Dans cette sixième note de notre série consacrée aux élections municipales, la commission République laïque du Laboratoire de la République analyse la place que devrait occuper la laïcité dans l’action des futures équipes communales. Elle défend l’idée que les maires et élus locaux constituent le « dernier kilomètre » de la mise en œuvre concrète des principes républicains et formule une série de propositions pour ancrer durablement la laïcité dans la démocratie locale.
La commission République laïque du Laboratoire de la République rappelle d’abord que les communes et intercommunalités, en tant que composantes de la sphère publique, sont pleinement tenues au respect du principe constitutionnel de laïcité. Or celle-ci demeure largement absente des débats de campagne, alors même qu’elle structure l’équilibre démocratique entre liberté de conscience, neutralité de l’action publique et civilité dans l’espace commun. La laïcité distingue trois sphères : privée (liberté), publique (neutralité) et société civile (discrétion) et vise à garantir que nulle foi ni idéologie ne dicte la loi collective. Elle ne combat pas les religions, mais les logiques fondamentalistes et les atteintes à l’ordre public.
Les auteurs insistent sur le rôle central des élus municipaux, en particulier des maires, pour faire vivre ce principe au quotidien, qu’il s’agisse de la gestion de situations sensibles, de la prévention des tensions ou de l’encadrement des associations subventionnées. La loi du 24 août 2021 impose la formation des agents publics et la désignation de référents laïcité, mais son application demeure incomplète, notamment dans la fonction publique territoriale. La note plaide ainsi pour un effort massif, structuré et durable de formation des élus, agents et responsables associatifs, articulant repères historiques et juridiques, mises en situation concrètes et accompagnement des encadrants.
Au-delà de la formation, la commission propose un véritable pilotage communal de la laïcité : adoption d’une charte municipale, création d’un Conseil local des sages, publication annuelle d’un rapport, conditionnement des subventions au respect du contrat d’engagement républicain. La promotion de la laïcité passe également par des actions symboliques et éducatives, comme la valorisation du 14 juillet et du 9 décembre, le soutien aux initiatives citoyennes, les politiques d’égalité des chances, afin de faire de la laïcité non un principe défensif, mais un levier d’émancipation et de cohésion au cœur du projet municipal.
Michel Lalande est préfet honoraire et responsable de la commission République laïque du Laboratoire de la République.
Malika Guenou est conseillère Relations avec les Territoires au cabinet du président de la région Provence-Alpes Côte d’Azur.
Leïla Grenu est membre de la commission République laïque.
Pierre-Henri Tavoillot est philosophie, universitaire et responsable du diplôme D.U. « Référent laïcité » à Sorbonne Université.
Théo Fouquer est sherpa de la commission République laïque.
Alexia Fossaluzza est sherpa de la commission République laïque.
À l’approche des élections municipales de mars 2026, la réforme des modes de scrutin redessine en profondeur les règles du jeu électoral dans les communes françaises. Dans cette quatrième note de notre série consacrée aux élections municipales, Alain Laquièze, professeur de droit public et responsable de la commission République démocratique du Laboratoire de la République, examine la portée démocratique de ces changements législatifs et interroge leur capacité réelle à restaurer la confiance civique.
À quelques mois d’un scrutin municipal décisif, la réforme des systèmes électoraux adoptée en 2025 invite à une réflexion d’ensemble sur l’état de la démocratie locale en France. Dans cette note, Alain Laquièze propose une lecture juridique et institutionnelle des nouvelles règles applicables en mars 2026, en les replaçant dans un contexte marqué par l’érosion de la confiance envers les élus et par une exigence accrue de participation citoyenne.
Deux textes ont substantiellement modifié le cadre électoral. La loi du 21 mai 2025 réforme le mode de scrutin dans les communes de moins de 1 000 habitants en substituant au scrutin plurinominal avec panachage un scrutin proportionnel de liste assorti d’une prime majoritaire et d’une obligation de parité. Présentée comme un levier de vitalité démocratique, de cohésion municipale et d’égal accès des femmes et des hommes aux mandats, cette évolution soulève néanmoins des interrogations : restriction de la liberté de l’électeur, difficulté à constituer plusieurs listes dans les très petites communes et risque d’exacerbation des antagonismes locaux.
Parallèlement, la loi du 11 août 2025 transforme le régime électoral de Paris, Lyon et Marseille en instaurant un double scrutin distinct pour les conseillers municipaux et les conseillers d’arrondissement ou de secteur, tout en abaissant la prime majoritaire à 25 %. Si cette réforme renforce le lien direct entre les électeurs et le conseil municipal et favorise le pluralisme, elle contribue aussi à une forte personnalisation de la compétition autour de la figure du maire et à un affaiblissement relatif de l’échelon d’arrondissement.
