ICE au Minnesota : vers un laboratoire de l’autocratie ?

par Vincent Michelot le 27 janvier 2026
Au Minnesota, les opérations menées par l’agence fédérale ICE dépassent désormais la seule question migratoire. Entre raids spectaculaires, morts survenues lors d’interventions armées d'ICE, conditions de détention dénoncées et affrontements ouverts avec les autorités locales, l’Administration Trump semble tester les limites de l’État de droit. Et si cet État progressiste du Midwest était en train de devenir le terrain d’expérimentation d’un pouvoir exécutif sans contrepoids, un véritable « laboratoire de l’autocratie » ? Une analyse de Vincent Michelot, professeur d’histoire politique des États-Unis à Sciences Po Lyon.
ICE (Immigration and Customs Enforcement) est une agence fédérale qui dépend du Department of Homeland Security, un ministère créé en 2002 dans une réorganisation administrative qui faisait suite aux attentats du 11 Septembre 2001 pour unifier l’ensemble des services fédéraux chargés de la protection de la sécurité intérieure, des gardes côtes au cyberterrorisme en passant par le contrôle de l’immigration et des frontières. Comme toutes les agences fédérales aux États-Unis, sa visibilité dans la sphère publique et son importance sont étroitement liées aux priorités politiques du président et de l’administration en place. On le sait, Donald Trump, dès son premier mandat (2017-2021), avait mis le contrôle de l’immigration et l’expulsion des étrangers en situation irrégulière sur le territoire des États-Unis au cœur de son projet politique, notamment en proposant la construction d’un mur le long de la frontière avec le Mexique, mais aussi en conduisant une série de raids ou de rafles dans des communautés qui étaient soupçonnées d’abriter de nombreux immigrés illégaux. Lors du premier mandat de Donald Trump, ICE avait été au cœur du débat sur les « villes sanctuaires », ces municipalités dont les autorités refusaient toute forme de collaboration avec l’agence fédérale, qui était accusée de violations des droits civiques et d’application sélective de la loi, notamment par l’utilisation du profilage ethnique. Étaient aussi remises en question les méthodes brutales des agents de ICE (qui ne portent pas d’uniforme et circulent généralement dans des véhicules banalisés mais sont toujours surarmés, ce qui donne une image visuelle inquiétante de milice d’occupation), leur peu de respect pour les formes du droit et l’usage fréquent et disproportionné de la force dans le cadre de ses missions. Après une campagne électorale de 2024 dans laquelle Donald Trump avait focalisé l’attention sur la question de l’immigration illégale, avec notamment des propos injurieux et déshumanisants sur un certain nombre de communautés étrangères accusées « d’empoisonner » la nation américaine, il était logique que ICE soit confortée et renforcée dans le projet politique du deuxième mandat. Dotée aujourd’hui de presque 22000 agents, elle a vu son budget augmenter de plus de 2 milliards de dollars entre 2025 et 2026 (de 9,13 à 11,3 milliards USD). Depuis la prise de fonction de Donald Trump en janvier 2025, ICE a conduit un certain nombre d’opérations de grande ampleur, le plus souvent dans des grands centres urbains gouvernés par des maires démocrates et soupçonnés par l’Administration Trump d’abriter un nombre important d’immigrés en situation irrégulière, menant à Portland, Chicago, Memphis ou encore Washington à des confrontations à la fois avec la population et avec les autorités locales (municipalité, comté, État…). Si ICE est aujourd’hui au centre de l’attention, y compris internationale, c’est bien sûr en raison des deux décès récents dans le cadre de l’Opération Metro Surge dans le Minnesota et en particulier à Minneapolis mais aussi à cause des conditions dégradantes de détention des personnes arrêtées lors de ces raids dans des centres de rétention administrative où les récits de violences physiques, psychologiques et sexuelles, de menaces et de rétorsion vis-vis des détenus qui refusent d’être expulsés, de malnutrition et d’humiliations confirment une volonté de faire des États-Unis « un enfer » pour les immigrés illégaux. Le Minnesota n’a pas été ciblé par hasard. C’est un État à forte tradition progressiste dans une région des États-Unis qui est par ailleurs de plus en plus conservatrice. Son gouverneur, Tim Walz, a été le colistier de Kamala Harris lors de l’élection présidentielle de 2024 mais le facteur déclencheur de cette intervention massive de ICE a été la révélation de fraudes de grande ampleur aux prestations sociales dans lesquelles la communauté somalienne de l’État aurait été très impliquée. Face à un État parmi les plus généreux du pays en matière de couverture sociale et médicale et pointant du doigt des délits supposément commis par des immigrés en situation irrégulière, l’Administration Trump a saisi cette occasion de dénoncer ce qu’elle présente comme un État Providence dévoyé par des délinquants étrangers. Il s’agissait donc de faire du Minnesota un exemple, à la fois sur la thématique de la lutte contre l’immigration illégale et sur l’affirmation emphatique des pouvoirs illimités de l’exécutif fédéral. Le grand juriste américain Louis Brandeis, qu’on avait surnommé « l’avocat du peuple », avait au début du siècle eu cette belle formule pour qualifier l’inventivité politique des États fédérés, les qualifiant de « laboratoires de la démocratie. » Dans une forme de sombre inversion, on pourrait dire que l’Administration Trump tente de faire du Minnesota « un laboratoire de l’autocratie ». Cela se traduit concrètement par le refus de toute limite constitutionnelle ou juridique à l’action de ICE, qu’il s’agisse d’arrestations arbitraires, de fouilles et saisies qui s’opèrent sans mandat, d’utilisation disproportionnée de la force, de répression violente des manifestations ou tout simplement de tirs mortels. La