Auteur : David Smadja

Santé : ne déplaçons pas la facture, finançons enfin la prévention

par David Smadja le 29 septembre 2026
Alors que les dépenses de santé vont continuer à croître, la prévention doit devenir un pilier de notre système de santé. Dans une tribune publiée dans Le Point, David Smadja appelle à dépasser le débat sur le partage des remboursements pour construire une politique de prévention durable, évaluée sur ses résultats, ancrée dans les territoires et soutenue par le numérique.
Le rapport d’Élisabeth Hubert, Nicolas Bouzou, Stéphane Junique et Franck Von Lennep (accessible ici) a un mérite essentiel : replacer la prévention au centre de la transformation de notre système de santé. Vieillissement de la population, progression des maladies chroniques, innovations thérapeutiques de plus en plus efficaces mais parfois très coûteuses : la dépense de santé va continuer à augmenter. Dans le même temps, le déficit de l’Assurance maladie pourrait atteindre 17,7 milliards d’euros en 2029 en l’absence de mesures nouvelles. Nous pouvons continuer à chercher qui paiera demain quelques milliards supplémentaires. Mais il ne faut pas simplement déplacer la facture entre Sécurité sociale, complémentaires et patients. Car la vraie question est ailleurs : comment éviter qu’une partie de cette facture n’apparaisse ? C’est ici que le rapport ouvre une voie intéressante. Il propose de faire évoluer les complémentaires vers de véritables « organismes d’assurance santé », dont les missions ne seraient plus seulement de rembourser, mais également de prévenir et d’accompagner. Cette évolution va dans la bonne direction. Mais elle ne produira ses effets que si nous allons au bout du raisonnement. La prévention n’est pas une dépense : c’est un investissement Notre système reste construit autour d’une logique simple : nous dépensons massivement lorsque la maladie est là.Nous savons financer un infarctus, une hospitalisation ou un cancer diagnostiqué tardivement. Nous sommes beaucoup moins organisés pour financer ce qui aurait permis de les prévenir ou de les détecter plus tôt. C’est le paradoxe français : nous avons construit une démocratie du soin, mais pas encore une démocratie de la prévention. Le rapport propose que les futurs organismes d’assurance santé consacrent au moins 2 % de leurs cotisations à la prévention. L’intention est juste, mais une obligation de dépense ne garantit pas une meilleure prévention. Dépenser 2 % ne nous dira jamais si nous avons mieux prévenu. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’une ligne comptable supplémentaire, mais d’un financement autonome de la prévention : clairement identifié, sanctuarisé, pluriannuel et associé à des objectifs sanitaires mesurables. Il faut donc passer d’une obligation de moyens à une obligation de résultats. D’autant que les dépenses aujourd’hui qualifiées de « prévention » recouvrent des pratiques très hétérogènes. L’argent de la prévention doit aller en priorité vers des interventions dont l’efficacité est scientifiquement établie et les résultats évaluables. La question n’est pas seulement de savoir combien nous dépensons pour prévenir, mais ce que cette dépense change réellement dans la santé des Français. Ne faisons pas payer la maladie au nom de la prévention Je suis en revanche beaucoup plus réservé sur la possibilité d’introduire de nouvelles franchises. Une franchise fait d’abord payer celui qui consomme des soins. Et celui qui consomme beaucoup de soins est souvent celui qui est déjà malade. Je ne crois pas que l’on construise une politique de prévention en faisant davantage payer la maladie. La même vigilance doit s’appliquer aux mécanismes de bonus prévention. Encourager la vaccination, le dépistage ou la participation à certains parcours peut être utile. Mais nous devons tracer une frontière infranchissable : aucune politique de prévention ne doit conduire, directement ou indirectement, à tarifer les individus selon leur état de santé. Car les personnes les plus éloignées de la prévention sont souvent aussi celles qui rencontrent le plus de difficultés sociales, territoriales ou informationnelles. Une bonne politique de prévention n’est donc pas celle qui récompense seulement ceux qui savent déjà prendre soin de leur santé. C’est celle qui va chercher ceux que notre système ne parvient pas aujourd’hui à atteindre. L’école et le travail : les deux grandes portes d’entrée Si nous voulons vraiment changer d’échelle, nous devons investir là où nous pouvons toucher presque toute la population : à l’école et au travail. L’école permet de repérer tôt les troubles de santé mentale, les difficultés sensorielles, l’obésité, les addictions ou certaines vulnérabilités sociales. C’est aussi là que se construisent des comportements de santé pour des décennies. Le travail constitue l’autre grande infrastructure de prévention de notre pays. Pourtant, ces deux piliers restent largement à la périphérie de notre système de santé et relèvent d’organisations ministérielles différentes. Avec une conséquence