Ces réformes tendent ainsi à politiser davantage les élections municipales de 2026, tant dans les petites communes que dans les plus grandes villes. Il demeure toutefois incertain qu’elles suffisent à restaurer durablement la confiance démocratique, même si le maire et le conseil municipal restent, à ce jour, les institutions politiques qui bénéficient du niveau de confiance le plus élevé auprès des Français.
Municipales 2026 - République démocratiqueTélécharger
Dans cette cinquième note de notre série consacrée aux élections municipales, Olivia Leboyer, docteure en science politique et enseignante à Sciences Po Paris, analyse l’état de la confiance dans la démocratie locale. À partir des données du CEVIPOF et de travaux récents sur la confiance politique, elle interroge le rôle singulier du maire dans un contexte de défiance généralisée, de transformation des règles électorales et d’attentes citoyennes croissantes.
Le constat est paradoxal : la défiance envers le personnel politique atteint des niveaux élevés (seuls 20 % des sondés estiment que les responsables politiques essaient de tenir leurs promesses et la confiance dans les partis demeure marginale) mais les élus locaux continuent de bénéficier d’un capital de confiance nettement supérieur. La proximité, l’accessibilité et l’ancrage territorial expliquent en partie cet écart. Pourtant, cette relation repose sur un équilibre fragile. En mobilisant les apports de la philosophie politique et de la sociologie, d’Hobbes à Niklas Luhmann et Martin Hartmann, Olivia Leboyer rappelle que la confiance n’est pas un état acquis mais une pratique, une construction dynamique toujours exposée à son envers : la défiance.
La figure du maire demeure centrale dans une France composée majoritairement de petites communes. Toutefois, plusieurs évolutions fragilisent cet équilibre : professionnalisation et exigence accrue des mandats, faibles rémunérations, recul des profils notabiliaires traditionnels, interdiction du cumul des mandats. Dans un contexte international anxiogène, les citoyens projettent sur les maires des attentes fortes, notamment sur des enjeux comme l’insécurité, la santé ou les finances publiques ; des domaines qui relèvent en grande partie du niveau national. Ce décalage nourrit un risque de malentendu démocratique.
Enfin, la note met en lumière les effets institutionnels et communicationnels susceptibles d’influencer les municipales de 2026 : extension de la prime majoritaire dans les petites communes, application de la réforme PLM à Paris, Lyon et Marseille, statut encore fragile des élus d’opposition. À cela s’ajoute l’évolution des campagnes locales, de plus en plus marquées par le storytelling et les formats numériques courts. Pour l’auteure, la démocratie municipale devrait au contraire rester un espace de délibération concrète et d’échange horizontal, condition essentielle pour retisser la confiance dans une société fragmentée.
Olivia Leboyer est docteur en science politique et enseignante à Sciences Po Paris.
Municipales 2026 - La confiance en questionTélécharger
Razika Adnani est islamologue et philosophe. Dans cette tribune, elle revient sur le choc que la campagne pour la promotion du voile a provoqué. Elle explique les causes et l’origine de ce qu’elle appelle « la guerre du voile » et comment les islamistes détournent le sens de principes de liberté et d’égalité pour l’imposer.
Publié par Fild Media le 17 novembre 2021
Le choc que la campagne pour la promotion du voile a provoqué a été terrible parce qu’il s’agissait de l’Occident et parce que la campagne faisait la promotion de la pratique la plus opprimante pour les femmes et la plus discriminatoire à leur égard. L’Occident qui a été longtemps un exemple à suivre dans le domaine de la protection de la liberté et des droits des femmes a piétiné ses propres valeurs. Personne n’est dupe pour croire que le Conseil de l’Europe seul a eu l’idée de faire la promotion du voile. Si le choc est aussi grand, c’est parce qu’on a réalisé que les islamistes, qui ont mené farouchement « la guerre du voile » depuis un siècle environ, ont réussi à imposer cette pratique au sein d’institutions censées protéger les valeurs de l’Occident, dont l’égalité entre les femmes et les hommes. Le Conseil de l’Europe a trahi des millions de femmes dans le monde qui se battent contre le voile auquel le patriarcat les soumet ou veut les soumettre.
