Auteur : Thierry Taboy

L’IA déplace les frontières de notre vie privée

par Thierry Taboy le 7 septembre 2026
Que signifie encore « anonyme » à l’heure où l’intelligence artificielle permet de croiser et d’interpréter des volumes toujours plus importants d’informations dispersées ? Dans cette contribution, Thierry Taboy analyse la manière dont ces nouvelles capacités de rapprochement et d’inférence déplacent les frontières de notre vie privée. De la santé à la mobilité en passant par nos usages numériques, il invite à repenser l’anonymat et les conditions de confiance qui permettent aux données de circuler.
Santé, mobilité, usages numériques : les progrès de l’intelligence artificielle rendent beaucoup plus puissantes nos capacités de rapprochement entre des informations dispersées. Une évolution encore peu visible, qui oblige à réexaminer ce que nous appelons « anonyme » et les conditions de confiance qui permettent aux données de circuler. Prenons un dossier médical. Retirons le nom du patient, son adresse, son numéro de dossier et les éléments permettant de l’identifier directement. Que reste-t-il ? Beaucoup de choses. Un âge, une pathologie parfois rare, une succession de consultations, des traitements, une chronologie, quelques événements personnels. Pour un médecin ou un chercheur, ces informations font précisément l’intérêt du dossier. Pour un système capable de les rapprocher de milliers d’autres traces, elles peuvent aussi devenir des indices. Des chercheurs de Cornell Tech et de Weill Cornell Medicine ont récemment tenté l’expérience sur de véritables notes cliniques. Après avoir utilisé trois systèmes de désidentification différents pour retirer les informations personnelles, ils ont construit un dispositif chargé de faire exactement l’inverse : essayer de retrouver le patient. Le meilleur des trois systèmes de protection testés, ClinicalBERT, masquait les informations personnelles qu’il identifiait. Malgré cela, leur dispositif est encore parvenu à réidentifier correctement le patient correspondant dans 9 % des notes cliniques étudiées. Le problème n’était donc pas simplement qu’un nom avait été oublié quelque part. Le système travaillait aussi avec ce qui restait. Cette expérience médicale rejoint un travail beaucoup plus vaste présenté cet été à USENIX Security 2026. Simon Lermen, Daniel Paleka, Joshua Swanson, Michael Aerni, Nicholas Carlini et Florian Tramèr, chercheurs notamment à l’ETH Zurich et chez Anthropic, ont voulu mesurer la capacité des grands modèles de langage à retrouver des personnes à partir de contenus pseudonymisés disponibles sur Internet. Le principe est assez facile à comprendre. Imaginons quelqu’un qui écrit depuis plusieurs années sous pseudonyme. Il ne donne jamais explicitement son identité. Mais au fil de centaines de messages, il parle de son métier, d’une région dans laquelle il a vécu, d’une école, de ses centres d’intérêt, de films qu’il apprécie, d’un changement professionnel ou d’un événement personnel. Aucun de ces éléments ne permet nécessairement de savoir qui il est. Leur combinaison peut être beaucoup plus révélatrice. Les chercheurs demandent donc aux modèles d’extraire les informations susceptibles de caractériser une personne, de rechercher des profils compatibles, puis de raisonner sur les candidats pour déterminer lesquels correspondent le mieux. Ils testent cette méthode en rapprochant notamment des profils Hacker News et LinkedIn, des utilisateurs de différentes communautés Reddit ou encore deux périodes éloignées de l’historique d’un même utilisateur. Les performances varient selon les expériences et la taille de la population dans laquelle le système doit chercher. Le papier rapporte jusqu’à 68 % de rappel à 90 % de précision dans certaines configurations. Sur leur expérience à grande échelle, avec environ 89 000 candidats, les auteurs obtiennent encore 55 % de rappel à ce même niveau de précision. Ces chiffres ne signifient pas que 68 % des internautes pseudonymes pourraient aujourd’hui être identifiés. Ils ne signifient évidemment pas davantage que 68 % des dossiers médicaux anonymisés, des données administratives ou des consommations électriques seraient réidentifiables. Les auteurs eux-mêmes exposent les limites de leurs expériences. Leur résultat important est ailleurs : des opérations de rapprochement qui pouvaient nécessiter des heures de recherche humaine deviennent en partie automatisables. La donnée n’a pas changé. La puissance de celui qui la regarde, si. Nous étions aussi protégés par la difficulté. Cette idée mérite que l’on s’y arrête. Nous avons tendance à penser la confidentialité comme une propriété de l’information : une donnée serait publique, confidentielle, pseudonymisée ou anonyme. Notre protection repose pourtant aussi sur quelque chose de beaucoup plus banal : la