très concrète : selon l’école, l’entreprise ou le territoire, l’accès à la prévention peut être profondément inégal, particulièrement là où la démographie médicale est déjà fragile. On ne peut pas bâtir une politique nationale de prévention sur une telle hétérogénéité. Santé scolaire, santé au travail et système de soins doivent donc être beaucoup mieux coordonnés : la prévention ne doit pas s’arrêter aux frontières d’un ministère. Donner des responsabilités suppose de donner les moyens d’agir Le rapport a également raison de vouloir mobiliser davantage les complémentaires dans la prévention. Mais il existe une contradiction à leur demander de financer davantage des parcours tout en limitant leur capacité à les organiser et à les évaluer. Le rapport précise d’ailleurs que les organismes d’assurance santé n’auraient pas vocation à « structurer et coordonner les parcours de soins », mais plutôt à en être les facilitateurs. C’est probablement insuffisant. Si l’on confie de nouvelles responsabilités à un acteur, il faut lui donner les leviers nécessaires pour les exercer. Cela ne signifie évidemment ni privatiser notre système de santé ni abandonner le rôle de l’Assurance maladie. Cela signifie organiser une véritable responsabilité partagée autour d’objectifs publics. L’État fixe les garanties, les règles scientifiques, les objectifs nationaux et assure la solidarité. L’Assurance maladie conserve son rôle fondamental. Mais les complémentaires, les professionnels de santé, les entreprises et les collectivités doivent pouvoir participer réellement à la construction des parcours préventifs. Pas de nouvelle responsabilité sans capacité d’action. Mais pas de capacité d’action sans évaluation des résultats. La révolution de la prévention sera territoriale et numérique Pour transformer réellement la prévention, il faut agir sur deux fronts : donner davantage de capacité d’action aux territoires et en particulier aux régions et engager une véritable révolution numérique. L’État doit rester le garant de l’égalité et de la solidarité nationale, mais la prévention se joue dans la vie réelle : les besoins d’un adolescent en Seine-Saint-Denis ne sont pas ceux d’un retraité en zone rurale, d’un salarié d’un bassin industriel ou d’une femme vivant dans un territoire ultramarin. Les moyens doivent donc être davantage orientés selon les besoins sanitaires réels des populations, avec des objectifs mesurables. Régions, Assurance maladie, professionnels de santé, collectivités, écoles, santé au travail et organismes complémentaires pourraient contractualiser autour de priorités pluriannuelles : vaccination, santé mentale, risque cardio-vasculaire, obésité, dépistages, santé des femmes ou vieillissement en bonne santé. Mais cette territorialisation restera incomplète sans une révolution de la donnée. Aujourd’hui encore, nos informations de santé circulent mal : des examens sont répétés faute d’accéder aux résultats, tandis que les données de vaccination, de dépistage, de biologie ou de santé au travail restent trop dispersées. Faire communiquer les systèmes entre eux doit devenir une priorité. L’intelligence artificielle peut ensuite permettre d’aller plus loin : identifier plus tôt les risques, mieux atteindre les populations éloignées de la prévention, éviter des examens inutiles, mieux orienter les patients et évaluer l’efficacité des politiques menées dans chaque territoire. Dans un cadre sécurisé et respectueux des droits de chacun, il ne s’agit ni de surveiller les individus ni de remplacer les soignants, mais de donner aux professionnels et aux territoires les moyens d’agir plus tôt, là où les besoins sont les plus forts. Sans cette double révolution, territoriale et numérique, les microréformes resteront des ajustements. Le rapport Hubert-Bouzou-Junique-Von Lennep constitue donc une étape importante. Il reconnaît que la prévention doit devenir l’une des missions structurantes de notre système de santé et que l’organisation actuelle entre Assurance maladie et complémentaires doit évoluer. Mais il faut maintenant franchir une étape supplémentaire. Au fond, le sujet n’est pas seulement de savoir qui rembourse quoi. Ce débat est indispensable, mais il appartient encore au monde d’hier. Le véritable enjeu est de construire un financement autonome et durable de la prévention, fondé sur la science, évalué sur ses résultats, déployé prioritairement à l’école et au travail, organisé au plus près des territoires et appuyé sur la révolution numérique. Car le choix qui est devant nous est finalement assez simple : continuer à chercher comment financer toujours davantage la maladie, ou commencer enfin à investir dans la santé. C’est cette bascule que nous devons maintenant organiser. David Smajda est professeur d’Hématologie et chef de service (Hôpital Européen Georges Pompidou et Université Paris Cité), responsable de la commission Santé du Laboratoire de la République, auteur de « La République de la prévention » aux éditions LEH. Retrouvez la tribune de David Smadja sur le site du Point.

