Université d’été de Sens 2026 : découvrez le programme !

par L'équipe du Lab' le 6 août 2026
À Sens, les 27, 28 et 29 août, le Laboratoire de la République organise sa troisième Université d’été. À quelques semaines de ce rendez-vous structurant de la rentrée politique et intellectuelle, découvrez le programme de ces journées conçues pour confronter les visions et faire émerger des propositions concrètes au service d’un projet républicain.
Programme de l'Université d'été Le programme ci-dessous a été mis à jour le 27 août 2026. Il est communiqué à titre indicatif et demeure susceptible d’évoluer d’ici à l’Université d’été. Programme Sens 27 aoûtTélécharger Informations pratiques Pour préparer votre venue dans les meilleures conditions, retrouvez l’ensemble des informations pratiques de l’Université d’été (transports, hébergement, localisation des salles, etc.) en consultant la page dédiée : En savoir plus

Redressement choisi ou austérité subie ? On peut le faire !

par Stéphane Boujnah le 28 août 2026
À l’occasion de l’Université d’été du Laboratoire de la République organisée à Sens, Stéphane Boujnah, président du directoire d'Euronext, a appelé à regarder avec lucidité la situation des finances publiques françaises et à retrouver une capacité d’action collective. Face à l’accumulation de la dette et aux défis économiques, sociaux et démographiques, il défend le choix d’un redressement construit dans la durée, fondé sur un effort partagé et une délibération dépassant les clivages partisans. Une conviction traverse son intervention : la France peut encore choisir son destin plutôt que subir demain une austérité imposée.
Les faits sont connus et documentés. Récemment, l’OCDE, la Cour des comptes, puis la mission de Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla, ont établi un constat implacable sur la situation alarmante des comptes publics de la France. Ce document n’ajoute rien à ces analyses précises, dont d’ailleurs il s’inspire en partie. En revanche, il essaye de dégager une compréhension de notre situation qui peut être largement partagée, et surtout de proposer un chemin collectif opérationnel pour choisir le redressement maintenant et éviter de subir l’austérité bientôt. Les analyses contenues dans ce document sont évidemment perfectibles, et elles peuvent être contestées, mais elles permettent d’engager un dialogue avec tous ceux qui veulent sincèrement préserver la capacité de délibération démocratique en France pour pouvoir encore faire demain des choix collectifs. 1 - Il nous faut désormais faire ensemble plus avec moins. C’est frustrant mais c’est la réalité incontestable. Et c’est cette frustration qui nourrit la colère, et souvent une forme de radicalité, chez une partie croissante de nos concitoyens.Il nous faut faire beaucoup plus, car nous devons résoudre les problèmes d’hier et d’aujourd’hui, notamment rétablir la promesse républicaine de l’école et l'excellence de notre recherche, adapter le fonctionnement de la santé au vieillissement, garantir le fonctionnement de la justice de plus en plus sollicitée, réinventer la cohésion des territoires et des centres-villes, moderniser des infrastructures de transport et énergétiques qui vieillissent, ou encore accompagner les transitions agricoles.Mais nous devons aussi résoudre les problèmes d’aujourd’hui et de demain, comme l’adaptation massive au changement climatique, la défense de nos libertés sur le continent européen qui requiert la construction de capacités de défense adaptées à de nouvelles menaces, le rétablissement de notre compétitivité technologique et de nos ambitions de développement de l’intelligence artificielle et de l’informatique quantique, la réindustrialisation du pays dans un contexte de compétition sauvage avec la Chine et de tensions durables avec les États-Unis, la lutte contre la narco-criminalité qui pénètre notre société, et surtout l’adaptation à un vieillissement démographique inéluctable. Il est aisé d’oublier les réalités démographiques, car ce sont des processus lents, mais ces réalités n’en sont pas moins massives et certaines dans leurs effets.Or, il nous faut faire beaucoup plus avec beaucoup moins, car nos capacités de choix collectifs, et donc d’action publique, se réduisent. Certes, notre pays est celui qui prélève le plus d’impôts parmi des 38 pays les plus développés de la planète, plus de 44% du PIB, la richesse que nous créons chaque année. Et, dans ce même groupe, notre pays est aussi celui qui consacre à la dépense publique la plus grande part du PIB, plus de 57%. Alors, pourquoi, si on prélève plus d’impôts que les autres, et si on dépense plus d’argent public que les autres, ne parvient-on pas à résoudre nos problèmes d’hier, d’aujourd’hui et de demain ? Parce que nous avons fait des choix collectifs, implicites ou explicites, qui créent une impasse. 