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Du 29 au 31 août 2024 : Université d’été du Laboratoire de la République à Autun

le 24 mai 2024 visuel-univ-ete-article
Du 29 au 31 août 2024, l'Université d’été du Laboratoire de la République prend ses quartiers à Autun, au cœur de la Bourgogne, 3 jours pour réfléchir, inspirer et échanger sur les grands enjeux de notre République. Ouverte à tous, cette première édition est placée sous le signe de la Jeunesse et des territoires.
Autour de thèmes tels que la laïcité, la démocratie, l'écologie, la défense, la technologie et bien d'autres, cette nouvelle initiative favorisera les échanges entre les jeunes et les acteurs locaux, invitant les jeunes citoyens à prendre part activement à la construction de notre avenir commun. En plus des débats d'envergure nationale, cette édition accordera une attention particulière aux enjeux locaux, permettant ainsi aux participants de mieux comprendre les réalités et les défis propres à chaque territoire. Les associations locales seront également mises à l'honneur, invitées à partager leurs projets et leurs préoccupations, nourrissant ainsi le lien entre la société civile et les acteurs économiques et publics. Ces rencontres seront également l’occasion de lancer la "Fresque de la République", un atelier ludique et interactif invitant les participants à des prises de conscience et à l’engagement. Ensemble, engageons-nous à renforcer notre démocratie et notre République, en unissant les voix de la Jeunesse à la diversité de chaque territoire. C’est dans cet esprit de dialogue et de collaboration que le Laboratoire de la République a construit son Université d’été 2024, fidèle à ses principes fondamentaux et déterminé à relever les défis du XXIe siècle. Rejoignez-nous les 29, 30 et 31 août prochains ! Quand ? Du jeudi 29 août au samedi 31 août 2024 Où ? Autun 71400, Saône-et-Loire, Bourgogne-Franche-Comté Pour vous tenir informé, n'hésitez pas à remplir le formulaire ci-dessous :

Israël-Palestine : « L’Europe est une force de paix » ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC JEAN-MICHEL BLANQUER

par Yasmina Asrarguis le 15 mai 2024 Yasmina_JMB
Dans cet entretien avec Yasmina Asrarguis, chercheur spécialiste de la paix au Moyen-Orient, Jean-Michel Blanquer analyse l'importation du conflit israélo-palestinien au sein des sociétés européennes. Selon l’ancien ministre de l’Éducation, le massacre du 7 octobre ainsi que l'escalade de la guerre au Moyen-Orient accentuent la crise que l’Europe traverse depuis le début du conflit opposant Moscou à Kiev. La violence et la volatilité des relations internationales imposent un réengagement européen et une réelle éducation à la paix fondée sur la transmission de l’histoire et des valeurs démocratiques. Face à la montée des menaces aux portes de l’Europe, Jean-Michel Blanquer préconise une approche proactive face aux divers conflits de notre temps et propose de soutenir les peuples et territoires pouvant servir de pôles démocratiques au Moyen-Orient, qu’il s’agisse des Kurdes, des Arméniens, des Israéliens ou encore les opposants aux régimes polémogènes que sont la Turquie et la République islamique d’Iran.
Yasmina Asrarguis : Quelle est votre analyse du contexte géopolitique en Europe, notamment depuis le 7 octobre et la reprise de la guerre au Moyen-Orient, en particulier à Gaza ? Jean-Michel Blanquer :  Le climat actuel est difficile. Tout d'abord, cela rappelle de manière brutale le potentiel de résurgence de la guerre, non seulement au Moyen-Orient, mais aussi dans d’autres régions du monde. La crise représentée par la guerre entre la Russie et l'Ukraine a encore accentué les préoccupations et l'anxiété contemporaines concernant le retour des conflits, même dans des régions où l'on pensait que ce mode de résolution des différends était révolu. Cette lourdeur est le premier élément, car elle définit le contexte mondial et international dans lequel se déroule la guerre actuelle entre Israël et le Hamas. Des actes de barbarie, comme l'attaque du 7 octobre, ou des actes d'agression, comme l'attaque de la Russie contre l'Ukraine, qui pouvaient sembler relégués à une époque révolue, sont toujours présents dans notre monde. Malheureusement, notre réalité est loin de l'idéal kantien de résolution des conflits par le droit. Le deuxième facteur majeur qui contribue au climat difficile est l'importation du conflit dans nos sociétés. Les importantes communautés musulmane et juive en France augmentent le risque de transposition des conflits. Il est crucial que nous soyons sages, intelligents, et ouverts d'esprit pour éviter que les situations ne soient réduites à des choix binaires. Que ce soit au sein des communautés musulmane ou juive, ou dans la société en général, il est essentiel de cultiver la nuance et de favoriser le dialogue. Cette question est aujourd'hui d'une importance capitale, et heureusement, tous les musulmans ne soutiennent pas le Hamas, et tous les juifs ne soutiennent pas Netanyahu. Adopter cette subtilité est crucial pour éviter le risque de confrontation entre communautés. Yasmina Asrarguis : Comment percevez-vous les réactions de la classe politique française en matière de conflit israélo-palestinien ? Pensez-vous qu'il y’ait une réelle fracture au sein de la population sur cet enjeu ? Jean-Michel Blanquer :  Il y a une division partielle, mais pas totale, et cette division n'est pas binaire non plus. La grande majorité de la société française a été horrifiée par les événements du 7 octobre et comprend clairement qu'Israël est l'agressé et que le Hamas est l'agresseur. L'extrême gauche s'est disqualifiée dans cette séquence en refusant de reconnaître l'évidence et en pratiquant une forme de nouveau négationnisme. La France a également connu des attaques et sait, de sa propre expérience, le danger du terrorisme islamiste et de l'islamisme politique en général. Contrairement à ce que beaucoup disent, je pense que la grande majorité des Français est solidaire d'Israël, et les débats internes ont évidemment plus à voir avec la manière dont Israël répond à cette situation. Ici, bien sûr, il y a des différences au sein de la société française. Elles ne sont pas binaires, et c'est, avant tout, un spectre d'approches qui vont du soutien complet au gouvernement israélien à, malheureusement pour certains, un quasi-soutien au Hamas. Dans ce contexte, nous devons réaliser qu'Israël est attaqué ; ensuite, qu'il est inévitable qu'Israël réagisse pour chasser ou, au moins, neutraliser le Hamas ; et troisièmement, il faut comprendre l'importance d'arriver rapidement à des discussions pacifiques pour limiter les pertes humaines de cette guerre et travailler vers une solution à deux États. Yasmina Asrarguis : Pensez-vous qu'il soit nécessaire d’introduire l'éducation à la tolérance, à la diversité, et aux cultures dans les écoles françaises et européennes, ou nos décideurs devraient-ils donner la priorité aux négociations diplomatiques conduisant à la paix ? Jean-Michel Blanquer :  C'est sans aucun doute multifacette. Il y a les deux aspects que vous venez de mentionner, ainsi que d'autres, et nous devons aborder tous ces aspects de manière complète. Dans les écoles, favoriser la compréhension de la diversité est, bien sûr, crucial. Je crois que nous transmettons actuellement des messages positifs à nos enfants, contrairement à ce qui se passe, par exemple, avec les enfants palestiniens, qui sont élevés pour nourrir de l'animosité envers les Juifs. Malheureusement, aujourd'hui, nous devons faire plus et renforcer nos efforts sur cette question, qui dépasse le conflit israélo-palestinien. Cela concerne plus généralement la manière dont nous préparons les enfants à vivre dans une société ouverte et tolérante, qui embrasse la liberté d'expression, la liberté religieuse, la liberté d'être soi-même, le tout dans un cadre commun où il n'y a pas de place pour le prosélytisme. En matière de capacité européenne à conduire des négociations diplomatiques, l'Europe est une force de paix. Personne, y compris les non-Européens, ne devrait se réjouir de l'effacement de l'Europe de la scène diplomatique régionale. Les accords d'Oslo ont démontré que la Norvège pouvait jouer un rôle crucial. L'Europe n'est pas la Norvège ; c'est autre chose. Cependant, les différences entre les pays européens, notamment entre la France, l'Angleterre (qui reste européenne), l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et la Pologne, peuvent contribuer à une forme de médiation plurielle. Cela permettrait que les liens entre chaque pays européen et chaque pays du Moyen-Orient soient utiles pour faire avancer la paix. Yasmina Asrarguis : Quel rôle pensez-vous que l'éducation à la paix pourrait jouer sur le terrain au Moyen-Orient ? Jean-Michel Blanquer :  Parmi les évolutions alarmantes au Moyen-Orient, la situation avec l'UNRWA se distingue, car des bombes humaines ont été fabriquées par le biais d'une éducation fondée sur la haine. Je suis profondément frustré par ceux, de tous côtés, qui étaient conscients de ce problème, n'ont pris aucune mesure. Il est évident que l'éducation façonne l'avenir, et l'histoire y joue un rôle crucial. Nous devons encourager le volontarisme et l'optimisme pour résoudre ce problème. Pendant mon mandat en tant que ministre de l'Éducation, en collaboration avec Alain Lamassoure au Conseil de l'Europe, nous avons créé un Observatoire sur l'enseignement de l'Histoire. Il y avait une préoccupation croissante concernant le manque d'importance accordée à l'enseignement de l'histoire. Par exemple, dans de nombreux pays européens, l'histoire n'est qu'une matière optionnelle. En France, en tant que ministre de l'Éducation, j'étais déterminé à repenser les programmes d'histoire au lycée, en introduisant une nouvelle discipline englobant l'histoire-géographie, les sciences politiques et la géopolitique. Cette approche interdisciplinaire permettait une compréhension complète du Moyen-Orient. Contrairement à une tendance mondiale, ces trois ou quatre dernières années, les élèves français ont acquis une culture plus approfondie sur ces sujets. Au Conseil de l'Europe, notre objectif a été de garantir que l'histoire soit enseignée de manière adéquate dans tous les pays membres. C'est un progrès significatif, avec des pays comme l'Arménie et l'Azerbaïdjan qui rejoignent cette initiative. Concernant le contenu de l'éducation, nous devons respecter la souveraineté des États, et il n'est pas envisageable d'avoir une autorité internationale qui supervise les contenus. Cependant, la coopération entre les États peut faciliter le développement de