Les canicules sont devenues chroniques, notre réponse reste aiguë

par David Smadja le 15 août 2026
Alors que les vagues de chaleur s’installent durablement dans notre quotidien, notre système de santé continue trop souvent de les traiter comme des crises exceptionnelles. Pour David Smadja, professeur d’hématologie à l’AP-HP et responsable de la commission Santé du Laboratoire de la République, la multiplication des canicules impose un changement de paradigme : passer de la réaction à l’anticipation. De l’adaptation des hôpitaux à l’aménagement des villes, il appelle à faire de la prévention climatique une véritable politique de santé publique.
Le sujet n'est plus la canicule mais notre incapacité collective à comprendre qu'elle n'est plus un épisode exceptionnel, mais une réalité sanitaire du XXIᵉ siècle. Demain, ces épisodes seront plus fréquents et plus intenses. Il est temps de les considérer comme un défi permanent de santé publique. Comme les maladies chroniques, les vagues de chaleur ne relèvent plus de l'exception. Nous continuons pourtant à raisonner en gestion de crise alors qu'il faudrait raisonner en prévention. Notre santé dépend autant de notre environnement que des soins reçus. Qualité de l'air, logement, conditions de travail, bruit ou exposition aux fortes chaleurs façonnent durablement notre état de santé. La santé environnementale rappelle qu'une politique de santé commence dans l'aménagement des territoires. Le débat public reste ainsi enfermé dans une logique curative : climatisation, oui ou non ? Notre système réagit aux crises plus qu'il ne les anticipe. Les images observées cette semaine dans plusieurs hôpitaux français sont éloquentes : salles transformées en espaces de rafraîchissement, couvertures de survie aux fenêtres, équipes contraintes d'improviser dans des bâtiments inadaptés. Pourquoi nos hôpitaux demeurent-ils aussi vulnérables alors que ces épisodes sont prévisibles ? Notre modèle privilégie naturellement les dépenses de soins. Nous savons financer une hospitalisation, une intervention ou un examen. En revanche, nous avons beaucoup plus de difficultés à financer les investissements qui permettent précisément d'éviter que ces soins deviennent nécessaires. La tarification à l'activité (T2A) a profondément amélioré la transparence du financement hospitalier. Mais elle demeure orientée vers la production de soins. Adapter un hôpital aux fortes chaleurs, rénover son bâti, améliorer son isolation thermique, végétaliser ses espaces, développer des solutions de rafraîchissement passif, moderniser les systèmes de ventilation ou réduire les îlots de chaleur ne produisent pas immédiatement des actes médicaux. Pourtant, ces investissements évitent demain des hospitalisations, des complications et parfois des décès. L'adaptation au changement climatique est désormais une mission de santé publique. Elle concerne les collectivités, les urbanistes, les architectes, les entreprises, les établissements scolaires et les professionnels de santé. Une ville qui réduit les îlots de chaleur et protège les plus vulnérables produit déjà de la santé. Un hôpital adapté aux fortes chaleurs est lui aussi un outil de prévention. Cette ambition suppose également de repenser l'organisation de l'État. La Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR), créée en 1963, fut le symbole d'une puissance publique capable de planifier et de transformer durablement les territoires. Face au défi climatique, une proposition de « DATAR 2.0 » pourrait réunir des compétences aujourd'hui dispersées entre de nombreuses administrations. Au fond, la canicule agit comme un révélateur : elle montre les limites d'une action publique encore organisée pour réparer plutôt que pour prévenir. Le meilleur investissement est souvent celui qui évite que la crise n'advienne. David Smadja est professeur d’hématologie à l’AP-HP et à l’Université Paris Cité, responsable de la Commission Santé du Laboratoire de la République. Il est l'auteur de « La République de la prévention » aux éditions LEH (sortie le 28 août 2026). Retrouvez la tribune de David Smadja sur le site de Ouest-France.