difficulté de réunir les pièces d’un puzzle. Il était déjà possible de consacrer plusieurs soirées à parcourir les interventions d’un utilisateur sous pseudonyme, à reconstituer son parcours, son métier probable, ses centres d’intérêt, puis à rechercher une personne correspondant à ce portrait. Encore fallait-il avoir une bonne raison de le faire. Et beaucoup de temps. Les chercheurs de l’ETH parlent de practical obscurity : une forme de protection liée non à l’impossibilité absolue d’accéder à une information, mais au coût et à l’effort nécessaires pour la retrouver. Les grands modèles réduisent cette friction. Ils peuvent lire énormément de matière, conserver des indices faibles, rechercher des correspondances et recommencer l’opération sur des milliers de profils. C’est ce déplacement qui mérite notre attention. La santé permet d’en comprendre immédiatement l’enjeu. La recherche médicale a besoin de données. Elles permettent d’étudier des maladies, d’évaluer des traitements, de constituer des cohortes et, désormais, d’entraîner ou d’évaluer des systèmes d’intelligence artificielle. Le Laboratoire de la République l’a récemment rappelé en présentant les données de santé comme un « socle invisible de l’innovation ». Leur qualité et leur accessibilité conditionnent une partie des progrès médicaux futurs. Mais cette circulation repose sur la confiance. Un patient peut accepter que ses données contribuent à la recherche parce qu’un ensemble de garanties lui assure qu’elles ne seront pas utilisées pour l’exposer personnellement. L’expérience menée à Weill Cornell ne démontre nullement que les données médicales correctement anonymisées seraient devenues facilement identifiables. Elle porte sur un protocole précis, un environnement déterminé et des systèmes particuliers de désidentification. Elle démontre en revanche l’intérêt d’une autre manière d’évaluer la protection. Au lieu de vérifier uniquement si les éléments considérés comme identifiants ont correctement disparu, essayons effectivement de retrouver la personne. C’est une logique assez familière en cybersécurité : on éprouve une protection en tentant de la contourner. Appliquée à l’anonymisation, elle pourrait devenir de plus en plus utile. Quatre lieux et quatre moments La singularité de nos traces n’est d’ailleurs pas une découverte de l’intelligence artificielle. En 2013, bien avant les LLM actuels, une équipe de chercheurs avait étudié quinze mois de données de mobilité concernant 1,5 million de personnes. Le résultat était déjà saisissant : dans ce jeu de données, quatre points spatio-temporels — quatre lieux associés à quatre moments — suffisaient à distinguer 95 % des individus. Nous sommes beaucoup plus prévisibles et, simultanément, beaucoup plus singuliers que nous l’imaginons. Notre domicile, notre lieu de travail, un déplacement régulier, une activité inhabituelle composent rapidement une signature. L’IA n’a pas créé cette singularité. Elle augmente notre capacité à l’exploiter. Et c’est probablement la raison pour laquelle le sujet dépasse rapidement la médecine ou les pseudonymes utilisés sur Internet. Les transports, l’énergie, les télécommunications, les services financiers, les objets connectés ou les services publics produisent tous des traces. Cela ne signifie pas que ces traces permettraient systématiquement de nous identifier. Le risque dépend énormément de leur nature, de leur granularité, des protections appliquées et surtout des autres informations auxquelles celui qui cherche à effectuer un rapprochement peut accéder. C’est précisément ce dernier point qui évolue. Ce que la machine peut déduire Dans les organisations, nous avons appris à raisonner sur les accès. Qui peut consulter un dossier ? Quel collaborateur possède quelle habilitation ? À quelles bases un système informatique peut-il accéder ? Pendant combien de temps les informations sont-elles conservées ? Ces questions restent essentielles. Mais l’arrivée d’agents capables d’interroger plusieurs sources en introduit une autre : que peut déduire un système de ce qu’il est parfaitement autorisé à consulter ? Imaginons un agent d’intelligence artificielle travaillant dans une grande organisation. Il possède un accès légitime à plusieurs systèmes. Chacun respecte ses propres règles. Aucune des bases ne contient isolément une information particulièrement révélatrice. L’agent peut pourtant rapprocher ces sources. Il ne récupère pas nécessairement une information interdite. Il peut en produire une nouvelle par inférence. Ce phénomène n’est évidemment pas propre à l’IA. Les statisticiens, les enquêteurs et les spécialistes des données savent depuis longtemps effectuer des rapprochements. Ce qui change est l’échelle à laquelle des systèmes généralistes commencent à pouvoir le faire, le coût de l’opération et le nombre