programmes appropriés. Cette approche a été fructueuse dans certains pays et devrait être poursuivie à l'avenir. Cela implique de favoriser les échanges entre historiens, d'organiser des conférences entre historiens israéliens et palestiniens, avec la participation d'autres nationalités. Un véritable Erasmus des enseignants d'histoire du Moyen-Orient et d'Europe pourrait jouer un rôle considérable, car c'est par le biais des enseignants que nous pouvons avoir un impact sur les élèves et les générations futures. L'accent doit également être mis sur les manuels scolaires, qui relèvent de la compétence des États et qui pourraient faire l'objet d'efforts collaboratifs entre Européens et Palestiniens pour obtenir des résultats éducatifs positifs pour les enfants, en mettant l'accent sur l'éducation plutôt que sur l'endoctrinement. Yasmina Asrarguis : Quelles devraient-être, selon vous, les priorités géopolitiques d’un agenda européen visant à stabiliser le Moyen-Orient ? Jean-Michel Blanquer :  À court terme, garantir la sécurité d'Israël et protéger la population civile à Gaza est crucial. Il est important de reconnaître que le Hamas porte la responsabilité principale d'avoir déclenché la guerre et de mettre en danger la population civile. Malgré cela, nous devons maintenir notre attention sur des mesures humanitaires concrètes pour évacuer les populations civiles. Cela devrait impliquer des contributions accrues des pays arabes voisins et toutes les actions qui peuvent prévenir des morts civiles. Ce sont des enjeux essentiels à court terme. Pour l'avenir, il faudra concentrer les efforts pour contenir les risques d'extension par le biais de la diplomatie et de diverses formes de dissuasion à long terme. Bien que ce soit un sujet vaste, il est impératif d'aborder le Moyen-Orient et son avenir avec créativité. Les débats actuels tournent souvent autour d'une vision défensive des valeurs démocratiques, républicaines et libérales. La mentalité prédominante vise à limiter les dégâts face à la force et au pouvoir des idéologies autoritaires et radicales. Les démocraties libérales, qu'il s'agisse d'États individuels ou de forces démocratiques au niveau mondial, doivent changer d’approche intellectuelle et stratégique, passant de la simple limitation des dégâts à devenir des forces proactives. Il est crucial de renouveler l'idéal démocratique souhaitable pour tous, dans le monde entier, et particulièrement au Moyen-Orient. En termes pratiques, il faut des idées et des propositions sur les points de soutien démocratique actuels au Moyen-Orient et sur leur évolution future. Pour ma part, je considère la cause kurde en Syrie comme un point crucial de soutien démocratique. Elle démontre qu'une société musulmane ouverte, libérale, tolérante et organisée peut aspirer à établir un système démocratique dans une région actuellement au cœur de l'autoritarisme. D'autre part, j'observe l'Arménie, qui est attaquée par l'Azerbaïdjan et prise en tenaille entre la Turquie et l'Azerbaïdjan. L'Arménie elle-même représente encore un pôle démocratique, même si, à ce stade, elle illustre principalement la position défensive que j'ai mentionnée plus tôt. Néanmoins, elle a le potentiel de servir de modèle pour une société pertinente au Moyen-Orient. De plus, j'identifie Israël comme étant une démocratie, malgré les divisions internes significatives qu'elle a subies. Malheureusement, elle a vu émerger des forces extrémistes qui contribuent à l'atmosphère de violence au Moyen-Orient. Deuxièmement, il y a des pays dont la bonne volonté pacifique et l'ouverture aux valeurs du respect du droit se sont manifestées ces dernières années, notamment ceux qui ont signé les accords d'Abraham. C'est évident dans le cas des Émirats arabes unis et du Maroc, et j'espère que cette tendance se poursuivra avec d'autres pays. Les transformations en cours en Arabie saoudite sont intéressantes et montrent que les valeurs libérales n'ont pas toujours besoin d'adopter une posture défensive. Il y a des opportunités de progrès de temps en temps. Troisièmement, il y a l'évolution de certains régimes qui sont devenus polémogènes. Ici, je pense principalement à l'Iran et à la Turquie, deux grandes civilisations confrontées à des avancées sociétales importantes qui ouvrent la voie à un avenir différent au-delà de l'islamisme politique. Il est intéressant de noter que ces deux pays cherchent à avoir un impact considérable sur notre paysage politique interne de manière agressive et sérieuse. En réponse, nous devons aussi tenter d'influencer leurs dynamiques politiques internes. Je pense notamment à l'opposition iranienne et à l'opposition turque. Nous devons aider ces pays à devenir des forces démocratiques dans les temps à venir, car cela jouera un rôle crucial dans la recherche de la paix. Kant, dans "Perpetual Peace" établit un lien direct entre la démocratie interne des États, le respect du droit d'une république libre (état de droit), et les actions externes. La géopolitique souligne souvent que les démocraties ne se font généralement pas la guerre. Je crois fermement que la question de la liberté est intimement liée à la question de la paix. De plus, le fil conducteur qui relie ces deux points est le thème de l'éducation, car il faut des citoyens éclairés pour promouvoir une paix durable.

