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Conseils municipaux : renouer avec l’engagement citoyen

par Benjamin Morel le 21 août 2025 Etude_conseils_municipaux_LAB-TERRAM
La démocratie municipale s’essouffle. Les conseils municipaux, jadis creusets civiques, peinent à se renouveler tandis que les freins à l'engagement restent nombreux. Pourtant, un potentiel existe dans notre pays : près d’un quart des Français se disent prêts à s’engager en 2026. Comment lever les obstacles ? Notre étude rédigée par Benjamin Morel et réalisée en partenariat avec l’Institut Terram identifie cinq leviers pour renouer avec l’engagement citoyen.
Étude Conseils municipaux - Renouer avec l'engagement citoyenTélécharger L'auteur Benjamin Morel est constitutionnaliste, docteur en sciences politiques à l’ENS Paris-Saclay et maître de conférences à l’université Paris Panthéon-Assas. Il dirige le conseil scientifique de la Fondation Res Publica, est secrétaire général du Laboratoire de la République et membre du comité scientifique de l’Institut Terram. Ses recherches se concentrent principalement sur le fonctionnement du Parlement, les dynamiques des collectivités territoriales et les évolutions du système politique français. Synthèse de l'étude « Conseils municipaux : renouer avec l’engagement citoyen » Une enquête inédite du Laboratoire de la République et de l’Institut Terram, administrée par l’Ifop auprès de 10 000 Français  La démocratie municipale connaît aujourd’hui une érosion multiforme : raréfaction des candidatures, abstention, usure et isolement des élus, inégal accès selon le genre, la classe sociale et le territoire. Jadis creusets civiques, les conseils municipaux butent sur des freins cumulatifs – charge temporelle, inflation normative, déficit de reconnaissance – qui en hypothèquent le renouvellement. L’analyse révèle une mosaïque de vulnérabilités, différenciées selon la morphologie territoriale, et une crise du mandat lui-même. Un potentiel d’engagement sous-exploité Malgré des signes d’essoufflement, un réservoir civique perdure : près d’un quart des citoyens (24 %) se déclarent prêts à se présenter sur une liste en 2026, une proportion stable depuis une vingtaine d’années. Cependant, seuls quelques-uns semblent prêts à passer de l’intention à la candidature effective. Les principaux freins sont le manque de temps (42 %), la lourdeur administrative (41 %), le sentiment d’incompétence (39 %), la difficulté à concilier engagement et vie familiale (38 %), le climat politique local tendu (36 %), le manque de reconnaissance de l’engagement municipal (33 %) et la crainte d’un impact négatif sur la carrière (19 %). Une crise démocratique à géographie variable La crise de l’engagement n’est pas uniforme. Dans les communes rurales, en particulier celles de moins de 1 000 habitants (plus de 60 % des communes françaises), les difficultés à renouveler les listes sont les plus aiguës. Les jeunes quittent massivement ces territoires, tandis que ceux qui restent hésitent à s’engager dans des fonctions exigeantes, peu rémunérées et chronophages. À l’inverse, dans les grandes villes, l’engagement s’apparente souvent à la défense de causes spécifiques mais reste freiné par le manque de temps (52 % des habitants des métropoles) et la complexité institutionnelle. Des freins genrés et sociaux persistants Les femmes ne représentent qu’environ 20 % des maires et, dans les communes de moins de 1 000 habitants, elles n’occupent qu’un tiers des sièges de conseiller municipal. Seules 17 % des femmes interrogées se disent prêtes à envisager une candidature aux élections municipales de 2026, contre 31 % des hommes. Plusieurs freins majeurs expliquent cet écart, en particulier la difficulté à concilier engagement politique, vie professionnelle et charge familiale (46 % des femmes évoquent un manque de temps dans un quotidien déjà chargé, contre 39 % des hommes), mais aussi un sentiment de moindre légitimité (43 % des femmes estiment ne pas avoir les compétences suffisantes, contre 34 % des hommes).  Sur le plan social, l’accès à la fonction municipale demeure biaisé : 19 % des agriculteurs, 12 % des commerçants ou artisans ont déjà été élus, contre seulement 6 % des employés. Le sentiment d’exclusion, la complexité du langage politique local et la faible valorisation des parcours populaires participent à l’autocensure. Néanmoins, la participation associative ou religieuse joue un rôle décisif : plus d’un quart des Français issus de l’immigration extra-européenne ont déjà été élus (27 %), contre 8 % des natifs de parents français. De même, 24 % des personnes de confession juive ou musulmane, 21 % des protestants et 16 % des catholiques pratiquants déclarent avoir déjà été membres d’un conseil municipal, contre 8 % chez les catholiques non pratiquants et seulement 7 % chez les Français sans appartenance religieuse.  