Le 2 avril, l’Université Lyon 3, en partenariat avec l’association étudiante Le Vide Juridique, a accueilli Jean-Michel Blanquer à la MILC pour une conférence. Cet événement a été l’occasion d’un échange approfondi sur des sujets fondamentaux tels que la laïcité dans les établissements scolaires, le niveau scolaire des élèves, l’inclusion par l’éducation et les enjeux écologiques.
Monsieur Blanquer a notamment abordé l’impact de la crise du Covid et du confinement sur les élèves, ainsi que les mesures mises en place sous son impulsion au sein de l’Éducation nationale, comme la création des éco-délégués et le dédoublement des classes. Il a également évoqué des thématiques majeures qui interrogent aujourd’hui notre système scolaire : le respect de la laïcité, la liberté d’expression, la lutte contre les communautarismes et la montée de l’extrême droite.
Une conférence au croisement des enjeux sociétaux
Cette conférence a permis d’analyser l’évolution du principe de laïcité dans la société et plus spécifiquement au sein des établissements scolaires, en soulignant les tensions qui existent et la nécessité de continuer à promouvoir ce pilier de notre pacte républicain. Un accent particulier a été mis sur les enjeux écologiques et leur intégration croissante dans le débat éducatif.
Un échange enrichissant avec les étudiants
Après une discussion animée entre les intervenants, la conférence s’est clôturée par un moment d’échange avec les étudiants. Ces derniers ont pu poser leurs questions et partager leurs réflexions, permettant ainsi de saisir les défis et préoccupations auxquels les jeunes générations sont confrontées.
Cet événement a confirmé le rôle essentiel de l’école dans la transmission des valeurs républicaines et a souligné l’importance du dialogue apaisé entre tous les acteurs du monde éducations, du décideur à l’étudiant pour relever les défis de demain.
Le mercredi 13 mai, le Laboratoire de la République recevait l'essayiste et journaliste Frédéric Martel à la Maison de l'Amérique latine, dans le cadre de ses « Conversations Éclairées ». Animée par Brice Couturier et Chloé Morin, la soirée a été l'occasion d'un échange exigeant et sans détours autour de son dernier ouvrage Occidents, Enquête sur nos ennemis, paru aux éditions Plon.
Une enquête de terrain contre le pessimisme de salonFrédéric Martel a d'emblée posé le cadre de sa démarche : plutôt que de produire un essai introspectif, il a choisi d'aller au contact direct de ceux qui critiquent, rejettent ou combattent les valeurs occidentales. « Face à un monde devenu incompréhensible, je prends le parti d'aller sur le terrain, au contact de nos ennemis, de nos détracteurs, plus ou moins méchants », a-t-il expliqué.Ce choix méthodologique n'est pas anodin. Il procède d'une conviction profonde : écouter ses adversaires est la meilleure façon de comprendre ce à quoi l'on tient. « À partir du moment où l'on écoute ce qui est dit par nos détracteurs, on arrive à comprendre à quoi on tient », a-t-il affirmé. Une posture intellectuelle rare, à rebours des débats où chacun se contente de parler à ses propres convictions.Le résultat est sans appel : ce voyage au cœur des discours hostiles à l'Occident l'a renvoyé plus convaincu que jamais. « J'en suis revenu encore plus convaincu par l'Union européenne et ses valeurs que quand je suis parti. »Décolonialisme, gauche anti-totalitaire et lucidité historiqueFrédéric Martel revendique une formation intellectuelle ancrée dans la gauche anti-totalitaire. Cette filiation le conduit à une lecture lucide et sans complaisance des décolonisations du XXe siècle. Si le mouvement décolonial mérite d'être pris au sérieux, il ne saurait faire l'économie d'un regard critique sur ses propres échecs. « On est obligé de prendre en compte le fait que certaines décolonisations ont échoué dans leur émancipation des peuples, l'Algérie avec le FLN, ou encore la Chine », a-t-il rappelé.Il souligne également la contradiction fondamentale de l'époque de Bandung : au moment même où l'Afrique et l'Asie s'émancipaient du joug colonial, l'URSS étendait son emprise sur de nouveaux territoires. Une tension que la pensée décoloniale contemporaine peine souvent à intégrer.Les sphères de justice : une grille de lecture pour notre époqueAu cœur de l'ouvrage se trouve une notion philosophique empruntée au penseur Michael Walzer : les sphères de justice. Pour Frédéric Martel, la démocratie ne se réduit pas au seul suffrage universel. Elle repose sur l'autonomie de sphères distinctes : politique, économique, intellectuelle, religieuse, culturelle, qui doivent