de personnes susceptibles d’utiliser ces capacités. La protection des données doit donc progressivement intégrer non seulement ce qui est contenu dans une base, mais aussi ce qu’il devient possible d’en apprendre lorsqu’elle rencontre d’autres informations. Ce que cela change pour le citoyen C’est ici que le sujet rejoint directement certaines des interrogations qui ont traversé les dernières Universités d’été du Laboratoire de la République. La transformation numérique de nos sociétés repose sur une forme de contrat de confiance. Nous acceptons que certaines informations circulent parce qu’elles permettent de soigner, de chercher, d’organiser les mobilités, d’améliorer les services publics ou de mieux comprendre la société. Cette circulation n’est possible durablement que si les citoyens conservent une compréhension raisonnable de ce qui est fait de leurs informations et peuvent avoir confiance dans les protections annoncées. L’enjeu n’est donc certainement pas de refermer les données. Dans la santé, ce serait même particulièrement contre-productif. La recherche a besoin de données nombreuses et de qualité. Il en va de même pour une partie de la recherche publique, de la transition énergétique ou de l’amélioration des services collectifs. La question consiste plutôt à préserver les conditions permettant cette circulation lorsque les capacités techniques évoluent. Elle concerne aussi le consentement. Nous pouvons accepter qu’une information soit utilisée dans un objectif donné. Mais si son rapprochement avec d’autres données permet de produire une connaissance nouvelle sur nous — que nous n’avons jamais explicitement communiquée — le périmètre de ce que nous pensions avoir autorisé devient moins évident. La question existait avant les LLM. Ils lui donnent une nouvelle échelle. L’Europe choisit précisément ce moment pour rouvrir le dossier Le calendrier est intéressant. Le 8 juillet 2026, le Comité européen de la protection des données a publié de nouvelles lignes directrices consacrées à l’anonymisation. Elles sont actuellement soumises à consultation publique jusqu’au 30 octobre. Le droit européen fait depuis longtemps une distinction essentielle entre anonymisation et pseudonymisation. Remplacer un nom par un numéro ne rend pas nécessairement une donnée anonyme. Une donnée pseudonymisée demeure une donnée personnelle au sens du RGPD. Pour parler réellement d’anonymisation, il faut notamment apprécier la possibilité d’identifier la personne en tenant compte des moyens raisonnablement susceptibles d’être utilisés. Cette formulation prend aujourd’hui une importance particulière. Car les moyens raisonnablement disponibles changent. L’IA ne vient donc pas invalider le droit européen ni rendre inutiles des décennies de recherche sur l’anonymisation. Elle oblige plus simplement à actualiser le modèle de menace. Ne jamais considérer l’anonymat comme acquis Nous savons déjà raisonner ainsi dans un autre domaine. Un système informatique audité il y a cinq ans n’est pas considéré comme sûr pour l’éternité. Les capacités d’attaque progressent, de nouvelles vulnérabilités apparaissent et nous le testons à nouveau. Certains jeux de données particulièrement sensibles méritent peut-être désormais la même discipline. Tester une anonymisation au moment de sa réalisation, bien sûr. Mais aussi pouvoir la réévaluer lorsque les moyens de rapprochement, de recherche et d’inférence progressent suffisamment pour modifier le risque. C’est finalement ce que racontent ces travaux. Ils ne démontrent pas la disparition de l’anonymat. Ils montrent que certaines des difficultés qui contribuaient à nous protéger peuvent diminuer très rapidement. Dans une démocratie qui a besoin de données pour soigner, chercher, décider et améliorer ses services publics, la réponse ne peut être de renoncer à leur circulation. Elle consiste à préserver la confiance qui la rend possible. Et cela suppose probablement de ne jamais considérer une donnée comme anonyme par habitude. Thierry Taboy est membre du conseil d’administration du think tank Impact AI.

Municipales 2026 – Désinformation, IA et territoires : la nouvelle vulnérabilité démocratique

par Thierry Taboy le 9 mars 2026
À l’ère des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle générative, la désinformation change d’échelle et de nature. Longtemps associée aux grandes campagnes électorales nationales, elle touche désormais aussi les territoires, où les moyens de veille sont plus limités et les débats publics plus vulnérables aux manipulations. Dans cette douzième note de notre série consacrée aux municipales, Thierry Taboy, responsable de la commission Technologie du Laboratoire de la République, analyse l’émergence d’une nouvelle fragilité démocratique locale face à la désinformation amplifiée par l’intelligence artificielle.