2 - Nous avons choisi ensemble le présent plutôt que l’avenir, c’est à dire transférer des revenus à la génération présente plutôt qu’investir pour préparer un avenir meilleur aux jeunes d’aujourd’hui et aux générations futures. Nous avons, par exemple, préféré garantir la progression des pensions de retraite plutôt que de préserver nos capacités de recherche spatiale. Nous avons privilégié un généreux système d'arrêts maladie au détriment de nos capacités de recherche médicale. Nous nous sommes habitués à ce qu'un enseignant à la retraite qui ne travaille plus perçoive une pension plus élevée que le traitement d’un enseignant qui travaille en début de carrière.Nous avons préféré installer progressivement une société de consommateurs plutôt que construire une nation de producteurs agiles. Nos choix de financement de la protection sociale qui pèsent essentiellement sur les entreprises et les salariés, ou l'acceptation résignée à des échanges asymétriques avec la Chine, ou encore l'accoutumance à un niveau, sans équivalent sur la planète, des réglementations qui frappent les activités industrielles, disent notre préférence collective pour consommer pas cher plutôt que produire de manière compétitive. Notre préférence pour le présent a aussi nourri une croissance faible à laquelle nous semblons nous habituer. Or notre modèle ne fonctionne durablement que si la croissance de notre économie est plus forte que la croissance de nos dépenses publiques. Et nous nous sommes habitués progressivement à financer, avec l’argent des autres, des choix que nous ne pouvions plus nous payer, c’est à dire en empruntant l’argent que nous redistribuons. Nous avons coutume de dire que les Français ne veulent pas faire de sacrifices. C’est faux. Il est un sacrifice que nous faisons collectivement avec méthode et constance, c’est le sacrifice de nos enfants à qui nous laissons chaque année une dette de plus en plus importante et un espace de plus en plus réduit de délibération démocratique pour qu’ils puissent faire des choix demain. Notre préférence pour le présent nous a conduit à rechercher partout, et le plus souvent, auprès de l’État, une protection contre les risques extérieurs. L’euro nous affranchit largement de l’angoisse de la dévaluation, et de la baisse du pouvoir d’achat qu’elle entrainait. Les Français ont aussi la particularité d’être peu sensibles à la hausse des taux d’intérêt. En effet, pour acheter leur logement, quand ils le peuvent, ils empruntent à taux fixe, contrairement à la plupart des pays d’Europe où les crédits immobiliers sont à taux variable. Et quand les taux d’intérêt augmentent, c’est largement le problème de la banque prêteuse. Nous sommes aussi beaucoup plus abrités que les autres pays de l’inflation mondiale grâce à de généreuses interventions publiques, à l’image du bouclier énergétique. Nous avons donc créé les conditions pour que beaucoup de Français pensent que nous vivons sur une île isolée des réalités mondiales. Car nous avons choisi de construire une véritable bulle pour isoler les Français des évolutions du monde qui nous entoure afin de préserver le confort présent. Mais cette bulle est coûteuse, et elle est de plus en plus financée par nos créanciers. Bien sûr, l’emprunt et la dette ne sont pas, en eux-mêmes, toxiques, d’abord si leur produit est affecté à la préparation de l’avenir, et ensuite si la société génère assez de ressources pour en assurer le remboursement sans transférer des charges disproportionnées aux générations futures. Ainsi, une famille emprunte à juste titre pour entreprendre des travaux d’isolation de son logement, ou pour financer la location ou l’achat d’une chambre pour un enfant qui va préparer son avenir dans une ville universitaire. Mais nous faisons collectivement exactement le contraire, nous empruntons, majoritairement au reste du monde, pour pérenniser un niveau de protection sociale que nous ne pouvons plus nous payer. Cette situation est le produit d'un empilage de petits renoncements, devenus des habitudes, où chacun a sa part de responsabilité. Les responsables politiques qui ont souvent préféré regarder les urnes plutôt que les berceaux, et qui ont donc préféré parler aux électeurs plutôt qu’aux citoyens. Mais aussi chacun d’entre nous qui constate, sans en tirer les conséquences, que ce système de protection sociale, inventé en 1945, il y a plus de trois générations, reposait sur des conditions économiques et démographiques qui n'existent plus. Dans 19 ans, la Sécurité Sociale