine : notre capacité à penser ce que nous faisons.
Productivité, emploi, jeunesse : l’équation ne se résoudra pas par la technologie seule, mais par l’éducation du regard.
L’éthique ne viendra pas de la machine — elle viendra de notre façon de rester humains en l’utilisant.
Le Laboratoire de la République adresse ses plus chaleureuses félicitations à Philippe Aghion, lauréat du prix Nobel d’économie 2025 !
Créé en 1969 par la Banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel, le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en l’honneur d’Alfred Nobel, plus connu sous le nom de prix Nobel d’économie, récompense chaque année des chercheurs dont les travaux ont profondément renouvelé la compréhension des mécanismes économiques. Décerné par l’Académie royale des sciences de Suède, il distingue des contributions majeures à la recherche sur la croissance, les marchés, les inégalités ou encore les politiques publiques.
Au fil des décennies, le prix Nobel d’économie a salué des figures qui ont transformé la pensée économique mondiale. Cette année, le prix Nobel revient à l'économiste français Philippe Aghion pour ses travaux pionniers sur la « théorie de la croissance soutenue par la destruction créatrice », développée avec Peter Howitt. Cette reconnaissance internationale souligne l'importance de ses recherches pour comprendre les dynamiques économiques actuelles.
Le Laboratoire de la République adresse ses plus chaleureuses félicitations à Philippe Aghion. Le 29 août 2025, lors de la deuxième Université d'été du Laboratoire, il a partagé ses réflexions sur la situation économique en France et en Europe, avant de participer à notre table ronde consacrée au « nouveau pacte économique pour la France ».Retrouvez son discours en intégralité :
https://www.youtube.com/watch?v=Bhw7XE8FFno
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