Mercredi 6 mars, le Laboratoire de la République a organisé un événement exceptionnel à l’occasion de la publication du premier ouvrage de la collection commune avec les éditions de l'Observatoire. Tatiana Giraud a présenté son ouvrage "L'attention au vivant". En présence de Marie Ameller, co-autrice.
Tandis que la crise climatique s’impose et détériore chaque jour nos conditions de vie, L’attention au vivant offre une exploration profonde et urgente de la biodiversité, mettant en lumière son rôle crucial, et trop souvent sous-estimé, dans le maintien de l’équilibre écologique, mais aussi dans le bien-être et l’existence même des populations humaines. Remontant le fil de l’évolution, Tatiana Giraud nous montre comment les théories de Charles Darwin et de ses successeurs nous permettent de comprendre que la biodiversité est un équilibre dynamique complexe, dont la mesure ne peut se résumer au seul dénombrement des espèces et des êtres vivants sur Terre. À travers de nombreux exemples — de ses travaux sur le roquefort aux récents débats de la Commission européenne sur les pesticides et les nouveaux OGM —, L’attention au vivant vient révéler combien la main de l’être humain peut contribuer à développer la biodiversité comme à l’appauvrir, par méconnaissance de son fonctionnement ou vision court-termiste. Ce livre est indispensable pour ceux qui cherchent à comprendre les enjeux de la biodiversité et les défis politiques que pose sa préservation. C’est un récit éclairant, empreint d’espoir, qui nous rappelle que chaque action, grande ou petite, compte dans notre quête collective d’un avenir plus durable.
Membre de l’Académie des sciences, Tatiana Giraud est une écologiste et biologiste reconnue pour ses recherches sur la biodiversité et les interactions entre espèces. Elle est actuellement directrice de recherche au CNRS.
Le Laboratoire de la République, à travers son antenne de Sciences Po Paris, a organisé un ciné-débat consacré aux violences intra-familiales. Entre projection documentaire et échange avec des acteurs engagés, cette soirée a permis d’ouvrir un espace de réflexion autour d’un enjeu social majeur.
Le Laboratoire de la République poursuit son objectif : faire vivre le débat public sur des sujets contemporains structurants. À Sciences Po Paris, l’antenne étudiante a ainsi proposé une soirée consacrée aux violences intra-familiales, en s’appuyant sur un format mêlant production documentaire et discussion.
L’événement s’est ouvert par la projection du film « Didier, moi et les autres… les enfants du silence », réalisé par Nicolas Bourgouin. Le film donne la parole à des hommes aujourd’hui adultes, victimes de viols ou d’agressions sexuelles durant leur enfance. À travers leurs témoignages, il met en lumière la persistance du silence, les mécanismes de déni et les difficultés spécifiques liées à la reconnaissance des violences sexuelles lorsqu’elles concernent des garçons.
La projection a été suivie d’un échange avec Steffy Alexandrian, fondatrice et présidente de l’association Carl, et Patrick Spica, producteur du documentaire. Leurs interventions ont permis d’articuler deux approches complémentaires : celle du terrain, à travers l’accompagnement des victimes, et celle de la production audiovisuelle, comme outil de sensibilisation et de mise en visibilité.
Les discussions ont notamment porté sur les conditions d’émergence de la parole des victimes, les freins sociaux et institutionnels à leur reconnaissance, ainsi que sur le rôle que peuvent jouer les acteurs publics, associatifs et médiatiques dans la lutte contre ces violences. La question de la prévention et de la responsabilisation collective a également été abordée.
Au-delà du seul cadre de la projection, ce ciné-débat illustre une démarche plus large portée par le Laboratoire de la République : croiser les regards, faire dialoguer les expériences et structurer des espaces de réflexion au plus près des jeunes publics. Dans un contexte où les violences intra-familiales demeurent un enjeu central des politiques publiques, ce type d’initiative contribue à nourrir une compréhension plus fine et partagée du phénomène.
En mobilisant à la fois le récit documentaire et la discussion, l’antenne de Sciences Po Paris affirme ainsi sa volonté de participer activement à la construction d’un débat public informé et exigeant.
(Re)voir l'intégralité du débat :
https://youtu.be/S8qWjI3P-eQ
Le mercredi 13 mai, le Laboratoire de la République recevait l'essayiste et journaliste Frédéric Martel à la Maison de l'Amérique latine, dans le cadre de ses « Conversations Éclairées ». Animée par Brice Couturier et Chloé Morin, la soirée a été l'occasion d'un échange exigeant et sans détours autour de son dernier ouvrage Occidents, Enquête sur nos ennemis, paru aux éditions Plon.
