Pour la journée internationale des droits de la femme, le Laboratoire de la République a reçu Fahimeh Robiolle, scientifique nucléaire et enseignante iranienne ayant fuit la révolution islamique. Elle enseigne en France (ENA, école de guerre, Essec, Sc Po, Paris III) et milite ardemment en faveur des femmes afghanes et iraniennes. Nous l'interrogeons sur la situation des femmes afghanes depuis l'arrivée des Talibans. Elle évoquera la situation des femmes iraniennes dans un prochain entretien.
Pour la journée internationale des droits de la femme, le Laboratoire de la République a reçu Fahimeh Robiolle, scientifique nucléaire et enseignante iranienne ayant fuit la révolution islamique. Elle enseigne en France (ENA, école de guerre, Essec, Sc Po, Paris III) et milite ardemment en faveur des femmes afghanes et iraniennes. Nous l’interrogeons sur la situation des femmes afghanes depuis l’arrivée des Talibans. Elle évoquera la situation des femmes iraniennes dans un prochain entretien.
Entretien réalisé le 2 mars 2023.
Entretien avec Fahimeh Robiolle sur la situation des femmes afghanes
Dans cette sixième note de notre série consacrée aux élections municipales, la commission République laïque du Laboratoire de la République analyse la place que devrait occuper la laïcité dans l’action des futures équipes communales. Elle défend l’idée que les maires et élus locaux constituent le « dernier kilomètre » de la mise en œuvre concrète des principes républicains et formule une série de propositions pour ancrer durablement la laïcité dans la démocratie locale.
La commission République laïque du Laboratoire de la République rappelle d’abord que les communes et intercommunalités, en tant que composantes de la sphère publique, sont pleinement tenues au respect du principe constitutionnel de laïcité. Or celle-ci demeure largement absente des débats de campagne, alors même qu’elle structure l’équilibre démocratique entre liberté de conscience, neutralité de l’action publique et civilité dans l’espace commun. La laïcité distingue trois sphères : privée (liberté), publique (neutralité) et société civile (discrétion) et vise à garantir que nulle foi ni idéologie ne dicte la loi collective. Elle ne combat pas les religions, mais les logiques fondamentalistes et les atteintes à l’ordre public.
Les auteurs insistent sur le rôle central des élus municipaux, en particulier des maires, pour faire vivre ce principe au quotidien, qu’il s’agisse de la gestion de situations sensibles, de la prévention des tensions ou de l’encadrement des associations subventionnées. La loi du 24 août 2021 impose la formation des agents publics et la désignation de référents laïcité, mais son application demeure incomplète, notamment dans la fonction publique territoriale. La note plaide ainsi pour un effort massif, structuré et durable de formation des élus, agents et responsables associatifs, articulant repères historiques et juridiques, mises en situation concrètes et accompagnement des encadrants.
Au-delà de la formation, la commission propose un véritable pilotage communal de la laïcité : adoption d’une charte municipale, création d’un Conseil local des sages, publication annuelle d’un rapport, conditionnement des subventions au respect du contrat d’engagement républicain. La promotion de la laïcité passe également par des actions symboliques et éducatives, comme la valorisation du 14 juillet et du 9 décembre, le soutien aux initiatives citoyennes, les politiques d’égalité des chances, afin de faire de la laïcité non un principe défensif, mais un levier d’émancipation et de cohésion au cœur du projet municipal.
Michel Lalande est préfet honoraire et responsable de la commission République laïque du Laboratoire de la République.
Malika Guenou est conseillère Relations avec les Territoires au cabinet du président de la région Provence-Alpes Côte d’Azur.
Leïla Grenu est membre de la commission République laïque.
Pierre-Henri Tavoillot est philosophie, universitaire et responsable du diplôme D.U. « Référent laïcité » à Sorbonne Université.
Théo Fouquer est sherpa de la commission République laïque.
Alexia Fossaluzza est sherpa de la commission République laïque.
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À l’approche des élections municipales de mars 2026, la réforme des modes de scrutin redessine en profondeur les règles du jeu électoral dans les communes françaises. Dans cette quatrième note de notre série consacrée aux élections municipales, Alain Laquièze, professeur de droit public et responsable de la commission République démocratique du Laboratoire de la République, examine la portée démocratique de ces changements législatifs et interroge leur capacité réelle à restaurer la confiance civique.