Dans cette note, Thierry Taboy montre comment l’écosystème informationnel contemporain fragilise l’une des conditions fondamentales de la démocratie : l’existence d’une réalité partagée permettant le débat public. La combinaison des réseaux sociaux, de l’intelligence artificielle générative et d’opérations d’influence étatiques a profondément transformé les stratégies de manipulation de l’information, désormais organisées à grande échelle. L’auteur revient notamment sur les campagnes d’ingérence documentées par VIGINUM, comme l’opération « Doppelgänger », qui consiste à imiter l’apparence de médias reconnus pour diffuser de faux contenus crédibles. L’objectif n’est pas toujours de convaincre, mais souvent de saturer l’espace informationnel et d’installer un doute généralisé quant à la fiabilité des informations disponibles. Thierry Taboy souligne que ces stratégies ne visent plus seulement les grandes élections nationales. Les territoires deviennent un terrain d’expérimentation privilégié : les débats locaux sont moins médiatisés, les dispositifs de veille plus faibles et les sujets (urbanisme, environnement, sécurité) particulièrement sensibles. Dans ce contexte, les réseaux sociaux jouent un rôle d’amplificateur, leurs algorithmes favorisant les contenus émotionnels qui circulent plus rapidement que les informations vérifiées. Enfin, l’auteur met en garde contre une réponse exclusivement technologique. Si les outils de détection et la régulation des plateformes sont nécessaires, la résilience démocratique repose aussi sur des facteurs sociaux : l’éducation aux médias, la vitalité de la presse locale et l’existence d’espaces de discussion dans les territoires. À l’heure où l’intelligence artificielle facilite la production massive de contenus trompeurs, le véritable enjeu consiste à préserver les conditions mêmes d’un débat démocratique fondé sur des faits partagés. Thierry Taboy est responsable de la commission Technologie du Laboratoire de la République, membre du conseil d’administration du think tank Impact AI. Municipales 2026 - Désinformation, IA et territoiresTélécharger

Productivité, emploi, jeunesse : l’IA face à l’épreuve du réel

par Thierry Taboy le 31 octobre 2025 Thierry Taboy LAB
L’intelligence artificielle ne détruit pas l’emploi, elle le réinvente. En transformant les tâches et en libérant du temps, elle promet des gains de productivité tout en révélant une nouvelle fracture entre savoir automatisé et intelligence humaine. Alors que la majorité des projets d’IA échouent faute d’une approche réfléchie, la clé réside désormais dans la formation et le dialogue avec la technologie. L’avenir du travail appartiendra à ceux qui sauront donner du sens à ces outils, car l’IA ne sera éthique que si nous la rendons telle.
L’intelligence artificielle redistribue silencieusement les cartes du travail. Pas en supprimant des métiers, mais en redessinant les tâches qui les composent.La productivité augmente sous conditions, les marges suivent et s’élargissent, mais la question essentielle demeure : à quoi servira le temps libéré ? Les études convergent : les entreprises qui adoptent l’IA avec une gouvernance adaptée enregistrent une croissance supérieure de 6 % de l’emploi et de 9,5 % des ventes. Mais 95 % des projets échouent encore faute d’usage maîtrisé. La technologie est prête. Ce sont les humains qui ne le sont pas. Derrière les courbes de performance, un paradoxe : les emplois les plus exposés à l’automatisation ne sont plus ceux de l’industrie, mais ceux de l’information — comptables, développeurs, analystes. Et ce sont surtout les jeunes diplômés qui en subissent le choc. Les 22-25 ans dans ces métiers ont vu leur emploi chuter de 13 % depuis 2022. Pourquoi ? Parce que l’IA imite bien la connaissance codifiée, celle qu’on enseigne à l’école. Mais elle n’imite pas encore l’intelligence vivante : le discernement, la créativité, la capacité à relier les faits à leur contexte humain. Or cette fracture cognitive pourrait devenir le nouveau fossé social. Si nous laissons l’IA décider sans comprendre, nous remplaçons la pensée par la procédure. C’est là que se joue le véritable enjeu : non pas une guerre entre l’homme et la machine, mais une discipline d’usage, une hygiène de l’intelligence artificielle. Avec un triangle d’or : Acculturation, pour comprendre les algorithmes et leurs biais économiques ; Dialogue éclairé, pour savoir interroger l’IA sans s’y soumettre ; Mise à jour permanente, pour que le temps gagné serve à apprendre se confronter à l'autre dans ses différences, se cultiver , pas à s’endormir. Mais cette hygiène suppose aussi de repenser la formation des jeunes. L’école et l’université doivent enseigner moins la maîtrise d’outils que la capacité à incarner l’humain dans le management. Cela passe par le développement de l’écoute, de la coopération et de la réflexivité : des qualités qu’aucun algorithme ne remplacera. Le futur du travail n’appartiendra pas à ceux qui savent exécuter, mais à ceux qui savent faire grandir les autres. Le leadership de demain sera horizontal : un leader qui relie, anime des collectifs hétérogènes, croise les savoirs et fait circuler l’intelligence au lieu de la concentrer. Cette posture n’est pas un renoncement à l’autorité : c’est sa transformation en influence partagée. L’IA ne sera ni responsable, ni fiable, ni digne de confiance sans cette hygiène collective. Elle ne sauvera ni la planète ni l’emploi si nous n’investissons pas d’abord dans la conscience critique de ceux qui la manient. Jensen Huang, PDG de NVIDIA, le dit sans détour : « les électriciens et les plombiers seront les grands gagnants de la révolution IA ». Parce qu’ils construisent l’infrastructure du futur. Mais la vraie infrastructure reste humaine : notre capacité à penser ce que nous faisons. Productivité, emploi, jeunesse : l’équation ne se résoudra pas par la technologie seule, mais par l’éducation du regard. L’éthique ne viendra pas de la machine — elle viendra de notre façon de rester humains en l’utilisant.

