Et si le regard de Tocqueville sur l’Amérique permettait de mieux comprendre les crises démocratiques contemporaines ? Entre dérives du pouvoir, bouleversements technologiques et affaiblissement du lien civique, cette nouvelle Conversation éclairée invite à prendre du recul sur les transformations politiques de notre époque et à réfléchir aux conditions d’un renouveau républicain.
À l’occasion d’une nouvelle Conversation éclairéedu Laboratoire de la République consacrée à La démocratie et la fureur, récent ouvrage de Jean-Michel Blanquer qui imagine le retour d’Alexis de Tocqueville dans l’Amérique de Donald Trump, l’auteur et Brice Couturier ont échangé sur les fragilités de la démocratie américaine et les enseignements que la France peut tirer de ces transformations.
Donald Trump, symptôme d’une crise profonde de la démocratie
Près de deux siècles après son voyage aux États-Unis, que découvrirait Tocqueville dans l’Amérique contemporaine ? À travers cette fiction politique, Jean-Michel Blanquer propose une réflexion sur les mutations de la démocratie libérale. L’une des principales thèses développées lors de l’échange est que Donald Trump serait davantage le symptôme que la cause de la crise démocratique américaine. Son ascension révélerait des transformations profondes déjà identifiées par Tocqueville : la montée de l’individualisme, l’affaiblissement du sens civique et la fragmentation du corps social. Jean-Michel Blanquer introduit notamment le concept de « spectaclocratie » pour décrire une démocratie dans laquelle la recherche de l’attention, de la provocation et du divertissement tend à supplanter la délibération et la recherche de la vérité. Le parcours télévisuel de Donald Trump illustre cette évolution dans laquelle la capacité à capter l’attention devient une ressource politique déterminante.
Entre paralysie démocratique et tentation autoritaire
La conversation a également porté sur l’équilibre nécessaire entre efficacité de l’action publique et préservation des contre-pouvoirs. D’un côté, la multiplication des procédures, des recours et des blocages peut conduire à une forme de « vétocratie » qui entrave la décision politique. De l’autre, la volonté de s’affranchir des contre-pouvoirs fait peser un risque autoritaire sur les institutions. Pour Jean-Michel Blanquer, la force de la démocratie réside précisément dans sa capacité à organiser cet équilibre. La séparation des pouvoirs, les corps intermédiaires, les universités et la démocratie locale constituent autant de garanties essentielles à la liberté. Si les régimes autoritaires peuvent paraître plus efficaces à court terme, la délibération et la participation collective constituent, selon lui, des atouts décisifs des démocraties dans la durée.
Le pouvoir grandissant des géants de la technologie
Un autre temps fort des échanges a concerné les relations entre le pouvoir politique américain et les grandes fortunes de la technologie. La proximité entre Donald Trump et les dirigeants de la Silicon Valley soulève des interrogations sur les conflits d’intérêts, la concentration des richesses et la place croissante des acteurs privés dans l’exercice de fonctions traditionnellement régaliennes. L’exemple d’Elon Musk et de Starlink illustre la capacité de certaines entreprises à peser directement sur les rapports de force internationaux. Cette évolution interroge la nature même du pouvoir démocratique : comment garantir la primauté de l’intérêt général lorsque des acteurs économiques privés disposent de moyens comparables, voire supérieurs, à ceux de certains États ?
États-Unis et Chine : un nouvel équilibre mondial ?
La discussion a également abordé la rivalité stratégique entre les États-Unis et la Chine en écho à la célèbre anticipation de Tocqueville sur l’affrontement entre les puissances américaine et russe. Jean-Michel Blanquer avance l’hypothèse d’un renversement historique : la Chine pourrait progressivement s’affirmer comme une grande puissance maritime et commerciale tandis que les États-Unis seraient tentés par un repli continental. Il souligne à cet égard une contradiction potentielle entre les deux piliers du trumpisme : Make America Great Again, porteur d’une ambition de puissance, et America First, davantage associé à une logique de repli national.
Quelles leçons pour la République française ?
Au-delà du cas américain, cette Conversation éclairée a permis d’interroger les fragilités de la démocratie française. Polarisation politique, fractures territoriales, défiance envers les institutions et transformation des comportements sous l’effet du numérique constituent autant de défis communs aux démocraties occidentales. Pour Jean-Michel Blanquer, la réponse passe notamment par un réancrage territorial de la République. La revitalisation des villes moyennes et des territoires ruraux, le développement de la participation citoyenne et la possibilité offerte aux jeunes générations de construire leur avenir partout en France apparaissent comme des conditions essentielles du renouveau démocratique. L’essor d’Internet, des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle impose parallèlement de repenser les règles collectives afin de préserver la liberté individuelle et le bien commun.
