Face aux crises démocratiques et au désengagement citoyen, nous avons créé la Fresque de la République : un atelier collaboratif, apolitique et pédagogique, permettant de comprendre le fonctionnement et les principes qui façonnent notre République.
Ce format de 2 heures s’adresse aux lycéens, étudiants, mais aussi aux associations, organismes publics et entreprises.
La Fresque de la République - atelier collaboratif et pédagogique qui permet de comprendre et de s’approprier les valeurs républicaines – Liberté, Égalité, Fraternité et Laïcité – en les reliant aux grands défis de notre temps. Par le jeu, l’échange et la réflexion collective, les participants construisent ensemble une vision vivante et concrète de la République, favorisant à la fois la transmission des savoirs et le développement de l’esprit critique.
Notre avancée :
Une équipe de 8 facilitateurs
Plus de 300 participants
Des fresques partout à travers la France
De nombreux partenaires (Service Militaire Volontaire, Zupdeco, Jeune Chambre Economique...)
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Le premier Baromètre de la République, mené par IPSOS / CESI École d’ingénieurs pour le Laboratoire de la République auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 Français, révèle un paradoxe majeur : une forte adhésion des Français aux valeurs et principes républicains, mais la conviction que leur traduction dans la réalité reste insuffisante. Le Laboratoire de la République remercie l'AFER et l'Oréal pour leur soutien à la réalisation de cette étude.
L'étude en intégralité
Le Baromètre de la République 2025Télécharger
Synthèse du Baromètre de la République 2025
Un consensus autour des valeurs républicaines, mais des écarts dans la réalité vécue par les Français
Les Français expriment une adhésion quasi unanime aux valeurs cardinales de la devise républicaine :
Liberté : 95 % jugent la notion importante, dont 68 % « très importante ».
Égalité : 93 % jugent la notion importante, dont 55 % « très importante ».
Fraternité : 89 % jugent la notion importante, dont 46 % « très importante ».
Ce consensus traverse les sensibilités politiques. Cependant, la traduction de ces valeurs dans la vie quotidienne est jugée très insuffisante. Seuls 50 % des Français estiment que la liberté correspond bien à la situation actuelle dans la société française, 28 % pour l’égalité et 29 % pour la fraternité. Le décalage est particulièrement marqué pour l’égalité, cœur des attentes sociales.
Les principes constitutionnels : une identification forte, une compréhension limitée
Les qualificatifs de la République inscrits dans l’article premier de notre Constitution (laïque, démocratique, sociale et indivisible) sont considérés comme essentiels par plus de 85 % des répondants. Toutefois, la compréhension réelle de ces termes reste limitée : près d'un tiers des Français déclarent ne pas en maitriser le sens.
La laïcité est interprétée de manière plurielle : 34 % y voient la liberté de croire ou de ne pas croire, 26 % la séparation de l’État et des religions, et 26 % l’interdiction d’expression religieuse dans certains lieux publics. Ces perceptions varient fortement selon les familles politiques.
Des valeurs sociales et sociétales largement plébiscitées
Le refus de la violence dans la société, le système de protection sociale, le système scolaire public, l'égalité femmes-hommes ou le droit à l'avortement pour toutes les femmes sont jugés essentiels par plus de 90 % des répondants, quelle que soit la sensibilité politique.
La justice, le respect et l’honnêteté arrivent en tête des valeurs jugées « très importantes » pour l'ensemble des Français, toutes tendances politiques confondues. Les Français restent attachés à la famille, au travail, à l’ordre ou à la solidarité, même si l’intensité varie selon l’orientation politique.
Un jugement sévère sur l’action politique
Malgré cette adhésion aux valeurs, les Français estiment que les responsables politiques ne les défendent pas efficacement. Moins d’un citoyen sur deux juge la famille, la laïcité ou la nation bien défendues, et ce chiffre tombe sous les 35 % pour la justice, le respect et l’honnêteté. Ce sentiment traverse l’ensemble de la population, avec une défiance plus marquée hors du bloc macroniste.