aura un siècle, et en un siècle la France et le monde qui nous entoure ont changé. Ainsi, la plupart des Français se souviennent de leur enfance comme une période où il y avait, le jour de Noël, plus d’enfants qui ouvraient des cadeaux sous le sapin que d’adultes et de personnes âgées qui restaient autour de la table, alors que, désormais, il y a sous le même sapin, quelques enfants qui ouvrent les cadeaux pendant que beaucoup d’adultes, et surtout de plus en plus de personnes âgées, observent tendrement les enfants devenus plus rares. Alors pourquoi notre somnambulisme collectif ne peut-il plus durer ? Et pourquoi cette fois-ci est-ce différent ? Parce que certains problèmes quand ils évoluent trop longtemps sans traitement, finissent par changer, non pas de degré, mais de nature. Ainsi, le traitement tardif du cancer qui a beaucoup évolué est plus lourd et incertain que le traitement précoce de la tumeur initiale. Nous y sommes. Il est tard. Mais il n'est pas trop tard. 3 - Nous sommes entrés ensemble dans un processus d’asphyxie qui s’accélère et qui peut conduire à une austérité subie.Certains pensent que l’on peut procrastiner, que des solutions anciennes sont possibles, puisque finalement il y a toujours des gens qui achètent la dette française, et donc qu’il n’y a pas de problème à s’endetter davantage. Ceci est une erreur quand ceux qui le croient ne connaissent pas la réalité des faits. Mais c'est un mensonge quand ceux qui le disent connaissent les faits et les chiffres. Car, si nous sommes probablement à l’abri d’une coupure soudaine d’oxygène, nous sommes indéniablement entrés dans un processus d’asphyxie progressive. Et le mensonge en cette matière, c’est la trahison. Trahison à l’égard de nos enfants, sur qui nous faisons peser le poids demain de nos renoncements et de nos facilités d’aujourd’hui. Trahison à l’égard des salariés à qui il est demandé de financer aujourd’hui un niveau de vie plus élevé pour les retraités, alors que les salariés savent qu’eux-mêmes n’auront pas accès dans l’avenir aux mêmes pensions. Trahison à l’égard des retraités qui ne comprennent pas pourquoi les règles du jeu changent quand on ne peut répartir plus que ce que l’on produit, parce qu’on ne produit plus assez. Les faits sont en effet cruels. Il y a deux ans, la France empruntait à 10 ans à un taux d’intérêt, certes plus élevé que l'Allemagne mais à un taux inférieur à ce que payaient pour s'endetter sur la même période le Portugal, l'Espagne, l'Italie et la Grèce. Aujourd’hui, la France emprunte, majoritairement au reste du monde, plus cher que tous ces pays européens. Pourquoi ? D’abord, parce que le stock de notre dette augmente plus vite qu’ailleurs. La France est le troisième pays le plus endetté de la zone euro, avec plus de 118% du PIB, derrière la Grèce (146%) et l'Italie (137%). Mais notre pays est le seul dans la zone euro à ne pas avoir fait refluer sa dette depuis la fin de la crise sanitaire. Tout au contraire, nous augmentons chaque année en France notre stock de dette d’environ 3% du PIB, alors que les quelques pays encore plus endettés que nous réduisent, eux, leur stock de dette. C’est le cas en particulier de la Grèce. En France, nous allons augmenter la dette publique de plus de 160 milliards d’euros en 2026, et nous devrons à nos créanciers à la fin de cette année un montant total de 3 620 milliards d’euros. Dans ces conditions, plusieurs rapports publics envisagent même un stock de dette, au milieu du prochain quinquennat, qui pourrait atteindre 130% du PIB. Ensuite, parce que nos créanciers demandent des taux d’intérêt de plus en plus élevés pour continuer à nous prêter. Le taux moyen à l'émission de la dette de la France s'élevait en 2025 à 3,35%, alors qu'il n'était que de 1,70% en 2022 et nul en moyenne en 2021. En d’autres termes, comme la maturité moyenne de la dette française est de 8,5 années, il nous faut refinancer les montants souscrits entre 0% et 2%, quand ils arrivent à échéance aujourd’hui, à des taux d’intérêt supérieurs à 4,1%. Et ces taux n’ont aucune raison de baisser si le débat budgétaire au parlement en 2026 demeure aussi confus et indécis qu’en 2025, si se confirme la perspective d’un déficit en 2026 supérieur à 5% pour la troisième année consécutive, et si la probabilité se renforce de voir deux candidats des partis de la colère qualifiés au deuxième tour des élections présidentielles en mai 2027. La combinaison de l’augmentation continue du stock de notre dette, d’une part, et de l’augmentation rapide des taux d’intérêt qu’exigent nos prêteurs, d’autre part, conduisent à une situation où la charge de la dette aura doublé entre 2020 et 2026. Ainsi, nous paierons