IA générative : l’Europe face aux promesses productivistes et aux tensions de souveraineté

par Eric Farro , Thierry Taboy le 16 mai 2025 IA générative - Le Laboratoire de la République
L’intelligence artificielle générative bouleverse l’économie, réinvente les processus, mais questionne la qualité du travail et la souveraineté technologique. Derrière toutes ces promesses, les premières données appellent à la prudence. L’Europe, elle, doit choisir sa voie — en résistant à la tentation d’un pilotage intégral par les données.
Créer, pas seulement prédire : un tournant Là où les intelligences artificielles supervisées se focalisaient sur des analyses ou prédictions ciblées, tandis que le "machine/deep learning" utilise des réseaux de neurones profonds pour traiter automatiquement des données complexes, l'intelligence artificielle générative produit désormais des contenus — textes, images, vidéos, code... Cette capacité offre des potentiels significatifs, mais suscite tout autant d’inquiétudes quant à ses effets en particulier sur l’emploi et les conditions de travail. Or, comme le rappelle l’auteur et essayiste Hubert Guillaud, produire ne signifie pas penser. L’IA calcule, mais ne comprend pas. Elle mime l’intelligence humaine sans jamais l’égaler dans sa capacité réflexive, éthique et critique. Un propos qui complète celui de Bernard Stiegler : « Tout objet technique est pharmacologique : il est à la fois poison et remède s’il n’est pas réfléchi politiquement. ». L’exemple du travail est ici largement représentatif. Productivité : l’enthousiasme confronté à la complexité du terrain Les estimations affluent. Le BCG anticipe des gains diffus de 10 à 20 %, et jusqu’à 50 % sur certaines fonctions. Le Hub Institute parle de 2 à 6 % pour les entreprises du CAC 40. Mais ces projections idéalisées rencontrent des limites issues des usages concrets. Début 2024, l’économiste Daron Acemoglu du MIT avait pourtant déjà alerté : les gains de productivité seraient largement surestimés. Un constat partagé par Oliver Wyman, qui souligne que plus d’un tiers des salariés ne perçoivent aucun effet positif après adoption de l’IA, certains observant même une baisse nette de productivité. En somme, ce n’est pas la technologie qui détermine l’impact de l’IA, mais la façon dont on l’intègre dans nos réalités. Performances contrastées, valeur en tension Les premières études de terrain confirment cet effet contrasté. Une IA générative bien utilisée peut doper la productivité (+14 % de résolutions horaires en service client, -9 % de temps de traitement, +14 % de conversations simultanées selon les estimations). L’outil devient un amplificateur des compétences. Mais à l’inverse, une étude du BCG menée fin 2023 révèle qu’une mauvaise utilisation provoque une chute de performance. Le débat ne peut ainsi se limiter à la quantité d’emplois détruits ou créés. La qualité du travail est un enjeu tout aussi déterminant. Amazon Mechanical Turk ou les tâches fragmentées “au clic” dessinent un futur du travail pour le moins peu enthousiasmant voire très inquiétant. Il est temps d’élargir les indicateurs : intégrer le bien-être, l’autonomie... L’outil sans stratégie : le risque du décalage Ces illustrations posent un problème structurel : le décalage entre les formations dispensées et les besoins opérationnels. Même si l’on peut noter de véritables avancées en particulier dans les grandes entreprises, les projets d’intégration sont encore trop souvent lancés sans analyse d’impact rigoureuse, sans accompagnement d’envergure, ni stratégie de transformation claire. Au final, une adoption chaotique, une démobilisation silencieuse, et des promesses de gains qui tardent à se matérialiser. Avec comme effet une perte de réflexivité dans les organisations. À force d’automatiser sans requestionner les finalités, on risque un management sans pensée, piloté par des indicateurs déconnectés du réel. Des collaborateurs prenant pour argent comptant des réponses erronées de GPT-4 ont à ce titre vu leur efficacité s’effondrer. Ici se joue l’un des risques majeurs souvent évoqué : celui du désapprentissage par délégation hors supervision humaine. Comme le notent de nombreux chercheurs comme Etienne Klein, à trop vouloir automatiser, c’est notre capacité à débattre en conscience, à préserver notre pensée critique qui en patira. L’IA ne remplace pas l’expertise : elle en dépend L’IA générative transforme les gestes, pas les jugements. Elle fait évoluer les métiers sans en supprimer le sens — à condition de les repenser. Le designer peut ainsi devenir curateur, le chirurgien, assisté par un exosquelette intelligent, gagner en précision sans perdre la main. Mais l’expérience humaine reste le socle de la performance. Dans un monde saturé de données, on oublie souvent ce qui échappe à la mesure. La confiance, la relation, l'expérience et l’éthique : autant d’éléments invisibles dans les tableaux de bord mais essentiels à la performance durable. Dans sa course au rattrapage, l'Europe se différenciera par l’intelligence de son déploiement. C’est bien là que se joue l’avenir du projet européen. Une souveraineté numérique à définir, pas à importer L’Europe ne contrôle pas la chaîne de valeur de l’IA générative : ni les modèles, ni les serveurs, ni les jeux de données, ni les outils. Une dépendance technologique qui s’accompagne de biais culturels. Entraînés sur des données nord-américaines et bientôt (déjà ?) chinoises, les modèles importent des logiques culturelles et managériales étrangères à nos traditions. L’indépendance à court terme, malgré les efforts déployés sur le vieux continent, reste encore chimérique. Mais une souveraineté fonctionnelle est possible. Elle passe par la diffusion maîtrisée, la spécialisation sectorielle, et l’alignement sur nos forces : industrie, santé, culture, services... Les modèles miniaturisés verticaux sont ici une piste plus que réaliste. Cette autre voie, celle d’un numérique situé, maîtrisé, orienté vers l’utilité collective, est le cœur du défi à venir. Transformer oui, déraciner non L’IA générative peut servir la productivité, enrichir le travail, favoriser la créativité et réinventer la notion même de performance. Mais elle exige méthode, gouvernance, dialogue social et investissement humain. Sans cela, elle ne pourra qu'accroître les inégalités, accélérer les désillusions et déstabiliser nos structures sociales. L’Europe n’a pas vocation à copier. Elle a sa propre trajectoire d’innovation à tracer, fondée sur la responsabilité, la réflexivité et plus que jamais le sens.