La « guerre du voile » a commencé dans le monde musulman au début du XXe siècle, pour ne parler que de la période contemporaine. C’est l’époque où des intellectuels et des politiques modernistes, influencés par les valeurs occidentales qui étaient pour eux celles de toute l’humanité, ont entamé le grand projet de modernisation de leurs sociétés. Ils ont, cependant, très vite compris que sans l’émancipation des femmes aucune évolution sociale ou politique n’était possible. Ils ont alors sérieusement critiqué la claustration des femmes et le port du voile, intimement liés. La philosophe Doria Chafik (1908-1975) a remis en cause l’idée du voile comme prescription islamique. « Nous trouvons dans les œuvres artistiques de l'Égypte ancienne des indices nous permettant de déduire que le voile n'était pas inconnu dans l'antiquité », écrit-elle dans son livre La femme et le droit religieux de l'Égypte contemporaine. Les efforts de ces modernistes ont donné des résultats spectaculaires. Lors de la première moitié du XXe siècle, les femmes sortaient dans les rues d’Alger, de Tunis, du Caire, de Manama et même de Kaboul les jambes et la chevelure non dissimulées et cela ne posait pas de problème. Des dignitaires religieux ne voyaient pas d’inconvénients à ce que les femmes ne portent pas le voile, c’est-à-dire ne se couvrent pas la tête comme le prouvent les photos de l’époque. Parmi eux, il y a ceux qui ont occupé plusieurs fonctions religieuses y compris au sein de la mosquée d’al Azhar du Caire comme Ahmed Hassen al-Bakouri (1907-1985) ainsi que l’Algérien Cheikh Bachir Ibrahimi (1989-1956) qui a été président de l’association des Oulémas algériens.
En 1928, les conservateurs, qui voulaient prendre le pouvoir pour contrer la modernisation des sociétés musulmanes, ont créé en Égypte la Confrérie des Frères musulmans pour mieux s’organiser. Leur objectif était de ré-islamiser les musulmans trop influencés, selon eux, par la culture occidentale qui les avaient éloignés du vrai islam. Un de leurs projets était de soumettre les femmes à nouveau au port du voile. Leur dévoilement était vu comme une menace pour leur domination sur les femmes et comme un danger pour la société musulmane qui devait impérativement se distinguer de la société occidentale. En revanche, les islamistes n’ont pas cherché à renvoyer les femmes à la maison. Ils avaient compris l’importance pour la réussite de leur mouvement de la présence de femmes voilées dans l’espace public. Une femme voilée qui va à l’université et travaille était un meilleur emblème pour leur mouvement que des dizaines qui restaient à la maison. Ils ont décidé d’utiliser le voile comme arme dans leur lutte contre les modernistes et ils ont même intégré les femmes dans leur confrérie en créant en 1932 la branche féminine appelée Sœurs musulmanes, dont le rôle était surtout d’inciter les autres femmes au port du voile. Zineb al-Ghazali en a été la première représentante.Dans leur lutte pour re-voiler les femmes, les Frères musulmans ont monopolisé les médias et les moyens de communication. Beaucoup de feuilletons montrant des femmes voilées pieuses ont été produits et diffusés partout dans le monde musulman. En 1990, presque toutes les femmes dans les sociétés musulmanes étaient voilées. Avec l’abolition du voile, les modernistes avaient propulsé les sociétés musulmanes dans le monde de la modernité. Les conservateurs ont voulu avec sa réinstauration les ramener vers le passé. Cette victoire des islamistes s’explique par les dollars des Wahhabites et l’acharnement des conservateurs. Mais il y a autre chose de plus important.
Les modernistes qui ont lutté contre le voile et qui l’ont critiqué comme un obstacle à l’épanouissement sociale et économique des femmes et de la société n’ont pas osé, ou très timidement, questionner les textes et la religion ni le présenter comme une discrimination à l’égard de la femme de peur d’heurter la religion.Cela a donné aux islamistes des arguments pour défendre leur projet d’imposer le port du voile aux femmes. Ils ont incité les étudiantes et les femmes qui travaillaient à le porter pour qu’elles donnent un exemple que le voile ne constitue pas une entrave à l’émancipation de la femme et de la société et démonter l’argument des modernistes.Quant à l’argument de la religion, il leur avait suffi de réaffirmer que le voile était une pratique religieuse incontournable pour les femmes. Alors que la dissimilation de la chevelure de la femme n’apparaît dans aucun des trois versets recommandant pour la femme une manière de s’habiller. Quand bien même il apparaitrait, cela ne suffirait pas pour l’imposer aux femmes. Les musulmans ne mettent pas en pratique toutes les recommandations du Coran comme l’esclavage qu’ils ont déclaré caduc, alors qu’il est cité et codifié dans 25 versets coraniques. Il faut également souligner que les recommandations s’opposent entre elles. Cependant, parce que la question du voile n’a pas été remise en cause au sein de l’islam, les conservateurs ont pu facilement convaincre les femmes que c’était une règle coranique à laquelle elles devaient se soumettre.
La guerre du voile se poursuit en Occident
Mais la guerre du voile n’était pas pour autant terminée. Elle s’est poursuivie en Occident. Non seulement parce que des musulmans vivaient de plus en plus en Occident, mais aussi parce que l’objectif des islamistes n’était pas d’islamiser uniquement les sociétés musulmanes, mais aussi l’Occident où ils sont également partis au front avec le voile comme arme. Comme dans les pays musulmans, il est la meilleure preuve de la réussite de leur mouvement. Porté sur la tête d’une femme, il est toujours plus efficace que la prière et le jeûne qui ne se voient pas forcément sur les visages des personnes dans la rue. Malgré les tensions permanentes que le port du voile suscite et la riposte de ceux qui veillent à défendre les valeurs de l’époque actuelle, l’objectif de l’imposer partout en Occident et de le faire accepter par l’autre ne faiblit pas.
