Santé

Les canicules sont devenues chroniques, notre réponse reste aiguë

par David Smadja le 15 août 2026
Alors que les vagues de chaleur s’installent durablement dans notre quotidien, notre système de santé continue trop souvent de les traiter comme des crises exceptionnelles. Pour David Smadja, professeur d’hématologie à l’AP-HP et responsable de la commission Santé du Laboratoire de la République, la multiplication des canicules impose un changement de paradigme : passer de la réaction à l’anticipation. De l’adaptation des hôpitaux à l’aménagement des villes, il appelle à faire de la prévention climatique une véritable politique de santé publique.

Le sujet n’est plus la canicule mais notre incapacité collective à comprendre qu’elle n’est plus un épisode exceptionnel, mais une réalité sanitaire du XXIᵉ siècle. Demain, ces épisodes seront plus fréquents et plus intenses. Il est temps de les considérer comme un défi permanent de santé publique.

Comme les maladies chroniques, les vagues de chaleur ne relèvent plus de l’exception. Nous continuons pourtant à raisonner en gestion de crise alors qu’il faudrait raisonner en prévention. Notre santé dépend autant de notre environnement que des soins reçus. Qualité de l’air, logement, conditions de travail, bruit ou exposition aux fortes chaleurs façonnent durablement notre état de santé. La santé environnementale rappelle qu’une politique de santé commence dans l’aménagement des territoires. Le débat public reste ainsi enfermé dans une logique curative : climatisation, oui ou non ? Notre système réagit aux crises plus qu’il ne les anticipe.

Les images observées cette semaine dans plusieurs hôpitaux français sont éloquentes : salles transformées en espaces de rafraîchissement, couvertures de survie aux fenêtres, équipes contraintes d’improviser dans des bâtiments inadaptés.

Pourquoi nos hôpitaux demeurent-ils aussi vulnérables alors que ces épisodes sont prévisibles ? Notre modèle privilégie naturellement les dépenses de soins. Nous savons financer une hospitalisation, une intervention ou un examen. En revanche, nous avons beaucoup plus de difficultés à financer les investissements qui permettent précisément d’éviter que ces soins deviennent nécessaires. La tarification à l’activité (T2A) a profondément amélioré la transparence du financement hospitalier. Mais elle demeure orientée vers la production de soins. Adapter un hôpital aux fortes chaleurs, rénover son bâti, améliorer son isolation thermique, végétaliser ses espaces, développer des solutions de rafraîchissement passif, moderniser les systèmes de ventilation ou réduire les îlots de chaleur ne produisent pas immédiatement des actes médicaux. Pourtant, ces investissements évitent demain des hospitalisations, des complications et parfois des décès.

L’adaptation au changement climatique est désormais une mission de santé publique. Elle concerne les collectivités, les urbanistes, les architectes, les entreprises, les établissements scolaires et les professionnels de santé. Une ville qui réduit les îlots de chaleur et protège les plus vulnérables produit déjà de la santé. Un hôpital adapté aux fortes chaleurs est lui aussi un outil de prévention. Cette ambition suppose également de repenser l’organisation de l’État. La Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR), créée en 1963, fut le symbole d’une puissance publique capable de planifier et de transformer durablement les territoires. Face au défi climatique, une proposition de « DATAR 2.0 » pourrait réunir des compétences aujourd’hui dispersées entre de nombreuses administrations.

Au fond, la canicule agit comme un révélateur : elle montre les limites d’une action publique encore organisée pour réparer plutôt que pour prévenir. Le meilleur investissement est souvent celui qui évite que la crise n’advienne.

David Smadja est professeur d’hématologie à l’AP-HP et à l’Université Paris Cité, responsable de la Commission Santé du Laboratoire de la République. Il est l’auteur de « La République de la prévention » aux éditions LEH (sortie le 28 août 2026).

Retrouvez la tribune de David Smadja sur le site de Ouest-France.

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