cette année au moins 78 milliards d'euros à nos créanciers. C’est-à-dire environ 12 milliards d'euros de plus que l'an dernier. En d’autres termes, un montant plus élevé que la totalité du budget de la Justice est versé cette année à nos créanciers. Nous aurions donc pu doubler le nombre de juges, de procureurs et de gardiens de prisons, si nous avions maintenu notre charge d'endettement au niveau de l’année passée. En 2027, nous devrons verser à nos créanciers entre 85 et 90 milliards d’euros, c’est-à-dire plus que toutes les sommes que nous consacrons à l’instruction et l’éducation des enfants et des jeunes qui vivent dans notre pays de l’école maternelle à la classe terminale. Le véritable coût de l’endettement incontrôlé réside dans le fait que nos créanciers, qui sont payés avant que nous décidions quoi faire de nos des impôts que nous collectons, préemptent une part croissante de nos impôts. Pour comprendre l’ordre de grandeur de nos difficultés, il peut être utile de rappeler qu’en 2028, la première année complète du prochain quinquennat, la charge de la dette dépassera 90 milliards d’euros, et absorbera donc presque l’intégralité de l’impôt sur le revenu payé par toutes les personnes physiques en France cette année-là. A la question fréquente de nos concitoyens, « à quoi servent mes impôts ? » nous pourrons tous répondre en 2028, et sans contestation possible, « d’abord à payer des intérêts aux créanciers qui nous prêtent l’argent que nous redistribuons ».Notre pays découvre le piège du surendettement. C’est-à-dire une situation où le déficit budgétaire augmente même sans décision sur des dépenses nouvelles, car la charge de la dette absorbe une part toujours croissante de tous les prélèvements obligatoires. Puisque ce sont désormais les charges d'intérêt qui tirent principalement la croissance des dépenses publiques. Les entreprises connaissent ces situations ; quand tous les efforts opérationnels pour améliorer la performance sont engloutis dans des charges financières qui finissent pas asphyxier l’entreprise. Les ménages surendettés vivent aussi ce type de situations, quand les créanciers captent presque tous les revenus, car il faut payer les dettes, intérêt et capital. Alors que l’État lui ne paye principalement que des intérêts et refinance la quasi-totalité du capital. Mais, si les taux d’intérêts exigés par nos créanciers pour continuer à nous prêter ne dépendent pas de nous. L’ampleur de nos déficits, quant à elle, dépend de nous seuls. Alors pourquoi, nous résignons-nous à accumuler, année après année des rivières de dépenses publiques supplémentaires, qui alimentent des fleuves de déficits qui finissent dans un estuaire ensablé et boueux d’endettement ? Ces dernières années, les dépenses de l’État sont celles qui ont le moins progressé et qui, dans certains secteurs ont même beaucoup baissé. Les dépenses des collectivités ont été, au cours des dernières années, mieux maitrisées qu’elles ne le furent dans le passé. En revanche les dépenses sociales, au premier rang desquelles les retraites et la santé, progressent dans des proportions très supérieures à la croissance du PIB. Nous avons décidé d’emprunter pour maintenir, et même augmenter, d’abord le niveau des retraites, puis des prestations de santé, parce que nous ne voulons pas renoncer à un modèle social que nous ne pouvons plus nous payer. Désormais, la protection sociale représente non seulement la très large majorité de la dépense publique, mais surtout c’est celle qui progresse le plus vite. Pourtant, la persistance de déficits massifs de la sécurité sociale est peu justifiable dès lors que notre économie n’est pas en bas de cycle. Car les dépenses sociales sont constituées de prestations versées aux ménages qui, comme c’est le cas depuis de nombreuses années, quand elles ne sont pas couvertes par des impôts ou des cotisations sociales, pèsent sur les générations suivantes qui devront rembourser cette dette sociale. Enfin, le contexte international dégradé depuis le début de l’année conduit à envisager une aggravation des déficits publics qui pourraient pour la troisième année consécutive être supérieurs à 5% du PIB. Quand le niveau nécessaire pour stabiliser l’emballement du stock de dette doit être nécessairement inférieur à 3%. 