rester indépendantes les unes des autres et ne pas être soumises à une domination unique.C'est à l'aune de ce critère qu'il évalue les régimes contemporains. « En Chine, toutes ces sphères sont dominées. En Iran aussi. Et c'est également ce qu'essaye de faire Donald Trump. » Un constat qui refuse toute forme de double standard et s'applique avec la même rigueur, qu'il s'agisse d'adversaires déclarés ou d'alliés encombrants.L'universalisme comme pari assuméLà où beaucoup hésitent, Frédéric Martel assume pleinement une position universaliste. « Je crois profondément, jusqu'à ce que les Chinois me prouvent le contraire, que les valeurs dont je parle sont universelles. » Liberté, démocratie, économie de marché honnête et non confisquée par les oligarchies ou les kleptocraties : autant d'aspirations qu'il croit communes à tous les peuples, par-delà les frontières culturelles.Cette conviction ne relève pas d'un impérialisme naïf, mais d'un pari intellectuel et politique : refuser de concéder aux régimes autoritaires le monopole de la définition de leur propre peuple.La guerre idéologique et nos divisions comme forceLa soirée s'est conclue sur une note à la fois lucide et résolument optimiste. Frédéric Martel n'esquive pas la réalité d'une guerre idéologique en cours, ni l'existence de ce qu'il appelle des « chevaux de Troie à domicile », des acteurs intérieurs qui relaient, consciemment ou non, les narratifs de nos adversaires.Mais il refuse d'en faire un motif de désespoir. Nos démocraties se distinguent précisément par leur capacité à se déchirer en débats, à critiquer leurs propres fondements. « En France, en Europe, nous nous battons tout le temps entre nous et c'est aussi ça la démocratie. Ces débats n'existent pas en Chine, à Cuba, en Russie. Au fond, c'est très bien que nous soyons divisés, tant que nous ne sommes pas dans la violence. »Quant aux propagandistes étrangers, il relativise leur puissance réelle : « Je ne crois pas qu'ils aient plus d'idées que nous. » Et de rappeler que les vrais intellectuels — ceux capables de critiquer les leurs se trouvent rarement au sein des régimes autoritaires, mais bien souvent en exil ou à l'international.
https://youtu.be/h8qz7LMYGHQ
Invité à l’Université Panthéon-Assas, l’écrivain et journaliste italien Roberto Saviano a livré une réflexion puissante sur les mutations du crime organisé et les vulnérabilités contemporaines des démocraties. Lors de cette conférence consacrée aux rapports entre mafias et institutions, organisée notamment avec le Laboratoire de la République, il a appelé à défendre l’indépendance de la justice et à repenser les instruments politiques face à des organisations criminelles désormais pleinement intégrées à la mondialisation économique.
Invité à l’Université Panthéon-Assas, l’écrivain et journaliste italien Roberto Saviano a donné une conférence exceptionnelle intitulée La démocratie face au crime organisé. Organisée en partenariat avec le Laboratoire de la République, Italia France Future et Assas Perspectives, la rencontre a été co-modérée par Francesco Martucci et Jean-Michel Blanquer.
Devant un amphithéâtre comble, Roberto Saviano a livré une analyse dense et engagée des mutations contemporaines du crime organisé et de leurs effets sur les institutions démocratiques en Europe et à l’échelle internationale.
Une parole forgée par l’expérience
Né à Naples en 1979, auteur de Gomorra, enquête majeure sur la Camorra napolitaine, Roberto Saviano vit depuis près de vingt ans sous protection policière permanente en raison des menaces qui pèsent sur lui. Cette situation singulière confère à son intervention une force particulière : son analyse du phénomène mafieux est à la fois intellectuelle et existentielle.
Revenant sur son dernier ouvrage consacré au juge Giovanni Falcone, assassiné en 1992, il a rappelé combien la lutte contre les mafias se joue d’abord sur le terrain économique et financier. Falcone, a-t-il souligné, avait compris que l’arme décisive résidait dans la traque des flux et des patrimoines plutôt que dans la seule répression pénale.
L’indépendance de la justice comme ligne de front
Une part importante de la conférence a été consacrée à la comparaison entre les systèmes judiciaires italien et français. Roberto Saviano a insisté sur l’indépendance institutionnelle de la magistrature italienne, qu’il considère comme un rempart essentiel face aux pressions politiques et criminelles. À ses yeux, toute fragilisation du parquet ouvre un espace aux organisations mafieuses, dont la stratégie première consiste à neutraliser les contre-pouvoirs.