En Occident, les adeptes du voile ne se sont pas contentés de le présenter comme une recommandation coranique, ils ont voulu qu’il soit la condition même de l’appartenance de la femme à l’islam. Tariq Ramadan en a fait un acte de foi. « Pour les femmes, la prescription porte également sur le port du voile… (et) il s’agit d’un acte de foi », écrit-il dans son ouvrage Le Génie de l’islam publié en France en 2016. Ce qui est un grand dérapage théologique, car le voile n’est ni un principe fondateur de l’islam, ni un principe de la pratique de l’islam. En islam, avoir la foi consiste à avoir la conviction que Dieu existe et qu’il est unique, que Mohamed est son prophète et que le Coran est sa parole sans aucune distinction entre les femmes et les hommes. Les principes de la pratique de l’islam sont la prière, l’aumône, le hadj (pèlerinage à La Mecque) et le jeûne. Une personne peut donc appartenir à l’islam et être pratiquante sans avoir à porter le voile. Le voile n’est pas non plus une pratique spécifique à l’islam ni un critère identitaire des musulmanes comme l’a affirmé la campagne du Conseil de l’Europe. Le couvrement de la tête pour les femmes était une tradition méditerranéenne remontant à une période bien antérieure à l’islam.
Changer la représentation du voile
En Occident, bien que le port du voile soit en hausse, celui-ci se heurte toutefois aux valeurs de la liberté et de l’égalité. Pour que l’autre l’accepte et afin de pouvoir l’introduire dans toutes les sphères de la société, ses adeptes ont décidé de changer son image, de le présenter comme un signe d’égalité et une preuve de liberté. Or, le concept de liberté n’est ni connu dans la pensée musulmane ni reconnu par les sociétés musulmanes et le voile comme les autres pratiques est présenté, compris et vécu comme une obligation juridique et un ordre divin que l’on ne discute pas. Cependant, ceux qui utilisent ce concept de liberté sont conscients de sa valeur dans les sociétés occidentales et cela sur le plan social, politique et moral, valeur qu’eux ne reconnaissent pas. Seulement, ils voient en lui le meilleur moyen pour défendre le port du voile et l’imposer.
Le voile n’est pas non plus une preuve d’égalité. Ordonné à la femme et non à l’homme, il est lui-même une discrimination tant à l’égard des femmes par rapport aux hommes qu’à l’égard des femmes non-voilées par rapport à celles qui sont voilées. Les non-voilées sont considérées comme impudiques qui méritent d’être violentées et violées. Une discrimination qui remonte à l’antiquité et qu’on retrouve dans le verset 59 de la sourate 33, Les Coalisés : « Ô prophète dis à tes épouses à tes filles et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs djalabib ( pluriel de djilbab signifiant robe longue) ainsi elles seront vite reconnues et ne seront pas offensées ».Ainsi, si l’égalité consiste à accorder à tous les mêmes droits, les islamistes revendiquent une autre égalité qui accorde les mêmes droits à ceux qui pratiquent les discriminations qu’à ceux qui accordent à tous les mêmes droits. Une égalité qui veut la même visibilité et le même respect à une pratique qui discrimine les femmes qu’à une autre qui met les hommes et les femmes sur un pied d’égalité. Ce détournement des valeurs de la liberté et de l’égalité crée une confusion grave quant à leur sens et les menace sérieusement avec le consentement du Conseil de l’Europe.
Ce qui aggrave la situation, c’est que le Conseil de l’Europe n’a pas fait seulement la promotion du voile des femmes, mais aussi de celui des petites filles dans une vidéo intitulée « United diversity » qui a ensuite été supprimée de leur site.Le voilement des petites filles est la preuve indéniable de l’absurdité de l’argument du voile comme liberté. On ne peut pas prétendre que les petites filles ont atteint la maturité intellectuelle et morale qui leur permette de choisir leurs actes, de décider elles-mêmes de se voiler. D’autant plus que ceux qui imposent le voile aux petites filles expliquent que leur objectif est d’habituer les femmes au port du voile dès leur jeune âge, afin d’éliminer chez elles toute velléité de liberté qui entraînerait le risque qu’elles se rebellent contre cette pratique. Décidément, l’Occident ne sait plus défendre ses valeurs.
Les femmes notamment celles qui vivent dans les pays musulmans, doivent désormais compter sur elles-mêmes pour changer leur condition et arracher leurs droits d’être humain et leur droit d’avoir les mêmes droits que les hommes. Elles doivent impérativement s’armer de moyen théologiques, historiques, philosophiques et politiques qui leur permettent de se défendre contre le discours qui veut faire d’elles des êtres inférieurs au nom de la religion.
