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Municipales 2026 – Les fonds européens, une opportunité négligée par les communes françaises

par Olivier Costa le 23 février 2026
À l’approche des élections municipales de 2026, la question du financement des projets locaux s’impose comme un enjeu central. Dans cette troisième note de notre série consacrée aux élections municipales, Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS (CEVIPOF / Sciences Po), montre que les fonds européens constituent un levier stratégique encore trop peu mobilisé par les communes françaises. Entre contraintes budgétaires croissantes et besoin d’investissements structurants, ces dispositifs représentent pourtant une opportunité majeure pour les territoires.
Dans cette note, Olivier Costa revient sur les fondements et les objectifs de la politique européenne de cohésion, qui mobilise plus de 20 % du budget de l’Union européenne. Conçue pour réduire les écarts de développement entre régions et accompagner les grandes transformations économiques et sociales, elle s’appuie notamment sur le FEDER, le FSE+ et le FEADER qui permettent de cofinancer des projets locaux dans des domaines clés : transition écologique, développement économique, inclusion sociale ou encore innovation territoriale. Loin d’être marginale, cette politique produit un effet de levier significatif pour les territoires. L’auteur souligne toutefois le paradoxe français : alors que les communes disposent d’un accès facilité aux fonds européens depuis plusieurs années, la France demeure en situation de sous-consommation par rapport à la moyenne européenne. Les petites et moyennes communes, en particulier, déposent moins de projets et captent une part plus faible des financements. Complexité des procédures, manque d’ingénierie, culture administrative centralisée et appréhensions face aux contrôles expliquent en partie cette situation. Au-delà des enjeux techniques et budgétaires, la note met en lumière la dimension politique et démocratique de ces financements. S’engager dans les programmes européens, c’est non seulement moderniser les pratiques locales (transparence, évaluation, partenariats), mais aussi rendre visible l’apport concret de l’Union européenne dans la vie quotidienne des citoyens. Dans un contexte de tensions budgétaires et de prudence fiscale à l’approche des municipales de 2026, les fonds européens apparaissent ainsi comme un levier non partisan pour financer des projets structurants sans alourdir la fiscalité locale. Olivier Costa est directeur de recherche au CNRS, CEVIPOF, Sciences Po. Il est notamment auteur, avec Nathalie Brack, de « Le fonctionnement de l’Union européenne » (Éditions de l’Université de Bruxelles). Retrouvez l'ensemble de ses travaux sur le site internet : www.olivier-costa.com Municipales 2026 - Note GéopolitiqueTélécharger

Municipales 2026 – Refonder la République par l’autonomie territoriale

par Éric Hazan le 20 février 2026
Dans cette deuxième note de notre série consacrée aux élections municipales, Éric Hazan plaide pour une refondation en profondeur du modèle républicain français. Face au déclassement des classes moyennes et à la fracture entre métropoles et territoires périphériques, il appelle à une véritable révolution de l’autonomie locale. Pour lui, c’est par les territoires que la France pourra renouer avec la prospérité économique et la vitalité démocratique.
La France traverse, selon Éric Hazan, une crise économique et démocratique majeure, marquée par le recul industriel, le décrochage du pouvoir d’achat et un sentiment croissant d’abandon dans les villes moyennes et les zones rurales. La concentration de la richesse et de l’innovation dans quelques grandes métropoles a creusé les inégalités territoriales, alimentant défiance et ressentiment, comme l’a illustré le mouvement des Gilets jaunes. Face à ce constat, l’auteur estime que les réponses centralisées et technocratiques ont atteint leurs limites. Il propose une stratégie de réindustrialisation et d’innovation ancrée dans les territoires, s’appuyant sur les atouts locaux : universités régionales, tissu de PME, qualité de vie, foncier accessible. Plutôt que de reproduire le modèle hyperconcentré des grandes capitales, il appelle à construire un maillage de villes innovantes interconnectées, capables de porter une croissance plus équilibrée. Le numérique et l’intelligence artificielle, loin d’être réservés aux métropoles, pourraient devenir des leviers de revitalisation rurale, à condition de réduire la fracture numérique et de soutenir les initiatives locales. Mais cette renaissance suppose une transformation institutionnelle profonde : autonomie fiscale accrue, simplification normative, droit à l’expérimentation et participation citoyenne renforcée. Il ne s’agit pas d’une simple décentralisation administrative, mais d’une véritable « révolution territoriale » fondée sur la confiance et la responsabilité. En redonnant aux maires et aux collectivités les moyens d’agir, la République pourrait, selon Éric Hazan, restaurer le lien démocratique, réarmer son économie et offrir à chaque territoire une place pleine et entière dans le projet national. Éric Hazan est co-fondateur d’Ardabelle Capital, enseignant à HEC et à Sciences Po. Expert de l'impact de la technologie et de l'IA sur la société et l'économie, il est également auteur avec Frédéric Salat-Baroux de « Révolution par les territoires » (Éditions de l’Observatoire) et, avec Olivier Sibony, de « Faut-il encore décider ? La décision humaine à l’ère de l’intelligence artificielle » (Flammarion). Municipales 2026 - Note ÉconomieTélécharger