Vers un Label Hôpital de Santé Environnementale, pour des soins durables et responsables

par David Smadja , Marin de Nebehay le 7 avril 2026
Face à l’accélération des crises climatiques et sanitaires, le système hospitalier est appelé à se transformer en profondeur. À la croisée des enjeux de santé publique et de transition écologique, cette note propose la création d’un label « Hôpital de Santé Environnementale » pour structurer, valoriser et accélérer les démarches de soins durables. Une initiative ambitieuse pour faire de l’hôpital un acteur central de la santé de demain, à la fois plus responsable, plus préventif et mieux ancré dans les réalités territoriales.
La note de David Smadja et Marin de Nebehay met en lumière la nécessité urgente de repenser le rôle de l’hôpital face aux défis environnementaux, désormais reconnus comme des déterminants majeurs de santé. Pollution, dérèglement climatique et expositions multiples influencent directement l’état de santé des populations, tandis que le secteur hospitalier contribue lui-même significativement aux émissions de gaz à effet de serre. Pour répondre à ce paradoxe, les auteurs s’appuient sur le concept d’exposome, qui permet d’appréhender la santé comme le résultat de l’ensemble des expositions subies tout au long de la vie. Cette approche ouvre la voie à une médecine plus préventive et territorialisée. La note souligne également que de nombreuses initiatives existent déjà dans les établissements de santé (réduction des examens inutiles, logistique décarbonée, mutualisation des équipements), mais restent dispersées et insuffisamment valorisées. La création d’un label national « Hôpital de Santé Environnementale » est ainsi proposée pour structurer ces démarches autour d’un référentiel commun : réduction des émissions, pertinence des soins, gestion des déchets, formation, mobilité durable ou encore sobriété numérique. Adaptable aux réalités locales, ce label constituerait un levier d’attractivité et d’innovation pour les établissements. Enfin, les auteurs plaident pour un financement hybride, inspiré de modèles européens, afin d’accompagner cette transformation sans alourdir les charges hospitalières. Au-delà d’une simple réforme, il s’agit d’inscrire durablement l’hôpital dans une logique de « santé planétaire », conciliant qualité des soins, responsabilité environnementale et justice sociale. Note Santé environnementaleTélécharger