Défis et perspectives pour l’Union européenne : Analyse préélectorale

par Sylvain Kahn le 12 avril 2024 Parlement_européen_Strasbourg
À l'approche des élections européennes, le paysage politique de l'Union européenne (UE) se dessine avec des nuances et des défis qui captent l'attention. Dans cette entrevue avec Sylvain Kahn, professeur à Sciences Po, chercheur au Centre d’histoire de Sciences Po et spécialiste des enjeux européens, nous abordons les dynamiques préélectorales et les questions cruciales qui pèsent sur l'avenir de l'Europe. Alors que la montée de l'extrême droite et des eurosceptiques alimente les craintes d'un Parlement européen potentiellement bloqué, nous plongeons dans les défis démocratiques, la question de l'identité européenne et les enjeux géopolitiques qui façonnent le débat actuel. Sylvain Kahn offre des perspectives éclairantes sur les moyens de revitaliser l'engagement citoyen, la nécessité d'une défense européenne cohérente et les implications de l'UE dans la crise ukrainienne.
Le Laboratoire de la République : Lors des prochaines élections, nous nous attendons à une forte poussée de l’extrême droite et des eurosceptiques. Pensez-vous qu’il existe un danger d’un Parlement européen bloqué ou dominé par l’extrême droite pouvant entraîner des lourdes conséquences sur l’avenir de l’Europe ? Sylvain Kahn : La mobilisation, dans cette campagne, de la famille des droites radicales et extrêmes est en elle-même une nouveauté relative : on l’avait déjà constaté il y a cinq ans. Lors des décennies précédentes, les formations de cette famille cherchaient peu à structurer leur combat à l’échelle de l’Union européenne (UE), en raison de leurs nationalismes respectifs et de leur détestation de toute vie politique transfrontalière et supranationale. Ce faisant, les prochaines élections européennes cristallisent de façon nette des lignes de front qui, au fil des scrutins nationaux, ont bougé par petits bouts et petites touches depuis quinze ans. En effet, la famille des droites radicales et extrêmes – qu’elles soient nationalistes, ultraconservatrices ou antisystèmes –  se caractérise traditionnellement par son rejet de la construction européenne. Celui-ci se nourrit de la sacralisation de la souveraineté nationale (il ne peut y avoir qu’une souveraineté : celle de l’État-nation) et de la détestation des élites. Dans l’idéologie souverainiste de droite radicale et extrême, tous les acteurs de la vie politique dite “bruxelloise” sont ainsi frappés d’un double stigmate. Pourtant, l’actuelle campagne électorale européenne témoigne au grand jour d’une évolution majeure : les droites radicales et extrêmes ne font plus de l’Union européenne une entité à fuir ou à détruire, mais une ressource à utiliser de l'intérieur pour faire gagner du terrain à leurs valeurs et pour déployer leurs programmes politiques. Cette évolution est en fait plus notable et plus profonde que les spéculations sur un raz-de-marée électoral de cette famille qui, bien que guetté et annoncé dans de nombreux commentaires, ne se produira pas en mai 2024. En effet, pour qu’un raz de marée ait lieu, il faudrait que la dynamique électorale soit analogue dans au moins 18 ou 19 des 27 pays de l’UE. Or ce n’est jamais le cas. Les agrégateurs de sondages qui, comme europe elects font un travail remarquable en libre accès le confirment : dans les projections à 2 mois du scrutin, le groupe CRE, souverainiste, très conservateur et atlantiste, pourraient gagner 15 à 20 sièges ; le groupe ID, anciennement europhobe, xénophobe, antisystème et russophile autour de 10. Cette famille des droites radicales et extrêmes passerait de moins d’un cinquième des sièges à un petit quart de l’hémicycle européen. Et resterait divisée en deux groupes parlementaires bien spécifiques, celui qui travaille (CRE) et celui qui n’investit pas le travail parlementaire (ID). Le Laboratoire de la République : Quels sont, selon vous, les principaux défis que l'Union européenne doit relever pour mieux engager les citoyens européens dans le processus démocratique européen ? Existe-t-il une identité citoyenne commune européenne ? Sylvain Kahn : Si les pouvoirs du Parlement européen (PE) n’ont cessé de croître depuis 1979, année de sa première élection au suffrage universel, l’assemblée de Strasbourg demeure un parlement atypique si on le compare à l’idéal-type du parlement dans une démocratie représentative. En effet le PE, d’une part, n’a aucun pouvoir constituant : il est juridiquement exclu de la rédaction des traités qui instituent l’Union européenne ; celle-ci demeure de la compétence exclusive des États membres, dans le cadre d’une instance ad hoc, la conférence intergouvernementale (CIG).  