4 - Nous pouvons sortir ensemble de cette impasse, parce que nous l’avons fait dans le passé, et parce que d’autres pays européens l’ont fait plus récemment.Nous l’avons fait dans le passé. En 1958, avec le général De Gaulle et le plan Pinay-Rueff. En 1983, avec le tournant de la rigueur opéré par Pierre Mauroy et Jacques Delors. Mais aussi pendant la période 1997-1999 pour qualifier la France au passage à l’euro, quand l’action du gouvernement de majorité plurielle de Lionel Jospin était guidée par l’objectif de respecter les seuils de 60% de dette et 3% de déficit prévus par le traité de Maastricht. Le plus souvent, nous pensions que c’était impossible, mais nous l’avons fait. Face à l’ampleur de la tâche, le général De Gaulle associa au projet de redressement, au moins de mai 1958 à janvier 1959, la plupart des forces politiques du moment. En 1997, la dissolution de l’Assemblée nationale fut décidée très largement pour rechercher un mandat politique fort pour engager le redressement nécessaire pour qualifier la France à l’euro. Les Français, avec des majorités politiques très différentes, ont su trouver dans le passé les énergies pour rétablir nos comptes publics, alors même que beaucoup pensaient que c’était impossible. D’autres pays européens l’ont fait plus récemment.Le Danemark et la Suède dans les années 1990 ont mené des ajustements budgétaires spectaculaires pour réinventer totalement le modèle social très avancé de ces pays en l’adaptant à des contraintes extérieures devenues insoutenables. Aujourd’hui, le Danemark emprunte à 10 ans à 3,04%, c’est-à-dire à un niveau plus faible que l‘Allemagne (3,22%).L’Allemagne tout au long de la décennie 2010 a dégagé des excédents primaires, c’est-à-dire un excédent budgétaire avant les charges financières liées à la dette, qui lui ont permis de réduire de 22,3 points de PIB son ratio de dette publique entre 2010 et 2019 et d’entrer dans la période de crises sanitaire puis inflationniste du début des années 2020 avec un espace budgétaire confortable. Aujourd’hui, l’Allemagne a un niveau de dette sur PIB d’environ 64% alors que celui de la France atteindra cette année 118%. Les principales réformes qui ont permis ce rétablissement des comptes publics en Allemagne furent une réduction d’accès à l’assurance chômage en 2003, l’allongement décidé en 2007 de l’âge de départ à la retraite jusqu’à 67 ans à horizon 2031 , et l’augmentation de trois points du taux normal de TVA, dont un tiers du rendement fut affecté à des réductions de cotisations sociales et deux tiers au désendettement.L’Italie, en dépit d’une croissance faible, notamment liée à une démographie défavorable, a mené d’ambitieuses réformes depuis les années 2010 qui ont permis de stabiliser son niveau de dette élevé (133% du PIB). En deux ans, l’Italie a ramené son déficit de 7,2% à 3,4%, puis à 3,1% en 2025, avec des excédents primaires constants ; ce qui a permis une hausse de la note souveraine de l’Italie de BBB à BBB+. D’importants programmes de soutien public à l’investissement ont été interrompus, le marché du travail a été assoupli et le report progressif de l’âge de la retraite à 67 ans se poursuit.La Grèce célèbre en 2026 sa troisième année d’excédents budgétaires. Le pays affiche une croissance supérieure à la moyenne européenne et un chômage en net recul. Cette situation est le fruit d’efforts immenses pour sortir de la crise de liquidité et de solvabilité du début des années 2010. L’âge de la retraite a été porté à 67 ans et les dépenses de santé de confort ont été plafonnées. La masse salariale publique a été massivement réduite. Une ambitieuse réforme territoriale, portant notamment sur la fusion des communes, a permis de générer des économies d’échelle avec désormais 332 municipalités dans un pays de 130 000 km2 et de 11 millions d’habitants. Mais surtout, le discours politique des équipes aux responsabilités repose sur le slogan systématiquement répété par le ministre des finances, Kyriakos Pierrakakis : « Nous ne passerons pas la facture à la génération suivante ».Le Portugal est passé en dix ans d’un déficit chronique à un excédent de plus de 2% du PIB. Le ratio de dette publique sur PIB est passé de 134% en 2014 à 89% en 2025. Deux tiers du programme d’ajustement engagé depuis 2012 a porté sur une réduction des dépenses publiques et un tiers sur une augmentation des recettes. Les dépenses publiques ont été réduites par des coupes claires dans les services de santé de confort, le gel des pensions et un relèvement de l’âge de départ à la retraite à 66 ans. Dans une perspective de relance de l’activité, le marché du travail a été flexibilisé par l’allongement du temps de travail, la suppression de quatre jours fériés et des programmes de réinsertion des chômeurs de longue durée. Un consensus politique s’est établi entre la droite et la gauche qui ont alterné au pouvoir autour du slogan « Plus jamais ça ». Cette convergence des forces politiques sur l’équilibre des comptes publics a permis la constance des programmes de redressement.5 - Nous pouvons sortir ensemble de cette impasse