À quelques mois d’un scrutin municipal décisif, la réforme des systèmes électoraux adoptée en 2025 invite à une réflexion d’ensemble sur l’état de la démocratie locale en France. Dans cette note, Alain Laquièze propose une lecture juridique et institutionnelle des nouvelles règles applicables en mars 2026, en les replaçant dans un contexte marqué par l’érosion de la confiance envers les élus et par une exigence accrue de participation citoyenne.
Deux textes ont substantiellement modifié le cadre électoral. La loi du 21 mai 2025 réforme le mode de scrutin dans les communes de moins de 1 000 habitants en substituant au scrutin plurinominal avec panachage un scrutin proportionnel de liste assorti d’une prime majoritaire et d’une obligation de parité. Présentée comme un levier de vitalité démocratique, de cohésion municipale et d’égal accès des femmes et des hommes aux mandats, cette évolution soulève néanmoins des interrogations : restriction de la liberté de l’électeur, difficulté à constituer plusieurs listes dans les très petites communes et risque d’exacerbation des antagonismes locaux.
Parallèlement, la loi du 11 août 2025 transforme le régime électoral de Paris, Lyon et Marseille en instaurant un double scrutin distinct pour les conseillers municipaux et les conseillers d’arrondissement ou de secteur, tout en abaissant la prime majoritaire à 25 %. Si cette réforme renforce le lien direct entre les électeurs et le conseil municipal et favorise le pluralisme, elle contribue aussi à une forte personnalisation de la compétition autour de la figure du maire et à un affaiblissement relatif de l’échelon d’arrondissement.
Ces réformes tendent ainsi à politiser davantage les élections municipales de 2026, tant dans les petites communes que dans les plus grandes villes. Il demeure toutefois incertain qu’elles suffisent à restaurer durablement la confiance démocratique, même si le maire et le conseil municipal restent, à ce jour, les institutions politiques qui bénéficient du niveau de confiance le plus élevé auprès des Français.
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Un collectif d’universitaires déplore, dans une tribune au « Monde », que la scène politique, notamment lors des campagnes électorales, ressemble davantage à un « théâtre d’affirmation » où les effets d’annonce et la personnification du pouvoir l’emportent sur les débats de fond.
Dans la Grèce antique, les sophistes excellaient dans l’art de convaincre les assemblées par la force du discours. L’Éloge d’Hélène, de Gorgias, illustre parfaitement cette toute-puissance du logos : « Le logos est un grand souverain qui, avec un corps très petit et invisible, accomplit les œuvres les plus divines. » Pour ces spin doctors de l’Antiquité que sont les sophistes, ce qui comptait n’est pas d’abord la réalité, mais la capacité du discours à produire un effet sur l’auditoire. Platon opposait aux sophistes la figure du philosophe-roi, capable non seulement de parler, mais de gouverner selon la connaissance du réel, sans laquelle les maux des cités ne peuvent pas être connus et résolus.
La tension entre le pouvoir des mots sur les émotions et le pouvoir des mots sur le réel est ancienne. Pourtant, persuader n’est pas diriger. Gagner l’adhésion des uns ne signifie pas savoir exercer le pouvoir, ni même savoir garder le consensus des citoyens, qui oublient vite leurs caprices d’électeurs face à l’impéritie, le mensonge ou l’impuissance du politique. Notre élection présidentielle semble parfois rejouer cette vieille querelle, amplifiée et dramatisée par les agoras médiatiques et l’emprise du momentum.
La campagne présidentielle est de plus en plus un théâtre d’affirmation, l’espace d’une subjectivité exaspérée. Pour émerger ou dominer le bruit et la fureur des temps, le candidat à l’élection simplifie, tranche, promet. Le doute est aboli ; la nuance disparaît sous les impératifs de l’audience. Le « je » s’impose alors comme gage d’autorité. Dans un univers saturé de commentaires, la formule vaut plus que la démonstration, la posture plus que la méthode, l’affirmation plus que l’argumentation. Vouloir devenir président de la République ne peut ni ne doit être la principale qualité d’un gouvernant. Un président ne devrait jamais oublier que, comme le rappelle Cicéron, « la chose publique est la chose du peuple » ; il ne l’incarne pas tout seul mais en assure le gouvernement au nom du peuple.