Les jeunes, enfin, expriment un désir d’engagement supérieur à la moyenne (29 %, contre 19 % chez les 65 ans et plus), mais rencontrent des obstacles spécifiques : précarité du logement, absence de réseau, incompatibilité avec l’emploi et la vie familiale. Ils sont donc moins enclins à vouloir s’impliquer durablement dans la vie locale : seuls 35 % d’entre eux souhaitent être davantage associés aux décisions communales, contre 41 % chez les aînés. Une promesse républicaine en recul Le modèle républicain de la commune comme premier échelon de la citoyenneté s’effrite. L’accès au mandat et, surtout, ses conditions d’exercice sont de plus en plus inégalitaires : surcharge administrative (principal obstacle cité par 41 % des répondants et 46 % des élus en poste), manque de relais institutionnels, faiblesse de l’indemnisation (particulièrement dans les petites communes), usure démocratique face à la défiance et à la violence croissante. Plus de 13 000 démissions d’élus ont été enregistrées en 2023, un chiffre en hausse continue. Dans les territoires les plus enclavés, les élus assument des fonctions de gestion, de médiation, d’assistance sociale qui dépassent largement leur mandat initial. Les ressorts d’un rebond démocratique Malgré ce tableau préoccupant, des motifs d’espoir subsistent. Le premier moteur d’engagement demeure le désir d’être utile à la commune : près d’un Français sur deux cite le souhait de changer les choses de l’intérieur (47 %) et de contribuer concrètement à la vie locale (45 %). La possibilité de faire entendre la voix des oubliés (46 %), l’envie de faire contrepoids à des décisions jugées injustes (44 %), la volonté de représenter un collectif ou une génération (29 %) ou d’acquérir des compétences nouvelles (28 %) participent aussi de la dynamique d’engagement. Le sentiment d’efficacité politique et la reconnaissance du mandat sont également des leviers puissants. Trois futurs pour la démocratie locale Le délitement progressif : tarissement du vivier civique, multiplication des listes uniques, abstention record et marginalisation du conseil municipal au profit de l’intercommunalité et de la technocratie ;  La rationalisation technocratique : transformation des conseils municipaux en chambres d’enregistrement, montée en puissance de la gestion professionnelle et de la démocratie numérique, mais éloignement du pouvoir et perte du lien de proximité ;  La refondation civique : revalorisation statutaire et symbolique du mandat, soutien aux listes citoyennes, simplification administrative, diversification des formes d’engagement, et ancrage d’une démocratie participative vivante et inclusive. Cinq axes pour revivifier la démocratie municipale Valoriser le mandat municipal : reconnaissance sociale, intégration du mandat dans les parcours professionnels, meilleure visibilité médiatique, campagnes d’information, bonification dans les concours de la fonction publique. Réduire les barrières d’entrée : simplifier les démarches, développer la formation et l’accompagnement des candidats, renforcer les dispositifs de mentorat et de soutien logistique. Encourager la participation sous toutes ses formes : soutien aux listes citoyennes, innovation démocratique (jurys citoyens, budgets participatifs…), implication des jeunes et des publics éloignés de la vie politique. Recréer l’écosystème civique local : densification du tissu associatif, liens intergénérationnels, coopération entre collectivités, universités et acteurs de la société civile. Rééquilibrer les pouvoirs locaux : renforcer l’autonomie et la clarté des responsabilités, garantir des ressources suffisantes, promouvoir la proximité et la responsabilité démocratique. https://youtu.be/vUssnuFiE1c https://youtu.be/9YhR68cwq-M

Référendum : les conditions nécessaires

par Gil Delannoi le 15 juillet 2025 Gil_Delannoi_LAB
Dans une contribution publiée à l’occasion du retour du référendum dans le débat institutionnel, Gil Delannoi, chercheur et professeur à Sciences Po Paris, propose une voie de réforme pragmatique : recourir à plusieurs référendums le même jour pour limiter les effets de personnalisation et recentrer l’attention sur les enjeux de fond. Ce format, encore inédit en France, permettrait de réduire les biais plébiscitaires et d’améliorer la qualité délibérative de cette procédure.
