Au cours de son séjour en Chine, Cassandra Arribas, référente de l’antenne Panthéon-Assas du Laboratoire de la République, a eu l’opportunité de rencontrer Marus Gbomagba, juriste engagé dans la cause climatique et auteur du traité AU-China Equitable Transition Treaty (ACETT). À travers cet échange, elle nous livre un éclairage sur les paradoxes de la transition énergétique africaine, entre dépendance persistante et immense potentiel, et sur la manière dont le droit peut devenir un outil de souveraineté et de justice climatique.
L’Afrique incarne l’une des contradictions les plus brutales de l’ère climatique : responsable de moins de 4 % des émissions mondiales de CO₂, elle subit pourtant de plein fouet les impacts du dérèglement, sécheresses, inondations, crises alimentaires. Et pourtant, le continent recèle un potentiel énergétique exceptionnel : solaire, éolien, hydroélectricité, capable non seulement de répondre à ses besoins croissants, mais aussi de contribuer à la décarbonation mondiale. Le paradoxe est criant : plus de 600 millions d’Africains demeurent privés d’accès à l’électricité.
Face à ce dilemme, la coopération internationale est cruciale. La Chine, devenue un investisseur majeur dans les énergies vertes, occupe une place centrale. Mais les modèles actuels, marqués par de profondes asymétries économiques, technologiques et juridiques, posent un risque majeur : celui d’une dépendance accrue qui fragilise la souveraineté énergétique africaine.
C’est dans ce contexte qu’a été mené l’entretien dont est issu le présent article. Tous les propos rapportés ici émanent directement de Marus Gbomagba, juriste visionnaire et architecte du traité AU-China Equitable Transition Treaty (ACETT), qui propose une révolution silencieuse mais décisive : faire du droit le levier d’une coopération énergétique fondée sur la justice climatique et l’autonomie africaine.
Docteur en droit de l’environnement, formé à l’Université de Wuhan, il a consacré sa thèse à une question centrale pour l’avenir du continent : comment transformer la coopération sino-africaine en un moteur de résilience, de souveraineté et de prospérité durable. À travers l’ACETT, il esquisse un cadre inédit, pensé comme une feuille de route pour une coopération Sud-Sud plus transparente, équitable et véritablement bénéfique aux populations. Une vision ambitieuse où la transition énergétique s’inscrit au cœur d’un projet politique et civilisationnel pour l’Afrique.
À l’heure où l’ordre international semble vaciller, la montée en puissance d’un front commun des régimes autoritaires reconfigure profondément les équilibres géopolitiques. Loin d’être conjoncturelle, cette convergence des autocraties traduit une volonté assumée : contester les valeurs universelles de liberté, de démocratie et d’État de droit, au profit d’une logique de domination et de puissance. Le 25ᵉ Forum de l’Organisation de coopération de Shanghaï, tenu en Chine en septembre 2025, en offre une image saisissante : celle d’un « bloc » d’États, dirigés par Xi Jinping, Vladimir Poutine, Kim Jong-un et d’autres, réunis dans une démonstration de force qui dépasse la simple coopération diplomatique.
Jean-François Cervel, responsable de la commission Géopolitique du Laboratoire de la République, analyse avec précision les dynamiques de cette « alliance des autoritarismes », ses ressorts idéologiques, ses ambitions impériales et les menaces qu’elle fait peser sur l’avenir des démocraties.
