Santé

Décentraliser pour mieux soigner : une nouvelle gouvernance de proximité au service des territoires et des patients

par David Smadja et Léa Behr le 9 juillet 2026
Face à l’aggravation des inégalités territoriales d’accès aux soins, au vieillissement de la population et aux nouveaux défis sanitaires liés au changement climatique, notre système de santé atteint les limites d’un pilotage essentiellement centralisé. Cette note de David Smadja et Léa Behr propose une réforme ambitieuse mais progressive de la gouvernance sanitaire : rattacher les Agences régionales de santé (ARS) à la région afin de rapprocher les décisions des réalités de terrain, sans remettre en cause les principes fondamentaux de solidarité nationale. En s’appuyant sur les expériences européennes et sur une trajectoire d’expérimentation encadrée, les auteurs défendent une nouvelle doctrine de « responsabilité territoriale », conciliant unité républicaine, efficacité de l’action publique et égalité d’accès aux soins.

La crise de l’accès aux soins ne relève plus seulement d’un manque de professionnels de santé ; elle révèle les limites de notre organisation institutionnelle. Alors que les élus locaux sont confrontés quotidiennement aux attentes des citoyens, ils disposent de peu de leviers pour agir. À l’inverse, les Agences régionales de santé exercent des responsabilités considérables sans véritable responsabilité politique devant les territoires. Cette dissociation entre décision, responsabilité et réalité du terrain nourrit les inégalités territoriales et affaiblit l’efficacité de l’action publique.

Cette note propose une troisième voie entre le statu quo et la suppression des ARS : leur régionalisation. Il ne s’agit ni de désengager l’État ni de créer treize systèmes de santé autonomes, mais de distinguer clairement ce qui doit rester national (les droits des patients, le financement solidaire, les standards de qualité et les objectifs de santé publique) de ce qui gagnerait à être piloté au plus près des besoins des territoires : l’organisation des parcours de soins, la coordination entre médecine de ville, hôpital et secteur médico-social, la prévention ou encore la démographie médicale.

Les auteurs proposent une réforme progressive en trois étapes : renforcer d’abord les marges d’action territoriales grâce à un Fonds d’intervention régional considérablement élargi ; créer ensuite des objectifs régionaux de dépenses d’assurance maladie (ORDAM) permettant une réelle capacité d’arbitrage locale ; enfin, transférer la responsabilité politique des ARS aux régions dans un cadre expérimental, avec une évaluation indépendante avant toute généralisation.

L’analyse s’appuie également sur une comparaison approfondie de plusieurs modèles européens afin d’identifier les conditions d’une décentralisation réussie. Elle montre que la proximité décisionnelle n’est efficace que lorsqu’elle s’accompagne de solides mécanismes de péréquation financière, de standards nationaux contraignants et d’une responsabilité clairement identifiée.

Enfin, la note insiste sur deux leviers essentiels pour préparer le système de santé aux défis du XXIᵉ siècle : faire de la prévention une priorité budgétaire territorialisée et mieux articuler la formation des professionnels de santé avec les besoins des territoires.

Cette proposition dessine ainsi une nouvelle gouvernance sanitaire fondée sur un principe simple : une stratégie nationale, une solidarité financière garantie par l’État et une responsabilité territoriale pleinement assumée pour rendre enfin effective l’égalité d’accès aux soins.

David Smadja est professeur d’hématologie à l’AP-HP et à l’Université Paris Cité, responsable de la Commission Santé du Laboratoire de la République.

Léa Behr est CEO de RespublicIA et membre de la commission Santé du Laboratoire de la République.

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