Les priorités pour l’avenir : cohésion et justice sociale avant tout
Interrogés sur leurs priorités, les Français placent en tête :
La réduction des tensions dans la société française (incivilités, violence, désinformation), signe d’une inquiétude majeure face à la fragmentation du pays.
L’amélioration de la situation économique et sociale (pouvoir d’achat, croissance, chômage).
La maîtrise de l’endettement du pays (114% du PIB).
Derrière ces préoccupations, se dessine la volonté d’un retour à la cohésion et à la stabilité dans un contexte d’inquiétudes multiples.
Présentation du Baromètre de la République lors de l'Université d'été d'Autun le 30 août 2025
Découvrez la présentation du Baromètre de la République lors de l'Université d'été du Laboratoire à Autun par Mathieu Gallard, directeur d'études chez IPSOS BVA, et les réactions de nos Grands témoins, le politologue Pascal Perrineau et le philosophe Pierre-Henri Tavoillot.
https://www.youtube.com/watch?v=va-s5MuM8CU
Le Laboratoire de la République tient à remercier ses partenaires pour leur soutien à la réalisation du Baromètre de la République :
Devenue omniprésente dans le débat public, la notion de « responsabilité » se révèle aujourd’hui paradoxalement floue et diluée. Dans cette tribune, le sociologue Tarik Yildiz en analyse les racines, en souligne les parallèles avec la crise de l’« identité » et interroge le besoin de verticalité de nos sociétés.
Des débats autour du vote de confiance jusqu’aux discussions sur la formation d’un nouveau gouvernement, rarement le mot « responsabilité » aura été autant invoqué dans le débat public que ces derniers mois. Alors que les gouvernements successifs et les oppositions se reprochent mutuellement d’en manquer, que révèle la fréquence d’usage d’une notion pourtant mal définie sur notre société ?
Une dilution de la responsabilité de plus en plus marquée
La surutilisation du concept de responsabilité révèle moins sa clarté que sa crise et une forme de dilution. Qu’est-ce que la responsabilité à l’heure d’un partage accru de cette dernière ? Les individus sont-ils véritablement moins responsables, ressentent-ils moins l’obligation de répondre de leurs actes et d’en assumer les conséquences ?
En 1968, deux psychologues sociaux de l’université de Columbia, John Darley et Bibb Latané, théorisèrent la dilution de la responsabilité à la suite d’une polémique née d’un fait divers : le 13 mars 1964, une jeune femme nommée Kitty Genovese fut sauvagement assassinée alors qu’elle rentrait chez elle à New York. Selon les journaux de l’époque, plusieurs dizaines de personnes furent témoins de l’agression, mais aucune n’intervint.
Abe Rosenthal, alors rédacteur en chef du New York Times, fustigea l’indifférence et la lâcheté des habitants des grandes villes. Darley et Latané apportèrent alors une réponse en formulant et testant une hypothèse : seuls face à une situation, en état de responsabilité non partagée, nous nous sentons davantage impliqués et agissons en conséquence. Quand d’autres personnes sont présentes, la responsabilité est « diluée » et nous déléguons instinctivement la responsabilité à autrui de manière plus ou moins consciente, convaincus qu’il sera plus apte à prendre la situation en main.
D’autres recherches, avec des résultats parfois contradictoires, ont été menées depuis. La logique sous-jacente semble cependant se diffuser avec vigueur dans notre société : la responsabilité est diluée, ce qui explique paradoxalement le fait que l’on fasse de plus en plus appel à elle sans que personne ne se sente totalement comptable.