La photographie est impressionnante. C’est le cliché officiel du 25ème Forum de l’Organisation de coopération de Shangaï qui s’est tenu à Tianjin, en Chine, les 31 août et 1er septembre 2025. Les vingt-six États présents, dont les dirigeants sont ainsi immortalisés, sont presque tous soumis à des régimes autoritaires ou totalitaires. Renforcé encore par l’arrivée de Kim Jong-un pour la cérémonie de commémoration de la fin de la Seconde guerre mondiale en Asie, le 3 septembre, cet instantané impressionne par la mise en lumière de dirigeants autocrates avérés ou en voie de l’être. Xi Jin Ping flanqué de Vladimir Poutine à sa droite et de Kim Jong-un à sa gauche, au balcon de la Cité interdite, le 3 septembre, applaudissant un exceptionnel déploiement militaire, quelle extraordinaire image de l’apothéose des tyrans ! Des milliards d’humains sont ainsi représentés par des dirigeants qui n’ont pas été désignés par un processus démocratique. Même si leur déclaration commune prétend s’inscrire dans les valeurs de la Charte des nations unies et même de la Déclaration universelle des droits de l’homme, ces dirigeants constituent, bel et bien, l’alliance des régimes autoritaires contre les valeurs de la liberté et de la démocratie. En affirmant leur puissance, sous la haute autorité du dictateur chinois, ils disent clairement qu’ils rejettent ce corpus de valeurs et qu’ils combattront ceux qui le défendent. Les Européens ne pourront pas dire qu’ils n’étaient pas clairement informés.
Sont effectivement ainsi rassemblés des dirigeants dont les régimes sont caractérisés par la négation de la liberté individuelle, par l’absence de séparation des pouvoirs, par le rejet de la démocratie, par la propagande nationalo-identitaire, par l’endoctrinement patriotique et militaire c’est-à-dire par des régimes totalitaires. Dans le cadre de discours idéologiques différents, qu’ils soient religieux, communistes et, de toute manière, nationalo-identitaires, on retrouve ces caractéristiques chez tous. Contrairement à ce qu’ils prétendent, il y a donc bien un « bloc » ainsi constitué par son unité idéologique fondamentale qui s’oppose à « l’occident » non pas tant comme puissance mais comme porteur de l’idéologie libérale et démocratique. Tous répriment de manière plus ou moins brutale toute velléité de liberté de pensée dans leurs pays respectifs et ont mis en place des systèmes de pouvoir autoritaires avec dirigeants inamovibles. Ainsi Alexandre Loukachenko est au pouvoir depuis plus de 30 ans en Biélorussie, Vladimir Poutine depuis 26 ans en Russie, Xi Jin Ping depuis 13 ans en Chine, et la Corée du Nord est dirigée par une dynastie familiale depuis quelque 75 ans, au profit d’un monarque absolu. Les deux plus puissants, Chine et Russie, affichent leur « amitié stratégique » et développent leur politique de vassalisation sur leur environnement proche et leur politique d’influence sur le reste du monde.
On comprend que leurs voisins menacés se préparent à résister à leur domination. Les Taïwanais ne veulent pas subir le sort des Tibétains, des Ouighours et des Hongkongais écrasés sous le joug du Parti communiste chinois. Les Ukrainiens ou les Baltes ne veulent pas subir le sort de la Biélorussie. Ce n’est pas un sujet de nationalité, c’est un sujet de régime politique.
Eu égard à son poids démographique, à ses richesses naturelles et à sa puissance économique, cet ensemble pèse – et veut peser encore plus - dans le fonctionnement du monde. Par l’intermédiaire de l’organisation dite des « BRICS » désormais « élargie », sous la haute autorité de la Chine, cet ensemble prétend grouper autour de lui le désormais dénommé « Sud Global » rassemblé dans une logique de revanche sur les puissances occidentales autrefois colonisatrices.
Le « bloc » ainsi constitué se définit, en effet, par sa volonté d’affronter « l’occident » en tous domaines, économique, financier, scientifique, idéologique et n’hésite pas, désormais, à engager la confrontation militaire directe. Certes, ce « bloc » (a fortiori lorsqu’il est étendu aux BRICS élargis) est loin d’être homogène et n’est pas encore constitué en véritable « alliance ». Mais il est cimenté par un objectif commun d’opposition et même de haine contre l’occident défini en tant que puissance et, plus encore, en tant que système, en mobilisant toutes les volontés de revanche contre les anciennes puissances colonisatrices comme on peut le constater, notamment en Afrique, contre la France.
Que ces pays veuillent modifier l’organisation mondiale mise en place à l’issue de la Seconde guerre mondiale, alors qu’une partie du monde était encore colonisée par les pays occidentaux, est parfaitement légitime. Le fonctionnement de l’Organisation des nations unies - qu’ils ne remettent pas en cause - et notamment la composition du Conseil de sécurité, doivent certainement être revus parce que le monde de 2025 n’est évidemment plus le monde de 1945. Et cela interpelle tout particulièrement la France, membre permanent du Conseil de sécurité.