Municipales 2026 – Le maire, acteur oublié de la santé publique

par David Smadja le 19 février 2026
Et si la santé publique relevait aussi des responsabilités municipales ? Dans cette note, première de notre série consacrée aux élections municipales, David Smadja défend l’idée d’un maire pleinement acteur de la santé des citoyens et appelle à intégrer la culture scientifique au cœur de la décision locale pour renforcer la démocratie.
Dans cette note « Pour une République des savoirs partagés : le maire, acteur oublié de la santé publique », David Smadja défend une thèse claire : la santé publique ne se joue pas uniquement à l’hôpital, mais dans l’ensemble des politiques locales (urbanisme, logement, transports, environnement). À rebours d’une vision strictement sanitaire, il rappelle que le maire, par sa proximité avec le terrain et ses compétences en matière d’aménagement et de gouvernance, devrait être reconnu comme un acteur central de la santé des populations. Pourtant, face à la technicité croissante des enjeux contemporains (crises sanitaires, changement climatique, pollutions, risques environnementaux…), les élus locaux restent insuffisamment armés pour dialoguer avec les experts, interpréter les données scientifiques et anticiper les impacts de long terme de leurs décisions. La pandémie de Covid-19 a mis en lumière ce décalage entre savoir scientifique et pouvoir local, révélant l’isolement de nombreux maires face à des décisions complexes. S’inscrivant dans la dynamique portée par la Fondation Charpak, l’auteur plaide pour une véritable « République des savoirs partagés ». Cela suppose de renforcer la formation scientifique des élus, d’organiser un dialogue structuré entre chercheurs et décideurs, et d’intégrer pleinement la culture de la preuve dans la gouvernance territoriale. À l’heure des crises multiples, il en va non seulement de l’efficacité des politiques publiques, mais aussi de la qualité démocratique de nos institutions. David Smadja est professeur d'hématologie (Université Paris Cité, Inserm PARCC et Hôpital Européen Georges Pompidou) et responsable de la commission Santé du Laboratoire de la République. Municipales 2026 - Note SantéTélécharger

Désinformation en santé : les propositions du Laboratoire retenues dans un rapport ministériel

par David Smadja , Nathalie Sonnac le 13 janvier 2026
La désinformation en santé n’est plus un phénomène marginal : elle constitue désormais une menace majeure pour la qualité des soins, la confiance dans la science et la cohésion sociale. Un rapport remis au ministre de la Santé le 12 janvier 2026 dresse un constat préoccupant et formule des recommandations ambitieuses pour endiguer la propagation de fausses informations médicales. Le rapport reprend plusieurs axes structurants défendus par le Laboratoire de la République, sous l’impulsion de David Smadja et Nathalie Sonnac.
Désinformation en santé : un enjeu majeur de santé publique Le rapport remis au ministre de la Santé le 12 janvier 2026 tire la sonnette d’alarme : la désinformation en santé fragilise notre système de soins et met à mal le débat public. À l’heure des réseaux sociaux et de l’information instantanée, les fausses nouvelles circulent plus vite que jamais, souvent au détriment de la rigueur scientifique. Le document met en lumière plusieurs constats préoccupants. Plus de la moitié des jeunes âgés de 15 à 30 ans (53 %) s’informent principalement via Instagram, TikTok ou YouTube. Sur ces plateformes, les algorithmes favorisent les contenus émotionnels, spectaculaires ou polarisants, au détriment des informations fondées sur des données scientifiques solides. Dans ce contexte, les fausses informations relatives aux vaccins, aux traitements médicaux, à l’alimentation ou encore à la santé mentale se diffusent rapidement, bien plus vite que les réponses institutionnelles. Ces dernières peinent souvent à suivre le rythme et à adopter les codes de communication propres aux nouveaux usages numériques. Le rapport souligne également le rôle actif de certains acteurs de la désinformation : influenceurs, groupes militants, scientifiques dévoyés ou encore lobbies industriels exploitent les failles du système informationnel. À l’inverse, les scientifiques, journalistes ou lanceurs d’alerte qui défendent les faits et l’intégrité scientifique sont fréquemment exposés à des campagnes de harcèlement, des menaces ou des procédures-bâillons. Des recommandations structurantes pour enrayer la désinformation Face à ce constat, le rapport formule une série de recommandations destinées à structurer une réponse durable et collective. Il préconise d’abord de renforcer l’éducation à l’esprit critique dès l’école et tout au long de la vie, afin de permettre à chacun de mieux évaluer la fiabilité des informations auxquelles il est exposé. La formation des professionnels de santé, des journalistes et des cadres publics à la communication scientifique et à la lutte contre la désinformation constitue également un levier essentiel. Parmi les propositions phares figure la création d’un Info-Score Santé, inspiré du Nutri-Score, destiné à évaluer la fiabilité des sources d’information en santé. Le rapport recommande également la mise en place d’un Observatoire de l’information en santé, s’appuyant sur une intelligence artificielle dédiée et un système d’infovigilance capable de détecter et de contrer les fausses informations en temps réel. Enfin, le texte insiste sur la nécessité de sanctionner les désinformateurs, tout en renforçant la protection des scientifiques et experts qui contribuent à l’information du public. Des propositions déjà formulées par le Laboratoire de la République Dès décembre 2024, le Laboratoire de la République, à travers les travaux de David Smadja et Nathalie Sonnac, avait formulé plusieurs propositions pour lutter contre la désinformation en santé. Ces analyses et recommandations sont disponibles sur notre site internet. Le rapport officiel peut quant à lui être consulté sur le site du ministère de la Santé.