Retrouver le sens du bien commun
En conclusion, cette Conversation éclairée a rappelé l’actualité de la pensée de Tocqueville pour comprendre les tensions qui traversent nos démocraties. Face à l’individualisme, à la concentration des pouvoirs et à la fragmentation sociale, la République doit retrouver sa capacité à conjuguer liberté, responsabilité civique et intérêt général. Une conviction traverse l’ensemble des échanges : la démocratie ne peut durablement se réduire à la confrontation des intérêts individuels. Elle suppose aussi une culture commune, des institutions solides, une participation citoyenne vivante et la volonté de construire un destin collectif.
Pour sa dernière « Conversation éclairée » de l’année 2025-2026, le Laboratoire de la République recevait Antonio Rodriguez Castiñeira, journaliste à l’AFP et auteur du Chemin de la colère. De la Galice à la Suisse, son récit suit les routes de l’émigration et raconte une autre Europe : celle de la désindustrialisation, du déclassement et des territoires qui se sentent abandonnés. Une plongée dans les racines économiques et sociales d’une colère devenue politique.
De la crise financière à la colère politique : une Europe vue depuis ses marges
Pourquoi la colère sociale s’est-elle installée durablement en Europe ? Et comment expliquer qu’elle nourrisse aujourd’hui les votes populistes et d’extrême droite ? Pour la dernière « Conversation éclairée » de l’année 2025-2026, le Laboratoire de la République a choisi de partir du terrain, avec Antonio Rodriguez Castiñeira, journaliste à l’AFP et auteur du Chemin de la colère.
Son livre est d’abord un voyage. De la Côte de la Mort, en Galice, jusqu’au lac Léman, en Suisse, l’auteur emprunte les routes suivies depuis des décennies par les travailleurs espagnols partis chercher un emploi au nord de l’Europe. Un road trip placé sous le patronage des Raisins de la colère de John Steinbeck : à la Grande Dépression américaine répond ici la Grande Récession provoquée par la crise financière de 2008.
Quand l’émigration recommence
Pour Antonio Rodriguez Castiñeira, l’histoire est aussi familiale. Fils d’un émigré galicien, né en Suisse, il raconte avoir longtemps vu dans la construction européenne une promesse de progrès et de convergence. L’entrée de l’Espagne dans la Communauté européenne, en 1986, avait représenté un immense espoir.
La crise de 2008 marque une rupture. Alors que l’émigration économique espagnole semblait appartenir au passé, de jeunes Galiciens reprennent la route de leurs parents et grands-parents, notamment vers la Suisse. C’est de ce retour en arrière que naît la colère racontée dans le livre.
Sur ces routes circulent encore des taxis collectifs, parfois des Mercedes, qui transportent directement les travailleurs galiciens sur près de 2 000 kilomètres jusqu’à leur lieu de travail en Suisse. Antonio Rodriguez Castiñeira a voyagé avec eux et recueilli les témoignages de celles et ceux qui ont vécu la crise loin des salles de réunion de Bruxelles, Francfort ou Washington.
Le prix humain de la crise
La discussion est revenue sur les choix effectués après la crise financière : sauvetage des banques, politiques d’austérité, hausse des taux de la BCE en 2011 ou encore traitement réservé aux pays du sud de l’Europe.
L’auteur ne nie pas les réponses apportées par l’Union européenne. Il rend notamment hommage à l’action de Mario Draghi et à son « whatever it takes », qui a contribué à stabiliser la zone euro. Mais son propos se situe ailleurs : dans le temps qui sépare la décision économique de ses conséquences humaines.
Pendant que les institutions cherchaient une réponse à la crise, rappelle-t-il, des Européens perdaient leur emploi ou leur logement et se retrouvaient parfois à dormir dans leur voiture, dans des campings ou des auberges de jeunesse. Le sauvetage d’établissements bancaires continuant, dans certains cas, à distribuer des bonus a également nourri un profond sentiment d’injustice. C’est ce décalage entre rationalité économique et expérience vécue qui constitue l’un des fils rouges du Chemin de la colère.
Des territoires qui décrochent
Au-delà de la crise de 2008, la rencontre a élargi la réflexion à la désindustrialisation et à la métropolisation. Emplois, habitants et services se concentrent dans les grandes villes tandis que certains territoires connaissent une perte progressive d’activité, de services publics et de perspectives.
La question industrielle occupe à ce titre une place centrale. Antonio Rodriguez Castiñeira défend le maintien d’une capacité de production en Europe et souligne le contraste avec la Suisse, où l’industrie conserve une place importante et où l’apprentissage contribue à maintenir des savoir-faire et des emplois.
Le débat a également porté sur le libre-échange. L’auteur en critique les effets lorsqu’il conduit à privilégier systématiquement le prix le plus bas au détriment de l’emploi, des conditions sociales ou de l’environnement.