Outre le débat public et le monde politique, la responsabilité est évoquée de plus en plus souvent dans le monde des entreprises ou dans le secteur public et associatif, parallèlement à la volonté de « davantage concerter ». Les deux phénomènes ne sont pas étrangers : la prise de décision, la responsabilité inhérente et la prise de risque associée sont diluées par l’ère du temps exigeant de l’« horizontalité » et impliquant de nombreuses parties prenantes pour chaque arbitrage.
De l’identité à la responsabilité
Le parallèle avec la généralisation de l’utilisation de la notion d’identité est troublant. Les deux concepts sont complexes et se réfèrent à des caractéristiques profondes de l’humain comme le suggérait Saint-Exupéry dans Terre des Hommes : « être homme, c’est précisément être responsable ». Tout comme l’emploi du substantif responsabilité, celui d’identité est apparu avec force il y a plus de 50 ans : une simple recherche dans les archives des journaux illustre l’utilisation tous azimuts d’un concept alors mal défini. A l’instar des procès en « irresponsabilité » beaucoup plus fréquents ces derniers mois, les expressions « crise d’identité », « identité culturelle », « recherche d’identité » fleurissent au cours des années 1970.
Constatant ce phénomène, Claude Lévi-Strauss dirigea un séminaire au Collège de France en 1974 afin de définir cette notion et de décrypter ce que sa diffusion révélait : dans une société du destin social, dans laquelle chacun avait un rôle figé désigné dès la naissance et prédéterminé par les origines familiales, la question de l’identité, de savoir « qui nous sommes » se posait moins.
A partir de la fin des années 1960, particulièrement dans le monde occidental, l’affirmation de la liberté individuelle rebat les cartes. L’individu est censé choisir son destin, pense faire ses choix. Ces choix multiples génèrent un questionnement plus fort et une anxiété associée qui sera évoquée par Alain Ehrenberg : comment me définir, suis-je la somme de mes choix, parfois contradictoires ?
Un besoin de verticalité
Que ce soit celui de l’identité ou celui de la responsabilité, l’omniprésence d’un concept dans les discours révèle certaines évolutions de la société dans laquelle nous vivons et un certain besoin de verticalité. Dans ce contexte, les idéologies les plus radicales – politiques comme religieuses – répondent à cette aspiration profonde de la société, identifiant clairement le responsable, que ce soit pour le suivre ou s’y opposer.
« La masse, comme telle, est toujours anonyme et irresponsable » écrivait Carl Gustav Jung dans L'Homme à la découverte de son âme : l’enjeu consiste aujourd’hui à répondre aux crises politiques et identitaires en réaffirmant la notion de responsabilité individuelle des gouvernants comme de l’ensemble des citoyens.
Tarik Yildiz, sociologue, auteur notamment de « De la fatigue d’être soi au prêt-à-croire » (Editions du Puits de Roulle).
La démocratie municipale s’essouffle. Les conseils municipaux, jadis creusets civiques, peinent à se renouveler tandis que les freins à l'engagement restent nombreux. Pourtant, un potentiel existe dans notre pays : près d’un quart des Français se disent prêts à s’engager en 2026. Comment lever les obstacles ? Notre étude rédigée par Benjamin Morel et réalisée en partenariat avec l’Institut Terram identifie cinq leviers pour renouer avec l’engagement citoyen.
Étude Conseils municipaux - Renouer avec l'engagement citoyenTélécharger
L'auteur
Benjamin Morel est constitutionnaliste, docteur en sciences politiques à l’ENS Paris-Saclay et maître de conférences à l’université Paris Panthéon-Assas. Il dirige le conseil scientifique de la Fondation Res Publica, est secrétaire général du Laboratoire de la République et membre du comité scientifique de l’Institut Terram. Ses recherches se concentrent principalement sur le fonctionnement du Parlement, les dynamiques des collectivités territoriales et les évolutions du système politique français.