Razika Adnanihttp://www.razika-adnani.com
À l’approche des élections municipales de mars 2026, la réforme des modes de scrutin redessine en profondeur les règles du jeu électoral dans les communes françaises. Dans cette quatrième note de notre série consacrée aux élections municipales, Alain Laquièze, professeur de droit public et responsable de la commission République démocratique du Laboratoire de la République, examine la portée démocratique de ces changements législatifs et interroge leur capacité réelle à restaurer la confiance civique.
À quelques mois d’un scrutin municipal décisif, la réforme des systèmes électoraux adoptée en 2025 invite à une réflexion d’ensemble sur l’état de la démocratie locale en France. Dans cette note, Alain Laquièze propose une lecture juridique et institutionnelle des nouvelles règles applicables en mars 2026, en les replaçant dans un contexte marqué par l’érosion de la confiance envers les élus et par une exigence accrue de participation citoyenne.
Deux textes ont substantiellement modifié le cadre électoral. La loi du 21 mai 2025 réforme le mode de scrutin dans les communes de moins de 1 000 habitants en substituant au scrutin plurinominal avec panachage un scrutin proportionnel de liste assorti d’une prime majoritaire et d’une obligation de parité. Présentée comme un levier de vitalité démocratique, de cohésion municipale et d’égal accès des femmes et des hommes aux mandats, cette évolution soulève néanmoins des interrogations : restriction de la liberté de l’électeur, difficulté à constituer plusieurs listes dans les très petites communes et risque d’exacerbation des antagonismes locaux.
Parallèlement, la loi du 11 août 2025 transforme le régime électoral de Paris, Lyon et Marseille en instaurant un double scrutin distinct pour les conseillers municipaux et les conseillers d’arrondissement ou de secteur, tout en abaissant la prime majoritaire à 25 %. Si cette réforme renforce le lien direct entre les électeurs et le conseil municipal et favorise le pluralisme, elle contribue aussi à une forte personnalisation de la compétition autour de la figure du maire et à un affaiblissement relatif de l’échelon d’arrondissement.
Ces réformes tendent ainsi à politiser davantage les élections municipales de 2026, tant dans les petites communes que dans les plus grandes villes. Il demeure toutefois incertain qu’elles suffisent à restaurer durablement la confiance démocratique, même si le maire et le conseil municipal restent, à ce jour, les institutions politiques qui bénéficient du niveau de confiance le plus élevé auprès des Français.
Municipales 2026 - République démocratiqueTélécharger
Dans cette cinquième note de notre série consacrée aux élections municipales, Olivia Leboyer, docteure en science politique et enseignante à Sciences Po Paris, analyse l’état de la confiance dans la démocratie locale. À partir des données du CEVIPOF et de travaux récents sur la confiance politique, elle interroge le rôle singulier du maire dans un contexte de défiance généralisée, de transformation des règles électorales et d’attentes citoyennes croissantes.
Le constat est paradoxal : la défiance envers le personnel politique atteint des niveaux élevés (seuls 20 % des sondés estiment que les responsables politiques essaient de tenir leurs promesses et la confiance dans les partis demeure marginale) mais les élus locaux continuent de bénéficier d’un capital de confiance nettement supérieur. La proximité, l’accessibilité et l’ancrage territorial expliquent en partie cet écart. Pourtant, cette relation repose sur un équilibre fragile. En mobilisant les apports de la philosophie politique et de la sociologie, d’Hobbes à Niklas Luhmann et Martin Hartmann, Olivia Leboyer rappelle que la confiance n’est pas un état acquis mais une pratique, une construction dynamique toujours exposée à son envers : la défiance.
La figure du maire demeure centrale dans une France composée majoritairement de petites communes. Toutefois, plusieurs évolutions fragilisent cet équilibre : professionnalisation et exigence accrue des mandats, faibles rémunérations, recul des profils notabiliaires traditionnels, interdiction du cumul des mandats. Dans un contexte international anxiogène, les citoyens projettent sur les maires des attentes fortes, notamment sur des enjeux comme l’insécurité, la santé ou les finances publiques ; des domaines qui relèvent en grande partie du niveau national. Ce décalage nourrit un risque de malentendu démocratique.
Enfin, la note met en lumière les effets institutionnels et communicationnels susceptibles d’influencer les municipales de 2026 : extension de la prime majoritaire dans les petites communes, application de la réforme PLM à Paris, Lyon et Marseille, statut encore fragile des élus d’opposition. À cela s’ajoute l’évolution des campagnes locales, de plus en plus marquées par le storytelling et les formats numériques courts. Pour l’auteure, la démocratie municipale devrait au contraire rester un espace de délibération concrète et d’échange horizontal, condition essentielle pour retisser la confiance dans une société fragmentée.