Le président doit certes savoir composer un gouvernement, mais également composer avec lui ainsi qu’avec le Parlement, les juridictions, les corps intermédiaires, les partenaires européens. Il doit savoir que la décision est moins un geste qu’un processus. Dans ce processus démocratique, la collégialité ne doit pas être vue comme une faiblesse ou une démission, mais comme une condition à la fois d’honnêteté intellectuelle et d’efficacité politique.
Le décalage entre la parole donnée et la parole réalisée est au cœur de la crise de confiance démocratique. La promesse facile peut mobiliser avant et convaincre pendant quelques mois ; la réalité complexe oblige à expliquer et si besoin corriger. Mais lorsque la correction n’est ni anticipée ni expliquée, elle est vécue par le citoyen comme un reniement. Et ce reniement apparaît d’autant plus insupportable que le Français y reconnaît son propre aveuglement d’électeur. Il ne s’agit pas d’opposer de manière manichéenne le pathos au logos, mais de comprendre qu’il faut écouter le second pour bien apprécier le premier.
Décider sans humilier
Un seul exemple permet d’illustrer les risques que nous courons lorsque nous préférons un candidat audible à un président crédible. La dynamique démographique sera au cœur de la communauté de destin que nous voudrons bâtir ensemble. Vieillissement accéléré, baisse de la natalité, tensions sur le financement des retraites et de la dépendance dessinent une France qui ne sera ni la « douce France » des « trente glorieuses » ni celle d’aujourd’hui. Un candidat qui voudrait se faire moins comprendre qu’entendre pourrait être tenté d’avancer une solution simple, unique. En voici une liste non exhaustive : relance massive de la natalité, appel accru à l’immigration, réforme paramétrique rapide des retraites.
Or, la réalité impose presque toujours une approche systémique. La démographie interagit avec le marché du travail, la productivité, l’innovation. Les transformations liées à l’intelligence artificielle et à la robotique modifieront profondément la structure de l’emploi, et la productivité pourrait croître sans augmentation proportionnelle du nombre d’actifs. Imaginer que seule une politique migratoire quantitative puisse répondre aux besoins démographiques serait ignorer ces mutations technologiques majeures. La question n’est pas seulement combien nous serons, mais comment nous travaillerons.
Plus largement, si l’État de droit semble incapable d’évoluer pour répondre à ces défis, s’il se fige en une société des droits parfois inconciliables avec l’intérêt commun, il devient une cible idéale pour les discours populistes. Un candidat qui souhaiterait se faire entendre en criant plus fort pourrait être tenté d’en faire une critique expéditive ; le président, lui, doit en préserver les principes tout en le rendant plus efficace. Tenir ensemble l’autorité et la liberté, l’unité de la nation et les libertés locales, l’efficacité et la garantie des droits suppose une approche complexe que la logique de campagne privilégie rarement.
La République n’a pas besoin d’un conquérant médiatique. Elle a besoin d’un chef de l’État capable d’expliquer les contraintes sans s’y réfugier, de corriger sans se dédire, de décider sans humilier, d’incarner dans le « je » le « nous » du peuple. Entre le sophiste et le philosophe-roi, le choix n’est pas seulement théorique : il conditionne la solidité de nos institutions, l’avenir de notre pays.
Élire un président devrait consister moins à couronner un esprit brillant ou un tribun persuasif qu’à choisir un homme ou une femme d’État responsable. Si, en 2027, nous continuons à préférer le talent du sophiste à la responsabilité du gouvernant, nous nourrirons nous-mêmes la déception démocratique dont nous feindrons de nous étonner plus tard, sans doute trop tard.
Albert-Claude Benhamou, président du conseil d’administration de l’institut hospitalo-universitaire de Strasbourg ; Jean-Michel Blanquer, président du cercle de réflexion Laboratoire de la République ; Pierre Caye, philosophe, directeur de recherche au CNRS ; Thierry Coulhon, mathématicien ; Claudio Galderisi, président du conseil scientifique du Laboratoire de la République ; Pierre Jourde, universitaire et écrivain ; Gilles Kepel, universitaire et essayiste ; Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à l’université Paris Panthéon-Assas ; Nathalie Sonnac, professeure en sciences de l’information à l’université Paris Panthéon-Assas ; Astrid Von Busekist, politiste, professeure à Sciences Po.
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