Une enquête de terrain contre le pessimisme de salonFrédéric Martel a d'emblée posé le cadre de sa démarche : plutôt que de produire un essai introspectif, il a choisi d'aller au contact direct de ceux qui critiquent, rejettent ou combattent les valeurs occidentales. « Face à un monde devenu incompréhensible, je prends le parti d'aller sur le terrain, au contact de nos ennemis, de nos détracteurs, plus ou moins méchants », a-t-il expliqué.Ce choix méthodologique n'est pas anodin. Il procède d'une conviction profonde : écouter ses adversaires est la meilleure façon de comprendre ce à quoi l'on tient. « À partir du moment où l'on écoute ce qui est dit par nos détracteurs, on arrive à comprendre à quoi on tient », a-t-il affirmé. Une posture intellectuelle rare, à rebours des débats où chacun se contente de parler à ses propres convictions.Le résultat est sans appel : ce voyage au cœur des discours hostiles à l'Occident l'a renvoyé plus convaincu que jamais. « J'en suis revenu encore plus convaincu par l'Union européenne et ses valeurs que quand je suis parti. »Décolonialisme, gauche anti-totalitaire et lucidité historiqueFrédéric Martel revendique une formation intellectuelle ancrée dans la gauche anti-totalitaire. Cette filiation le conduit à une lecture lucide et sans complaisance des décolonisations du XXe siècle. Si le mouvement décolonial mérite d'être pris au sérieux, il ne saurait faire l'économie d'un regard critique sur ses propres échecs. « On est obligé de prendre en compte le fait que certaines décolonisations ont échoué dans leur émancipation des peuples, l'Algérie avec le FLN, ou encore la Chine », a-t-il rappelé.Il souligne également la contradiction fondamentale de l'époque de Bandung : au moment même où l'Afrique et l'Asie s'émancipaient du joug colonial, l'URSS étendait son emprise sur de nouveaux territoires. Une tension que la pensée décoloniale contemporaine peine souvent à intégrer.Les sphères de justice : une grille de lecture pour notre époqueAu cœur de l'ouvrage se trouve une notion philosophique empruntée au penseur Michael Walzer : les sphères de justice. Pour Frédéric Martel, la démocratie ne se réduit pas au seul suffrage universel. Elle repose sur l'autonomie de sphères distinctes : politique, économique, intellectuelle, religieuse, culturelle, qui doivent rester indépendantes les unes des autres et ne pas être soumises à une domination unique.C'est à l'aune de ce critère qu'il évalue les régimes contemporains. « En Chine, toutes ces sphères sont dominées. En Iran aussi. Et c'est également ce qu'essaye de faire Donald Trump. » Un constat qui refuse toute forme de double standard et s'applique avec la même rigueur, qu'il s'agisse d'adversaires déclarés ou d'alliés encombrants.L'universalisme comme pari assuméLà où beaucoup hésitent, Frédéric Martel assume pleinement une position universaliste. « Je crois profondément, jusqu'à ce que les Chinois me prouvent le contraire, que les valeurs dont je parle sont universelles. » Liberté, démocratie, économie de marché honnête et non confisquée par les oligarchies ou les kleptocraties : autant d'aspirations qu'il croit communes à tous les peuples, par-delà les frontières culturelles.Cette conviction ne relève pas d'un impérialisme naïf, mais d'un pari intellectuel et politique : refuser de concéder aux régimes autoritaires le monopole de la définition de leur propre peuple.La guerre idéologique et nos divisions comme forceLa soirée s'est conclue sur une note à la fois lucide et résolument optimiste. Frédéric Martel n'esquive pas la réalité d'une guerre idéologique en cours, ni l'existence de ce qu'il appelle des « chevaux de Troie à domicile », des acteurs intérieurs qui relaient, consciemment ou non, les narratifs de nos adversaires.Mais il refuse d'en faire un motif de désespoir. Nos démocraties se distinguent précisément par leur capacité à se déchirer en débats, à critiquer leurs propres fondements. « En France, en Europe, nous nous battons tout le temps entre nous et c'est aussi ça la démocratie. Ces débats n'existent pas en Chine, à Cuba, en Russie. Au fond, c'est très bien que nous soyons divisés, tant que nous ne sommes pas dans la violence. »Quant aux propagandistes étrangers, il relativise leur puissance réelle : « Je ne crois pas qu'ils aient plus d'idées que nous. » Et de rappeler que les vrais intellectuels — ceux capables de critiquer les leurs se trouvent rarement au sein des régimes autoritaires, mais bien souvent en exil ou à l'international.
https://youtu.be/h8qz7LMYGHQ
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