Faire société : ce que la France peut apprendre de l’initiative « Valued Citizens »

par David Smadja le 9 décembre 2025 David Smadja
Alors que la France interroge sa capacité à transmettre la citoyenneté et à engager sa jeunesse, l’initiative sud-africaine Valued Citizens, fondée par Carole Podetti Ngono, offre un exemple saisissant de ce que signifie véritablement « faire société ». Forte d’un parcours international et d’une expérience professionnelle diversifiée, Carole a choisi de transformer l’école, la famille et les institutions sociales en véritables incubateurs de citoyenneté active, centrée sur l’estime de soi, le dialogue, le leadership éthique et l’engagement collectif. Touchant des millions de jeunes et formant des milliers de professionnels, son approche démontre qu’investir dans l’enfance et les compétences sociales permet de répondre aux fractures sociales et à la défiance envers les institutions. Pour la France, cette expérience est une interpellation : elle rappelle que la citoyenneté ne se proclame pas mais se construit, se vit et s’éprouve, et que notre jeunesse peut devenir non de simples héritiers d’un modèle républicain, mais de véritables co-constructeurs d’une société plus juste et dynamique.
Il y a quelques mois, un voyage en Afrique du Sud m’a offert bien plus qu’un simple dépaysement géographique et artistique : il m’a conduit à la découverte de Valued Citizens Initiative, une organisation qui incarne, avec une étonnante simplicité, ce que signifie transmettre les valeurs profondes de la citoyenneté. Une femme, une vision, un changement systémique Carole Podetti Ngono n’est pas une militante comme les autres. Elle ne brandit pas des slogans. Elle bâtit des ponts. Des ponts entre les générations, les classes sociales, les mondes parfois irréconciliables de la politique, de l’éducation, et des réalités sociales du terrain. Diplômée de l’ISCOM Paris et forte d’un parcours international (France, États-Unis, Afrique du Sud), elle aurait pu rester dans le confort des grandes entreprises et des événements mondiaux — elle a notamment travaillé pour le Comité d’Organisation de la Coupe du Monde de la FIFA 1998. Mais c’est en Afrique du Sud, en 2001, qu’elle décide de faire de la citoyenneté une mission de vie. Elle fonde alors Valued Citizens Initiative, une organisation à but non lucratif, installée à Johannesburg, avec une ambition audacieuse : reconstruire la société par l’éducation citoyenne et l’action collective. Une réponse éducative aux fractures sociales Carole ne part pas d’une idéologie, mais d’un constat de terrain. En Afrique du Sud, 30 ans après la fin de l’apartheid, dans une démocratie aux promesses inachevées, Carole répond aux fractures sociales non par l’idéologie, mais par l’action : elle fait des écoles et des familles des lieux où la jeunesse retrouve repères, confiance et pouvoir d’agir. L’Initiative Valued Citizens ne propose pas une énième charte morale ou un programme abstrait. Elle transforme les écoles, les familles, les institutions sociales en incubateurs d’émancipation. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Plus de 1,7 million d’élèves touchés directement par les programmes ; 2 674 écoles publiques partenaires, dans 6 régions d’Afrique du Sud (Gauteng, Limpopo, KwaZulu-Natal, Free State, Mpumalanga et Western Cape); 12 651 professionnels formés, dont 4 019 travailleurs sociaux, 73 Éducatrices de la petite enfance et 8 559 enseignants ; Une expansion en cours au Lesotho et au Malawi ; 38 % de l’équipe salariée issue des anciens bénéficiaires. L’enfance comme levier de résilience collective Ce que propose Carole Podetti Ngono, c’est une pédagogie de la citoyenneté incarnée. Elle mise sur les soft skills : estime de soi, expression émotionnelle, prise de parole, écoute active, leadership éthique. Ses programmes, conçus en interne, sont accrédités par les autorités sud-africaines. À travers le programme