Quand le déclassement se transforme en vote
Reste une question politique : pourquoi cette colère profite-t-elle aujourd’hui autant aux formations populistes et à l’extrême droite ?
Antonio Rodriguez Castiñeira rappelle que la crise économique a d’abord produit des réponses politiques diverses. En Espagne, elle a notamment favorisé l’émergence de Podemos. Mais dans plusieurs territoires français frappés par la désindustrialisation, le vote en faveur du Rassemblement national s’est progressivement installé.
L’auteur évoque notamment La Souterraine, dans la Creuse, et le combat des salariés de l’équipementier automobile GM&S en 2017. À l’époque, certains ouvriers s’interrogeaient sur l’opportunité d’inviter Marine Le Pen sur le site, non nécessairement par adhésion, mais pour attirer l’attention des médias sur leur situation. Quelques années plus tard, le territoire a basculé électoralement vers le RN.
L’exemple résume une partie du propos de la soirée : lorsque le sentiment d’abandon perdure, la colère économique peut finir par trouver une traduction électorale.
Faire remonter le terrain
Face à cette fracture, Antonio Rodriguez Castiñeira revendique moins une théorie qu’une méthode : celle du journaliste qui retourne sur le terrain.
Prendre les routes, entrer dans les usines, écouter les travailleurs, comprendre ce que les grandes transformations économiques produisent dans les vies quotidiennes. Regarder l’Europe non seulement depuis ses institutions et ses métropoles, mais depuis ses périphéries.
Le chemin de la colère raconte ainsi l’Europe de ceux qui, selon l’image de l’auteur, voient passer les TGV sans pouvoir y monter et finissent dans les TER. Une formule qui résume l’enjeu de cette dernière « Conversation éclairée » : derrière la montée de la colère politique se trouvent des trajectoires individuelles, des territoires et un sentiment de déclassement que les démocraties européennes ne peuvent se permettre de ne plus entendre.
https://www.youtube.com/watch?v=Gbh_KRwvDcI
Le 23 septembre 2026, Sciences Po accueillait l’événement « Who will stand up for international law ? », organisé par la Paris School of International Affairs et ¡Aguanta Ucrania!, en partenariat avec le Laboratoire de la République. Diplomates, universitaires et experts ont croisé leurs regards sur les défis qui pèsent aujourd’hui sur le droit international et sur le rôle que peuvent jouer l’Europe, l’Ukraine et l’Amérique latine pour le défendre. An English version of this event report is available at the bottom of the page.
Le 23 septembre 2026, la Paris School of International Affairs (PSIA) de Sciences Po et ¡Aguanta Ucrania!, en partenariat avec le Laboratoire de la République, ont organisé à Sciences Po l’événement « Who will stand up for international law ? ». Depuis quatre ans, ¡Aguanta Ucrania! mobilise la solidarité latino-américaine autour de l’Ukraine. Cette rencontre s’inscrivait dans cette dynamique, avec un objectif : réfléchir aux moyens de renforcer les liens entre l’Europe, l’Ukraine et l’Amérique latine pour défendre le droit international.
Modérée par Sergio Jaramillo, ancien Haut-Commissaire pour la paix de Colombie, la discussion a réuni Jean-Michel Blanquer, ancien ministre français de l’Éducation nationale, Pavlo Klimkin, ancien ministre ukrainien des Affaires étrangères, Norton Rapesta, ancien ambassadeur du Brésil en Ukraine, Rosemary Ann Byrne, professeure de droit international à la Paris School of International Affairs (PSIA), et Michael Reid, auteur et ancien responsable de la rubrique Amériques de The Economist. Leurs échanges ont permis de croiser les regards sur un même constat : le droit international est aujourd’hui soumis à une pression croissante, alors que les rapports de force reprennent une place centrale dans les relations entre États.
Retrouvez le replay de cette conférence sur le site de Sciences Po.
Un droit international sous pression
Le constat posé au début de la rencontre est celui d’un changement profond des relations internationales. Là où les États pouvaient compter sur des accords et des engagements relativement stables, les relations entre puissances deviennent plus transactionnelles. Les règles sont toujours là, mais leur respect est moins évident. Les nouvelles formes de conflit, à commencer par les cyberattaques, compliquent encore la situation : à partir de quel moment une attaque informatique devient-elle un acte d’agression ou un acte de guerre ?
Pour Jean-Michel Blanquer, il serait toutefois erroné d’en conclure à la disparition du droit international. Il a préféré parler d’une « lutte entre le droit international et les ennemis du droit international ». Une manière de rappeler que les règles internationales continuent de jouer un rôle essentiel, mais que leur défense exige une mobilisation constante.