précisément si nous le faisons ensemble.Nous devons, et nous pouvons, expliquer que nous devons renoncer à certains aspects du monde d’hier que ni notre démographie, ni notre productivité, ni notre croissance ne rendent soutenables, pour réinventer notre modèle social et en préserver l’essentiel. Comment ? Il y a d’abord des méthodes qui ne fonctionnent plus, car elles ne sont plus adaptées à l’ampleur du redressement que nous devons conduire. C’est le cas notamment des choix des vainqueurs imposés aux vaincus pendant l’été qui suit l’élection présidentielle, sans effort d’inclusion de ceux qui ne pensent pas comme les vainqueurs.Il nous faut donc inventer une délibération collective, respectueuse des convictions de chacun, mais exigeante et lucide face aux réalités. C’est une délibération qui permet de faire des choix sans avoir l’impression de faire des sacrifices. C’est possible, car il y a dans toutes les forces politiques du pays des hommes et des femmes prêts à agir en responsabilité. Cela peut paraître naïf à certains, mais aucun effort de redressement, à l’échelle de ce que nous devons accomplir, ne sera possible sans construire une coalition de projet qui devra réunir « ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas ».Cette inclusion, sinon de tous, du moins de beaucoup, est nécessaire car le redressement nécessitera un effort constant pendant plus de cinq ans. Aucun redressement n’est possible sans une trajectoire pluriannuelle, crédible, réaliste et volontaire. Il faut donc construire dans la durée une forme, sinon de consensus, mais au moins d’accord sur un projet de redressement, qui dépasse les limites partisanes traditionnelles. Pour que l’effort soit durable, ses prémices doivent être largement partagées. Alors comment construire ce rassemblement autour d’une ambition collective de redressement ?Pour réaliser un redressement choisi, il y a trois solutions : augmenter les prélèvements, réduire les dépenses publiques et augmenter la croissance en augmentant la productivité et la quantité de travail. La facilité pavlovienne a consisté pour chaque force politique à vouloir concentrer l’effort sur l’un seulement des trois leviers. La réalité implacable est que nous devrons agir sur les trois leviers pour deux raisons. D'abord parce que l’ampleur du redressement nécessaire ne permet d’atteindre l’objectif avec un seul levier. Ensuite, et surtout, parce que l’adhésion collective à un effort partagé nécessite précisément que les efforts soient partagés. Alors comment fait-on ? Premier levier : augmenter les prélèvements, qui est la solution française par défaut dans ce type de circonstances. Ainsi, en 2025, la réduction du déficit fut exclusivement imputable à des hausses d’impôts, principalement sur les grandes entreprises et sur les ménages les plus aisés. Mais nous devrons commencer l’exercice de redressement avec le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé de la zone euro, et même des 38 pays de l’OCDE. Il nous faudra donc délibérer ensemble de ce que sont les impôts supplémentaires qui auraient le moins d’impact sur notre productivité et notre croissance. Sans doute, les impôts qui touchent les successions sont-ils les moins toxiques à ce titre. Sans doute aussi, devrons-nous augmenter la TVA de 2 ou 3 points comme l’ont fait tous les pays européens qui ont conduit des programmes ambitieux de redressement. Mais surtout parce que, dans notre pays où les déficits commerciaux se creusent, la TVA est en réalité le seul moyen de faire contribuer aux charges communes la consommation de produits importés. Beaucoup objecteront que la TVA frappe de manière disproportionnée les ménages les plus modestes qui consacrent l’intégralité de leurs revenus à la consommation, alors que les ménages les plus aisés, eux, épargnent beaucoup et consomment une part plus faible de leurs revenus. C’est pourquoi, comme l’ont fait les allemands, il faudra donc sans doute affecter une partie de cette augmentation de la TVA à la réduction du coût du travail, en rapprochant le salaire brut du salaire net par une réduction des cotisations sociales qui pèsent essentiellement sur le travail. Choisir le travail et la production plutôt que la consommation nous obligera à augmenter la TVA pour permettre de gagner plus avant de consommer moins cher. Deuxième levier : réduire la dépense sera la nouvelle priorité. Car là aussi, nous commencerons l’exercice avec 57% du PIB consacré à la dépense publique. Il nous faudra délibérer ensemble de la manière la plus efficace de remodeler l’empilement de nos collectivités locales, héritage d’une structure administrative fixée il y a plus de deux siècles et massivement