différence dans le Minnesota par rapport à d’autres opérations de ICE tient au fait que l’Administration Trump utilise désormais systématiquement une rhétorique de l’hyperbole pour qualifier la résistance à ICE et justifier la violence létale de la réponse, en témoigne le recours très fréquent au terme de « terrorisme domestique » ou encore ce communiqué officiel du Department of Homeland Security dans lequel il est dit que Alex Pretti, qui venait d’être abattu de dix balles, avait l’intention de « massacrer » les agents de ICE. Si l’on ajoute que l’enquête sur la mort de Renée Good a de fait été préventivement bloquée, forçant à la démission un agent du FBI qui en était chargé, on fait là le constat d’une administration qui s’affranchit désormais de toute forme de contre-pouvoir et qui s’est, de fait, enfermée dans une logique inarrêtable de l’escalade de la violence. Comment pourrait-on en effet imaginer que dans les jours qui viennent Donald Trump retire les agents de ICE des rues de Minneapolis et mette fin à l’Opération Metro Surge ? Dans la réalité, en entretenant délibérément un climat d’affrontement et violence dans les rues de Minneapolis, Donald Trump crée un climat juridique dans lequel il pourra invoquer l’Insurrection Act de 1807, une loi qui permet au président des États-Unis d’utiliser l’armée pour des opérations de maintien de l’ordre intérieur et de fédéraliser (c’est-à-dire de placer sous son commandement) la garde nationale des États. On est donc bien au-delà d’un « simple » affrontement partisan, d’une confrontation somme toute assez traditionnelle entre un État fédéré progressiste et un État fédéral conservateur autour de la question des compétences respectives en matière de maintien de l’ordre et de contrôle de l’immigration ou encore d’une nouvelle tentative du président américain d’exercer contre ses adversaires politiques une forme de vindicte personnelle conduite par le bras armé de l’État, mais bien plutôt face à un projet autrement plus ambitieux de réécrire la constitution des États-Unis pour y installer la notion d’un « exécutif unitaire » sur lequel ne pourrait agir aucun frein ou contre-pouvoir. On le sait, cet exécutif unitaire se construit à partir d’un recours systématique à la notion « d’urgence », qu’il s’agisse de licencier des gouverneurs de la Réserve fédérale, de supprimer certaines agences fédérales ou d’en réduire de manière drastique le budget jusqu’à les rendre inopérantes, de s’affranchir des droits des accusés dans les arrestations et expulsions de personnes en situation irrégulière, de recours aux barrières douanières ou encore, dans le cas du Minnesota, de créer les conditions qui rendent possible l’instauration d’un état de siège. L’urgence, qu’elle soit économique, sanitaire, militaire ou de maintien de l’ordre est ce qui permet à l’administration de proposer une lecture de la Constitution et des lois dans laquelle l’exécutif n’est plus soumis aux mêmes exigences de responsabilité, de transparence et de protection des libertés individuelles. Cela signifie que l’opposition à ce que l’on pourrait qualifier de « coup d’État constitutionnel » ne peut venir que d’une forme d’étrange alliance entre un bloc progressiste aujourd’hui profondément divisé et un camp conservateur pour lequel l’Opération Metro Surge bat en brèche deux des convictions profondes de la droite étatsunienne : d’abord, lorsqu’ICE considère que le port d’une arme représente une menace grave et immédiate pour ses agents et justifie donc l’utilisation préventive de la force, y compris létale, elle se trouve en opposition frontale à l’un des droits fondamentaux dans la hiérarchie conservatrice, le port d’arme ; ensuite, les conservateurs américains ont toujours fait preuve d’une suspicion extrême vis-à-vis de toute forme d’intervention de l’État fédéral dans le domaine réservé des États fédérés, l’ordre public. Quand bien même il existe encore aujourd’hui un consensus très fort à l’intérieur du Parti républicain sur la question de l’immigration, les modalités pratiques de mise en œuvre d’une politique visant à arrêter puis à expulser massivement les personnes en situation irrégulière sur le territoire des États-Unis font l’objet de débats au Congrès et chez les élus locaux, un questionnement qui fragilise les Républicains dans la perspective des élections de mi-mandat de novembre 2026 et rend difficile toute forme de compromis sur les questions budgétaires. C’est pour cette raison qu’il faut prêter attention cette procédure judiciaire en cours dans laquelle un magistrat fédéral examine la constitutionnalité de l’Opération Metro Surge qui, pour certains juristes, contrevient au Dixième Amendement à la Constitution (1) et va à l’encontre de l’équilibre des pouvoirs entre fédéral et fédéré. Plus généralement, cette opération policière dans le Minnesota est à l’origine de multiples procédures judiciaires, notamment sur le respect des garanties fondamentales des justiciables. Quand bien même les juges n’interviendront qu’ex post facto, leurs décisions ne pourront que limiter la capacité d’action future de ICE à mener de telles opérations en bénéficiant préventivement d’une impunité ou d’une immunité totale. C’est alors dans la position de l’Administration Trump de respecter ces décisions, de faire appel, ou tout simplement de les ignorer que l’on jugera s’il y a encore un État de droit aux États-Unis. Dans le laboratoire de l’autocratie, il semble que toutes les réactions chimiques n’aient pas été anticipées. (1) Les pouvoirs non délégués aux États-Unis par la Constitution, ni prohibés aux États, sont réservés aux États respectivement, ou au peuple. Vincent Michelot est professeur d'histoire politique des Etats-Unis à Sciences Po Lyon. Crédit photo : Des agents de ICE arrêtent une personne près du lycée Roosevelt à l'heure de la sortie des classes, à Minneapolis, dans le Minnesota, le 7 janvier 2026. ©AFP - Kerem Yucel.