Dans cette note pour Le Laboratoire de la République, Gil Delannoi identifie plusieurs conditions nécessaires à un usage rigoureux et légitime du référendum : formulation impartiale des choix, diversité thématique des questions, effectivité de la mise en œuvre, fréquence raisonnable des consultations, et articulation avec les différents niveaux de décision. Il insiste également sur la nécessité d’un cadre éthique partagé par l’ensemble des acteurs, élus comme électeurs. En clarifiant les modalités d’un bon usage référendaire, cette note entend contribuer à une réflexion renouvelée sur les mécanismes de participation démocratique dans un régime représentatif. Note Référendum Gil Delannoi_Laboratoire_dela_RepubliqueTélécharger

Sale temps pour l’Universalisme de la démocratie libérale

par Jean-François Cervel le 15 juillet 2025 Terre_craquelée_LABmonde
À l’échelle mondiale, une même fracture traverse les conflits contemporains : celle qui oppose l’universalisme démocratique aux idéologies identitaires et autoritaires. Tandis que des capitales s’embrasent, les régimes fondés sur la force, le repli et la haine progressent. Dans cette tribune, Jean-François Cervel, responsable de la commission géopolitique du Laboratoire de la République, analyse ce basculement. Il alerte sur l’abandon des principes de liberté et de pluralisme, au profit d’un cynisme qui laisse le champ libre aux oppressions.
L’actualité de ce mois de juin 2025 est pleine d’images de guerre. Au-delà des objectifs militaires des théâtres d’opérations des différents conflits engagés, en Ukraine comme au Proche-Orient, les villes mêmes et leurs populations civiles sont bombardées. De nombreuses capitales se trouvent sous le feu des missiles ou des canons, de Khartoum à Beyrouth, de Kiev à Moscou, de Téhéran à Tel-Aviv et à Jérusalem. On se sent incrédule face à de telles séquences. Comment une telle situation est-elle possible ? Quelles sont les raisons qui peuvent amener à de tels degrés de violences volontaires qui paraissent défier le sens commun ? Comment des individus sensés peuvent-ils, sciemment, engager de tels processus de destruction avec le cortège de souffrances qui les accompagne ? Par-delà les spécificités propres à chacun des conflits considérés, on trouve, à l’origine de tous les affrontements en cours, des identitarismes extrémistes, affichant souvent une dimension religieuse ou idéologique forte, assurés par des régimes politiques autoritaires sinon totalitaires, incarnés par des individus sectaires et agressifs, sûrs de leurs moyens militaires. Tous trouvent des arguments pour justifier leurs violences dans la présence d’autres puissances présentées comme ennemies voulant les affaiblir ou les détruire. Les extrémismes s’alimentent ainsi les uns les autres et justifient leurs exactions par celles commises par les autres. Tous disent tout le mépris qu’ils ont pour la liberté et pour la démocratie, l’identité étant présentée comme la valeur suprême. Tous n’ont aucune hésitation à engager la force et à poursuivre les guerres quelles que soient les souffrances et les destructions. C’est d’autant plus vrai pour les plus puissants, qui peuvent faire ce qu’ils veulent quand ils ne sont pas confrontés à aussi puissant qu’eux. Là où est un dictateur, là réside un permanent risque de guerre. Ainsi en est-il de la guerre engagée par le régime poutinien russe contre l’Ukraine. Sous prétexte d’une menace « occidentale » contre la sécurité de la Russie et d’une défense de la « civilisation » russe orthodoxe, le dictateur au pouvoir depuis 26 ans, n’a pas hésité à engager et à faire durer une guerre ravageuse pour mettre sous sa domination son voisin ukrainien. Il ne s’arrêtera qu’en ayant obtenu ce qu’il souhaite, c’est-à-dire la réintégration de l’Ukraine, de la Moldavie et des Pays Baltes, comme déjà la Biélorussie, dans ce qu’il considère comme sa zone de domination. Ainsi en est-il de la guerre engagée par le régime islamiste iranien contre Israël en particulier et contre l’Occident plus globalement. Le régime dictatorial des ayatollahs affiche son identitarisme