Mais à quoi doivent ressembler les robots ?

par Sébastien Crozier , Thierry Taboy le 12 février 2025 Robot prétexte article
Les robots doivent-ils adopter des traits humains ou conserver une apparence purement fonctionnelle ? Derrière cette question en apparence anodine, Thierry Taboy, responsable de la commission technologie du Laboratoire de la République et Sébastien Crozier, Président CFE CGC chez Orange montrent comment s'entrelacent des enjeux psychologiques, technologiques et sociétaux majeurs.
Avec l'essor des robots et avatars pilotés par l'intelligence artificielle, une question s'impose : à quoi doivent-ils ressembler pour s'intégrer au mieux dans notre quotidien ? Doivent-ils adopter des traits humains pour être plus facilement acceptés, ou privilégier un design purement fonctionnel ? Derrière cette interrogation esthétique se cachent des enjeux psychologiques, culturels et technologiques majeurs. Déjà, Bernard Stiegler soulignait que la prolifération des technologies numériques et robotiques modifie profondément notre rapport au monde et aux autres. En imitant l'humain, les robots risquent d'altérer notre perception de nous-mêmes et de nos interactions, soulevant ainsi des questions éthiques sur leur intégration dans la société L'attrait de l'anthropomorphisme : entre confiance et illusion Notre tendance à attribuer des caractéristiques humaines aux objets (anthropomorphisme) joue un rôle clé dans l'acceptation des robots. Un visage, même schématique, suffit souvent à déclencher des interactions sociales. C'est ce qui explique pourquoi des robots humanoïdes apparaissent de plus en plus dans des environnements variés – hôtels, hôpitaux, aéroports ou écoles – où leur apparence familière facilite les échanges. D'autres études montrent que des robots inspirés du règne animal favorisent l'attachement émotionnel, notamment chez les enfants et les personnes âgées, en jouant un rôle de soutien psychologique. Mais cette acceptation n'est pas universelle. Au Japon, l'influence de l'animisme, qui attribue un esprit aux objets inanimés, favorise une relation plus naturelle avec les robots. En Occident, en revanche, ils suscitent souvent méfiance et inquiétude, notamment autour des questions d'emploi et de surveillance. Avec l'essor des avatars numériques et de l'intelligence artificielle générative, cette relation se complexifie encore. Certains assistants virtuels dotés d'un visage et d'une voix réaliste, comme Replika, créent une illusion de dialogue humain. Ces interactions immersives peuvent parfois franchir des frontières inattendues, générant des attachements émotionnels, voire des situations de dépendance affective.. A tel point qu'en 2023, Replika a supprimé la possibilité de participer à des conversations érotiques, ce qui a suscité des discussions sur le rôle de l'IA dans les interactions humaines. Lorsqu'un robot ou un avatar reproduit trop fidèlement les comportements humains, notre perception du réel peut se voir perturbée et accentuer l'isolement social en remplaçant des relations authentiques par des échanges artificielsEt c'est sans compter les enjeux en terme de capacité de désinformation.  