Louis-Charles Viossat : « Changer de cap »

par Louis-Charles Viossat le 9 janvier 2026
Dans un monde lancé à vive allure mais privé de boussole, nos sociétés semblent avancer vers toujours plus de richesses apparentes au prix d’inégalités accrues, d’un épuisement écologique et d’une fragilisation démocratique profonde. Face aux crises qui s’additionnent - sociales, climatiques, géopolitiques, culturelles, Louis-Charles Viossat, responsable de la commission République sociale, appelle à changer de cap. Cette tribune esquisse les fondations d’une prospérité durable, réconciliant justice sociale, souveraineté économique, innovation, culture et exigence républicaine, pour redonner à la France un horizon commun et une stabilité à la hauteur des défis du siècle.
Chaque jour qui passe, une réalité s’impose en ce début d’année 2026 très particulier et si chaotique. Nos sociétés avancent vite, mais sans gouvernail, dans une fuite en avant : toujours plus de production, plus de richesses et plus de consommation, mais aussi toujours plus d’inégalités économiques et sociales, de tensions internes et désormais de désordre international majeur. Nous croyons toujours bâtir la prospérité mais nous creusons la dette écologique et sociale de notre monde et nous nous éloignons de plus en plus de la stabilité et de la paix. Cette course effrénée, qui se conjugue avec des mouvements migratoires croissants, une dépopulation qui s’accélère au Nord, des crises — financières, sanitaires, géopolitiques — toujours plus graves et fréquentes et des populismes désormais débridés nourris par des réseaux sociaux incontrôlés, met désormais en péril la santé démocratique de nos sociétés. Si nous continuons à vivre comme si nos ressources étaient infinies, nos institutions pérennes et nos nations indissolubles, nous allons droit vers la rupture et vers l’éclosion de conflits domestiques et internationaux majeurs. Il est temps de changer de cap. De dessiner un nouveau modèle qui réponde à des principes respectueux et garants des équilibres écologiques, économiques et sociaux. Un modèle qui réajuste le rapport de forces entre l’économique et le social, qui respecte les limites de la planète, et qui sache puiser dans la créativité des femmes et des hommes autant que dans la puissance des technologies pour recréer du lien social et une croissance soutenable. Intégrer les contraintes écologiques et les limites de la planète Il y a urgence à trouver les moyens d’une prospérité qui respecte les limites de la Terre et les besoins de l’homme : remplacer les énergies fossiles par des filières locales d’énergies renouvelables, conditionner les aides publiques aux entreprises à la réduction de leur empreinte carbone ou instaurer une fiscalité écologique dont les recettes financent directement la transition et la lutte contre la précarité énergétique sont des pistes sérieuses. Cela impose aussi d’investir massivement dans les projets de recherche et de développement des énergies nouvelles, de transformer profondément notre appareil de formation pour l’orienter vers les nouveaux métiers, en lien avec le changement climatique et la transition numérique et de l’intelligence artificielle générative, et de mobiliser les diplomaties européennes en direction des pays du Sud global pour prolonger les engagements de la COP en dépit du défaut américain. Les dérèglements climatiques et l’effondrement des écosystèmes ne sont pas des abstractions : ils frappent d’abord les plus vulnérables. C’est la vallée inondée qui chasse ses habitants, l’agricultrice surendettée après des années de sécheresse et d’inondations, le chauffeur-livreur et l’ouvrier du bâtiment qui suffoquent dans une ville surchauffée. Ils exacerbent les mouvements de populations, les conflits et obèrent la croissance. Chaque grande décision publique ou privée devrait être évaluée à l’aune des limites planétaires, de la préservation des ressources et de l’héritage que nous laisserons. Rééquilibrer le rapport de forces entre le social et l’économique Cette ambition n’oppose pas la liberté d’entreprendre à la solidarité, ni la compétitivité au progrès social. Elle revient à dépasser les clivages anciens entre État et marché pour bâtir un contrat national autour d’un objectif simple : que le travail et l’effort soient justement récompensés, que nul ne soit laissé de côté et que la mobilité sociale l’emporte sur la rente et l’héritage. Les décisions économiques ne peuvent plus être prises désormais comme si elles étaient détachées de leurs conséquences humaines. La santé d’une nation ne se mesure pas seulement au PIB, mais au bien-être de ses habitants, à la vitalité de ses territoires, à la cohésion de son peuple. La justice sociale peut redevenir notre boussole : nul ne doit être laissé dans l’angle mort de la République — ni l’ouvrier au salaire stagnant, ni