Municipales 2026 – Le maire, acteur oublié de la santé publique

par David Smadja le 19 février 2026
Et si la santé publique relevait aussi des responsabilités municipales ? Dans cette note, première de notre série consacrée aux élections municipales, David Smadja défend l’idée d’un maire pleinement acteur de la santé des citoyens et appelle à intégrer la culture scientifique au cœur de la décision locale pour renforcer la démocratie.
Dans cette note « Pour une République des savoirs partagés : le maire, acteur oublié de la santé publique », David Smadja défend une thèse claire : la santé publique ne se joue pas uniquement à l’hôpital, mais dans l’ensemble des politiques locales (urbanisme, logement, transports, environnement). À rebours d’une vision strictement sanitaire, il rappelle que le maire, par sa proximité avec le terrain et ses compétences en matière d’aménagement et de gouvernance, devrait être reconnu comme un acteur central de la santé des populations. Pourtant, face à la technicité croissante des enjeux contemporains (crises sanitaires, changement climatique, pollutions, risques environnementaux…), les élus locaux restent insuffisamment armés pour dialoguer avec les experts, interpréter les données scientifiques et anticiper les impacts de long terme de leurs décisions. La pandémie de Covid-19 a mis en lumière ce décalage entre savoir scientifique et pouvoir local, révélant l’isolement de nombreux maires face à des décisions complexes. S’inscrivant dans la dynamique portée par la Fondation Charpak, l’auteur plaide pour une véritable « République des savoirs partagés ». Cela suppose de renforcer la formation scientifique des élus, d’organiser un dialogue structuré entre chercheurs et décideurs, et d’intégrer pleinement la culture de la preuve dans la gouvernance territoriale. À l’heure des crises multiples, il en va non seulement de l’efficacité des politiques publiques, mais aussi de la qualité démocratique de nos institutions. David Smadja est professeur d'hématologie (Université Paris Cité, Inserm PARCC et Hôpital Européen Georges Pompidou) et responsable de la commission Santé du Laboratoire de la République. Municipales 2026 - Note SantéTélécharger

ICE au Minnesota : vers un laboratoire de l’autocratie ?