L’ancien ministre a notamment pris l’exemple de la Colombie. Les efforts engagés en faveur de la paix ont demandé des années avant d’aboutir. Ce précédent montre, selon lui, l’importance de construire dans la durée des réseaux réunissant responsables politiques, universitaires, étudiants et acteurs de la société civile. Les initiatives qui semblent modestes aujourd’hui peuvent produire des résultats plusieurs années plus tard.
L’Ukraine, bien au-delà d’un conflit européen
La guerre en Ukraine a naturellement occupé une place centrale dans les échanges. Pour Pavlo Klimkin, elle pose une question qui dépasse largement les frontières de son pays : celle de la souveraineté des États et de leur capacité à décider librement de leur avenir. L’ancien ministre ukrainien des Affaires étrangères a également insisté sur la difficulté de négocier lorsqu’un adversaire remet en cause l’existence même de l’autre partie. Le dialogue reste nécessaire, mais une négociation ne peut être crédible, selon lui, que si elle ne se fait pas depuis une position de faiblesse.
Norton Rapesta a, de son côté, raconté la guerre à travers son expérience personnelle d’ambassadeur du Brésil en Ukraine. Présent dans le pays au début de l’invasion à grande échelle, il a évoqué le réveil au son des explosions, puis le quotidien rythmé par les alertes aériennes, les drones et les missiles. Il a également raconté comment, bien après ces événements, entendre le son d’une alarme dans un documentaire consacré à Kharkiv avait provoqué chez lui une réaction physique immédiate.
Ce témoignage a permis de mettre en lumière l’une des difficultés rencontrées pour mobiliser en Amérique latine : la distance. Pour une partie de la population, la guerre en Ukraine reste un conflit lointain, alors que les pays de la région sont confrontés à leurs propres difficultés économiques, sociales et sécuritaires. Pour Norton Rapesta, il est donc essentiel de mieux expliquer la réalité ukrainienne et de s’adresser davantage aux sociétés civiles, et pas seulement aux gouvernements et aux diplomates.
L’Amérique latine, une tradition à réaffirmer
Cette distance contraste avec la longue tradition latino-américaine de défense du multilatéralisme, des droits humains et du principe de non-intervention. Plusieurs intervenants ont rappelé le rôle joué par les pays de la région dans la construction de l’ordre international après la Seconde Guerre mondiale. L’affaire du Nicaragua contre les États-Unis devant la Cour internationale de Justice a notamment été citée : elle avait montré qu’un État moins puissant pouvait utiliser le droit international pour faire valoir ses droits face à une grande puissance.
Mais cette tradition ne se traduit pas toujours par une mobilisation concrète sur l’Ukraine. Rosemary Ann Byrne a rappelé que 33 États avaient déposé des déclarations d’intervention dans la procédure engagée par l’Ukraine contre la Russie devant la Cour internationale de Justice, sans qu’aucun État latino-américain, africain ou asiatique ne le fasse. Sur les 43 États ayant saisi le procureur de la Cour pénale internationale de la situation en Ukraine, seuls trois venaient d’Amérique latine.
Ces chiffres ont alimenté une discussion plus large sur la cohérence de la défense du droit international. Les échanges ont notamment porté sur les différences de mobilisation face aux guerres en Ukraine et à Gaza. Selon plusieurs intervenants, défendre des règles communes suppose de les appliquer avec la même exigence, quel que soit le pays concerné. Rosemary Ann Byrne a ainsi insisté sur la nécessité de repartir de principes simples et partagés, comme la protection des civils, les règles encadrant le recours à la force ou encore la responsabilité des États.
Une bataille qui se joue aussi dans l’opinion
La question de l’opinion publique a occupé une autre partie importante de la discussion. Michael Reid a souligné l’activité de la propagande russe en Amérique latine et cité une enquête, qui n’avait pas encore été publiée au moment de la rencontre. Selon ces données, 39 % des personnes interrogées avaient une opinion favorable de la Russie, contre 34 % en 2023. Dans le même temps, les opinions favorables à l’Ukraine étaient passées de 42 % à 35 %.
Pour Michael Reid, ces évolutions s’inscrivent dans un contexte plus large : l’Amérique latine peine aujourd’hui à faire émerger une vision commune en matière de politique étrangère. Entre des gouvernements aux orientations très différentes et des opinions publiques davantage préoccupées par les enjeux nationaux, construire une position commune sur des crises internationales éloignées reste difficile.
La réponse passe donc aussi par la communication. Les participants ont insisté sur la nécessité de mieux expliquer ce que les principes défendus en Ukraine peuvent signifier pour d’autres régions du monde. La souveraineté, la non-intervention ou le respect des frontières ne sont pas seulement des préoccupations européennes : ils concernent tous les États, et en particulier ceux qui ne disposent pas de la puissance nécessaire pour imposer seuls leurs intérêts.