alourdie depuis cinquante ans, mais que nous ne pouvons plus nous payer. Nous devrons délibérer ensemble des interventions publiques que, là aussi, nous ne pouvons plus nous payer, et qui devront être abandonnées, soit définitivement, soit jusqu’à ce que nos comptes publics soient revenus à l’équilibre. Nous devrons aussi délibérer ensemble pour distinguer ce qui est nécessaire, en matière de santé, et doit être renforcé, et ce qui doit désormais relever des dépenses personnelles de confort, car le système actuel n’est pas soutenable. Nous devrons délibérer ensemble de la période pendant laquelle la plupart des pensions de retraite cesseront d’augmenter, puisque l’INSEE a démontré l’an dernier que la quasi-totalité de l’augmentation des pensions était affectée à l’épargne. Troisième levier : augmenter le potentiel de croissance, c’est-à-dire augmenter la compétitivité de notre économie et la quantité de travail. Toute augmentation des impôts et toute réduction significative des dépenses porte à court terme des risques de récession. C’est pourquoi tout programme de redressement devra déployer des mesures permettant d’accroitre la compétitivité des entreprises et les investissements dans le capital humains, mais aussi dans les mutations technologiques en cours. Mais il faudra aussi délibérer ensemble des conditions dans lesquelles nous devrons tous travailler plus d’heures, plus de journées et plus d’années. Car, dans la durée, seul le rétablissement d’une croissance forte, reposant sur une productivité accrue et une compétitivité retrouvée, pourra permettre de rendre soutenable notre système social.La seule manière de rendre l’effort de redressement collectif acceptable par tous et supportable par chacun est d’agir sur les trois leviers en même temps.La construction d’une forme d’accord assez large, et reposant sur la mobilisation de ces trois leviers, est nécessaire pour rétablir la crédibilité de nos engagements européens. Depuis de nombreuses années, la France ne respecte pas les engagements de rétablissement de nos comptes publics que nous avons souscrits auprès de nos partenaires européens qui ont mis en commun leur monnaie avec nous. Personne ne peut raisonnablement penser que les pays d’Europe qui travaillent plus d’heures par an que chez nous, qui partent à la retraite à 67 ans, et où les pensions de retraite ne sont pas indexées, vont se cotiser pour nous aider à vivre sans faire les efforts qu'eux ont faits et que nous ne voulons pas faire. Nous ne convaincrons personne de nous aider sans changer nos habitudes. L’immense majorité des Français est certainement disposée à éviter l’austérité subie, et est prête à accepter un peu de sueur maintenant pour éviter beaucoup de sang et beaucoup de larmes plus tard. Car la majorité des Français préfère rester maître de son destin dans un cadre démocratique plutôt que se résigner à voir des décisions nécessaires imposées par nos créanciers. D’ailleurs, le taux d’épargne dans notre pays est très élevé et croissant ; c’est bien là le signe que les Français, en épargnant pour des jours sombres, considèrent que le système actuel n’est plus soutenable, et qu’ils sont beaucoup plus prêts à entendre la vérité et à entrer dans un redressement où les efforts seront véritablement partagés. Nous pouvons le faire, pas seulement parce que nous devons le faire, mais surtout parce que nous l’avons déjà fait, et parce que d’autres l’ont fait. Mais alors il faut le faire ensemble et en confiance. Donc, si on peut le faire, faisons-le ! Stéphane Boujnah est président du directoire d'Euronext.

2026-2032 : un mandat clé pour adapter son territoire aux enjeux environnementaux

par Agnès Pannier-Runacher , Marine de Bazelaire le 28 juillet 2026
Les canicules exceptionnelles qui se sont succédé depuis le mois de mai, les records de chaleur enregistrés en juin, puis les incendies d’une ampleur inédite qui frappent actuellement la Gironde rappellent une réalité désormais incontestable : l’adaptation de nos territoires au changement climatique n’est plus une perspective lointaine, mais une urgence de l’action publique. Quelques mois après les élections municipales des 15 et 22 mars 2026, les équipes nouvellement élues sont confrontées à une responsabilité majeure : protéger les habitants, renforcer la résilience de leur commune et préparer leur territoire aux défis environnementaux qui s’intensifient. À travers cette nouvelle note, la Commission Environnement du Laboratoire de la République propose une méthode, des priorités et des solutions concrètes pour faire de la transition écologique une politique locale pragmatique, efficace et créatrice de valeur pour les territoires.