chiite et son objectif de destruction de l’État israélien comme de l’ensemble du système de démocratie libérale. Il utilise une multiplicité de réseaux pour assurer sa domination sur les pays voisins et pour attaquer Israël. Il espère se doter d’une assurance tout risque, du type de celle que possède la Corée du Nord, en développant sa maitrise nucléaire militaire. Ainsi en est-il de la guerre engagée par les groupes islamistes sunnites, d’Al-Qaïda à l’État islamique, et de toute la mouvance des Frères musulmans, qui rêvent de reconstruire le Califat par-delà les frontières des pays du Proche-Orient et de reconstituer ainsi le grand empire musulman, de détruire Israël et de vaincre les mécréants occidentaux et leur idéologie libérale. Ainsi en est-il de la guerre engagée par les régimes indiens et pakistanais l’un contre l’autre. Par-delà la revendication territoriale sur le Cachemire, il s’agit d’un affrontement identitaire culturalo-religieux de deux régimes qui nient toute liberté individuelle de choix et tout pluralisme au profit d’un nationalisme exacerbé et agressif. Et on constate que ce « modèle » de l’idéologie totalitaire identitaire tend à se répandre à travers le monde, à la tête de nombre de pays. Ainsi les gouvernants actuels d’Israël refusent de prendre en considération la situation des populations palestiniennes, pendante depuis près de 80 ans, et développent un discours nationaliste identitaire et religieux au service du projet de « Grand Israël ». La création ex nihilo d’un nouvel État, Israël, s’est faite par la force en 1948. Et la guerre que cette conquête a générée dure depuis quelque 80 ans et déstabilise tout le Moyen-Orient. Le refus de traiter la situation dramatique des populations palestiniennes chassées de leur terre empêche une stabilisation de la région, perpétue la logique de guerre et amène Israël, confronté à l’extrémisme islamiste qui exploite cette situation, à évoluer d’un système d’État laïc, multi ethnique, multi-culturel, multi-confessionnel, à une logique d’État identitariste religieux. Ainsi, tous ces pays agressifs sont dirigés par des régimes nationalistes identitaires qui nient l’existence de l’autre ou veulent le détruire ou l’asservir comme tant de fois au long de l’histoire. Et on voit revenir au galop le discours religieux qui accompagne souvent ces affirmations nationalistes. L’extrémisme millénariste juif affronte l’extrémisme millénariste islamiste. Le dictateur russe se place sous la haute bénédiction du patriarche de Moscou pour conduire sa « guerre sainte » et un président des Etats-Unis d’Amérique remercie publiquement Dieu pour la réussite de ses bombardements sur l’Iran ! Sous la présidence de Donald Trump, les Etats-Unis d’Amérique semblent vouloir désormais se situer dans ce camp de l’égoïsme national exacerbé flirtant avec le racisme et la haine fanatique de l’autre. Le pays du « melting-pot », né des flux migratoires, s’affiche ainsi désormais comme celui de la « pureté de la race américaine » ! Et tous se retrouvent pour essayer d’abattre le système de la liberté et de la démocratie au profit du système de l’identité et de la dictature. Dans ce contexte et sous prétexte de ne pas interférer dans les affaires internes d’un pays, beaucoup de responsables reprennent le discours traditionnel dit « réaliste » qui consiste à ne se préoccuper que des États et non des régimes qui les dirigent. C’est évidemment le discours que cultivent tous les régimes totalitaires qui ne peuvent admettre que des puissances extérieures viennent interférer dans leur politique interne et que des interventions externes puissent pousser à des changements de gouvernements ou remettre en question les politiques qu’ils conduisent. Il n’est pas question de s’occuper, pour ce qui concerne la Chine, des Tibétains ou des Ouigours - qui subissent un véritable ethnocide -, de Hong Kong revenue sous le joug absolu du Parti communiste chinois, ou de Taïwan auquel le régime de Xi Jinping veut faire subir le même sort. Il n’est pas question de s’occuper, pour ce qui concerne la Russie, de la Tchétchénie, de