Renforcer les liens entre l’Europe et l’Amérique latine
Comment agir dans ce contexte ? Une piste évoquée pendant la rencontre est celle d’une coopération renforcée entre les « puissances intermédiaires », capables de défendre ensemble le multilatéralisme sans dépendre entièrement des grandes puissances. Les relations entre l’Europe et l’Amérique latine pourraient jouer un rôle important dans cette dynamique, les deux régions partageant une histoire et de nombreux principes communs en matière de droit international.
Mais cette coopération ne peut pas se limiter aux États. Les intervenants ont souligné le rôle des universités, des étudiants, des chercheurs, des médias et des organisations de la société civile. C’est précisément sur ce terrain que s’inscrit l’action menée depuis quatre ans par ¡Aguanta Ucrania! : créer des liens entre l’Ukraine et l’Amérique latine et faire mieux connaître les enjeux de la guerre auprès des sociétés latino-américaines.
Au terme de la rencontre, une idée s’est ainsi dégagée : le droit international n’a pas disparu, mais sa défense ne peut plus être considérée comme acquise. Elle suppose de construire des alliances, de mieux faire connaître les réalités des conflits et de défendre les mêmes principes d’une crise à l’autre. À la question posée par le titre de l’événement (« Who will stand up for international law ? »), les échanges de Sciences Po ont apporté une réponse collective : États et institutions ont leur rôle à jouer, mais universitaires, étudiants, médias et sociétés civiles ont, eux aussi, une part de responsabilité dans la défense d’un ordre international fondé sur des règles.
English version
On 23 September 2026, Sciences Po’s Paris School of International Affairs (PSIA) and ¡Aguanta Ucrania!, in partnership with the Laboratoire de la République, organised the event “Who will stand up for international law?” at Sciences Po. For the past four years, ¡Aguanta Ucrania! has been mobilising Latin American solidarity around Ukraine. The event built on this momentum, with one objective: to explore ways of strengthening ties between Europe, Ukraine and Latin America in defence of international law.
Moderated by Sergio Jaramillo, former High Commissioner for Peace of Colombia, the discussion brought together Jean-Michel Blanquer, former French Minister of National Education, Pavlo Klimkin, former Minister of Foreign Affairs of Ukraine, Norton Rapesta, former Ambassador of Brazil to Ukraine, Rosemary Ann Byrne, Professor of International Law at the Paris School of International Affairs (PSIA), and Michael Reid, author and former Americas Editor at The Economist. Their contributions brought together different perspectives around a shared observation: international law is under growing pressure at a time when power politics are once again playing a central role in relations between states.
International law under pressure
The discussion began with the observation that international relations are undergoing a profound shift. Where states could once rely on relatively stable agreements and commitments, relations between powers are becoming increasingly transactional. The rules remain, but compliance with them can no longer be taken for granted. New forms of conflict, starting with cyberattacks, are making the situation even more complex: at what point does a cyberattack become an act of aggression or an act of war?
For Jean-Michel Blanquer, however, it would be wrong to conclude that international law is disappearing. Instead, he described the current situation as a “struggle between international law and the enemies of international law”. It was a way of stressing that international rules continue to play an essential role, but that defending them requires sustained mobilisation.
The former minister pointed in particular to the example of Colombia. Efforts to build peace took years before producing results. In his view, this experience demonstrates the importance of building long-term networks bringing together political leaders, academics, students and civil society. Initiatives that may appear modest today can produce results many years later.
Ukraine, far beyond a European conflict
The war in Ukraine naturally occupied a central place in the discussion. For Pavlo Klimkin, it raises a question that extends far beyond his country’s borders: the sovereignty of states and their ability to freely determine their own future. The former Ukrainian Foreign Minister also stressed the difficulty of negotiating when an adversary challenges the very existence of the other party. Dialogue remains necessary, but in his view negotiations can only be credible if they are not conducted from a position of weakness.
Norton Rapesta, for his part, described the war through his personal experience as Brazil’s Ambassador to Ukraine. Present in the country at the beginning of the full-scale invasion, he recalled waking to the sound of explosions and then living with the daily reality of air-raid warnings, drones and missiles. He also described how, long after those events, hearing the sound of an air-raid siren in a documentary about Kharkiv triggered an immediate physical reaction.
His testimony highlighted one of the main challenges in mobilising support in Latin America: distance. For part of the population, the war in Ukraine remains a distant conflict, while countries across the region are dealing with their own economic, social and security challenges. For Norton Rapesta, it is therefore essential to better explain the reality of the war in Ukraine and to engage more directly with civil society, rather than focusing solely on governments and diplomatic channels.
Latin America : a tradition to reaffirm
This sense of distance contrasts with Latin America’s longstanding tradition of supporting multilateralism, human rights and the principle of non-intervention. Several speakers recalled the role played by countries in the region in building the international order after the Second World War. Nicaragua’s case against the United States before the International Court of Justice was cited in particular: it demonstrated that a less powerful state could use international law to assert its rights against a major power.