Olivia Leboyer est docteur en science politique et enseignante à Sciences Po Paris.
Municipales 2026 - La confiance en questionTélécharger
Razika Adnani est islamologue et philosophe. Dans cette tribune, elle revient sur le choc que la campagne pour la promotion du voile a provoqué. Elle explique les causes et l’origine de ce qu’elle appelle « la guerre du voile » et comment les islamistes détournent le sens de principes de liberté et d’égalité pour l’imposer.
Publié par Fild Media le 17 novembre 2021
Le choc que la campagne pour la promotion du voile a provoqué a été terrible parce qu’il s’agissait de l’Occident et parce que la campagne faisait la promotion de la pratique la plus opprimante pour les femmes et la plus discriminatoire à leur égard. L’Occident qui a été longtemps un exemple à suivre dans le domaine de la protection de la liberté et des droits des femmes a piétiné ses propres valeurs. Personne n’est dupe pour croire que le Conseil de l’Europe seul a eu l’idée de faire la promotion du voile. Si le choc est aussi grand, c’est parce qu’on a réalisé que les islamistes, qui ont mené farouchement « la guerre du voile » depuis un siècle environ, ont réussi à imposer cette pratique au sein d’institutions censées protéger les valeurs de l’Occident, dont l’égalité entre les femmes et les hommes. Le Conseil de l’Europe a trahi des millions de femmes dans le monde qui se battent contre le voile auquel le patriarcat les soumet ou veut les soumettre.
La « guerre du voile » a commencé dans le monde musulman au début du XXe siècle, pour ne parler que de la période contemporaine. C’est l’époque où des intellectuels et des politiques modernistes, influencés par les valeurs occidentales qui étaient pour eux celles de toute l’humanité, ont entamé le grand projet de modernisation de leurs sociétés. Ils ont, cependant, très vite compris que sans l’émancipation des femmes aucune évolution sociale ou politique n’était possible. Ils ont alors sérieusement critiqué la claustration des femmes et le port du voile, intimement liés. La philosophe Doria Chafik (1908-1975) a remis en cause l’idée du voile comme prescription islamique. « Nous trouvons dans les œuvres artistiques de l'Égypte ancienne des indices nous permettant de déduire que le voile n'était pas inconnu dans l'antiquité », écrit-elle dans son livre La femme et le droit religieux de l'Égypte contemporaine. Les efforts de ces modernistes ont donné des résultats spectaculaires. Lors de la première moitié du XXe siècle, les femmes sortaient dans les rues d’Alger, de Tunis, du Caire, de Manama et même de Kaboul les jambes et la chevelure non dissimulées et cela ne posait pas de problème. Des dignitaires religieux ne voyaient pas d’inconvénients à ce que les femmes ne portent pas le voile, c’est-à-dire ne se couvrent pas la tête comme le prouvent les photos de l’époque. Parmi eux, il y a ceux qui ont occupé plusieurs fonctions religieuses y compris au sein de la mosquée d’al Azhar du Caire comme Ahmed Hassen al-Bakouri (1907-1985) ainsi que l’Algérien Cheikh Bachir Ibrahimi (1989-1956) qui a été président de l’association des Oulémas algériens.
En 1928, les conservateurs, qui voulaient prendre le pouvoir pour contrer la modernisation des sociétés musulmanes, ont créé en Égypte la Confrérie des Frères musulmans pour mieux s’organiser. Leur objectif était de ré-islamiser les musulmans trop influencés, selon eux, par la culture occidentale qui les avaient éloignés du vrai islam. Un de leurs projets était de soumettre les femmes à nouveau au port du voile. Leur dévoilement était vu comme une menace pour leur domination sur les femmes et comme un danger pour la société musulmane qui devait impérativement se distinguer de la société occidentale. En revanche, les islamistes n’ont pas cherché à renvoyer les femmes à la maison. Ils avaient compris l’importance pour la réussite de leur mouvement de la présence de femmes voilées dans l’espace public. Une femme voilée qui va à l’université et travaille était un meilleur emblème pour leur mouvement que des dizaines qui restaient à la maison. Ils ont décidé d’utiliser le voile comme arme dans leur lutte contre les modernistes et ils ont même intégré les femmes dans leur confrérie en créant en 1932 la branche féminine appelée Sœurs musulmanes, dont le rôle était surtout d’inciter les autres femmes au port du voile. Zineb al-Ghazali en a été la première représentante.Dans leur lutte pour re-voiler les femmes, les Frères musulmans ont monopolisé les médias et les moyens de communication. Beaucoup de feuilletons montrant des femmes voilées pieuses ont été produits et diffusés partout dans le monde musulman. En 1990, presque toutes les femmes dans les sociétés musulmanes étaient voilées. Avec l’abolition du voile, les modernistes avaient propulsé les sociétés musulmanes dans le monde de la modernité. Les conservateurs ont voulu avec sa réinstauration les ramener vers le passé. Cette victoire des islamistes s’explique par les dollars des Wahhabites et l’acharnement des conservateurs. Mais il y a autre chose de plus important.
