Rubrique : République démocratique

Ce que l’utilisation du concept de responsabilité dit de l’évolution de la société

par Tarik Yildiz le 16 septembre 2025
Devenue omniprésente dans le débat public, la notion de « responsabilité » se révèle aujourd’hui paradoxalement floue et diluée. Dans cette tribune, le sociologue Tarik Yildiz en analyse les racines, en souligne les parallèles avec la crise de l’« identité » et interroge le besoin de verticalité de nos sociétés.
Des débats autour du vote de confiance jusqu’aux discussions sur la formation d’un nouveau gouvernement, rarement le mot « responsabilité » aura été autant invoqué dans le débat public que ces derniers mois. Alors que les gouvernements successifs et les oppositions se reprochent mutuellement d’en manquer, que révèle la fréquence d’usage d’une notion pourtant mal définie sur notre société ? Une dilution de la responsabilité de plus en plus marquée La surutilisation du concept de responsabilité révèle moins sa clarté que sa crise et une forme de dilution. Qu’est-ce que la responsabilité à l’heure d’un partage accru de cette dernière ? Les individus sont-ils véritablement moins responsables, ressentent-ils moins l’obligation de répondre de leurs actes et d’en assumer les conséquences ? En 1968, deux psychologues sociaux de l’université de Columbia, John Darley et Bibb Latané, théorisèrent la dilution de la responsabilité à la suite d’une polémique née d’un fait divers : le 13 mars 1964, une jeune femme nommée Kitty Genovese fut sauvagement assassinée alors qu’elle rentrait chez elle à New York. Selon les journaux de l’époque, plusieurs dizaines de personnes furent témoins de l’agression, mais aucune n’intervint. Abe Rosenthal, alors rédacteur en chef du New York Times, fustigea l’indifférence et la lâcheté des habitants des grandes villes. Darley et Latané apportèrent alors une réponse en formulant et testant une hypothèse : seuls face à une situation, en état de responsabilité non partagée, nous nous sentons davantage impliqués et agissons en conséquence. Quand d’autres personnes sont présentes, la responsabilité est « diluée » et nous déléguons instinctivement la responsabilité à autrui de manière plus ou moins consciente, convaincus qu’il sera plus apte à prendre la situation en main. D’autres recherches, avec des résultats parfois contradictoires, ont été menées depuis. La logique sous-jacente semble cependant se diffuser avec vigueur dans notre société : la responsabilité est diluée, ce qui explique paradoxalement le fait que l’on fasse de plus en plus appel à elle sans que personne ne se sente totalement comptable. Outre le débat public et le monde politique, la responsabilité est évoquée de plus en plus souvent dans le monde des entreprises ou dans le secteur public et associatif, parallèlement à la volonté de « davantage concerter ». Les deux phénomènes ne sont pas étrangers : la prise de décision, la responsabilité inhérente et la prise de risque associée sont diluées par l’ère du temps exigeant de l’« horizontalité » et impliquant de nombreuses parties prenantes pour chaque arbitrage. De l’identité à la responsabilité  Le parallèle avec la généralisation de l’utilisation de la notion d’identité est troublant. Les deux concepts sont complexes et se réfèrent à des caractéristiques profondes de l’humain comme le suggérait Saint-Exupéry dans Terre des Hommes : « être homme, c’est précisément être responsable ». Tout comme l’emploi du substantif responsabilité, celui d’identité est apparu avec force il y a plus de 50 ans : une simple recherche dans les archives des journaux illustre l’utilisation tous azimuts d’un concept alors mal défini. A l’instar des procès en « irresponsabilité » beaucoup plus fréquents ces derniers mois, les expressions « crise d’identité », « identité culturelle », « recherche d’identité » fleurissent au cours des années 1970. Constatant ce phénomène, Claude Lévi-Strauss dirigea un séminaire au Collège de France en 1974 afin de définir cette notion et de décrypter ce que sa diffusion révélait : dans une société du destin social, dans laquelle chacun avait un rôle figé désigné dès la naissance et prédéterminé par les origines familiales, la question de l’identité, de savoir « qui nous sommes » se posait moins. A partir de la fin des années 1960, particulièrement dans le monde occidental, l’affirmation de la liberté individuelle rebat les cartes. L’individu est censé choisir son destin, pense faire ses choix. Ces choix multiples génèrent un questionnement plus fort et une anxiété associée qui sera évoquée par Alain Ehrenberg : comment me définir, suis-je la somme de mes choix, parfois contradictoires ? Un besoin de verticalité Que ce soit celui de l’identité ou celui de la responsabilité, l’omniprésence d’un concept dans les discours révèle certaines évolutions de la société dans laquelle nous vivons et un certain besoin de verticalité. Dans ce contexte, les idéologies les plus radicales – politiques comme religieuses – répondent à cette aspiration profonde de la société, identifiant clairement le responsable, que ce soit pour le suivre ou s’y opposer.  « La masse, comme telle, est toujours anonyme et irresponsable » écrivait Carl Gustav Jung dans L'Homme à la découverte de son âme : l’enjeu consiste aujourd’hui à répondre aux crises politiques et identitaires en réaffirmant la notion de responsabilité individuelle des gouvernants comme de l’ensemble des citoyens. Tarik Yildiz, sociologue, auteur notamment de « De la fatigue d’être soi au prêt-à-croire » (Editions du Puits de Roulle).