Synthèse de l'étude « Conseils municipaux : renouer avec l’engagement citoyen »
Une enquête inédite du Laboratoire de la République et de l’Institut Terram, administrée par l’Ifop auprès de 10 000 Français
La démocratie municipale connaît aujourd’hui une érosion multiforme : raréfaction des candidatures, abstention, usure et isolement des élus, inégal accès selon le genre, la classe sociale et le territoire. Jadis creusets civiques, les conseils municipaux butent sur des freins cumulatifs – charge temporelle, inflation normative, déficit de reconnaissance – qui en hypothèquent le renouvellement. L’analyse révèle une mosaïque de vulnérabilités, différenciées selon la morphologie territoriale, et une crise du mandat lui-même.
Un potentiel d’engagement sous-exploité
Malgré des signes d’essoufflement, un réservoir civique perdure : près d’un quart des citoyens (24 %) se déclarent prêts à se présenter sur une liste en 2026, une proportion stable depuis une vingtaine d’années. Cependant, seuls quelques-uns semblent prêts à passer de l’intention à la candidature effective. Les principaux freins sont le manque de temps (42 %), la lourdeur administrative (41 %), le sentiment d’incompétence (39 %), la difficulté à concilier engagement et vie familiale (38 %), le climat politique local tendu (36 %), le manque de reconnaissance de l’engagement municipal (33 %) et la crainte d’un impact négatif sur la carrière (19 %).
Une crise démocratique à géographie variable
La crise de l’engagement n’est pas uniforme. Dans les communes rurales, en particulier celles de moins de 1 000 habitants (plus de 60 % des communes françaises), les difficultés à renouveler les listes sont les plus aiguës. Les jeunes quittent massivement ces territoires, tandis que ceux qui restent hésitent à s’engager dans des fonctions exigeantes, peu rémunérées et chronophages. À l’inverse, dans les grandes villes, l’engagement s’apparente souvent à la défense de causes spécifiques mais reste freiné par le manque de temps (52 % des habitants des métropoles) et la complexité institutionnelle.
Des freins genrés et sociaux persistants
Les femmes ne représentent qu’environ 20 % des maires et, dans les communes de moins de 1 000 habitants, elles n’occupent qu’un tiers des sièges de conseiller municipal. Seules 17 % des femmes interrogées se disent prêtes à envisager une candidature aux élections municipales de 2026, contre 31 % des hommes. Plusieurs freins majeurs expliquent cet écart, en particulier la difficulté à concilier engagement politique, vie professionnelle et charge familiale (46 % des femmes évoquent un manque de temps dans un quotidien déjà chargé, contre 39 % des hommes), mais aussi un sentiment de moindre légitimité (43 % des femmes estiment ne pas avoir les compétences suffisantes, contre 34 % des hommes).
Sur le plan social, l’accès à la fonction municipale demeure biaisé : 19 % des agriculteurs, 12 % des commerçants ou artisans ont déjà été élus, contre seulement 6 % des employés. Le sentiment d’exclusion, la complexité du langage politique local et la faible valorisation des parcours populaires participent à l’autocensure. Néanmoins, la participation associative ou religieuse joue un rôle décisif : plus d’un quart des Français issus de l’immigration extra-européenne ont déjà été élus (27 %), contre 8 % des natifs de parents français. De même, 24 % des personnes de confession juive ou musulmane, 21 % des protestants et 16 % des catholiques pratiquants déclarent avoir déjà été membres d’un conseil municipal, contre 8 % chez les catholiques non pratiquants et seulement 7 % chez les Français sans appartenance religieuse.
Les jeunes, enfin, expriment un désir d’engagement supérieur à la moyenne (29 %, contre 19 % chez les 65 ans et plus), mais rencontrent des obstacles spécifiques : précarité du logement, absence de réseau, incompatibilité avec l’emploi et la vie familiale. Ils sont donc moins enclins à vouloir s’impliquer durablement dans la vie locale : seuls 35 % d’entre eux souhaitent être davantage associés aux décisions communales, contre 41 % chez les aînés.