l’aide-soignante épuisée, ni l’étudiant qui cumule études et petits boulots, ni l’agriculteur qui travaille sans relâche tous les jours de l’année. Cela suppose de garantir à chacun un socle effectif de droits fondamentaux : un logement digne à un prix accessible, un accès égal à une santé de qualité, à l’éducation et à la formation tout au long de la vie, ainsi qu’une protection sociale qui sécurise vraiment les parcours, en particulier pour les jeunes et les travailleurs précaires. Pour cela, nous avons besoin de partenaires sociaux forts, vraiment représentatifs, responsables et respectés par les pouvoirs publics, capables de négocier la modernisation du pays et des progrès pour tous les travailleurs, en sachant concéder sur certains points pour mieux se battre sur d’autres. Nous devrons également rechercher une fiscalité plus juste, qui encourage l’égalité des chances et empêche la concentration excessive des patrimoines comme aujourd’hui. L’impôt doit redevenir l’expression de la solidarité nationale, et la transmission du patrimoine doit servir la justice sociale. Sans justice fiscale, pas de cohésion sociale durable ; sans égalité des droits, pas de République digne de ce nom ; sans finances publiques assainies, pas de croissance équilibrée. Cela signifie qu’il n’y a pas d’alternative à des efforts importants et rapides d’économies sur les retraites et l’assurance maladie. Chaque euro investi par l’Etat doit être justifié par son efficacité sociale, écologique ou économique. Il ne faut promettre que ce que l’on peut financer, et financer effectivement ce qui a été promis. La solidarité nationale doit aussi aller de pair avec la responsabilité individuelle. Les droits sociaux ne sont pas des rentes, mais le fruit d’un effort collectif auquel chacun doit contribuer selon ses moyens. Une prospérité durable suppose aussi de libérer les énergies créatives. Cela veut dire simplifier les démarches pour les entrepreneurs, encourager l’investissement productif, et soutenir nos PME et ETI innovantes qui exportent le savoir-faire français. L’État devrait moins étouffer par la norme et plus accompagner par la stratégie, en misant sur des filières d’avenir où nous pouvons exceller : hydrogène, biotechnologies, agriculture durable, économie circulaire. C’est en faisant confiance aux initiatives privées, tout en fixant un cap clair et en ayant une stratégie de finances publiques sérieuse et crédible que nous conjuguerons compétitivité et justice. Nous ne pourrons financer ni la solidarité ni la transition écologique sans une économie forte. S’appuyer sur l’innovation sociale autant que sur les nouvelles technologies L’intelligence artificielle, la robotique, les télécommunications ou l’industrie spatiale progressent à grand pas. C’est en aidant à la recherche, au développement et au bon usage de ces nouvelles technologies que nous trouverons des solutions et pas en freinant ou en faisant l’autruche. Mais le progrès ne réside pas seulement dans l’invention d’outils toujours plus puissants, il réside aussi dans la capacité à créer des solutions collectives qui changent la vie des gens. L’innovation sociale, c’est aussi l’entreprise qui associe ses salariés aux décisions, la collectivité qui relocalise l’alimentation scolaire, l’association qui forme les jeunes aux métiers de demain. Ces initiatives de la société civile peuvent devenir la norme plutôt que l’exception. Pour cela, l’essaimage des dispositifs de participation citoyenne à l’élaboration des choix publics permettant à tous, y compris aux plus modestes, de prendre part aux choix qui orientent l’avenir de leur territoire est un point clé : budgets participatifs, jurys citoyens, implication accrue des partenaires sociaux et des associations dans l’élaboration des politiques publiques. Faire de la souveraineté économique notre armure La souveraineté économique n’est pas un slogan, c’est une condition d’indépendance. Elle se traduit par la capacité à décider de notre destin productif, à préserver nos savoir-faire, à lutter contre les délocalisations qui vident nos villes et nos campagnes de leur substance. Produire mieux plutôt que produire plus ; privilégier la qualité, la durabilité, la relocalisation : c’est la filière bois qui renaît dans le Jura, l’atelier textile qui reprend vie à Roanne, le chantier naval qui embauche à Saint-Nazaire. A cette fin, la création d’un grand fonds souverain où investir une partie des ressources de l’assurance retraite, dessiller les yeux des autres pays de l’Union européenne sur l’utilité de tarifs douaniers plus adaptés à l’échelle européenne et privilégier les circuits courts de production et de consommation sont souhaitables. La souveraineté économique passe aussi par un bouclier de services publics dans tous les territoires : accès à la santé, à l’éducation, aux transports, afin