la Crimée ou de l’Ukraine, considérées comme propriété exclusive de la dictature poutinienne. Il n’est pas question de soutenir les revendications démocratiques des populations pour ce qui concerne la Biélorussie ou l’Iran ! Or, la réalité c’est qu’on se trouve face à des régimes qui refusent toute liberté d’opinion, toute liberté d’expression et toute liberté de choix démocratique pour leurs peuples respectifs. La réalité, c’est que ce sont les gouvernants qui décident de la guerre, pas les pays et leurs populations. On n’est jamais attaqué par un pays, on est attaqué par un régime qui dirige un pays à un instant donné et qui déclenche la guerre parce qu’il veut montrer sa puissance et imposer sa volonté ou son idéologie. Quelle est la légitimité, pour un pouvoir, de parler au nom d’un pays et de sa population lorsqu’il n’est pas désigné de manière démocratique ? Bien sûr, des exemples récents ont montré que des interventions externes en vue de faire tomber les gouvernants de régimes totalitaires ont abouti à des résultats négatifs. Il s’en est suivi le retour de la dictature comme en Afghanistan ou l’instabilité, les divisions et le chaos comme en Libye ou en Irak, ce qui amène à examiner avec toute la prudence nécessaire les hypothèses d’intervention extérieure pour des changements de régime. Mais la démocratie n’aurait jamais été rétablie en Allemagne si les alliés n’avaient pas vaincu par la force le régime nazi. Ce sont les troupes américaines, anglaises et françaises qui ont occupé l’ouest de l’Allemagne et qui ont rétabli un système de liberté et de démocratie dans cette partie du territoire appelée ensuite République fédérale d’Allemagne. Au contraire, dans la partie orientale, occupée par les troupes soviétiques, c ’est une dictature communiste imposée par l’Union soviétique, qui a été mise en place comme sur tous les autres pays de l’Europe de l’Est. Et de même c’est la force américaine qui a établi la démocratie au Japon ou dans la partie sud de la péninsule coréenne alors que la partie nord tombait sous le joug d’une dynastie soi-disant communiste. De la même façon, c’est parce qu’il y a eu une pression externe forte que toutes les fragilités du système soviétique sont apparues au grand jour et que le totalitarisme communiste s’est effondré en URSS. La pression extérieure est donc, le plus souvent, le seul moyen de faire disparaître des régimes totalitaires. On ne négocie pas avec des régimes dictatoriaux, on les combat car sinon ce sont eux qui gagnent. Bien sûr, les États-Nations restent les personnes morales de droit public centrales dans les relations internationales et ce sont eux qui assurent les missions de protection auxquelles sont légitimement attachés leurs citoyens. Bien entendu, il faut tenir compte, dans la relation d’État à État, de la réalité des systèmes politiques des pays à un instant donné. Mais la ligne directrice doit rester celle du droit des peuples à choisir leur système politique de manière démocratique c’est-à-dire avec une totale liberté d’opinion et d’expression et celle d’une organisation internationale capable de faire valoir l’intérêt général planétaire et les logiques de paix par-delà les seuls égoïsmes nationaux. Le seul vrai débat de fond c’est l’affrontement entre idéologie libérale universaliste et idéologie totalitaire identitariste. Face à des régimes qui enferment leurs peuples dans des logiques de propagande et d’hystérie collective belliciste, qui ont pour objectif d’accroitre leur puissance, de dominer les autres et de détruire le système de valeurs libéral, il faut être suffisamment fort pour résister et défendre partout la liberté et la démocratie. « Face à un empire, vous êtes soit vassalisé soit ennemi » selon les mots du Général Pierre Schill, chef d’état-major de l’Armée de terre. Cette formule dit parfaitement la seule option qui existe pour la France et pour l’Europe : être suffisamment puissantes pour pouvoir faire pièce aux empires qui veulent nous détruire et défendre ainsi le corpus de valeurs de la démocratie libérale si violemment contesté aujourd’hui.