par Vincent Michelot le 27 janvier 2026
Au Minnesota, les opérations menées par l’agence fédérale ICE dépassent désormais la seule question migratoire. Entre raids spectaculaires, morts survenues lors d’interventions armées d'ICE, conditions de détention dénoncées et affrontements ouverts avec les autorités locales, l’Administration Trump semble tester les limites de l’État de droit. Et si cet État progressiste du Midwest était en train de devenir le terrain d’expérimentation d’un pouvoir exécutif sans contrepoids, un véritable « laboratoire de l’autocratie » ? Une analyse de Vincent Michelot, professeur d’histoire politique des États-Unis à Sciences Po Lyon.
ICE (Immigration and Customs Enforcement) est une agence fédérale qui dépend du Department of Homeland Security, un ministère créé en 2002 dans une réorganisation administrative qui faisait suite aux attentats du 11 Septembre 2001 pour unifier l’ensemble des services fédéraux chargés de la protection de la sécurité intérieure, des gardes côtes au cyberterrorisme en passant par le contrôle de l’immigration et des frontières. Comme toutes les agences fédérales aux États-Unis, sa visibilité dans la sphère publique et son importance sont étroitement liées aux priorités politiques du président et de l’administration en place. On le sait, Donald Trump, dès son premier mandat (2017-2021), avait mis le contrôle de l’immigration et l’expulsion des étrangers en situation irrégulière sur le territoire des États-Unis au cœur de son projet politique, notamment en proposant la construction d’un mur le long de la frontière avec le Mexique, mais aussi en conduisant une série de raids ou de rafles dans des communautés qui étaient soupçonnées d’abriter de nombreux immigrés illégaux. Lors du premier mandat de Donald Trump, ICE avait été au cœur du débat sur les « villes sanctuaires », ces municipalités dont les autorités refusaient toute forme de collaboration avec l’agence fédérale, qui était accusée de violations des droits civiques et d’application sélective de la loi, notamment par l’utilisation du profilage ethnique. Étaient aussi remises en question les méthodes brutales des agents de ICE (qui ne portent pas d’uniforme et circulent généralement dans des véhicules banalisés mais sont toujours surarmés, ce qui donne une image visuelle inquiétante de milice d’occupation), leur peu de respect pour les formes du droit et l’usage fréquent et disproportionné de la force dans le cadre de ses missions. Après une campagne électorale de 2024 dans laquelle Donald Trump avait focalisé l’attention sur la question de l’immigration illégale, avec notamment des propos injurieux et déshumanisants sur un certain nombre de communautés étrangères accusées « d’empoisonner » la nation américaine, il était logique que ICE soit confortée et renforcée dans le projet politique du deuxième mandat. Dotée aujourd’hui de presque 22000 agents, elle a vu son budget augmenter de plus de 2 milliards de dollars entre 2025 et 2026 (de 9,13 à 11,3 milliards USD). Depuis la prise de fonction de Donald Trump en janvier 2025, ICE a conduit un certain nombre d’opérations de grande ampleur, le plus souvent dans des grands centres urbains gouvernés par des maires démocrates et soupçonnés par l’Administration Trump d’abriter un nombre important d’immigrés en situation irrégulière, menant à Portland, Chicago, Memphis ou encore Washington à des confrontations à la fois avec la population et avec les autorités locales (municipalité, comté, État…). Si ICE est aujourd’hui au centre de l’attention, y compris internationale, c’est bien sûr en raison des deux décès récents dans le cadre de l’Opération Metro Surge dans le Minnesota et en particulier à Minneapolis mais aussi à cause des conditions dégradantes de détention des personnes arrêtées lors de ces raids dans des centres de rétention administrative où les récits de violences physiques, psychologiques et sexuelles, de