Yet this tradition has not always translated into concrete mobilisation over Ukraine. Rosemary Ann Byrne noted that 33 states had submitted declarations of intervention in Ukraine’s proceedings against Russia before the International Court of Justice, without a single Latin American, African or Asian state doing so. Of the 43 states that referred the situation in Ukraine to the prosecutor of the International Criminal Court, only three were from Latin America.
These figures prompted a broader discussion about consistency in the defence of international law. The conversation notably addressed differences in international mobilisation over the wars in Ukraine and Gaza. Several speakers argued that defending common rules requires applying them with the same level of commitment regardless of the country concerned. Rosemary Ann Byrne stressed the need to return to simple, shared principles, including the protection of civilians, the rules governing the use of force and state responsibility.
A battle also being fought in public opinion
Public opinion was another important part of the discussion. Michael Reid highlighted the activity of Russian propaganda in Latin America and cited a survey that had not yet been published at the time of the event. According to the figures he presented, 39% of respondents had a favourable view of Russia, compared with 34% in 2023. Over the same period, favourable views of Ukraine had fallen from 42% to 35%.
For Michael Reid, these trends are part of a broader context: Latin America is currently struggling to develop a common vision on foreign policy. With governments pursuing very different political agendas and public opinion more focused on domestic concerns, building a shared position on distant international crises remains difficult.
Part of the response therefore lies in communication. Participants stressed the need to better explain what the principles at stake in Ukraine mean for other regions of the world. Sovereignty, non-intervention and respect for borders are not exclusively European concerns: they matter to all states, particularly those that do not have the power to impose their interests on their own.
Strengthening ties between Europe and Latin America
What can be done in this context? One avenue discussed during the event was greater cooperation between “middle powers” capable of defending multilateralism together without being entirely dependent on major powers. Relations between Europe and Latin America could play an important role in this effort, given the two regions’ shared history and many common principles regarding international law.
But this cooperation cannot be limited to states. Speakers highlighted the role of universities, students, researchers, the media and civil society organisations. This is precisely where the work carried out by ¡Aguanta Ucrania! over the past four years comes in: building connections between Ukraine and Latin America and raising awareness of the war and its implications among Latin American societies.
By the end of the discussion, one idea had clearly emerged: international law has not disappeared, but its defence can no longer be taken for granted. It requires building alliances, improving understanding of the realities of conflicts and defending the same principles from one crisis to another. To the question posed by the title of the event (“Who will stand up for international law?”), the discussion at Sciences Po offered a collective answer: states and institutions have a role to play, but academics, students, the media and civil society also share responsibility for defending an international order based on rules.
Le 28 septembre 2026, le Laboratoire de la République organisait la première Conversation éclairée de sa saison 2026-2027 autour du livre La République de la prévention (Éditions LEH). À cette occasion, David Smadja, responsable de la commission Santé du Laboratoire, a présenté ses propositions pour transformer le système de santé français. Prévention, intelligence artificielle, régionalisation et lutte contre la désinformation ont été au cœur des échanges, avec une ambition commune : passer d’un système principalement tourné vers le soin à un modèle capable d’anticiper les risques et de mieux répondre aux besoins des territoires.
Le 28 septembre 2026, le Laboratoire de la République inaugurait la saison 2026-2027 de ses Conversations éclairées avec une rencontre consacrée à l’avenir du système de santé français. Invité à présenter son ouvrage La République de la prévention publié aux Éditions LEH, David Smadja, professeur d’hématologie à l’AP-HP ainsi qu'à l’Université Paris Cité et responsable de la commission Santé du Laboratoire de la République, a exposé plusieurs pistes pour transformer l’organisation des soins en France.
Vieillissement de la population, progression des maladies chroniques, déserts médicaux, lourdeurs administratives et retard numérique : le système de santé français fait face à des difficultés structurelles croissantes. Pour David Smadja, la réponse ne peut se limiter à des ajustements budgétaires. Elle suppose de repenser un modèle historiquement centré sur le traitement des maladies, en donnant davantage de place à la prévention, aux nouvelles technologies et aux territoires.
Passer d’un système qui soigne à un système qui prévient
Le premier constat dressé par David Smadja concerne la place insuffisante accordée à la prévention : la France consacrerait environ 2 % de ses dépenses de santé à la prévention contre 8,8 % au Danemark. Dans le même temps, près des trois quarts des dépenses seraient liées aux maladies chroniques, dont certaines pourraient être évitées ou retardées. Il apparait donc nécessaire de penser la prévention au pluriel pour empêcher l’apparition des maladies mais aussi éviter leur aggravation lorsqu’elles sont déjà installées.