Mais la réalité de leur objectif n’est pas celle d’un multilatéralisme de bon aloi au service d’un développement planétaire harmonieux comme le prétend leur discours officiel. La réalité est celle de puissances impériales qui veulent imposer par la force leur vision du monde et leur idéologie.
Il s’agit de systèmes dictatoriaux à l’intérieur et agressifs à l’extérieur. Dictatoriaux à l’intérieur, ils empêchent toute expression libre et toute contestation par leurs populations. Malgré des tentatives héroïques, en Iran, à Hong Kong, à Minsk et même en Russie, les appareils de répression et le dispositif d’endoctrinement généralisé, par tous les canaux de formation et de propagande entre les mains des pouvoirs, empêchent toute possibilité de contestation interne. Ils mobilisent tous les moyens des technosciences pour accroitre encore leur contrôle.
Agressifs à l’extérieur, ils visent à vassaliser leurs voisins proches et à placer dans leur zone d’influence le maximum possible d’autres États avec un développement accéléré des moyens militaires de tout type y compris dans l’espace.
C’est à cette réalité violemment affichée à nouveau, à Tianjin et à Pékin, que sont confrontés les pays occidentaux. Vladimir Poutine est accueilli comme l’hôte de marque des manifestations organisées au long de ces journées. Il conforte ainsi sa position et sa capacité à gagner la guerre qu’il a lancé contre l’Ukraine. Adossé à la Chine et, plus globalement, à l’Asie, il peut poursuivre le conflit jusqu’à la victoire finale c’est-à-dire la soumission de l’Ukraine, dans un statut de vassalisation similaire à celui de la Biélorussie dont le dirigeant éternel, Alexandre Loukachenko, était également en bonne place à Pékin.
Mais ce qui est nouveau, c’est que Vladimir Poutine a également bénéficié d’un accueil tout aussi chaleureux par le président des Etats-Unis d’Amérique, à Anchorage, le 15 août dernier. Donald Trump a ainsi clairement affiché qu’il n’est plus le défenseur des valeurs de la démocratie libérale et le chef de file de ce que l’on appelait autrefois le « monde libre » ou de ce que le « bloc » autoritaire appelle encore l’Occident.
Cet « Occident » que dénoncent les membres des BRICS, sous la haute autorité du Parti communiste chinois, ne présente plus aujourd’hui un front uni capable de défendre le corpus des valeurs libérales et démocratiques. Les choix de l’administration du président Trump aux Etats-Unis contestent ces valeurs et ont pour objectif exclusif la puissance des Etats-Unis dans une nouvelle phase de domination technoscientifique. Ils ne se préoccupent en rien de l’intérêt général planétaire et des souhaits de liberté et de démocratie exprimés par toutes les populations du monde. Dans les décisions qu’il prend, il semble balancer en permanence entre son attirance pour les régimes nationalisto-autocratiques dont il est très proche idéologiquement et son opposition géostratégique aux grands empires qui les portent.
Dans ce contexte, seule l’Europe qui a réussi à développer son unité depuis près de 75 ans, peut être une puissance suffisante pour faire valoir le discours de la démocratie libérale et de l’intérêt général planétaire dans une perspective universaliste.
Mais dans un monde qui est clairement redevenu un monde de l’affrontement et du rapport de force, l’Union européenne doit impérativement se doter de moyens militaires propres. Elle bénéficie à cet égard de la capacité nucléaire de la France et du Royaume-Uni ce qui est aujourd’hui un élément déterminant de la relation avec les puissances hostiles, la Russie n’hésitant pas à menacer en permanence de passer à ce stade de la confrontation dans la guerre qu’elle mène contre une Ukraine qui a perdu son armement nucléaire en 1994 contre une garantie de sécurité de ses frontières ! Les Européens sont-ils prêts à faire les efforts nécessaires pour se préparer à cette situation de conflictualité et à investir en priorité absolue dans le développement d’entreprises technologiques européennes à vocation duale ?