Compte-rendu de la conférence « Santé et désinformation »

le 3 juillet 2025 Desinaformation_Sante_Sonnac_Smadja
Dans le cadre de ses travaux sur la restauration de la confiance en la santé publique, le Laboratoire de la République a organisé le 2 juillet une conférence réunissant deux experts engagés sur ces sujets : Nathalie Sonnac, professeure en sciences de l'information et de la communication à l’université Paris-Panthéon-Assas et présidente du comité d’orientation d’éducation aux médias et à l’information, et David Smadja, professeur d’hématologie à l’Université Paris-Cité et à l’Hôpital européen Georges Pompidou, spécialiste des mécanismes vasculaires liés au Covid-19. Cette rencontre s’inscrit dans la continuité des travaux du Laboratoire, notamment de la note publiée fin décembre 2024 sur l’encadrement des dérives de la désinformation en santé, ainsi que de l’éditorial commun paru en mars dernier dans Stem Cell Reviews and Reports. Elle marque une nouvelle étape dans la réflexion collective en amont de l’Université d’été d’Autun.
La pandémie comme révélateur de la fragilité du lien entre science et société David Smadja a ouvert la discussion en dressant un diagnostic des causes de la crise de confiance envers la science révélée par la pandémie de Covid-19. Il a insisté sur l’absence de culture scientifique du grand public, en particulier dans le domaine de la santé, et sur l’ampleur inédite des fausses informations qui ont circulé, nourries par des peurs légitimes mais instrumentalisées. Les médias, souvent débordés, ont peiné à apporter une réponse efficace, en partie à cause d’un manque de formation scientifique de certains journalistes et de l'absence d'une rhétorique construite face à la désinformation. Le rôle central des plateformes et des mécanismes de désinformation Nathalie Sonnac a ensuite analysé le rôle des réseaux sociaux et des médias dans la propagation de la désinformation. Elle a décrit un système où les algorithmes favorisent la viralité de contenus sensationnalistes, souvent faux, au détriment d’une information vérifiée qui circule plus lentement. La logique des bulles de filtres et la polarisation des opinions qu’elle engendre contribuent à l’effondrement d’un espace public fondé sur des repères partagés. Elle a illustré ce phénomène par des exemples concrets d’implosion de fake news typiques, montrant comment certaines fausses informations peuvent rapidement s’imposer dans le débat public. La nécessaire présence des scientifiques dans l’espace public Face à un espace médiatique saturé de contre-vérités, les scientifiques sont de plus en plus tentés de se retirer des réseaux sociaux. Pour Nathalie Sonnac, cette stratégie est une erreur : se retirer reviendrait à abandonner le terrain aux discours non fondés. Elle a plaidé pour une régulation plus efficace des plateformes, en particulier via les règlements européens DSA (Digital Services Act) et DMA (Digital Markets Act), qui imposent des obligations de transparence et de modération aux grandes plateformes. David Smadja a quant à lui insisté sur l’importance de renforcer la présence d’experts scientifiques dans tous les espaces d’expression, qu’il s’agisse des médias traditionnels, des réseaux sociaux ou des instances de régulation comme l’Arcom. Il a également défendu une participation plus active des scientifiques aux décisions publiques, que ce soit auprès des ministères, du Parlement ou dans les instances locales. Éduquer toute la société à l’esprit critique et à la santé Les deux intervenants ont insisté sur l’urgence de repenser l’éducation aux médias et à l’information, non seulement pour les jeunes, mais aussi pour les adultes, souvent plus exposés et plus vulnérables aux fausses informations. Nathalie Sonnac a plaidé pour une éducation à la citoyenneté numérique qui ne se limite pas à l’école, mais qui engage aussi les parents, les enseignants, les associations et les institutions. Elle a évoqué la création d’un Conseil national de l’éducation aux médias, afin de coordonner une action ambitieuse et transversale à l’échelle nationale. Sur le terrain scolaire, David Smadja a souligné la nécessité de repenser l’enseignement des sciences, en insistant davantage sur l’éthique scientifique, l’éducation à la santé, mais aussi les enjeux écologiques et environnementaux. Il a rappelé que l’esprit critique ne s’improvise pas : il se construit, dès le plus jeune âge, à partir d’un rapport rationnel aux faits et d’un apprentissage des méthodes scientifiques. En conclusion, cette conférence a permis de remettre au cœur du débat public un enjeu majeur pour la démocratie contemporaine : la confiance dans la santé publique. En croisant les regards d’un spécialiste du système de santé et d’une experte en communication et médias, elle a mis en lumière l’ampleur des défis à relever pour réconcilier la société avec la science. Un combat qui exige des moyens, de la pédagogie et une mobilisation collective à toutes les échelles. Lire la note : Santé et médias : comment lutter contre la désinformation ? – Laboratoire de la République https://youtu.be/EMsG5HmSSdw

02/06 : Soudan, une tragédie oubliée

le 12 mai 2025
Le Soudan s’enfonce dans la guerre et l’oubli. Tandis que les combats ravagent Khartoum et déplacent des millions de personnes, la scène internationale détourne le regard, saturée par d’autres urgences.