D’autre part, le PE ne vote pas les recettes du budget de l’UE. Il s’agit pourtant, comme le dit l’adage no taxation without representation, de l’acte parlementaire par excellence en régime représentatif. C’est le parlement des États, dans sa formation la plus récurrente, à savoir le Conseil de l’Union européenne, et dans sa formation la plus emblématique, le Conseil européen, qui en décide seul. Cette modalité de décision est cohérente avec le fait que l’essentiel des recettes qui abondent le budget européen sont des contributions nationales prélevées sur les recettes fiscales des États membres, et que ces contributions sont donc votées par les représentations nationales lorsqu’elles votent le budget. Au vu de l’importance politique et symbolique prise par l’échelle européenne lorsqu’il s’agit de définir les politiques publiques ; considérant que le Parlement européen est co-législateur de ces politiques ; parce que ce parlement est élu au suffrage universel direct, et qu’il est non seulement logique mais important de ne pas dévaloriser l’exercice du suffrage universel et du droit de vote, il serait cohérent d’une part de donner au Parlement européen des prérogatives de co-législateur dans ces deux registres élémentaires du régime représentatif que sont la révision des Traités et la détermination du budget de l’UE ; et d’autre part de procéder à l’élection directe de deux sénateurs par État membre au Conseil ou de faire désigner ces deux membres par les parlements nationaux. La moins mauvaise façon d’engager les citoyens dans les politiques publiques européennes est d’en éloigner le plus possible les corporatismes étatiques qui ont tant de mal, fonctionnellement, à se représenter l’intérêt général européen. Ce ne sera pas suffisant, mais ce sera déjà beaucoup. Le Laboratoire de la République : La dissuasion et le renforcement du soutien à l'Ukraine seront des sujets clés lors de la campagne des élections européennes, ainsi que la question de la défense européenne face aux menaces géopolitiques. Pensez-vous que ce sujet appartient à l’Union européenne ? Sylvain Kahn : Comme européaniste, mon métier est de caractériser ce fait social global qu’est l’Union européenne et de comprendre la vie politique dans ce pays des Européens qu’est l’UE. Il s’agit de nommer cette réalité par-delà les stéréotypes et des avis tranchés et affectifs si fréquents sur l’UE. Cette invasion de l’Ukraine par la Russie est pour les Européens un ébranlement. Ils partagent près de 2300 km de frontières avec la Russie dont l’enclave de Kaliningrad qui, avec ses silos de missiles à têtes nucléaires, est située sur le territoire de l’UE, entre la Lituanie et  la Pologne, et en face de la Suède toute proche par la mer Baltique ; et près de 1300 km avec l’Ukraine qui était déjà un pays juridiquement associé à l’UE en 2022 ! Les Européens ont été amenés à prendre conscience de ce qu’ils ont construit ensemble face à l’altérité radicale, à leurs frontières, de la Russie. Celle-ci a déclenché une guerre pour arriver à ses fins, alors que les Européens, eux, ne se la font plus depuis trois générations et le lancement de la construction européenne en 1950, une bifurcation historique très profonde. La politique de l’UE de soutien à la défense de l’Ukraine est-elle approuvée par les citoyens européens ? Oui, c’est le cas, nous disent les enquêtes eurobaromètres réalisées tous les six mois dans toute l’UE comme les sondages réalisés pour différents think-tanks sur des échantillons plus réduits. D’ores et déjà, ce soutien net permet d’observer d’une part qu’il y a une opinion publique européenne et d’autre part qu’il y a une demande pour une politique régalienne à l’échelle de l’UE. Par conséquent, le sujet appartient de fait à l’UE, c’est-à-dire, rappelons-le, à une association d’États-nations s’étant mis d’accord pour mobiliser la supranationalité et la Commission européenne pour mettre en œuvre des politiques publiques qu’ils déploient ensemble sur leurs territoires. C’est compliqué car il y a autant d'industries de défense qu’il y a d’États-nations en Europe - ou presque. Les Européens soutiennent l’idée d’une défense européenne, mais on ne débat pas des modalités et des formes pratiques et concrètes que cette idée pourrait prendre. C’est un désir, ou une idée qui demeure abstraite. Ce que disent les analyses académiques, c’est qu’une défense européenne sera une politique européenne de l’industrie de défense ou ne sera pas. Publié en 2024 par l'auteur : L'Europe face à l'Ukraine, PUF "Dans la guerre d'Ukraine, l'Union européenne se révèle-t-elle comme l'Etat des Européens ?", in Claudia Sénik dir., Un monde en guerre, La Découverte, p. 117-135  “La guerre d’Ukraine révélateur du choix de l’UE pour l’influence contre la puissance”, L’Information géographique, vol.88, mars 2024, p.90-105. Publié en 2023 par l'auteur : "Should Europe disturb historians? On the importance of methodology and interdisciplinarity" , p. 124-133, First Published: 03 August 2023 , European law journal, Volume 28, Issue 4-6 ,  July-November 2022 "Les cultures territoriales de l'Union européenne et des Etats membres : une influence réciproque", in Sylvia Brunet dir., Population, temps, territoires, les évolutions territoriales entre résilience et innovation, Collection : Les dossiers des Annales de droit, Presses universitaires de Rouen et du Havre , juillet 2023, pp.131-159

COMPLET – Mardi 30 avril : Une géopolitique de la démocratie en Orient : Arménie, Israël et Kurdistan

par L'équipe du Lab' le 4 avril 2024
Le Laboratoire de la République vous invite à une Conférence le mardi 30 avril 2024 à l'Assemblée nationale sur l’urgence d’une géopolitique de la démocratie au Moyen Orient et dans le Caucase.