d’éviter que des zones entières ne se sentent abandonnées par la République. La souveraineté économique exige également une politique migratoire lucide et maîtrisée. Accueillir doit rester un choix, non une fatalité subie. Nous pouvons mieux contrôler nos frontières communautaires, fixer des quotas adaptés à nos besoins sectoriels de main-d’œuvre, et conditionner le droit au séjour au respect des lois et des valeurs de la République. Mais la politique migratoire, c’est aussi une politique d’intégration courageuse et solidaire. Celle-ci se construit par l’apprentissage du français, l’accès au travail, la lutte acharnée contre les discriminations et une participation active à la vie civique. Il n’y a pas de paix sociale durable ni de développement économique si des pans entiers de la population vivent à l’écart de la communauté nationale. Préserver la culture comme notre ancre dans un monde en voie d’uniformisation La culture n’est pas un luxe : c’est ce qui nous relie à ce que nous avons de plus précieux, la mémoire des arts, la force de l’éducation, la liberté du débat. Elle vit dans la voix du libraire qui défend ses auteurs, dans la classe d’une institutrice qui initie ses élèves à la poésie, dans le geste de l’artisan qui perpétue un savoir-faire. Un pays qui perd sa voix devient une province anonyme du village global. Défendre la culture, c’est défendre notre capacité à penser librement, à dialoguer avec notre passé, à inventer notre avenir. Cela exige de faire de l’école et de l’université un grand chantier d’avenir, de promouvoir la création artistique sous toutes ses formes, de garantir un accès équitable aux arts et aux savoirs en soutenant financièrement les librairies indépendantes, en renforçant l’éducation artistique à l’école, en protégeant le financement public du cinéma et du théâtre… Préserver notre culture, c’est aussi affirmer ce qui nous unit : notre langue, notre histoire, nos paysages, notre art de vivre. Ces trésors ne sont pas tournés vers le passé, ils sont les fondations sur lesquelles nous bâtissons l’avenir. Un nouveau cap pour le pays ne passe donc ni par la colère facile de la démagogie, ni par les grands soirs dangereux de la révolution. Il suppose de réinventer une troisième voie : exigeante dans ses objectifs, réformiste dans ses méthodes, démocratique dans son esprit. De sortir du productivisme pour entrer dans l’âge où l’on juge la réussite d’une nation à la qualité de vie de ses habitants et au degré de cohésion nationale. Et de mettre en cohérence les valeurs collectives qui sont proclamées avec la réalité de nos actions d’une part, et avec les vertus individuelles des dirigeants comme des citoyens. Pour porter cette ambition, l’État devra se reconstruire et se réformer : moins centralisateur, plus agile, concentré sur ses missions régaliennes et stratégiques, et laissant plus de place aux initiatives locales et à la décentralisation, pourquoi pas dans le domaine de la santé et de l’éducation comme dans beaucoup d’autres pays. Il est grand temps de simplifier aussi le mille-feuille administratif. Sans sécurité, il n’y a ni liberté, ni prospérité, ni confiance. C’est pourquoi l’ordre public doit être garanti avec fermeté, en donnant aux forces de l’ordre les moyens matériels, juridiques et humains d’agir, tout en exigeant un respect strict des droits fondamentaux. La cohésion nationale ne se maintient pas seulement par des politiques sociales ou économiques efficaces : elle se défend aussi par une présence républicaine forte et de services publics dans chaque quartier, chaque village, chaque territoire et par la prévention de toutes les incivilités. Nous n’avons pas vocation à choisir entre justice et compétitivité, entre culture et économie, entre environnement et progrès. Nous avons vocation à les unir, dans un équilibre qui permette à chacun de s’accomplir, à la société de se tenir, à l’économie de prospérer sans détruire ce qui la rend possible. C’est cette ambition véritablement fraternelle qu’il nous faut réapprendre à inventer et à servir. Alors seulement nous pourrons dire que nous sommes fidèles à l’esprit de la République. Louis-Charles Viossat est responsable de la commission République sociale du Laboratoire de la République.

Découvrez les Actes d’Autun – édition 2025

le 12 décembre 2025 Actes_Autun_2025_deuxième_édition
Du 28 au 30 août 2025, le Laboratoire de la République a organisé, à Autun, sa deuxième université d'été. Vous avez été plus de 750 à nous rejoindre et à participer à nos tables rondes. Vous trouverez dans cet article les Actes d'Autun qui permettront à ceux qui y ont participé d’avoir une synthèse de leurs échanges, et à ceux qui n’ont pu se joindre à nous d’avoir un aperçu de la dynamique confirmée par le Laboratoire de la République en 2025 … et de préparer au mieux l’Université d’été 2026 !