menaces et de rétorsion vis-vis des détenus qui refusent d’être expulsés, de malnutrition et d’humiliations confirment une volonté de faire des États-Unis « un enfer » pour les immigrés illégaux. Le Minnesota n’a pas été ciblé par hasard. C’est un État à forte tradition progressiste dans une région des États-Unis qui est par ailleurs de plus en plus conservatrice. Son gouverneur, Tim Walz, a été le colistier de Kamala Harris lors de l’élection présidentielle de 2024 mais le facteur déclencheur de cette intervention massive de ICE a été la révélation de fraudes de grande ampleur aux prestations sociales dans lesquelles la communauté somalienne de l’État aurait été très impliquée. Face à un État parmi les plus généreux du pays en matière de couverture sociale et médicale et pointant du doigt des délits supposément commis par des immigrés en situation irrégulière, l’Administration Trump a saisi cette occasion de dénoncer ce qu’elle présente comme un État Providence dévoyé par des délinquants étrangers. Il s’agissait donc de faire du Minnesota un exemple, à la fois sur la thématique de la lutte contre l’immigration illégale et sur l’affirmation emphatique des pouvoirs illimités de l’exécutif fédéral. Le grand juriste américain Louis Brandeis, qu’on avait surnommé « l’avocat du peuple », avait au début du siècle eu cette belle formule pour qualifier l’inventivité politique des États fédérés, les qualifiant de « laboratoires de la démocratie. » Dans une forme de sombre inversion, on pourrait dire que l’Administration Trump tente de faire du Minnesota « un laboratoire de l’autocratie ». Cela se traduit concrètement par le refus de toute limite constitutionnelle ou juridique à l’action de ICE, qu’il s’agisse d’arrestations arbitraires, de fouilles et saisies qui s’opèrent sans mandat, d’utilisation disproportionnée de la force, de répression violente des manifestations ou tout simplement de tirs mortels. La différence dans le Minnesota par rapport à d’autres opérations de ICE tient au fait que l’Administration Trump utilise désormais systématiquement une rhétorique de l’hyperbole pour qualifier la résistance à ICE et justifier la violence létale de la réponse, en témoigne le recours très fréquent au terme de « terrorisme domestique » ou encore ce communiqué officiel du Department of Homeland Security dans lequel il est dit que Alex Pretti, qui venait d’être abattu de dix balles, avait l’intention de « massacrer » les agents de ICE. Si l’on ajoute que l’enquête sur la mort de Renée Good a de fait été préventivement bloquée, forçant à la démission un agent du FBI qui en était chargé, on fait là le constat d’une administration qui s’affranchit désormais de toute forme de contre-pouvoir et qui s’est, de fait, enfermée dans une logique inarrêtable de l’escalade de la violence. Comment pourrait-on en effet imaginer que dans les jours qui viennent Donald Trump retire les agents de ICE des rues de Minneapolis et mette fin à l’Opération Metro Surge ? Dans la réalité, en entretenant délibérément un climat d’affrontement et violence dans les rues de Minneapolis, Donald Trump crée un climat juridique dans lequel il pourra invoquer l’Insurrection Act de 1807, une loi qui permet au président des États-Unis d’utiliser l’armée pour des opérations de maintien de l’ordre intérieur et de fédéraliser (c’est-à-dire de placer sous son commandement) la garde nationale des États. On est donc bien au-delà d’un « simple » affrontement partisan, d’une confrontation somme toute assez traditionnelle entre un État fédéré progressiste et un État fédéral conservateur autour de la question des compétences respectives en matière de maintien de l’ordre et de contrôle de l’immigration ou encore d’une nouvelle tentative du président américain d’exercer contre ses adversaires politiques une forme de vindicte personnelle conduite par le bras armé de l’État, mais bien plutôt face à un projet autrement plus