Au-delà des différences juridiques, il a défendu une idée simple : sans magistrature indépendante, il n’y a pas de démocratie capable de résister durablement aux logiques de corruption.
Des mafias transformées, plus diffuses, plus intégrées
Roberto Saviano a ensuite décrit la profonde mutation des organisations criminelles. Moins enclines à la violence spectaculaire, celles-ci privilégient désormais l’infiltration économique, la corruption administrative et la délégitimation progressive des institutions. L’objectif n’est plus d’affronter l’État, mais de le contourner, voire de le rendre superflu.
Il a évoqué les pratiques d’achat de votes, la personnalisation extrême des promesses politiques et la réduction du débat public à une logique transactionnelle. Les mafias, selon lui, prospèrent là où la confiance collective s’effondre et où la politique se réduit à la gestion d’intérêts particuliers.
La conférence a enfin mis en lumière la dimension internationale du crime organisé : circulation des capitaux, zones grises fiscales, affaiblissement des États fragiles. Roberto Saviano a souligné que les mafias exploitent les failles de la mondialisation économique avec une agilité que les démocraties peinent à égaler. Il a également mis en garde contre certaines politiques de sanctions ou de fermeture brutale des marchés, susceptibles de renforcer paradoxalement les réseaux criminels les plus structurés.
Défendre la démocratie par la lucidité
En conclusion, Roberto Saviano a posé une question centrale : les démocraties européennes disposent-elles encore des instruments intellectuels et institutionnels pour faire face au crime organisé ? Sa réponse tient en un appel à la lucidité : comprendre les mécanismes financiers, défendre l’indépendance de la justice et réhabiliter une ambition réformiste capable de retisser la confiance collective.
Plus qu’un diagnostic, son intervention aura constitué une invitation à penser la démocratie non comme un acquis, mais comme un équilibre fragile, à défendre face à des organisations criminelles devenues expertes dans l’art d’en exploiter les failles.
https://youtu.be/OsqRjgKX60M
Le Laboratoire de la République, à travers son antenne de Sciences Po Paris, a organisé un ciné-débat consacré aux violences intra-familiales. Entre projection documentaire et échange avec des acteurs engagés, cette soirée a permis d’ouvrir un espace de réflexion autour d’un enjeu social majeur.
Le Laboratoire de la République poursuit son objectif : faire vivre le débat public sur des sujets contemporains structurants. À Sciences Po Paris, l’antenne étudiante a ainsi proposé une soirée consacrée aux violences intra-familiales, en s’appuyant sur un format mêlant production documentaire et discussion.
L’événement s’est ouvert par la projection du film « Didier, moi et les autres… les enfants du silence », réalisé par Nicolas Bourgouin. Le film donne la parole à des hommes aujourd’hui adultes, victimes de viols ou d’agressions sexuelles durant leur enfance. À travers leurs témoignages, il met en lumière la persistance du silence, les mécanismes de déni et les difficultés spécifiques liées à la reconnaissance des violences sexuelles lorsqu’elles concernent des garçons.
La projection a été suivie d’un échange avec Steffy Alexandrian, fondatrice et présidente de l’association Carl, et Patrick Spica, producteur du documentaire. Leurs interventions ont permis d’articuler deux approches complémentaires : celle du terrain, à travers l’accompagnement des victimes, et celle de la production audiovisuelle, comme outil de sensibilisation et de mise en visibilité.
Les discussions ont notamment porté sur les conditions d’émergence de la parole des victimes, les freins sociaux et institutionnels à leur reconnaissance, ainsi que sur le rôle que peuvent jouer les acteurs publics, associatifs et médiatiques dans la lutte contre ces violences. La question de la prévention et de la responsabilisation collective a également été abordée.
Au-delà du seul cadre de la projection, ce ciné-débat illustre une démarche plus large portée par le Laboratoire de la République : croiser les regards, faire dialoguer les expériences et structurer des espaces de réflexion au plus près des jeunes publics. Dans un contexte où les violences intra-familiales demeurent un enjeu central des politiques publiques, ce type d’initiative contribue à nourrir une compréhension plus fine et partagée du phénomène.
En mobilisant à la fois le récit documentaire et la discussion, l’antenne de Sciences Po Paris affirme ainsi sa volonté de participer activement à la construction d’un débat public informé et exigeant.
(Re)voir l'intégralité du débat :
https://youtu.be/S8qWjI3P-eQ
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