Comment dans ce monde tenté par la fragmentation et la radicalité garder le cap de l’idée républicaine ? Réunis à Autun en Bourgogne du 28 au 30 août 2025 dans le cadre de la deuxième Université d’été du Laboratoire de la République, quelques 750 participants ont croisé leurs regards pour tenter de répondre à la problématique suivante : « Quel idéal de société pour notre République, sur tout notre territoire ? ». Au cours de tables rondes, débats et ateliers rassemblant responsables politiques, universitaires, chefs d’entreprise et acteurs de terrain, ils ont analysé les défis auxquels la République fait face, et proposé des solutions concrètes pour y répondre. Placée sous le signe de la jeunesse et de l’égalité des territoires, l’Université a été l’occasion d’aborder au travers de 12 ateliers les grands enjeux auquel notre République est confrontée. De la laïcité aux défis environnementaux et sociaux, en passant par la construction européenne et le sens de la politique de défense de la France, cet ouvrage rassemble les présentations et analyses des personnalités qui ont conduit les discussions. Adressés aux décideurs comme aux simples citoyens, ces Actes d’Autun visent à nourrir le débat public. Deux études présentées « Conseils municipaux : renouer avec l’engagement citoyen », rédigée par Benjamin Morel, secrétaire général du Laboratoire de la République, en partenariat avec l’Institut Terram. Le Baromètre de la République – édition 2025, réalisé avec IPSOS et présenté par Mathieu Gallard. Ces travaux ont suscité un vif intérêt et ont permis de confronter la rigueur scientifique à l’expérience et à la vision de personnalités engagées dans la vie publique. Des débats et moments forts L’Université d’été a été ponctuée par des débats politiques majeurs et des interventions remarquées : Intégration en France : Bruno Retailleau et Jérôme Guedj République et territoire : François Baroin et Jean-Michel Blanquer Sortir de l’impasse politique : Édouard Philippe et Bernard Cazeneuve Laïcité et valeurs républicaines : Manuel Valls et Valérie Pécresse Ville et ruralité : Juliette Méadel et Cyril Cibert Écologie populaire et territoires : Agnès Pannier-Runacher et Eric Hazan La soirée de soutien à Boualem Sansal, avec l’intervention émouvante de sa fille Sabeha Sansal, a également constitué un moment fort, rappelant l’importance de la liberté d’expression et de l’engagement citoyen pour la défendre. Ateliers et perspectives Trois sessions d’ateliers ont permis d’aborder des thèmes essentiels du pacte républicain : géopolitique et défense, justice et égalité femmes-hommes, laïcité, démocratie, économie, immigration, technologie, éducation… Ces ateliers ont favorisé des échanges approfondis et ont permis aux participants de proposer des pistes concrètes pour renforcer l’idéal républicain dans les années à venir. L’Université d’été 2025 a ainsi posé les bases d’une réflexion collective sur l’avenir de la République française, en mettant en lumière les défis actuels et les solutions pour renforcer la cohésion nationale et revitaliser notre territoire. Téléchargez les Actes d’Autun – édition 2025 Pour recevoir votre exemplaire, veuillez remplir le formulaire ci-dessous. Une fois validé, vous recevrez un mail avec un lien pour télécharger l’ouvrage. @font-face { font-display: block; font-family: Roboto; src: url(https://assets.brevo.com/font/Roboto/Latin/normal/normal/7529907e9eaf8ebb5220c5f9850e3811.woff2) format("woff2"), url(https://assets.brevo.com/font/Roboto/Latin/normal/normal/25c678feafdc175a70922a116c9be3e7.woff) format("woff") } @font-face { font-display: fallback; font-family: Roboto; font-weight: 600; src: url(https://assets.brevo.com/font/Roboto/Latin/medium/normal/6e9caeeafb1f3491be3e32744bc30440.woff2) format("woff2"), url(https://assets.brevo.com/font/Roboto/Latin/medium/normal/71501f0d8d5aa95960f6475d5487d4c2.woff) format("woff") } @font-face { font-display: fallback; font-family: Roboto; font-weight: 700; src: url(https://assets.brevo.com/font/Roboto/Latin/bold/normal/3ef7cf158f310cf752d5ad08cd0e7e60.woff2) format("woff2"), url(https://assets.brevo.com/font/Roboto/Latin/bold/normal/ece3a1d82f18b60bcce0211725c476aa.woff) format("woff") } #sib-container input:-ms-input-placeholder { text-align: left; font-family: Helvetica, sans-serif; color: #c0ccda; } #sib-container input::placeholder { text-align: left; font-family: Helvetica, sans-serif; color: #c0ccda; } #sib-container a { text-decoration: underline; color: #2BB2FC; } Actes d'Autun Deuxième édition Veuillez remplir ce formulaire afin de recevoir un mail avec le lien de téléchargement de l'ouvrage. 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Réinventer la prévention : l’union sacrée de la santé scolaire et de la santé au travail au service de la santé publique

par David Smadja , Jean-Paul Thonier le 13 octobre 2025 Smadja-Thonier-Laboratoire_Republique
Et si l’on repensait enfin la prévention comme un véritable pilier de notre système de santé ? Trop longtemps marginalisée, reléguée derrière le curatif, la politique de santé publique en France manque d’ambition et de moyens. Dans cette note, deux experts – David Smadja, professeur d’hématologie à l’Université Paris Cité, praticien hospitalier à l’hôpital européen Georges Pompidou et responsable de la commission Santé du Laboratoire de la République, et Jean-Paul Thonier, président fondateur du cabinet de conseil santé CHEERS! – appellent à une refonte profonde de notre stratégie préventive. Leur proposition : faire converger santé scolaire et santé au travail pour créer un véritable continuum de prévention, de l’enfance à l’âge adulte. Une "union sacrée" au service d’une meilleure espérance de vie en bonne santé.
En France, la prévention en santé est largement sous-financée et négligée : moins de 2 % des dépenses y sont consacrées, contre 8 % au Danemark. Trop souvent centrée sur le soin curatif, notre politique ignore la nécessité d’agir en amont pour préserver la santé tout au long de la vie. Résultat : une espérance de vie en bonne santé qui stagne à seulement 67 ans pour les femmes et 65,6 ans pour les hommes. La santé scolaire et la santé au travail représentent deux leviers majeurs pour inverser cette tendance. La santé scolaire, pilier oublié, doit devenir un véritable filet de sécurité pour nos enfants : protéger, écouter, dépister précocement les troubles et lutter efficacement contre le harcèlement. Son intégration au Ministère de la Santé, un renforcement massif des moyens et une meilleure coordination territoriale sont essentiels pour transformer l’école en un lieu sûr et bienveillant. La santé au travail, quant à elle, couvre la population active durant plus de 40 ans : elle possède un réseau dense, un financement majoritairement privé et un potentiel énorme pour promouvoir une santé préventive, prédictive et connectée. Pour réussir, nous devons décloisonner ces deux sphères et construire un continuum préventif cohérent : accompagner chaque enfant pour qu’il devienne un adulte en bonne santé, et protéger l’adulte pour qu’il reste actif et épanoui. Il est temps de dépasser les discours : misons sur cette « Union sacrée » pour la prévention, et transformons enfin les constats en actes. Lire : DSmadja-Note_sante_scolaire_et_travail_Laboratoire_de_la_RepubliqueTélécharger

À l’heure de la défiance généralisée ?