ambitieux de réécrire la constitution des États-Unis pour y installer la notion d’un « exécutif unitaire » sur lequel ne pourrait agir aucun frein ou contre-pouvoir. On le sait, cet exécutif unitaire se construit à partir d’un recours systématique à la notion « d’urgence », qu’il s’agisse de licencier des gouverneurs de la Réserve fédérale, de supprimer certaines agences fédérales ou d’en réduire de manière drastique le budget jusqu’à les rendre inopérantes, de s’affranchir des droits des accusés dans les arrestations et expulsions de personnes en situation irrégulière, de recours aux barrières douanières ou encore, dans le cas du Minnesota, de créer les conditions qui rendent possible l’instauration d’un état de siège. L’urgence, qu’elle soit économique, sanitaire, militaire ou de maintien de l’ordre est ce qui permet à l’administration de proposer une lecture de la Constitution et des lois dans laquelle l’exécutif n’est plus soumis aux mêmes exigences de responsabilité, de transparence et de protection des libertés individuelles. Cela signifie que l’opposition à ce que l’on pourrait qualifier de « coup d’État constitutionnel » ne peut venir que d’une forme d’étrange alliance entre un bloc progressiste aujourd’hui profondément divisé et un camp conservateur pour lequel l’Opération Metro Surge bat en brèche deux des convictions profondes de la droite étatsunienne : d’abord, lorsqu’ICE considère que le port d’une arme représente une menace grave et immédiate pour ses agents et justifie donc l’utilisation préventive de la force, y compris létale, elle se trouve en opposition frontale à l’un des droits fondamentaux dans la hiérarchie conservatrice, le port d’arme ; ensuite, les conservateurs américains ont toujours fait preuve d’une suspicion extrême vis-à-vis de toute forme d’intervention de l’État fédéral dans le domaine réservé des États fédérés, l’ordre public. Quand bien même il existe encore aujourd’hui un consensus très fort à l’intérieur du Parti républicain sur la question de l’immigration, les modalités pratiques de mise en œuvre d’une politique visant à arrêter puis à expulser massivement les personnes en situation irrégulière sur le territoire des États-Unis font l’objet de débats au Congrès et chez les élus locaux, un questionnement qui fragilise les Républicains dans la perspective des élections de mi-mandat de novembre 2026 et rend difficile toute forme de compromis sur les questions budgétaires. C’est pour cette raison qu’il faut prêter attention cette procédure judiciaire en cours dans laquelle un magistrat fédéral examine la constitutionnalité de l’Opération Metro Surge qui, pour certains juristes, contrevient au Dixième Amendement à la Constitution (1) et va à l’encontre de l’équilibre des pouvoirs entre fédéral et fédéré. Plus généralement, cette opération policière dans le Minnesota est à l’origine de multiples procédures judiciaires, notamment sur le respect des garanties fondamentales des justiciables. Quand bien même les juges n’interviendront qu’ex post facto, leurs décisions ne pourront que limiter la capacité d’action future de ICE à mener de telles opérations en bénéficiant préventivement d’une impunité ou d’une immunité totale. C’est alors dans la position de l’Administration Trump de respecter ces décisions, de faire appel, ou tout simplement de les ignorer que l’on jugera s’il y a encore un État de droit aux États-Unis. Dans le laboratoire de l’autocratie, il semble que toutes les réactions chimiques n’aient pas été anticipées. (1) Les pouvoirs non délégués aux États-Unis par la Constitution, ni prohibés aux États, sont réservés aux États respectivement, ou au peuple. Vincent Michelot est professeur d'histoire politique des Etats-Unis à Sciences Po Lyon. Crédit photo : Des agents de ICE arrêtent une personne près du lycée Roosevelt à l'heure de la sortie des classes, à Minneapolis, dans le Minnesota, le 7 janvier 2026. ©AFP - Kerem Yucel.