Conseils municipaux : renouer avec l’engagement citoyen

par Benjamin Morel le 21 août 2025 Etude_conseils_municipaux_LAB-TERRAM
La démocratie municipale s’essouffle. Les conseils municipaux, jadis creusets civiques, peinent à se renouveler tandis que les freins à l'engagement restent nombreux. Pourtant, un potentiel existe dans notre pays : près d’un quart des Français se disent prêts à s’engager en 2026. Comment lever les obstacles ? Notre étude rédigée par Benjamin Morel et réalisée en partenariat avec l’Institut Terram identifie cinq leviers pour renouer avec l’engagement citoyen.
Étude Conseils municipaux - Renouer avec l'engagement citoyenTélécharger L'auteur Benjamin Morel est constitutionnaliste, docteur en sciences politiques à l’ENS Paris-Saclay et maître de conférences à l’université Paris Panthéon-Assas. Il dirige le conseil scientifique de la Fondation Res Publica, est secrétaire général du Laboratoire de la République et membre du comité scientifique de l’Institut Terram. Ses recherches se concentrent principalement sur le fonctionnement du Parlement, les dynamiques des collectivités territoriales et les évolutions du système politique français. Synthèse de l'étude « Conseils municipaux : renouer avec l’engagement citoyen » Une enquête inédite du Laboratoire de la République et de l’Institut Terram, administrée par l’Ifop auprès de 10 000 Français  La démocratie municipale connaît aujourd’hui une érosion multiforme : raréfaction des candidatures, abstention, usure et isolement des élus, inégal accès selon le genre, la classe sociale et le territoire. Jadis creusets civiques, les conseils municipaux butent sur des freins cumulatifs – charge temporelle, inflation normative, déficit de reconnaissance – qui en hypothèquent le renouvellement. L’analyse révèle une mosaïque de vulnérabilités, différenciées selon la morphologie territoriale, et une crise du mandat lui-même. Un potentiel d’engagement sous-exploité Malgré des signes d’essoufflement, un réservoir civique perdure : près d’un quart des citoyens (24 %) se déclarent prêts à se présenter sur une liste en 2026, une proportion stable depuis une vingtaine d’années. Cependant, seuls quelques-uns semblent prêts à passer de l’intention à la candidature effective. Les principaux freins sont le manque de temps (42 %), la lourdeur administrative (41 %), le sentiment d’incompétence (39 %), la difficulté à concilier engagement et vie familiale (38 %), le climat politique local tendu (36 %), le manque de reconnaissance de l’engagement municipal (33 %) et la crainte d’un impact négatif sur la carrière (19 %). Une crise démocratique à géographie variable La crise de l’engagement n’est pas uniforme. Dans les communes rurales, en particulier celles de moins de 1 000 habitants (plus de 60 % des communes françaises), les difficultés à renouveler les listes sont les plus aiguës. Les jeunes quittent massivement ces territoires, tandis que ceux qui restent hésitent à s’engager dans des fonctions exigeantes, peu rémunérées et chronophages. À l’inverse, dans les grandes villes, l’engagement s’apparente souvent à la défense de causes spécifiques mais reste freiné par le manque de temps (52 % des habitants des métropoles) et la complexité institutionnelle. Des freins genrés et sociaux persistants Les femmes ne représentent qu’environ 20 % des maires et, dans les communes de moins de 1 000 habitants, elles n’occupent qu’un tiers des sièges de conseiller municipal. Seules 17 % des femmes interrogées se disent prêtes à envisager une candidature aux élections municipales de 2026, contre 31 % des hommes. Plusieurs freins majeurs expliquent cet écart, en particulier la difficulté à concilier engagement politique, vie professionnelle et charge familiale (46 % des femmes évoquent un manque de temps dans un quotidien déjà chargé, contre 39 % des hommes), mais aussi un sentiment de moindre légitimité (43 % des femmes estiment ne pas avoir les compétences suffisantes, contre 34 % des hommes).  