par Olivia Leboyer le 1 octobre 2025
Docteur en science politique, Olivia Leboyer réfléchit sur le caractère fortement symbolique de la condamnation de l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy à une peine de cinq ans de prison, assortie d’une exécution provisoire. Les responsables politiques rendent des comptes, comme n’importe qui, devant la justice. L’emprisonnement à titre d’exécution provisoire, délibérément frappant, surprend et interroge. A quoi correspond une telle exposition ? Est-elle destinée à servir d’exemple ? Aux yeux de qui ?
Une indifférence généralisée Assez curieusement, la nouvelle de la condamnation, abondamment commentée dans les médias, n’a pas suscité de réaction vive dans l’opinion, relativement placide. À un sondage réalisé pour Macommune.info, à la question « Estimez-vous normal qu’un président de la République puisse être condamné à 5 ans de prison comme n’importe qui ? », 81% des répondants disent oui. Cependant, ce sondage pose la question de la possibilité d’une condamnation dans l’absolu, sans interroger sur cette affaire précise, ni s’interroger sur l’exécution provisoire. Pour autant, les citoyens ont bien à l’esprit l’événement du jour et ne paraissent pas s’en émouvoir plus que cela. Comme si le sort des hommes et des femmes politiques laissait les citoyens plutôt indifférents. S’agissant de Nicolas Sarkozy, au tempérament tempétueux et affectif, c’est assez étonnant. Les mystères de la confiance Pour être élu, un homme ou une femme politique doit inspirer confiance. Au-delà des idées, quelque chose dans sa personnalité doit rassurer, laisser penser que les promesses énoncées seront, cette fois, tenues. L’élite politique a ceci d’ambigu qu’elle s’efforce d’inspirer la confiance aux citoyens, tout en sachant qu’elle suscite inévitablement, dans le même temps, un sentiment de défiance qui tient quasiment du réflexe. Que l’on suspecte la nature des individus ou bien celle du pouvoir, il n’en reste pas moins que la notion d’élite appelle la défiance. De fait, la défiance politique à l’égard des institutions et le discrédit des élites politiques sont des phénomènes que l’on observe souvent en interférence et de manière plutôt saine. Cela s’appelle la vigilance démocratique. Il n’y a pas si longtemps, cette tension était dynamique, comme un élastique que l’on tend. Tocqueville remarque notamment que les citoyens aiment et respectent le pouvoir, mais que, dans le même temps, ils n’ont souvent guère d’illusions sur les motivations des hommes politiques, qu’ils jugent corruptibles. L’incarnation du pouvoir leur pose problème, tout en les fascinant. Tocqueville le constate : le pardon n’est jamais loin, car la confiance placée dans les hommes politiques, même sérieusement ébranlée, tient bon. Le plus souvent, comme un chien, la confiance publique revient dès qu’on l’appelle. Parfois, la confiance demeure, alors même qu’elle a été mise à mal ou trahie. Cependant, il semble qu’aujourd’hui, la relation entre les citoyens et les élus se soit sérieusement distendue. La distance se serait creusée au point de faire perdre de vue aux citoyens ce que les représentants ont de commun avec eux. A l’égard de leurs élites, les gouvernés n’éprouvent plus tant une défiance avertie qu’une sorte d’indifférence lasse. La défiance envers les institutions « Tous pourris », corrompus par la nature même du pouvoir, on ne leur en voudrait pas tant à eux, les dirigeants, personnellement, qu’à la structure du système. La célèbre phrase de Lord Acton, en 1887, « Le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument » serait de mise ici. Où l’on en voudrait moins aux politiques qu’à la position élevée qui leur a permis, naturellement, de succomber aux tentations faciles. Emmanuel Kant écrit ainsi : Détenir le pouvoir corrompt inévitablement le libre jugement de la raison.[1] L’assertion a l’allure d’une maxime, Kant affirmant que l’exercice du pouvoir entraîne nécessairement la corruption du jugement. Gouverner inciterait immanquablement au cynisme et à la domination. Comme si le pouvoir en lui-même sécrétait un principe corrupteur. Loin d’inspirer aux hommes politiques le respect et la grandeur de la tâche qui leur est confiée, la possession du pouvoir ferait automatiquement naître des sentiments désordonnés. Les uns incriminent le présidentialisme de la Ve République, qui pousse aux excès, d’autres l’impartialité de la justice. D’autres encore estiment que l’homme, Nicolas Sarkozy, a fait de la politique à l’ancienne, comme un Jean Tiberi ou un Patrick Balkany, à leur échelle, qui n’avaient rien contre une certaine dose de manœuvres politiques pour mener des campagnes. Pour d’autres encore, la gravité d’un financement libyen est réelle. Tous jugent la peine sévère, emblématique, et assez troublante sur ce qu’elle entend dénoncer : encore une fois, l’exécution provisoire, surtout en l’absence de preuves attestées, ne s’imposait pas. [1] Emmanuel Kant, Paix perpétuelle, Vrin, 1795, p.51. Docteur en science politique, Olivia Leboyer enseigne la science politique à Sciences Po Paris. Elle est l’auteur de l’ouvrage Élite et Libéralisme, (Éditions du CNRS, 2012, prix de thèse de la Maison d'Auguste Comte). Elle travaille sur la confiance, et a notamment publié "La confiance au sein de l'armée" (Laboratoire de l'IRSEM, n°19), “L'énigme de la confiance" et "Littérature et confiance" (co-écrit avec Jean-Philippe Vincent) dans la revue Commentaire (n°159 et 166). Elle est également membre de la commission République démocratique du Laboratoire de la République et critique cinéma pour le webzine "Cult.news".