Une promesse républicaine en recul
Le modèle républicain de la commune comme premier échelon de la citoyenneté s’effrite. L’accès au mandat et, surtout, ses conditions d’exercice sont de plus en plus inégalitaires : surcharge administrative (principal obstacle cité par 41 % des répondants et 46 % des élus en poste), manque de relais institutionnels, faiblesse de l’indemnisation (particulièrement dans les petites communes), usure démocratique face à la défiance et à la violence croissante. Plus de 13 000 démissions d’élus ont été enregistrées en 2023, un chiffre en hausse continue. Dans les territoires les plus enclavés, les élus assument des fonctions de gestion, de médiation, d’assistance sociale qui dépassent largement leur mandat initial.
Les ressorts d’un rebond démocratique
Malgré ce tableau préoccupant, des motifs d’espoir subsistent. Le premier moteur d’engagement demeure le désir d’être utile à la commune : près d’un Français sur deux cite le souhait de changer les choses de l’intérieur (47 %) et de contribuer concrètement à la vie locale (45 %). La possibilité de faire entendre la voix des oubliés (46 %), l’envie de faire contrepoids à des décisions jugées injustes (44 %), la volonté de représenter un collectif ou une génération (29 %) ou d’acquérir des compétences nouvelles (28 %) participent aussi de la dynamique d’engagement. Le sentiment d’efficacité politique et la reconnaissance du mandat sont également des leviers puissants.
Trois futurs pour la démocratie locale
Le délitement progressif : tarissement du vivier civique, multiplication des listes uniques, abstention record et marginalisation du conseil municipal au profit de l’intercommunalité et de la technocratie ;
La rationalisation technocratique : transformation des conseils municipaux en chambres d’enregistrement, montée en puissance de la gestion professionnelle et de la démocratie numérique, mais éloignement du pouvoir et perte du lien de proximité ;
La refondation civique : revalorisation statutaire et symbolique du mandat, soutien aux listes citoyennes, simplification administrative, diversification des formes d’engagement, et ancrage d’une démocratie participative vivante et inclusive.
Cinq axes pour revivifier la démocratie municipale
Valoriser le mandat municipal : reconnaissance sociale, intégration du mandat dans les parcours professionnels, meilleure visibilité médiatique, campagnes d’information, bonification dans les concours de la fonction publique.
Réduire les barrières d’entrée : simplifier les démarches, développer la formation et l’accompagnement des candidats, renforcer les dispositifs de mentorat et de soutien logistique.
Encourager la participation sous toutes ses formes : soutien aux listes citoyennes, innovation démocratique (jurys citoyens, budgets participatifs…), implication des jeunes et des publics éloignés de la vie politique.
Recréer l’écosystème civique local : densification du tissu associatif, liens intergénérationnels, coopération entre collectivités, universités et acteurs de la société civile.
Rééquilibrer les pouvoirs locaux : renforcer l’autonomie et la clarté des responsabilités, garantir des ressources suffisantes, promouvoir la proximité et la responsabilité démocratique.
https://youtu.be/vUssnuFiE1c
https://youtu.be/9YhR68cwq-M
Dans une contribution publiée à l’occasion du retour du référendum dans le débat institutionnel, Gil Delannoi, chercheur et professeur à Sciences Po Paris, propose une voie de réforme pragmatique : recourir à plusieurs référendums le même jour pour limiter les effets de personnalisation et recentrer l’attention sur les enjeux de fond. Ce format, encore inédit en France, permettrait de réduire les biais plébiscitaires et d’améliorer la qualité délibérative de cette procédure.
Dans cette note pour Le Laboratoire de la République, Gil Delannoi identifie plusieurs conditions nécessaires à un usage rigoureux et légitime du référendum : formulation impartiale des choix, diversité thématique des questions, effectivité de la mise en œuvre, fréquence raisonnable des consultations, et articulation avec les différents niveaux de décision. Il insiste également sur la nécessité d’un cadre éthique partagé par l’ensemble des acteurs, élus comme électeurs. En clarifiant les modalités d’un bon usage référendaire, cette note entend contribuer à une réflexion renouvelée sur les mécanismes de participation démocratique dans un régime représentatif.