Sur le plan social, l’accès à la fonction municipale demeure biaisé : 19 % des agriculteurs, 12 % des commerçants ou artisans ont déjà été élus, contre seulement 6 % des employés. Le sentiment d’exclusion, la complexité du langage politique local et la faible valorisation des parcours populaires participent à l’autocensure. Néanmoins, la participation associative ou religieuse joue un rôle décisif : plus d’un quart des Français issus de l’immigration extra-européenne ont déjà été élus (27 %), contre 8 % des natifs de parents français. De même, 24 % des personnes de confession juive ou musulmane, 21 % des protestants et 16 % des catholiques pratiquants déclarent avoir déjà été membres d’un conseil municipal, contre 8 % chez les catholiques non pratiquants et seulement 7 % chez les Français sans appartenance religieuse.  Les jeunes, enfin, expriment un désir d’engagement supérieur à la moyenne (29 %, contre 19 % chez les 65 ans et plus), mais rencontrent des obstacles spécifiques : précarité du logement, absence de réseau, incompatibilité avec l’emploi et la vie familiale. Ils sont donc moins enclins à vouloir s’impliquer durablement dans la vie locale : seuls 35 % d’entre eux souhaitent être davantage associés aux décisions communales, contre 41 % chez les aînés. Une promesse républicaine en recul Le modèle républicain de la commune comme premier échelon de la citoyenneté s’effrite. L’accès au mandat et, surtout, ses conditions d’exercice sont de plus en plus inégalitaires : surcharge administrative (principal obstacle cité par 41 % des répondants et 46 % des élus en poste), manque de relais institutionnels, faiblesse de l’indemnisation (particulièrement dans les petites communes), usure démocratique face à la défiance et à la violence croissante. Plus de 13 000 démissions d’élus ont été enregistrées en 2023, un chiffre en hausse continue. Dans les territoires les plus enclavés, les élus assument des fonctions de gestion, de médiation, d’assistance sociale qui dépassent largement leur mandat initial. Les ressorts d’un rebond démocratique Malgré ce tableau préoccupant, des motifs d’espoir subsistent. Le premier moteur d’engagement demeure le désir d’être utile à la commune : près d’un Français sur deux cite le souhait de changer les choses de l’intérieur (47 %) et de contribuer concrètement à la vie locale (45 %). La possibilité de faire entendre la voix des oubliés (46 %), l’envie de faire contrepoids à des décisions jugées injustes (44 %), la volonté de représenter un collectif ou une génération (29 %) ou d’acquérir des compétences nouvelles (28 %) participent aussi de la dynamique d’engagement. Le sentiment d’efficacité politique et la reconnaissance du mandat sont également des leviers puissants. Trois futurs pour la démocratie locale Le délitement progressif : tarissement du vivier civique, multiplication des listes uniques, abstention record et marginalisation du conseil municipal au profit de l’intercommunalité et de la technocratie ;  La rationalisation technocratique : transformation des conseils municipaux en chambres d’enregistrement, montée en puissance de la gestion professionnelle et de la démocratie numérique, mais éloignement du pouvoir et perte du lien de proximité ;  La refondation civique : revalorisation statutaire et symbolique du mandat, soutien aux listes citoyennes, simplification administrative, diversification des formes d’engagement, et ancrage d’une démocratie participative vivante et inclusive. Cinq axes pour revivifier la démocratie municipale Valoriser le mandat municipal : reconnaissance sociale, intégration du mandat dans les parcours professionnels, meilleure visibilité médiatique, campagnes d’information, bonification dans les concours de la fonction publique. Réduire les barrières d’entrée : simplifier les démarches, développer la formation et l’accompagnement des candidats, renforcer les dispositifs de mentorat et de soutien logistique. Encourager la participation sous toutes ses formes : soutien aux listes citoyennes, innovation démocratique (jurys citoyens, budgets participatifs…), implication des jeunes et des publics éloignés de la vie politique. Recréer l’écosystème civique local : densification du tissu associatif, liens intergénérationnels, coopération entre collectivités, universités et acteurs de la société civile. Rééquilibrer les pouvoirs locaux : renforcer l’autonomie et la clarté des responsabilités, garantir des ressources suffisantes, promouvoir la proximité et la responsabilité démocratique. https://youtu.be/vUssnuFiE1c https://youtu.be/9YhR68cwq-M