L'efficacité avant tout ? Quand le fonctionnel prime Si l'apparence humaine séduit dans certains contextes, elle n'est pas toujours pertinente. Dans l'industrie, la logistique ou les infrastructures publiques, la conception des robots repose avant tout sur leur efficacité, leur coût et leur sécurité. Ici, le design fonctionnel prévaut : pas d'yeux expressifs ni de traits humains, mais une forme optimisée pour accomplir une tâche précise. L'anthropomorphisme peut s'évérer ici contre-productif, en complexifiant les interactions, détournant l'attention ou en créant des attentes inappropriées chez les utilisateurs. Ainsi, les robots utilisés dans les entrepôts logistiques, comme ceux d'Amazon Robotics, adoptent des designs minimalistes centrés sur l'optimisation des déplacements et la manipulation des objets, plutôt que sur l'imitation des gestes humains. Dans le domaine des infrastructures publiques, les robots de nettoyage autonomes ou les dispositifs de surveillance suivent également cette logique. Par exemple, le robot Spot de Boston Dynamics, utilisé pour l'inspection de sites industriels et la surveillance, privilégie une forme quadrupède inspirée du monde animal pour maximiser sa stabilité et sa capacité à évoluer sur des terrains complexes. En somme, si l'apparence humaine peut faciliter l'acceptation sociale des robots dans certains contextes, elle est souvent abandonnée au profit d'un design purement fonctionnel dans les domaines où la performance et la sécurité priment. Cependant, même dans ces environnements, une certaine dose d'« humanisation » peut améliorer l'expérience utilisateur. Par exemple, l'ajout de signaux visuels (LED indiquant une direction ou un état), de mouvements simplifiés ou de sons subtils peut permettre aux humains de mieux anticiper les actions des machines et d'éviter toute méfiance instinctive. Plutôt qu'une imitation parfaite de l'humain, l'enjeu est donc de créer des interactions claires et intuitives. L'ombre de la "vallée de l'étrange" Cette quête d'équilibre entre humanisation et fonctionnalité n'est pas nouvelle. Dans les années 1970, le chercheur japonais Masahiro Mori a décrit le phénomène de la vallée de l'étrange (Uncanny Valley), selon lequel un robot trop réaliste provoque un malaise, car son apparence est presque humaine... mais pas tout à fait. Sophia, le robot humanoïde de Hanson Robotics, illustre parfaitement ce paradoxe : son réalisme a autant impressionné que dérangé. Pour éviter cet écueil, de nombreux designers optent pour des formes hybrides. Plutôt que de copier l'humain à l'identique, ils misent sur des éléments subtils – mouvements de tête, variations lumineuses, inflexions de voix – qui suffisent à évoquer des émotions sans induire de confusion. Mais au fond, que projetons-nous sur ces machines ? En leur attribuant des traits humains, nous exprimons autant notre besoin d'empathie que nos craintes face à l'automatisation. Pourtant, plus nous repoussons les limites de ces technologies, plus il devient évident qu'un robot, aussi sophistiqué soit-il, reste avant tout un outil. A trop vouloir leur faire imiter l'humain, les robots sont facteurs d'altération de notre perception de nous-mêmes et des autres, posant des défis éthiques sur leur intégration dans la société. L'avenir de la robotique réside dès lors dans une conception qui équilibre intelligence artificielle et clarté d'interaction. Trouver ce juste milieu sera essentiel pour faire des robots et des avatars des alliés au service de l'humanité – et non des illusions qui brouillent notre perception du monde et de nous-mêmes.

À la recherche de l’identité perdue

par Marie-Victoire Chopin , Thierry Taboy le 10 octobre 2024 Santé_mentale_T_Taboy-M_V_Chopin_LAB
En cette Journée mondiale de la santé mentale, Thierry Taboy et Marie-Victoire Chopin abordent les défis psychologiques auxquels sont confrontés les jeunes aujourd'hui. Depuis deux ans, Marie-Victoire Chopin, docteur en psychologie, DMU Neurosciences, APHP Sorbonne Université, et Thierry Taboy, coordinateur de la commission technologique du Laboratoire de la République, mènent un combat contre les troubles identitaires exacerbés par le numérique.