Le Laboratoire de la République vous invite à une Conférence le mardi 30 avril 2024 à l'Assemblée nationale sur l’urgence d’une géopolitique de la démocratie au Moyen Orient et dans le Caucase. Cet événement rassemblera experts, décideurs politiques et acteurs de la société civile pour débattre des défis auxquels sont confrontés les forces démocratiques de la région, en mettant plus particulièrement en lumière les cas de l'Arménie, d'Israël et du Kurdistan. Seront interrogés les perspectives d’élargissement des alliances, les liens avec les pays qui s'inscrivent dans une logique de paix et le soutien aux oppositions des régimes hostiles au modèle démocratique. Interviendront notamment : Jean-Michel Blanquer, ancien Ministre de l’Éducation nationale, président du Laboratoire de la République ; Eric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël de 2019 à 2023 ; Frédéric Encel, essayiste et géopolitologue ; Patrice Franceschi, écrivain, spécialiste de la région ; Anne-Laurence Petel, députée et présidente du groupe d’amitié France-Arménie ; Hasmik Tolmajian, Ambassadrice d’Arménie en France ; Tigrane Yegavian, journaliste et chercheur au Centre français de recherche sur le renseignement ; ... et plusieurs parlementaires impliqués sur ces sujets régionaux. Pour vous inscrire, cliquez-ici Veuillez noter les informations importantes suivantes : Pièce d'identité obligatoire : L'accès à l'Assemblée nationale nécessite la présentation d'une pièce d'identité en cours de validité. Heure d'arrivée : Pour permettre le passage par les contrôles de sécurité, nous vous prions d'arriver à 17h30. Inscription obligatoire : Afin de faciliter votre accès à l'enceinte de l'Assemblée nationale, veuillez noter que l'inscription préalable est obligatoire. Lors de votre inscription, veuillez fournir votre nom, prénom, date et lieu de naissance. Nous vous remercions de votre compréhension.

Complet – Conversation éclairée avec Nicolas Tenzer

par L'équipe du Lab' le 3 avril 2024 Conversation_eclairee_Nicolas_Tenzer
Mercredi 24 avril, à la Maison de l'Amérique latine, le Laboratoire de la République vous invite au rendez-vous des "Conversations éclairées". Brice Couturier et Chloé Morin reçoivent Nicolas Tenzer pour la publication de son dernier ouvrage : « Notre guerre : Le crime et l’oubli : pour une pensée stratégique » aux éditions de l'Observatoire.
Alors que les certitudes d'hier occultent les risques de demain, Nicolas Tenzer propose une stratégie indispensable pour avancer dans un monde qui est, de fait, en guerre. "Notre guerre" n'est pas simplement un livre sur la géopolitique ; c'est un appel à la lucidité, une cartographie des illusions lourdes de notre vulnérabilité. Ainsi, Nicolas Tenzer ne se borne pas à diagnostiquer les maux de notre époque : il propose une feuille de route rigoureuse et pragmatique pour naviguer dans un monde où la guerre est devenue notre présent. L'auteur s'immerge dans l'urgence d'une époque où le droit international est de plus en plus détruit et où les démocraties, affaiblies, perdent pied devant des régimes qui ne reculent pas devant le crime de masse. Dès lors, la guerre russe contre l'Ukraine n'est pas une anomalie, mais le reflet d'un monde en proie à un révisionnisme systématique et insidieux. Tenzer dévoile la supercherie des politiques lénifiantes, révélant une réalité affolante mais indispensable à saisir. Tirant les leçons de l'histoire et des errements stratégiques passés, il offre un plan d'action pour une nouvelle diplomatie de guerre, étayée par une analyse implacable des évolutions actuelles : entreprises criminelles russes, ambitions chinoises, conflagrations au Moyen-Orient et attaques contre les démocraties. Il met en relief l'idée que notre monde nécessite une saisie sans complaisance des forces à l'œuvre. Nous serions sinon condamnés à réitérer les fautes qui ont conduit à la catastrophe. Nicolas Tenzer est enseignant à Sciences Po et auteur du blog politique internationale Tenzer Strategies. Échanges suivis d’une séance de dédicaces. Quand ? Mercredi 23 avril, à 19h30 Où ? Maison de l’Amérique latine 217, Boulevard Saint-Germain, 75007 Paris Participation libre, inscription obligatoire Pour vous inscrire, cliquez-ici

Tribune : Fahimeh Robiolle évoque les élections législatives iraniennes du 1er mars

par Fahimeh Robiolle le 6 mars 2024 dessin_urne_drapeau_Iran
Fahimeh Robiolle, ancienne ingénieure franco-iranienne, enseigne la négociation et la gestion des conflits. Militante des droits des femmes en Afghanistan et en Iran, elle prône la paix et l'émancipation. Autrice de "Femme, Vie, Liberté Parlons-en" (sept. 2023) sur les luttes des femmes iraniennes, elle nous fait part de son analyse dans une tribune.