Note Référendum Gil Delannoi_Laboratoire_dela_RepubliqueTélécharger
À l’échelle mondiale, une même fracture traverse les conflits contemporains : celle qui oppose l’universalisme démocratique aux idéologies identitaires et autoritaires. Tandis que des capitales s’embrasent, les régimes fondés sur la force, le repli et la haine progressent. Dans cette tribune, Jean-François Cervel, responsable de la commission géopolitique du Laboratoire de la République, analyse ce basculement. Il alerte sur l’abandon des principes de liberté et de pluralisme, au profit d’un cynisme qui laisse le champ libre aux oppressions.
L’actualité de ce mois de juin 2025 est pleine d’images de guerre. Au-delà des objectifs militaires des théâtres d’opérations des différents conflits engagés, en Ukraine comme au Proche-Orient, les villes mêmes et leurs populations civiles sont bombardées. De nombreuses capitales se trouvent sous le feu des missiles ou des canons, de Khartoum à Beyrouth, de Kiev à Moscou, de Téhéran à Tel-Aviv et à Jérusalem. On se sent incrédule face à de telles séquences. Comment une telle situation est-elle possible ? Quelles sont les raisons qui peuvent amener à de tels degrés de violences volontaires qui paraissent défier le sens commun ? Comment des individus sensés peuvent-ils, sciemment, engager de tels processus de destruction avec le cortège de souffrances qui les accompagne ?
Par-delà les spécificités propres à chacun des conflits considérés, on trouve, à l’origine de tous les affrontements en cours, des identitarismes extrémistes, affichant souvent une dimension religieuse ou idéologique forte, assurés par des régimes politiques autoritaires sinon totalitaires, incarnés par des individus sectaires et agressifs, sûrs de leurs moyens militaires. Tous trouvent des arguments pour justifier leurs violences dans la présence d’autres puissances présentées comme ennemies voulant les affaiblir ou les détruire. Les extrémismes s’alimentent ainsi les uns les autres et justifient leurs exactions par celles commises par les autres. Tous disent tout le mépris qu’ils ont pour la liberté et pour la démocratie, l’identité étant présentée comme la valeur suprême. Tous n’ont aucune hésitation à engager la force et à poursuivre les guerres quelles que soient les souffrances et les destructions. C’est d’autant plus vrai pour les plus puissants, qui peuvent faire ce qu’ils veulent quand ils ne sont pas confrontés à aussi puissant qu’eux. Là où est un dictateur, là réside un permanent risque de guerre.
Ainsi en est-il de la guerre engagée par le régime poutinien russe contre l’Ukraine. Sous prétexte d’une menace « occidentale » contre la sécurité de la Russie et d’une défense de la « civilisation » russe orthodoxe, le dictateur au pouvoir depuis 26 ans, n’a pas hésité à engager et à faire durer une guerre ravageuse pour mettre sous sa domination son voisin ukrainien. Il ne s’arrêtera qu’en ayant obtenu ce qu’il souhaite, c’est-à-dire la réintégration de l’Ukraine, de la Moldavie et des Pays Baltes, comme déjà la Biélorussie, dans ce qu’il considère comme sa zone de domination.
Ainsi en est-il de la guerre engagée par le régime islamiste iranien contre Israël en particulier et contre l’Occident plus globalement. Le régime dictatorial des ayatollahs affiche son identitarisme chiite et son objectif de destruction de l’État israélien comme de l’ensemble du système de démocratie libérale. Il utilise une multiplicité de réseaux pour assurer sa domination sur les pays voisins et pour attaquer Israël. Il espère se doter d’une assurance tout risque, du type de celle que possède la Corée du Nord, en développant sa maitrise nucléaire militaire.