Tribune libre : Nos alliés, nos amis meurent. Et nous regardons ailleurs.

par Katell Faria le 23 janvier 2026
Alors que les Kurdes de Syrie, alliés historiques de l’Occident dans la lutte contre le terrorisme islamiste, sont aujourd’hui abandonnés à leurs ennemis, Katell Faria signe un texte de colère et de lucidité. Elle y dénonce le reniement moral et stratégique des puissances occidentales, le silence des médias et l’illusion dangereuse selon laquelle ce drame ne concernerait pas directement la France. Un appel à regarder en face une tragédie dont les conséquences nous rattraperont.
Depuis deux semaines, j’assiste impuissante, effondrée et consternée, au lâchage des Kurdes par les Occidentaux – les États-Unis en tête, et la France à leur suite – dans l’indifférence quasi généralisée des médias, des politiques et des peuples que cette tragédie concerne pourtant directement. Il y a dix ans, pendant la bataille de Kobané, les combattants kurdes des unités YPG-YPJ étaient nos héros : ceux qui, avec l’appui de la coalition internationale, avaient défait le terrorisme islamique dont les attaques, commanditées depuis Raqqa, nous frappaient jusque sur nos terrasses de cafés, nos stades et nos salles de concert. Nous souvenons-nous à quel point nous avions peur, alors ? À l’époque, nos journaux affichaient en couverture les yapajas, ces amazones à longues tresses qui mourraient pour un idéal fondé sur la démocratie, l’égalité des sexes, le respect des minorités et la laïcité. Un idéal qu’elles et leurs camarades masculins du YPG avaient construit en s’inspirant de l’Occident, dont elles admiraient nombre de penseurs et de valeurs. Aujourd’hui, nous les abandonnons aux mains de leurs pires ennemis, qui sont aussi les nôtres : les islamistes, téléguidés par la Turquie. Les voilà tristement éclairées sur ce que nous sommes devenus : des ingrats, des suiveurs, des lâches. Des gens aveugles et perdus. Sans épaisseur ni conviction profonde. Les islamistes, en plus d’être redoutablement intelligents, sont habités par une détermination absolue. Tacticiens autant que stratèges, ils ont une vision très claire de leur avenir et apprennent de leurs erreurs. Le califat de l’État Islamique a été anéanti en 2019 ? Peu importe : ils le ressusciteront d’une autre manière. Ce qu’ils n’ont eu par le djihad, ils l’obtiendront par la ruse et la taqîya, à l’usure, avec la bénédiction de cet Occident qu’ils honnissent. Cela prendra simplement plus de temps que prévu… À ceux qui pensent que ce qui se passe aujourd’hui en Syrie ne concerne pas la France, je veux dire qu’ils se trompent gravement : ce n’est qu’une question de temps avant que la victoire de l’islamisme en Syrie ne galvanise les nombreux disciples qu’il compte sur notre territoire. À ceux qui invoquent le pragmatisme ou pire, revendiquent le cynisme, je veux dire qu’ils s’illusionnent s’ils pensent que la prise de pouvoir d’Al-Joulani dit Al-Charaa nous sera bénéfique sur le long terme : les gens comme lui nous haïssent pour ce que nous sommes, et notre abandon des Kurdes nous rendra encore plus méprisables à leurs yeux. À quoi nous servira que la Syrie soit prétendument unifiée, si elle est unifiée contre nous ? Pendant ce temps, les civils issus des minorités se pressent aux frontières, les djihadistes sortent des camps de détention, et les combattants kurdes sont massacrés. Nos alliés, nos amis meurent. Et nous regardons ailleurs. Honte à nous. Katell Faria dite « Kewê » est une écrivaine française engagée auprès des Kurdes de Syrie depuis 2018. Cette tribune est l’expression d’un cri de colère d'une actrice engagée sur le terrain. Sur cette photo prise en 2019, elle apparaît en deuxième position à gauche.

Jeudi 15 janvier : échanges et dédicaces de Jean-Michel Blanquer à Lyon

par L'antenne de Lyon le 13 janvier 2026
Jeudi 15 janvier, la librairie Decitre Bellecour recevra Jean-Michel Blanquer, président du Laboratoire de la République. La rencontre donnera lieu à un échange avec le public, suivi d’une séance de dédicaces de son nouvel ouvrage, Civilisation française.
À l’occasion de cette rencontre à la librairie Decitre Bellecour, Jean-Michel Blanquer, président du Laboratoire de la République et ancien ministre de l’Éducation nationale, échangera avec le public autour de ses réflexions sur la société française et les grands enjeux contemporains. Cette discussion sera suivie d’une séance de dédicaces de son nouvel ouvrage, Civilisation française (Éditions Albin Michel), offrant un moment privilégié pour dialoguer avec l’auteur et permettant d’approfondir les thématiques abordées dans son livre. Quand ? Jeudi 15 janvier, de 17h00 à 18h30. Où ? Librairie Decitre, 29 place Bellecour, 69002 LYON. https://twitter.com/labrepublique/status/2009677250560503958?s=46

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