Les modernistes qui ont lutté contre le voile et qui l’ont critiqué comme un obstacle à l’épanouissement sociale et économique des femmes et de la société n’ont pas osé, ou très timidement, questionner les textes et la religion ni le présenter comme une discrimination à l’égard de la femme de peur d’heurter la religion.Cela a donné aux islamistes des arguments pour défendre leur projet d’imposer le port du voile aux femmes. Ils ont incité les étudiantes et les femmes qui travaillaient à le porter pour qu’elles donnent un exemple que le voile ne constitue pas une entrave à l’émancipation de la femme et de la société et démonter l’argument des modernistes.Quant à l’argument de la religion, il leur avait suffi de réaffirmer que le voile était une pratique religieuse incontournable pour les femmes. Alors que la dissimilation de la chevelure de la femme n’apparaît dans aucun des trois versets recommandant pour la femme une manière de s’habiller. Quand bien même il apparaitrait, cela ne suffirait pas pour l’imposer aux femmes. Les musulmans ne mettent pas en pratique toutes les recommandations du Coran comme l’esclavage qu’ils ont déclaré caduc, alors qu’il est cité et codifié dans 25 versets coraniques. Il faut également souligner que les recommandations s’opposent entre elles. Cependant, parce que la question du voile n’a pas été remise en cause au sein de l’islam, les conservateurs ont pu facilement convaincre les femmes que c’était une règle coranique à laquelle elles devaient se soumettre.
La guerre du voile se poursuit en Occident
Mais la guerre du voile n’était pas pour autant terminée. Elle s’est poursuivie en Occident. Non seulement parce que des musulmans vivaient de plus en plus en Occident, mais aussi parce que l’objectif des islamistes n’était pas d’islamiser uniquement les sociétés musulmanes, mais aussi l’Occident où ils sont également partis au front avec le voile comme arme. Comme dans les pays musulmans, il est la meilleure preuve de la réussite de leur mouvement. Porté sur la tête d’une femme, il est toujours plus efficace que la prière et le jeûne qui ne se voient pas forcément sur les visages des personnes dans la rue. Malgré les tensions permanentes que le port du voile suscite et la riposte de ceux qui veillent à défendre les valeurs de l’époque actuelle, l’objectif de l’imposer partout en Occident et de le faire accepter par l’autre ne faiblit pas.
En Occident, les adeptes du voile ne se sont pas contentés de le présenter comme une recommandation coranique, ils ont voulu qu’il soit la condition même de l’appartenance de la femme à l’islam. Tariq Ramadan en a fait un acte de foi. « Pour les femmes, la prescription porte également sur le port du voile… (et) il s’agit d’un acte de foi », écrit-il dans son ouvrage Le Génie de l’islam publié en France en 2016. Ce qui est un grand dérapage théologique, car le voile n’est ni un principe fondateur de l’islam, ni un principe de la pratique de l’islam. En islam, avoir la foi consiste à avoir la conviction que Dieu existe et qu’il est unique, que Mohamed est son prophète et que le Coran est sa parole sans aucune distinction entre les femmes et les hommes. Les principes de la pratique de l’islam sont la prière, l’aumône, le hadj (pèlerinage à La Mecque) et le jeûne. Une personne peut donc appartenir à l’islam et être pratiquante sans avoir à porter le voile. Le voile n’est pas non plus une pratique spécifique à l’islam ni un critère identitaire des musulmanes comme l’a affirmé la campagne du Conseil de l’Europe. Le couvrement de la tête pour les femmes était une tradition méditerranéenne remontant à une période bien antérieure à l’islam.
Changer la représentation du voile
En Occident, bien que le port du voile soit en hausse, celui-ci se heurte toutefois aux valeurs de la liberté et de l’égalité. Pour que l’autre l’accepte et afin de pouvoir l’introduire dans toutes les sphères de la société, ses adeptes ont décidé de changer son image, de le présenter comme un signe d’égalité et une preuve de liberté. Or, le concept de liberté n’est ni connu dans la pensée musulmane ni reconnu par les sociétés musulmanes et le voile comme les autres pratiques est présenté, compris et vécu comme une obligation juridique et un ordre divin que l’on ne discute pas. Cependant, ceux qui utilisent ce concept de liberté sont conscients de sa valeur dans les sociétés occidentales et cela sur le plan social, politique et moral, valeur qu’eux ne reconnaissent pas. Seulement, ils voient en lui le meilleur moyen pour défendre le port du voile et l’imposer.