Ainsi en est-il de la guerre engagée par les groupes islamistes sunnites, d’Al-Qaïda à l’État islamique, et de toute la mouvance des Frères musulmans, qui rêvent de reconstruire le Califat par-delà les frontières des pays du Proche-Orient et de reconstituer ainsi le grand empire musulman, de détruire Israël et de vaincre les mécréants occidentaux et leur idéologie libérale.
Ainsi en est-il de la guerre engagée par les régimes indiens et pakistanais l’un contre l’autre. Par-delà la revendication territoriale sur le Cachemire, il s’agit d’un affrontement identitaire culturalo-religieux de deux régimes qui nient toute liberté individuelle de choix et tout pluralisme au profit d’un nationalisme exacerbé et agressif.
Et on constate que ce « modèle » de l’idéologie totalitaire identitaire tend à se répandre à travers le monde, à la tête de nombre de pays.
Ainsi les gouvernants actuels d’Israël refusent de prendre en considération la situation des populations palestiniennes, pendante depuis près de 80 ans, et développent un discours nationaliste identitaire et religieux au service du projet de « Grand Israël ». La création ex nihilo d’un nouvel État, Israël, s’est faite par la force en 1948. Et la guerre que cette conquête a générée dure depuis quelque 80 ans et déstabilise tout le Moyen-Orient. Le refus de traiter la situation dramatique des populations palestiniennes chassées de leur terre empêche une stabilisation de la région, perpétue la logique de guerre et amène Israël, confronté à l’extrémisme islamiste qui exploite cette situation, à évoluer d’un système d’État laïc, multi ethnique, multi-culturel, multi-confessionnel, à une logique d’État identitariste religieux.
Ainsi, tous ces pays agressifs sont dirigés par des régimes nationalistes identitaires qui nient l’existence de l’autre ou veulent le détruire ou l’asservir comme tant de fois au long de l’histoire. Et on voit revenir au galop le discours religieux qui accompagne souvent ces affirmations nationalistes. L’extrémisme millénariste juif affronte l’extrémisme millénariste islamiste. Le dictateur russe se place sous la haute bénédiction du patriarche de Moscou pour conduire sa « guerre sainte » et un président des Etats-Unis d’Amérique remercie publiquement Dieu pour la réussite de ses bombardements sur l’Iran !
Sous la présidence de Donald Trump, les Etats-Unis d’Amérique semblent vouloir désormais se situer dans ce camp de l’égoïsme national exacerbé flirtant avec le racisme et la haine fanatique de l’autre. Le pays du « melting-pot », né des flux migratoires, s’affiche ainsi désormais comme celui de la « pureté de la race américaine » !
Et tous se retrouvent pour essayer d’abattre le système de la liberté et de la démocratie au profit du système de l’identité et de la dictature.
Dans ce contexte et sous prétexte de ne pas interférer dans les affaires internes d’un pays, beaucoup de responsables reprennent le discours traditionnel dit « réaliste » qui consiste à ne se préoccuper que des États et non des régimes qui les dirigent. C’est évidemment le discours que cultivent tous les régimes totalitaires qui ne peuvent admettre que des puissances extérieures viennent interférer dans leur politique interne et que des interventions externes puissent pousser à des changements de gouvernements ou remettre en question les politiques qu’ils conduisent. Il n’est pas question de s’occuper, pour ce qui concerne la Chine, des Tibétains ou des Ouigours - qui subissent un véritable ethnocide -, de Hong Kong revenue sous le joug absolu du Parti communiste chinois, ou de Taïwan auquel le régime de Xi Jinping veut faire subir le même sort. Il n’est pas question de s’occuper, pour ce qui concerne la Russie, de la Tchétchénie, de la Crimée ou de l’Ukraine, considérées comme propriété exclusive de la dictature poutinienne. Il n’est pas question de soutenir les revendications démocratiques des populations pour ce qui concerne la Biélorussie ou l’Iran !