Un non historique du peuple ? Un référendum ? Une gifle pour le régime à la suite de l’élection (une mascarade organisée) ? Ou l’aboutissement du projet de Khamenei ? 1) Le Parlement : Après la révolution islamique de 1979, en 1980, quand la législature iranienne devient monocamérale, le « Madjles » (Assemblée consultative islamique) en est le seul corps législatif. Les sièges, au nombre de 290, sont pourvus pour quatre ans. Sur les 290, 285 sont pourvus au scrutin majoritaire à deux tours dans des circonscriptions comportant un ou plusieurs sièges en fonction de leur population. Les cinq sièges restants sont réservés et ont pour vocation à représenter les minorités confessionnelles reconnues à raison d'un siège chacun pour les Zoroastriens, les Juifs, les Chrétiens chaldéens et assyriens, les Arméniens du nord du pays et du sud. Le président actuel est Mohammad Ghalibaf qui est aussi membre du corps des gardiens de la révolution (CGRI ou IRGc). 2) L'Assemblée des Experts : Crée le 14 juillet 1983, elle est composée de 88 membres religieux élus pour huit ans au suffrage universel direct. Elle est chargée de nommer, de superviser et éventuellement de démettre le guide suprême. Avant les élections : Côté régime, tous les organes de l’état se sont mobilisés afin que les Iraniens aillent voter en masse et les encouragements du régime n’ont pas arrêté. Ali Khamenei, le guide suprême, n’a pas cessé de faire des déclarations au-delà de ses discours habituels les vendredis pour inviter les Iraniens à participer aux élections. Il disait que ne pas voter « amènerait de l’eau au moulin des ennemis du peuple iranien et de l’islam » et que « aller voter était mieux que de ne pas aller voter ». Le régime craignait : Un taux d’absentéisme record compte tenu ce qui se passe en Iran depuis 4 ans et plus particulièrement depuis 2 ans avec une situation économique gravissime, une inflation galopante (42.6% en juin 2023), une pauvreté croissante et enfin un traumatisme profond avec les crimes commis par le régime lors la révolution de #femmevieliberté, réveillant 45 ans d’humiliations. Pour Ali Khamenei, éviter une abstention forte suivait deux objectifs : montrer au niveau international que son régime dispose encore d’une légitimité et s’assurer de sa succession par son fils Mojtaba Khamenei. En effet, l’élection future d’un nouveau guide suprême par l’Assemblée des Experts à l’issue d’une faible participation rendrait sa succession illégitime aux yeux du peuple et au niveau international surtout s’il s’agissait de son fils. Compte tenu que, selon la constitution, le guide suprême est le haut responsable militaire et assure la présidence du judiciaire, il doit être un juriste possédant la plus haute autorité religieuse dans le chiisme duodécimain1. Il est aussi appelé Gardien de la jurisprudence. C’est lui qui désigne entre autres les hauts responsables militaires et la présidence du judiciaire. Selon la constitution iranienne, le guide doit être un marja taqlid2, juriste possédant la plus haute autorité religieuse dans le chiisme duodécimain. Il est élu par l'Assemblée des Experts, eux-mêmes élus au suffrage universel direct. Pour cela tout a été mis en œuvre pour prouver que Mojtaba Khamenei remplit les conditions pour être un marja afin que sa candidature soir présentable et qu’ensuite l’Assemblée des Experts émergeant du « Bureau du Guide Suprême » (le sérail) il l’élise ! Khamenei veut ainsi normaliser la question de sa succession par Mojtaba Khamenei avec un raisonnement par l’absurde. Par ailleurs, Ali Khamenei craint que si son fils ne lui succède pas, il risquerait de subir le même destin que le fils de Rouhollah Khomeiny, Ahmad.3 Les 88 membres de l’Assemblée des Experts (passés et présents), sont tous des représentants du Guide suprême. Leur statut d’Imam du vendredi des villes et leur situation sont entre les mains du sérail. S'ils veulent dire quelque chose contre l'opinion du sérail, ils perdent tous leurs avantages et leur rang en tant qu’Imam du vendredi. Ces grains de sable pourraient créer une brèche dans le dispositif de Khamenei : des élus, sensibles à de nouvelles vagues de protestations, pourraient devenir des contestataires, voire incontrôlables, ce qui contribuerait à un effondrement du régime. Pour l’éviter, il fallait que les candidats soient approuvés par les juristes du Conseil des Gardiens qui a validé seulement les candidatures parfaitement fidèles au le sérail d’où tout est piloté et où sont prises les décisions. Ebrahim Raïssi en faisait partie, donc son élection à l'Assemblée des Experts était une formalité car il était l’unique candidat accepté dans la province du Khorassan au Sud. C’est pourquoi c’est la première fois que l’organisation d’élections a été entièrement contrôlée depuis le ministère de l’Intérieur jusqu’aux bureaux de votes par le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique. Pour