Devant le miroir du matin, nous nous dévisageons, scrutant celui ou celle que nous sommes. Et nous choisissons celui ou celle que nous allons être. De la tenue que nous allons enfiler aux rôles que nous allons jouer en privé ou en public, tout relève d’un jeu paradoxal entre notre besoin de singularité et notre désir de reconnaissance. La sortie du paradoxe semble impossible: il faut que chacun de nos gestes traduise notre individualité, tout en la faisant accepter par les autres. Dans ces conditions, un avatar devient une version épurée de nous, répondant à ce paradoxe. Le concept de singularité, comme présenté par le sociologue Andreas Reckwitz, met en lumière la quête moderne de l'originalité et de l'unicité. Cette recherche de singularité affecte de nombreux aspects de la vie quotidienne, de la nourriture que nous mangeons à nos choix personnels. Reckwitz souligne que cette logique de particularité peut entraîner une crise de l'universalité. Qui apparaît dans ce reflet du miroir – l'explorateur des mondes virtuels, le professionnel impeccable, le séducteur des réseaux de rencontre ? Aujourd'hui, notre soi authentique semble fragmenté, dilué dans une marée d'avatars et de profils. Chaque compte social est une image déformée de nous ; mais comment ces reflets numériques façonnent-ils notre sentiment d'identité profonde ? La construction de l'identité personnelle, le jeu comme constante. Notre identité se façonne dès la tendre enfance, à travers les jeux et les rôles que nous incarnons en imitant le monde des adultes. Selon Winnicott, c'est dans le jeu que nous sommes véritablement libres de nous manifester. Erikson, lui, identifie l'identité comme un sentier parsemé de crises, chaque étape étant essentielle dans notre développement. Alors que nous grandissons, ces jeux évoluent, s'entrelacent avec les outils digitaux pour former de nouveaux masques, de nouvelles identités. L'identité est un concept complexe qui englobe à la fois des aspects objectifs et subjectifs. Objectivement, chaque individu est unique sur le plan génétique. Subjectivement, l'identité renvoie à la conscience de son individualité, de sa singularité et à une continuité dans le temps. Cet aspect est important non seulement pour le sujet lui-même mais aussi pour son entourage, qui attend cohérence et constance dans les comportements de l'individu.L'identité comprend diverses composantes telles que l'identité perçue par soi-même et par autrui, le sentiment de soi, l'image et la représentation de soi, l'estime de soi, la continuité personnelle, le soi intime versus le soi social, et le soi idéal versus le soi réel. Ces différents aspects contribuent à former une notion complexe d'identité. Ainsi, l‘identité subjective est profondément sociale. Le besoin de reconnaissance est souvent lié à des personnes ou des groupes de référence importants pour nous, où être reconnu signifie être apprécié et aimé. Cette reconnaissance est un facteur clé dans l'estime de soi et l'existence perçue. Le perfectionnisme est parfois une conséquence de ce besoin de reconnaissance et de validation par ces figures significatives. Comment rester soi au milieu de cette métamorphose ? Rogers interrogeait déjà l'influence terrifiante de voir nos multiples facettes se projeter dans un monde où la perception de soi s'en trouve fragmentée. Identités et numérique Sur les scènes des réseaux sociaux, nos existences se déclinent en multiples versions. Instagram immortalise nos moments les plus photogéniques, LinkedIn expose nos ambitions, et les sites de rencontre esquissent des séducteurs idéalisés. Les jeux multijoueurs nous permettent de devenir de vrais transformistes en relation avec nos projections de notre moi profond (genre, culture, langue..). La simplicité enfantine qui nous offre de créer nos propres « deepfakes» personnels élève cette curation de soi à un niveau vertigineux, brouillant la ligne entre réalité et représentation, authenticité et artifice. Sherry Turkle nous rappelait déjà en 2011 que ces technologies ne se limitent pas à être des moyens d'expression – elles modèlent notre identité même. Une vulnérabilité augmentée Pour celles et ceux déjà aux prises avec des troubles psychologiques, les espaces numériques et sociaux ne sont pas de simples distractions. Ils peuvent agir comme des révélateurs, intensifiant les symptômes de mal-être. John Suler a discuté de l'effet d'anonymat en ligne et comment le manque de repères tangibles peut mener à une altération de l'identité. Dans un univers où l’enveloppe physique s’efface au profit de l’avatar, il est essentiel d'offrir un accompagnement adapté, en particulier aux plus jeunes d’entre-nous.L'éducation numérique, la sensibilisation aux risques et un dialogue ouvert sur la santé mentale doivent être des priorités pour protéger et fortifier notre jeunesse face à ces défis modernes. Fragmentation de l'identité et risques psychologiques La diversité de nos "mois" numériques peut être source de confusion et de conflit interne. Elias Aboujaoude souligne la dangerosité de nos identités virtuelles séparées de notre réalité, qui peuvent mener à des affections psychologiques graves. Jean Twenge va plus loin en indiquant l'impact délétère de ce phénomène sur les adolescents, traduit par une augmentation de la dépression et de l'anxiété. Brené Brown, quant à elle, nous oriente vers l'authenticité et le courage d'être nous-mêmes, dans un monde qui met souvent l'accent sur la perfection. Et face à la dissonance entre le réel et le virtuel, Katherine Hayles questionnait dès 1999 la formation d'une schizophrénie posthumaine, où l'intégrité de l'individu est mise à rude épreuve). Dans le mirage numérique, nous sommes invités à renouer avec l'individu qui se dissimule derrière les avatars – celui qui respire, rêve, et aime réellement. Il est temps de se poser des questions essentielles sur notre identité et de la cultiver avec sincérité.Sommes-nous les auteurs de notre existence ou les acteurs d'un rôle scripté par d'autres ? Plaidoyer pour l'intégrité, nous lançons un appel à vivre authentiquement. Cherchons à établir notre identité sur des bases solides, stables, et véritablement nôtres. Résistons à la co-modification de soi et embrassons notre vraie nature dans ce théâtre d'avatars. Au fond, la personne que nous rencontrons dans le miroir sans fard, sans artifices, mérite notre attention la plus authentique et notre affection la plus vraie. Puissions nous tous vivre en concordance avec notre âme, dans un univers constamment remis en question par la technologie et les apparences.

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