Or, la réalité c’est qu’on se trouve face à des régimes qui refusent toute liberté d’opinion, toute liberté d’expression et toute liberté de choix démocratique pour leurs peuples respectifs. La réalité, c’est que ce sont les gouvernants qui décident de la guerre, pas les pays et leurs populations. On n’est jamais attaqué par un pays, on est attaqué par un régime qui dirige un pays à un instant donné et qui déclenche la guerre parce qu’il veut montrer sa puissance et imposer sa volonté ou son idéologie. Quelle est la légitimité, pour un pouvoir, de parler au nom d’un pays et de sa population lorsqu’il n’est pas désigné de manière démocratique ?
Bien sûr, des exemples récents ont montré que des interventions externes en vue de faire tomber les gouvernants de régimes totalitaires ont abouti à des résultats négatifs. Il s’en est suivi le retour de la dictature comme en Afghanistan ou l’instabilité, les divisions et le chaos comme en Libye ou en Irak, ce qui amène à examiner avec toute la prudence nécessaire les hypothèses d’intervention extérieure pour des changements de régime. Mais la démocratie n’aurait jamais été rétablie en Allemagne si les alliés n’avaient pas vaincu par la force le régime nazi. Ce sont les troupes américaines, anglaises et françaises qui ont occupé l’ouest de l’Allemagne et qui ont rétabli un système de liberté et de démocratie dans cette partie du territoire appelée ensuite République fédérale d’Allemagne. Au contraire, dans la partie orientale, occupée par les troupes soviétiques, c ’est une dictature communiste imposée par l’Union soviétique, qui a été mise en place comme sur tous les autres pays de l’Europe de l’Est. Et de même c’est la force américaine qui a établi la démocratie au Japon ou dans la partie sud de la péninsule coréenne alors que la partie nord tombait sous le joug d’une dynastie soi-disant communiste. De la même façon, c’est parce qu’il y a eu une pression externe forte que toutes les fragilités du système soviétique sont apparues au grand jour et que le totalitarisme communiste s’est effondré en URSS. La pression extérieure est donc, le plus souvent, le seul moyen de faire disparaître des régimes totalitaires. On ne négocie pas avec des régimes dictatoriaux, on les combat car sinon ce sont eux qui gagnent.
Bien sûr, les États-Nations restent les personnes morales de droit public centrales dans les relations internationales et ce sont eux qui assurent les missions de protection auxquelles sont légitimement attachés leurs citoyens. Bien entendu, il faut tenir compte, dans la relation d’État à État, de la réalité des systèmes politiques des pays à un instant donné. Mais la ligne directrice doit rester celle du droit des peuples à choisir leur système politique de manière démocratique c’est-à-dire avec une totale liberté d’opinion et d’expression et celle d’une organisation internationale capable de faire valoir l’intérêt général planétaire et les logiques de paix par-delà les seuls égoïsmes nationaux. Le seul vrai débat de fond c’est l’affrontement entre idéologie libérale universaliste et idéologie totalitaire identitariste.
Face à des régimes qui enferment leurs peuples dans des logiques de propagande et d’hystérie collective belliciste, qui ont pour objectif d’accroitre leur puissance, de dominer les autres et de détruire le système de valeurs libéral, il faut être suffisamment fort pour résister et défendre partout la liberté et la démocratie.
« Face à un empire, vous êtes soit vassalisé soit ennemi » selon les mots du Général Pierre Schill, chef d’état-major de l’Armée de terre. Cette formule dit parfaitement la seule option qui existe pour la France et pour l’Europe : être suffisamment puissantes pour pouvoir faire pièce aux empires qui veulent nous détruire et défendre ainsi le corpus de valeurs de la démocratie libérale si violemment contesté aujourd’hui.
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