Référendum : les conditions nécessaires

par Gil Delannoi le 15 juillet 2025 Gil_Delannoi_LAB
Dans une contribution publiée à l’occasion du retour du référendum dans le débat institutionnel, Gil Delannoi, chercheur et professeur à Sciences Po Paris, propose une voie de réforme pragmatique : recourir à plusieurs référendums le même jour pour limiter les effets de personnalisation et recentrer l’attention sur les enjeux de fond. Ce format, encore inédit en France, permettrait de réduire les biais plébiscitaires et d’améliorer la qualité délibérative de cette procédure.
Dans cette note pour Le Laboratoire de la République, Gil Delannoi identifie plusieurs conditions nécessaires à un usage rigoureux et légitime du référendum : formulation impartiale des choix, diversité thématique des questions, effectivité de la mise en œuvre, fréquence raisonnable des consultations, et articulation avec les différents niveaux de décision. Il insiste également sur la nécessité d’un cadre éthique partagé par l’ensemble des acteurs, élus comme électeurs. En clarifiant les modalités d’un bon usage référendaire, cette note entend contribuer à une réflexion renouvelée sur les mécanismes de participation démocratique dans un régime représentatif. Note Référendum Gil Delannoi_Laboratoire_dela_RepubliqueTélécharger

Le référendum, réalité ou mirage de la Ve République ?

par Jean-Éric Schoettl le 30 mai 2025 Schoettl-Laboratoiredelarepublique
Alors que le président de la République envisage de recourir au référendum pour répondre à certaines tensions démocratiques et contourner l’impasse parlementaire, le débat sur l’usage de cet outil fondamental de la Ve République refait surface. Dans ce contexte brûlant, Jean-Éric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel et conseiller d’État honoraire, apporte un éclairage précieux à travers une note publiée pour le Laboratoire de la République, intitulée « Le référendum, réalité ou mirage de la Vème République ? ». Cette contribution interroge à la fois les fondements juridiques, les usages passés et les enjeux contemporains du référendum, et appelle à une réflexion lucide sur ses potentialités comme sur ses limites dans notre démocratie représentative.
Le 13 mai 2025, sur TF1, Emmanuel Macron a évoqué la possibilité de référendums sur des sujets comme la fin de vie ou l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. François Bayrou avait envisagé peu avant un référendum sur le redressement des finances publiques. En théorie, l’appel au peuple devrait permettre de trancher bien des débats. Historiquement aussi : n’a-t-il pas été l’instrument privilégié du général de Gaulle pour sortir la France de ses ornières et sceller une nouvelle alliance entre la République et le peuple ? Le référendum ne se heurte pas moins aujourd’hui à de sérieux obstacles juridiques et politiques, ce qui explique qu’on n’en ait pas organisé depuis vingt ans et qu’on parle tant d’assouplir son usage. Il inspire autant d’espoirs (de renouveau démocratique, de déblocage en période de majorité introuvable…) que de craintes (de dérapage populiste, d’atteinte à l’Etat de droit…). Quelle sont les parts respectives des opportunités à saisir et des illusions à dissiper dans la perspective référendaire ? Tour d’horizon et décryptage. Lire la note : Jean-Eric_Schoettl_Referendum_Laboratoire_RepubliqueTélécharger