Le Baromètre de la République édition 2025

le 17 septembre 2025 Le Baromètre de la République
Le premier Baromètre de la République, mené par IPSOS / CESI École d’ingénieurs pour le Laboratoire de la République auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 Français, révèle un paradoxe majeur : une forte adhésion des Français aux valeurs et principes républicains, mais la conviction que leur traduction dans la réalité reste insuffisante. Le Laboratoire de la République remercie l'AFER et l'Oréal pour leur soutien à la réalisation de cette étude.
L'étude en intégralité Le Baromètre de la République 2025Télécharger Synthèse du Baromètre de la République 2025 Un consensus autour des valeurs républicaines, mais des écarts dans la réalité vécue par les Français Les Français expriment une adhésion quasi unanime aux valeurs cardinales de la devise républicaine : Liberté : 95 % jugent la notion importante, dont 68 % « très importante ». Égalité : 93 % jugent la notion importante, dont 55 % « très importante ». Fraternité : 89 % jugent la notion importante, dont 46 % « très importante ». Ce consensus traverse les sensibilités politiques. Cependant, la traduction de ces valeurs dans la vie quotidienne est jugée très insuffisante. Seuls 50 % des Français estiment que la liberté correspond bien à la situation actuelle dans la société française, 28 % pour l’égalité et 29 % pour la fraternité. Le décalage est particulièrement marqué pour l’égalité, cœur des attentes sociales. Les principes constitutionnels : une identification forte, une compréhension limitée Les qualificatifs de la République inscrits dans l’article premier de notre Constitution (laïque, démocratique, sociale et indivisible) sont considérés comme essentiels par plus de 85 % des répondants. Toutefois, la compréhension réelle de ces termes reste limitée : près d'un tiers des Français déclarent ne pas en maitriser le sens. La laïcité est interprétée de manière plurielle : 34 % y voient la liberté de croire ou de ne pas croire, 26 % la séparation de l’État et des religions, et 26 % l’interdiction d’expression religieuse dans certains lieux publics. Ces perceptions varient fortement selon les familles politiques. Des valeurs sociales et sociétales largement plébiscitées Le refus de la violence dans la société, le système de protection sociale, le système scolaire public, l'égalité femmes-hommes ou le droit à l'avortement pour toutes les femmes sont jugés essentiels par plus de 90 % des répondants, quelle que soit la sensibilité politique. La justice, le respect et l’honnêteté arrivent en tête des valeurs jugées « très importantes » pour l'ensemble des Français, toutes tendances politiques confondues. Les Français restent attachés à la famille, au travail, à l’ordre ou à la solidarité, même si l’intensité varie selon l’orientation politique. Un jugement sévère sur l’action politique Malgré cette adhésion aux valeurs, les Français estiment que les responsables politiques ne les défendent pas efficacement. Moins d’un citoyen sur deux juge la famille, la laïcité ou la nation bien défendues, et ce chiffre tombe sous les 35 % pour la justice, le respect et l’honnêteté. Ce sentiment traverse l’ensemble de la population, avec une défiance plus marquée hors du bloc macroniste. Les priorités pour l’avenir : cohésion et justice sociale avant tout Interrogés sur leurs priorités, les Français placent en tête : La réduction des tensions dans la société française (incivilités, violence, désinformation), signe d’une inquiétude majeure face à la fragmentation du pays. L’amélioration de la situation économique et sociale (pouvoir d’achat, croissance, chômage). La maîtrise de l’endettement du pays (114% du PIB). Derrière ces préoccupations, se dessine la volonté d’un retour à la cohésion et à la stabilité dans un contexte d’inquiétudes multiples. Présentation du Baromètre de la République lors de l'Université d'été d'Autun le 30 août 2025 Découvrez la présentation du Baromètre de la République lors de l'Université d'été du Laboratoire à Autun par Mathieu Gallard, directeur d'études chez IPSOS BVA, et les réactions de nos Grands témoins, le politologue Pascal Perrineau et le philosophe Pierre-Henri Tavoillot. https://www.youtube.com/watch?v=va-s5MuM8CU Le Laboratoire de la République tient à remercier ses partenaires pour leur soutien à la réalisation du Baromètre de la République :

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