La vaccination contre les papillomavirus humains illustre, pour David Smadja, le retard français. Alors que ce vaccin permet de prévenir plusieurs cancers (notamment celui du col de l’utérus), seuls 40 % environ des 18-25 ans seraient vaccinés en France contre des niveaux proches de 90 % dans certains pays. Cet exemple montre l’importance de mieux informer la population et de développer des politiques de prévention capables de produire des résultats sur le long terme.
Cette transformation suppose également de revoir le financement de la prévention. David Smadja défend la création d’un budget spécifique, distinct des dépenses curatives, afin de considérer la prévention comme un investissement dont les bénéfices se mesureront plusieurs années plus tard. Il s’oppose notamment à une augmentation des franchises médicales pour financer ces politiques, estimant qu’il serait injuste d’en faire supporter le coût aux patients les plus malades. Les complémentaires santé pourraient en revanche contribuer davantage à des parcours de prévention territorialisés, à condition de préserver les principes de solidarité et d’égalité d’accès aux soins.
Faire de la lutte contre la désinformation une priorité de santé publique
David Smadja est revenu sur son expérience pendant la pandémie de Covid-19, période durant laquelle les réseaux sociaux ont amplifié la circulation de fausses informations médicales. Engagé dans des travaux scientifiques sur les complications vasculaires du virus et les questions de thrombose liées à la vaccination, il a notamment expliqué avoir reçu des menaces de mort en raison de ses prises de position scientifiques.
Face à cette situation, il propose la création d’une nouvelle spécialité ou fonction médicale : l’infovigilance. Inspirée de la pharmacovigilance, elle aurait pour objectif d’identifier et de combattre les fausses informations susceptibles d’avoir des conséquences sur la santé publique. Cette démarche devrait s’accompagner d’une éducation aux médias et à la santé, notamment auprès des jeunes. Le professeur a rappelé les travaux menés avec Nathalie Sonnac au sein du Laboratoire de la République sur ces questions.
Pour David Smadja, la réponse doit également être institutionnelle. Il a regretté que les propositions d’un rapport consacré à la lutte contre la désinformation en santé, remis à la ministre de la Santé en janvier 2026, n’aient pas encore été concrètement mises en œuvre. Les pouvoirs publics, les sociétés savantes et les professionnels de santé doivent, selon lui, investir davantage les réseaux sociaux pour y diffuser une information scientifique fiable et accessible.
Mieux mobiliser les biologistes médicaux et les nouvelles technologies
La prévention pourrait également s’appuyer davantage sur les professionnels déjà présents sur le territoire. David Smadja a notamment souligné le potentiel des biologistes médicaux. Avec environ 4 000 laboratoires privés en France, ces structures constituent un réseau de proximité encore insuffisamment mobilisé dans les politiques de prévention. L’élargissement récent des possibilités de dépistage du VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles montre pourtant l’intérêt de leur donner davantage de responsabilités.
Le professeur propose ainsi d’étendre les possibilités de consultation et de prescription des biologistes, notamment pour le suivi des risques cardiovasculaires et du diabète. Les progrès de la métabolomique, associés à l’intelligence artificielle, pourraient également permettre d’identifier certains risques de maladie plusieurs années avant leur apparition, à partir d’une simple prise de sang. Ces perspectives restent toutefois soumises à des validations cliniques avant une éventuelle utilisation courante.
Faire du numérique et de l’intelligence artificielle le socle de la réforme
Pour David Smadja, aucune réforme structurelle ne pourra produire de résultats durables sans une transformation profonde des infrastructures numériques. Aujourd’hui, les logiciels utilisés par les différents professionnels de santé ne communiquent pas toujours efficacement entre eux. Cette absence d’interopérabilité entraîne des examens redondants, des pertes de temps et des dépenses évitables.
Le professeur défend donc une intégration de l’intelligence artificielle dès la création du dossier médical afin de faciliter l’analyse des données tout au long du parcours de soins. L’objectif serait de mieux partager les informations, d’éviter les examens inutiles et de permettre aux professionnels de consacrer davantage de temps aux patients. Cette transformation suppose toutefois de développer des outils fiables et souverains, reposant sur des données de santé sécurisées et accessibles aux acteurs autorisés.
Interrogé sur les craintes des soignants, David Smadja a insisté sur le fait que l’IA ne devait pas remplacer le jugement médical mais le compléter. Selon lui, ces technologies deviendront progressivement indispensables à la pratique médicale. Les échanges avec la salle ont également souligné la nécessité de faciliter l’accès aux données de santé et de garantir l’interopérabilité des systèmes informatiques, sans laquelle les bénéfices attendus de l’IA resteraient limités.
Régionaliser la santé pour mieux répondre aux besoins des territoires
La gouvernance du système de santé constitue un autre axe majeur des propositions présentées. Pour David Smadja, les agences régionales de santé (ARS) ne disposent pas aujourd’hui d’une autonomie suffisante pour adapter les politiques sanitaires aux réalités locales. Elles restent, selon son expression, un « pouvoir de Paris avec des bureaux en région ». Il propose donc de passer d’une logique de déconcentration administrative à une véritable décentralisation.