Mercredi 07 mai 2025 : Conférence de l’antenne de Lyon « La Fraternité, valeur pilier de la République »

par L'antenne de Lyon le 6 mai 2025
L'antenne lyonnaise du Laboratoire de la République vous convie un évènement autour du thème de la Fraternité sur le campus d'HEIP Lyon.
Jean-Michel Blanquer, Président du Laboratoire de la République introduira la conférence. Notre table ronde réunira des invités issus notamment de la société civile pour évoquer les différentes clefs de lecture de la Fraternité et proposer des solutions aux grands défis qui y sont associés. Monsieur Philippe Albanel, fondateur de « Chez Daddy », café intergénérationnel Monsieur Olivier Dugrip, ancien recteur de la région académique Auvergne Rhône-Alpes, académie de Lyon Madame Cathy Simon, Vice-Présidente du Conseil départemental de l’Isère et Directrice du réseau Centaure           Où ? HEIP, 25 rue de l'université, 69007 Lyon Quand ? 7 mai 2025 à 18h00 Inscription obligatoire Cliquez ici pour vous inscrire

La Vème République aujourd’hui : peut-on parler de la fin du présidentialisme ?

par Alain Laquièze le 8 janvier 2025 Alain_Laquièze_resp;Démocratie-Lab
Alain Laquièze, doyen de la faculté de Droit, d'Économie et de Gestion de l'Université Paris Cité et responsable de la commission République démocratique au sein du Laboratoire de la République, propose une réflexion approfondie sur la crise politique actuelle en France. À travers une perspective historique, il questionne les dynamiques à l'œuvre : sommes-nous face à une véritable crise de régime ou existe-t-il encore des solutions pour revitaliser un système qui semble à bout de souffle ?
Il y a cent ans, le Président de la République, Alexandre Millerand, fut contraint à la démission, en raison de l’hostilité d’une large partie de la classe politique, notamment des socialistes et des radicaux, ainsi que du Parlement. La Chambre des députés, après la victoire du Cartel des gauches aux élections législatives de mai 1924, entama en effet une grève des ministères, dont le but premier était de contraindre le chef de l’État de quitter l’Élysée. Millerand, n’ayant pas obtenu du Sénat l’accord qui lui était nécessaire pour dissoudre la Chambre des députés, se résigna à quitter sa charge le 11 juin 1924. À l’heure où les appels à la démission du président de la République, Emmanuel Macron, se multiplient, il n’est pas inutile de remettre en perspective la situation constitutionnelle que nous vivons aujourd’hui. Car l’affaiblissement du président actuel qui n’est pas sans rappeler celui de son prédécesseur de la IIIème République, s’inscrit toutefois dans un contexte diamétralement différent. Au début des années 1920, Millerand s’efforçait d’infléchir le fonctionnement du régime parlementaire, outrageusement dominé par les chambres, en affirmant la place du président dans la détermination de la politique nationale. Aujourd’hui, la problématique est quasiment opposée : il s’agit de savoir si Emmanuel Macron peut éviter l’affaiblissement durable de la fonction présidentielle, dans une Vème République qui a pourtant édifié, dès ses premières années d’application, ce que l’on a pu appeler le présidentialisme majoritaire, c’est-à-dire un régime politique dans lequel un chef de l’État élu au suffrage universel direct exerce une action politique prépondérante, à la faveur du soutien d’une majorité de députés à l’Assemblée Nationale. La fin du présidentialisme - Laquieze Alain, Laboratoire de la RepubliqueTélécharger

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