Les événements de ces dernières semaines ont rappelé avec force l’ampleur des défis auxquels nos territoires sont désormais confrontés. Les épisodes de canicule qui se sont succédé depuis le mois de mai, les records de chaleur enregistrés en juin et les incendies majeurs qui touchent actuellement la Gironde illustrent une réalité qui s’impose désormais à tous : le changement climatique n’est plus une menace abstraite, mais une réalité concrète qui bouleverse déjà le quotidien des Français. Dans ce contexte, les collectivités territoriales sont en première ligne. Quelques mois après les élections municipales des 15 et 22 mars 2026, les nouvelles équipes municipales engagent les premières décisions qui structureront leur mandat. Les choix réalisés aujourd’hui en matière d’aménagement, de rénovation du patrimoine, de mobilité, de gestion de l’eau ou encore de préservation des espaces naturels détermineront durablement la capacité des communes à protéger leurs habitants, à maîtriser leurs dépenses et à renforcer leur résilience face aux crises à venir. C’est pour accompagner cette dynamique que la Commission Environnement du Laboratoire de la République publie cette note consacrée au mandat municipal 2026-2032. Cette publication se veut avant tout un guide d’action. Son ambition est d’apporter aux maires et à leurs équipes une vision claire des leviers dont ils disposent déjà pour agir. Urbanisme, rénovation énergétique, mobilités, gestion des ressources, alimentation durable, commande publique, protection des écosystèmes ou adaptation au changement climatique : autant de domaines dans lesquels les communes peuvent mettre en œuvre des politiques concrètes, visibles par les habitants et génératrices de bénéfices durables. Au-delà de l’identification de ces leviers, la note propose une véritable méthode. Elle invite les collectivités à construire une stratégie cohérente dès le début du mandat, à hiérarchiser leurs priorités, à constituer un portefeuille de projets, à mobiliser les financements disponibles et à associer les citoyens aux transformations engagées. L’adaptation des territoires ne peut être une succession d’initiatives isolées : elle suppose une vision d’ensemble, une ingénierie solide et une capacité à inscrire l’action publique dans le temps long. Le Laboratoire de la République défend une conviction simple : la transition écologique ne doit pas être perçue comme une contrainte supplémentaire pour les collectivités, mais comme une opportunité de moderniser l’action publique, de renforcer la souveraineté des territoires et d’améliorer concrètement la qualité de vie des Français. Une commune plus résiliente est aussi une commune plus attractive, plus économe dans la gestion de ses ressources, plus protectrice envers ses habitants et mieux préparée aux crises de demain. À travers cette note, le Laboratoire de la République souhaite contribuer au débat public en proposant une écologie de solutions, fondée sur la science, l’innovation, la responsabilité et le pragmatisme. Parce que les défis environnementaux appellent des réponses concrètes, cette publication entend offrir aux élus locaux des outils immédiatement mobilisables pour transformer les ambitions en réalisations et faire de l’adaptation un moteur du développement des territoires. Les autrices Marine de Bazelaire et Agnès Pannier-Runacher, avec la participation de Swann Riché, appellent ainsi les futurs exécutifs municipaux à assumer pleinement leur responsabilité historique : faire du choc climatique non pas une fatalité subie, mais le point de départ d’un projet de territoire résilient, attractif et durable. Marine de Bazelaire est CEO Regain Nature, ancienne Directrice Capital Naturel du Groupe HSBC. Agnès Pannier-Runacher est ancienne ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt et de la Pêche, députée de la 2ème circonscription du Pas-de-Calais. Avec la participation de Swann Riché, sherpa de la commission Environnement-Agriculture du Laboratoire de la République et étudiant en master 2 de droit international et comparé de l’environnement. La commission Environnement-Agriculture du Laboratoire de la République tient à remercier Guillaume Sainteny, membre de l’Académie d’Agriculture de France et ancien président du Plan Bleu pour l’environnement et le développement en Méditerranée, auteur de « Le climat qui cache la forêt » (éditions Rue de l'échiquier) et « Plaidoyer pour l'écofiscalité » (éditions Buchet-Chastel) ainsi qu’Éric Hazan, co-fondateur d’Ardabelle Capital, enseignant à HEC et à Sciences Po, expert de l’impact de la technologie et de l’IA sur la société et l’économie, auteur avec Frédéric Salat-Baroux de « Révolution par les territoires » (Éditions de l’Observatoire) et, avec Olivier Sibony, de « Faut-il encore décider ? La décision humaine à l’ère de l’intelligence artificielle » (Flammarion), pour leurs contributions à la rédaction de cette note. Note Environnement – Un mandat clé pour adapter son territoireTélécharger

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