Sondela Open Dialogue — Sondela signifiant "approche-toi" en zoulou — des adolescents de milieux marginalisés débattent de l’histoire sud-africaine, de l’égalité, de la justice sociale, de la confiance dans les institutions, de l’environnement, de l’entrepreneuriat et l’emploi, et de leur propre avenir. Ces jeunes osent rêver, mais surtout : ils s’engagent à devenir les bâtisseurs de leur démocratie. Ces dialogues ont un impact profond : « Ces élèves de classe de troisième ne se contentent plus d’espérer un changement, ils en deviennent les architectes. »— Extrait du rapport Sondela. Une citoyenneté vécue, pas seulement enseignée Carole ne croit pas à une citoyenneté abstraite. Elle croit à une citoyenneté expérientielle, vécue, ressentie. Elle intègre des outils pédagogiques comme My Valued Diary, développe des contenus multimédias, publie des recueils de témoignages de jeunes, et met en scène les valeurs constitutionnelles dans des récits incarnés. L’action de Valued Citizen repose sur trois piliers essentiels : Valoriser l’écosystème de l’enfantFormation professionnelle des enseignants, dirigeants scolaires, praticiens de la petite enfance et travailleurs sociaux. Développement des compétences parentales pour renforcer le rôle des familles. Accroître l’employabilité des jeunes Orientation professionnelle, communication, intelligence émotionnelle, prise de décision, leadership, préparation au monde du travail et entrepreneuriat. Développer une citoyenneté activeDialogue sur la Constitution, les droits humains, les inégalités et l’identité.Promotion du respect, de l’autonomie, et de la responsabilité. Expression par l’art, justice restaurative et inclusion sociale. L’initiative intègre aussi un soutien psychosocial pour les individus et communautés les plus vulnérables, dans une logique de transformation durable. Et nous, en France ? Que faisons-nous, ici, en France, pour accompagner cette jeunesse qui doute ?Que répondons-nous aux signaux faibles qui, de quartier en quartier, de collège en collège, traduisent une déconnexion croissante entre la République et ceux qui devraient en être les premiers bénéficiaires ? Nous aussi, nous avons : Des jeunes qui ne votent plus ou jamais voté. Des enseignants démunis face à la défiance. Des familles déstructurées et isolées. Des institutions perçues comme distantes, voire hostiles. Et pourtant, combien d’initiatives comme celle de Valued Citizens soutenons-nous réellement ? Une interpellation salutaire pour la République Il ne s’agit pas de transposer mécaniquement une initiative sud-africaine. Il s’agit de réfléchir autrement. Et si l’éducation civique en France devenait une éducation au dialogue ? Et si les écoles devenaient des lieux de transformation sociale ? Et si chaque jeune, dès le collège, avait accès à un parcours de citoyenneté active, où l’on parle d’éthique, d’empathie, de parole, d’engagement, de désaccords féconds, de résilience ? Valued Citizens Initiative nous rappelle une chose essentielle : La citoyenneté ne se proclame pas. Elle se construit. Elle se vit. Elle s’éprouve. Il ne s’agit plus de faire apprendre la République. Il s’agit désormais de faire vivre la République. En guise de conclusion Il est temps de faire de nos jeunes non pas de simples héritiers d’un modèle républicain figé, mais des co-constructeurs d’une société plus juste, plus inclusive, plus vivante. L’initiative de Carole Podetti Ngono est un électrochoc discret. Un exemple qui dérange les habitudes. Et une invitation à penser non pas en termes de dispositifs, mais en termes d’âmes, d’élans, de confiance, de dignité. C’est cela, faire société. Pour tout renseignements sur Valued Citizens : https://www.valuedcitizens.co.za David Smadja : Université Paris Cité, Inserm PARCC et Hôpital Européen Georges Pompidou, responsable de la commission santé du Laboratoire de la république

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