éviter l’abstention, les soldats, les ouvriers, les prisonniers, les étudiants candidats à des concours, ont été contraints de se rendent aux urnes et pour la première fois un votant pouvait présenter comme pièce d’identité une des 5 pièces suivantes : acte de naissance, carte identité, passeport, permis de conduire ou carte de fin de service militaire pour les hommes. Ainsi, la porte a été laissée grande ouverte pour la fraude, une personne pouvait dans des bureaux de votes différents, voter 5 fois pour remplir les urnes, sachant qu’il n’existe pas de listes électorales. Côté du peuple : Malgré les dires du gouvernement qui répète que la participation aux élections n’était pas faible, la tendance de nombreuses personnes était de ne pas voter et de boycotter, pour différentes raisons : De nombreux Iraniens ne font plus confiance aux élections qu’ils ne considèrent pas comme de véritables élections, Les élections successives n’ont apporté aucune amélioration au niveau économique, social, sécuritaire, les gens s’appauvrissent de jour en jour et ce régime corrompu ne remédie en rien à leur situation, Voter, c’est contribuer aux crimes du régime. Plusieurs parents qui ont perdu leur jeune lors des manifestations en 2009, 2017, 2019, 2021 et 2022, plusieurs artistes etc … ont lancé un appel pour le boycott des élections, le message était clair : voter c’est mettre le doigt dans l’encre du sang des victimes. Le peuple n’attend plus rien des élections, l’affaire de la succession de Mojtaba ne les concerne pas, leur souhait est uniquement l’effondrement et la disparition pure et simple du régime. Les élections : Le jour des élections des dizaines de vidéos et de photos sont sorties d’Iran, montrant des rues vides, bien que le 20 mars prochain les Iraniens vont célébrer le nouvel an (Nowrouz) et traditionnellement les villes sont en effervescence pour la préparation de Nowrouz. Les vidéos montrent aussi des bureaux de vote vides alors que le régime faisait le jour même état d’une forte participation en utilisant des vidéos d’élections anciennes avec des queues des votants. Les gens sont restés chez eux et ont non seulement déserté les urnes mais aussi les rues.Alors qu’à 18h00, la fermeture des bureaux de vote était prévue, les Iraniens ont commencé à sortir de chez eux, ce qui a incité le régime à envoyer des messages d’encouragement à aller voter en prolongeant l’ouverture des bureaux de vote jusqu’à 20h puis jusqu’à 22h. Le résultat : Le régime avait prévu d’annoncer le jour des élections un taux de participation de l’ordre 61%, mais cela lui a dû sembler trop gros pour être cru, compte tenu justement de toutes ces vidéos. Il a finalement décidé de le revoir à la baisse et a déclaré que sur les 61 millions de votants, 25 millions avaient voté. Ce 1er Mars 2024 restera un jour historique de la victoire de la nation iranienne et une « gifle » pour Ali Khamenei. La légitimité de Mojtaba Khamenei n’est pas sortie des urnes. Néanmoins, Ali Khamenei a réussi à faire entrer les jeunes du clergé qu’il a placés dans des structures économiques importantes pour les « engraisser » afin qu’ils lui soient redevables. L’Assemblée de Experts devient ainsi une chambre d’enregistrement des consignes du Guide suprême ! Les votes nuls ont été les grands gagnants des élections. Dans certaines villes, leur nombre était supérieur au nombre de votes obtenus par le premier, le second ou le troisième candidat. Le premier candidat de Téhéran (avec un taux de participation de 24%) a obtenu trois fois moins de votes (597 770) par rapport aux candidats de la précédente élection. 18 des 30 candidats de Téhéran iront au second tour. Selon Euronews, dans la circonscription de la capitale, 400 000 votes, selon les statistiques officielles, n'ont pas été validées. Cela placerait le nombre de ces votes en deuxième position. Ce résultat conforte la conviction des Iraniens unanimes pour le rejet de ce régime : ceux qui ont été contraints d’aller voter ou ceux qui ont reçu éventuellement de l’argent pour aller voter. Une fois dans l’isoloir, ils ont envoyé un message clair au régime, à Ali Khamenei et à son fils Mojtaba. Les messages sur les bulletins de vote sont sans appel. Peu importe le pourcentage de votants, 61%, 41%…, peu importe combien des 290 sièges de l'assemblée, un second tour serait nécessaire et se tiendrait en avril ou en mai pour les candidats n'ayant pas obtenu un nombre suffisant de suffrages : les élections ne sont plus le problème des Iraniens. Les Iraniens ont tourné le dos au régime et aux élections. Ils espèrent faire tomber ce régime bien avant que des élections dignes de ce nom aient lieu sous l’égide d’instances internationales. Cela signifie que la somme de votes obtenue par des premiers candidats (2.8 millions) ne dépasse pas 4% par rapport aux 61 millions d'appelés à voter

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