Plutôt que d’engager immédiatement une réforme nationale, il suggère de conduire une expérimentation dans trois territoires volontaires aux caractéristiques différentes : une région favorisée, une région moins urbanisée et un territoire d’outre-mer. Les résultats seraient évalués au bout de trois ans notamment en matière d’accès aux soins, de qualité des prises en charge et de dépenses de santé. Cette méthode permettrait de vérifier l’efficacité d’une organisation plus territorialisée avant d’envisager sa généralisation.
La régionalisation permettrait également de responsabiliser davantage les élus locaux. Pour le professeur, confier une partie des décisions sanitaires aux présidents de région rapprocherait les politiques de santé des citoyens et faciliterait leur évaluation. Les échanges ont toutefois soulevé la question des inégalités entre territoires que cette nouvelle organisation devrait veiller à ne pas accentuer.
Former les professionnels de santé dans les territoires pour lutter contre les déserts médicaux
La question des déserts médicaux a prolongé les échanges sur la régionalisation. David Smadja s’est montré critique à l’égard des politiques visant à imposer l’installation de professionnels de santé dans les zones sous-dotées. Selon lui, contraindre un médecin déjà installé à déménager ne constitue pas une réponse durable. Il propose plutôt de développer la formation des futurs professionnels directement dans les territoires.
Aujourd’hui, une grande partie des étudiants en santé effectuent leurs stages dans les centres hospitaliers universitaires et les grandes structures hospitalières. Le professeur suggère de multiplier les terrains de stage labellisés dans les hôpitaux de proximité, les cabinets médicaux et certains établissements privés. En découvrant ces territoires dès leurs études, les jeunes professionnels pourraient davantage envisager de s’y installer durablement. Cette transformation supposerait également d’associer les doyens des facultés de santé à la gouvernance régionale afin de mieux adapter la répartition des étudiants aux besoins locaux.
Réintégrer la santé scolaire et la santé au travail dans les parcours de prévention
La réflexion sur la prévention a également conduit David Smadja à s’intéresser à deux secteurs encore insuffisamment intégrés au système de santé : la santé scolaire et la santé au travail. Ces dispositifs accompagnent pourtant les individus pendant une grande partie de leur vie mais leur organisation reste largement distincte de celle des parcours de soins traditionnels.
La situation de la santé scolaire apparaît particulièrement préoccupante. Le manque de professionnels dans les établissements complique le dépistage précoce de certaines pathologies, des troubles psychologiques ou des situations de harcèlement. David Smadja propose de rapprocher la médecine scolaire du ministère de la Santé et de développer les stages d’étudiants en médecine, pharmacie et soins infirmiers dans les écoles. Il a notamment cité une initiative parisienne au cours de laquelle des étudiantes en pharmacie ont animé des séances d’éducation à la santé sexuelle auprès d’élèves, en collaboration avec les enseignants.
La santé au travail appelle également une meilleure coordination. Organisée selon des modalités différentes entre les secteurs public et privé, elle manque de lisibilité et reste insuffisamment articulée avec les autres acteurs de santé.
Inscrire la réforme de la santé dans le temps long
Au-delà des propositions techniques, la rencontre a soulevé une question plus générale : comment permettre aux politiques de santé de s’inscrire dans la durée ? Pour David Smadja, le système français sait répondre aux crises immédiates, comme l’a montré la pandémie de Covid-19, mais rencontre davantage de difficultés à anticiper les risques de long terme. L’adaptation des hôpitaux et des EHPAD aux épisodes de chaleur extrême illustre, selon lui, cette faiblesse : alors que ces risques sont identifiés depuis des années, les infrastructures ne sont pas toujours adaptées.
Le professeur appelle donc à dépasser les logiques électorales de court terme et à développer une véritable culture de l’évaluation. Les réformes devraient pouvoir être expérimentées, mesurées et ajustées à partir de résultats concrets. Cette approche suppose également de moderniser des institutions largement héritées de l’après-guerre, notamment la Sécurité sociale et les centres hospitaliers universitaires dont l’organisation ne correspond plus toujours aux besoins actuels.
En conclusion de la rencontre, Jean-Michel Blanquer a replacé ces réflexions dans une perspective plus large de revitalisation des territoires et de renforcement des services publics. Au terme des échanges, une conviction s’est dégagée : la transformation du système de santé ne pourra pas reposer sur une succession d’ajustements ponctuels. Elle suppose de repenser durablement ses priorités, son organisation et ses outils, afin de construire un modèle capable non seulement de soigner mais aussi d’anticiper.
https://www.youtube.com/watch?v=wNVIJFpF-uc&t=16s
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