Le voile n’est pas non plus une preuve d’égalité. Ordonné à la femme et non à l’homme, il est lui-même une discrimination tant à l’égard des femmes par rapport aux hommes qu’à l’égard des femmes non-voilées par rapport à celles qui sont voilées. Les non-voilées sont considérées comme impudiques qui méritent d’être violentées et violées. Une discrimination qui remonte à l’antiquité et qu’on retrouve dans le verset 59 de la sourate 33, Les Coalisés : « Ô prophète dis à tes épouses à tes filles et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs djalabib ( pluriel de djilbab signifiant robe longue) ainsi elles seront vite reconnues et ne seront pas offensées ».Ainsi, si l’égalité consiste à accorder à tous les mêmes droits, les islamistes revendiquent une autre égalité qui accorde les mêmes droits à ceux qui pratiquent les discriminations qu’à ceux qui accordent à tous les mêmes droits. Une égalité qui veut la même visibilité et le même respect à une pratique qui discrimine les femmes qu’à une autre qui met les hommes et les femmes sur un pied d’égalité. Ce détournement des valeurs de la liberté et de l’égalité crée une confusion grave quant à leur sens et les menace sérieusement avec le consentement du Conseil de l’Europe.
Ce qui aggrave la situation, c’est que le Conseil de l’Europe n’a pas fait seulement la promotion du voile des femmes, mais aussi de celui des petites filles dans une vidéo intitulée « United diversity » qui a ensuite été supprimée de leur site.Le voilement des petites filles est la preuve indéniable de l’absurdité de l’argument du voile comme liberté. On ne peut pas prétendre que les petites filles ont atteint la maturité intellectuelle et morale qui leur permette de choisir leurs actes, de décider elles-mêmes de se voiler. D’autant plus que ceux qui imposent le voile aux petites filles expliquent que leur objectif est d’habituer les femmes au port du voile dès leur jeune âge, afin d’éliminer chez elles toute velléité de liberté qui entraînerait le risque qu’elles se rebellent contre cette pratique. Décidément, l’Occident ne sait plus défendre ses valeurs.
Les femmes notamment celles qui vivent dans les pays musulmans, doivent désormais compter sur elles-mêmes pour changer leur condition et arracher leurs droits d’être humain et leur droit d’avoir les mêmes droits que les hommes. Elles doivent impérativement s’armer de moyen théologiques, historiques, philosophiques et politiques qui leur permettent de se défendre contre le discours qui veut faire d’elles des êtres inférieurs au nom de la religion.
Razika Adnanihttp://www.razika-adnani.com
Pour rester informé inscrivez-vous à la newsletter
Nous utilisons des cookies sur notre site Web pour vous offrir l'expérience la plus pertinente en mémorisant vos préférences et vos visites répétées. En cliquant sur "Accepter tout", vous consentez à l'utilisation de TOUS les cookies. Toutefois, vous pouvez visiter "Paramètres des cookies" pour fournir un consentement contrôlé.
Ce site web utilise des cookies pour améliorer votre expérience lorsque vous naviguez sur le site. Parmi ceux-ci, les cookies qui sont catégorisés comme nécessaires sont stockés sur votre navigateur car ils sont essentiels pour le fonctionnement des fonctionnalités de base du site web. Nous utilisons également des cookies tiers qui nous aident à analyser et à comprendre comment vous utilisez ce site web. Ces cookies ne seront stockés dans votre navigateur qu'avec votre consentement. Vous avez également la possibilité de refuser ces cookies. Mais la désactivation de certains de ces cookies peut affecter votre expérience de navigation.
Les cookies nécessaires sont absolument indispensables au bon fonctionnement du site web. Ces cookies assurent les fonctionnalités de base et les caractéristiques de sécurité du site web, de manière anonyme.
Cookie
Durée
Description
cookielawinfo-checkbox-analytics
11 mois
Ce cookie est utilisé pour stocker le consentement de l'utilisateur pour les cookies de la catégorie "Analytics".
cookielawinfo-checkbox-analytiques
11 mois
Ce cookie est utilisé pour stocker le consentement de l'utilisateur pour les cookies de la catégorie "Analytics".
cookielawinfo-checkbox-necessary
11 mois
Ce cookie est utilisé pour stocker le consentement de l'utilisateur pour les cookies de la catégorie "Nécessaire".
display_splash
1 heure
Ce cookie est utilisé pour stocker si l'utilisateur a déjà vu le "Splash Screen". Il ne stocke pas de données personnelles.
viewed_cookie_policy
11 mois
Ce cookie est utilisé pour stocker si l'utilisateur a consenti ou non à l'utilisation de cookies. Il ne stocke pas de données personnelles.
Les cookies analytiques sont utilisés pour comprendre comment les visiteurs interagissent avec le site web. Ces cookies permettent de fournir des informations sur les mesures du nombre de visiteurs, le taux de rebond, la source de trafic, etc.