Ce pays au cœur du continent africain est aussi un carrefour où se nouent des dynamiques historiques, politiques et géopolitiques d’une rare complexité. La conférence « Soudan : une tragédie oubliée », modérée par Jean-Michel Blanquer, ambitionne de restituer la profondeur de cette crise. À travers les voix croisées de Clément Deshayes (anthropologue, chargé de recherche IRD, Laboratoire Prodig), Caroline Bouvard (directrice pays pour le Soudan de l’association Solidarités International) et François Sennesael (doctorant en sciences politiques à l’Université d’Oxford), il s’agira moins d’additionner les expertises que de faire émerger, dans un dialogue rigoureux, les strates multiples d’un drame contemporain. Car comprendre le Soudan aujourd’hui, c’est aussi interroger notre rapport collectif à la solidarité et au silence. Quand ? Lundi 2 juin à 19h00 Où ? Maison de l'Amérique Latine Gratuit, inscription obligatoire Cliquez ici pour vous inscrire

12/05 : Conversations éclairées x Renée FREGOSI

par Brice Couturier , Chloé Morin , Renée Fregosi le 9 mai 2025
Renée Fregosi est docteur en philosophie et en science politique. Consultante en relations internationales, elle a été directrice de recherche à l’Université Paris-Sorbonne-Nouvelle et membre du Conseil Scientifique du Laboratoire de la République.
“Qu’appelle-t-on aujourd’hui le Sud global ? Ce terme désormais courant semble pourtant dénué de définition précise, voire mystérieux. De l’Amérique du Sud au Proche-Orient, quels sont les traits fédérateurs d’un ensemble si disparate ? Comment peut-on décrire l’unité et les positionnements du Sud global dans la géopolitique internationale ? Quel rôle y joue l’axe Moscou-Ankara-Téhéran ? Nouvel acteur de la scène diplomatique et politique, le Sud global se manifeste également par sa présence militante au sein du monde occidental, et s’affirme de plus en plus comme une figure idéologique impulsant une dynamique critique, héritière du tiers-mondisme et du mouvement des non-alignés. La politologue Renée Fregosi propose une description historique et conceptuelle du Sud global, de ses intérêts communs et des antagonismes qui le travaillent. En articulant le Sud global à l’actualité, elle examine notamment les réactions au massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 afin d’évaluer le poids déterminant de la cause palestinienne et de l’islam politique dans cette galaxie, ainsi que celui des discours d’opposition à la « domination » occidentale. Quatre-vingts ans tout juste après la conférence de Bandung, les espoirs placés dans l’anticolonialisme et le non-alignement auraient-ils été sacrifiés, comme on les en accuse parfois, sur l’autel de l’antisémitisme et d’un anti-occidentalisme systématique ?” Quand ? Lundi 12 mai à 19h30 Où ? Maison de l’Amérique latine 217 bd St Germain, 75007, Paris Cliquer ici pour s'inscrire

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