Dans un paysage international qui se réorganise ainsi au profit des autocrates, le seul objectif possible est la montée en puissance de l’Union européenne qui, en lien avec les quelques autres États qui, à travers le monde, défendent encore le même corpus de valeurs, peut faire pièce à la volonté de tous les dictateurs qui ont pour ambition de détruire tous les sanctuaires de liberté et de démocratie à travers le monde de manière à pouvoir assurer définitivement leur domination exclusive sur les peuples asservis.
L’antenne Panthéon du Laboratoire de la République a le plaisir de vous inviter à une table ronde consacrée à un enjeu majeur de notre temps : la responsabilité de l’État dans la protection des milieux marins, face au dérèglement climatique et à l’accélération de la crise écologique avec Guillaume Sainteny et Joëlle Casanova.
Alors que les écosystèmes marins subissent une pression sans précédent — réchauffement des eaux, pollution, effondrement de la biodiversité — le rôle de l’État, ses obligations juridiques et ses leviers d’action deviennent des questions fondamentales pour notre avenir commun. Cet événement vise à éclairer ces enjeux avec précision et nuance, en donnant la parole à deux spécialistes reconnus.
Deux intervenants de référence
Pour analyser les défis juridiques, environnementaux et économiques liés à la sauvegarde de nos espaces maritimes, nous aurons l’honneur d’accueillir :
Guillaume Sainteny, président du Plan Bleu pour l’environnement et le développement en Méditerranée ;
Joëlle Casanova, magistrate et vice-présidente de l’Association française des magistrats pour la justice environnementale, coordinatrice de formation à l'ENM.
Un moment pour comprendre, débattre et agir
Cette soirée sera l’occasion de mieux saisir :
les responsabilités juridiques de l’État face à la dégradation des océans ;
les instruments d’action publique existants ou à imaginer ;
les perspectives d’avenir pour renforcer la protection des milieux marins ;
les enjeux géopolitiques et économiques associés à la mer.
Quand ? Mardi 9 décembre 2025 à 19hOù ? au Centre Panthéon de l'Université d'Assas – Salle 0312 place du Panthéon, Paris 5e
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À l’approche des élections municipales de 2026, le climat ne constitue plus un thème parmi d’autres : il devient le cadre dans lequel s’inscrira l’ensemble de l’action locale. Canicules à répétition, inondations, tensions sur l’eau et l’énergie : le dérèglement climatique façonne déjà le quotidien des communes et redéfinit les priorités des exécutifs municipaux. Dans cette neuvième note de notre série consacrée aux municipales, Marine de Bazelaire et Agnès Pannier-Runacher signent un texte de référence pour penser ce tournant, au nom de la commission Environnement-Agriculture du Laboratoire de la République. Elles y proposent une feuille de route opérationnelle pour faire du mandat 2026–2032 un temps d’anticipation stratégique et de transformation durable des territoires.
À l’approche des élections municipales de 2026, une certitude s’impose : le climat structurera l’ensemble des politiques locales du prochain mandat. Canicules, inondations, tensions sur l’eau, pression sur les ressources et les finances publiques placent déjà les communes en première ligne. Le mandat 2026–2032 ne sera pas un mandat ordinaire ; il sera jugé sur la capacité des équipes municipales à anticiper, protéger et transformer leur territoire.
La commission Environnement-Agriculture du Laboratoire de la République défend dans cette note une conviction forte : l’adaptation ne se décrète pas depuis Paris, elle se construit localement. Le maire dispose de leviers déterminants (urbanisme, rénovation des bâtiments publics, mobilités, gestion de l’eau et des déchets, restauration collective...) mais doit les inscrire dans une stratégie cohérente, articulant atténuation et adaptation face à une trajectoire climatique pouvant atteindre +4 °C en France à horizon 2100.
La note propose une méthode claire pour les premiers mois du mandat : établir un diagnostic précis des vulnérabilités, hiérarchiser les priorités, engager rapidement les actions consensuelles, planifier à l’échelle intercommunale et sécuriser des montages financiers adaptés. Elle montre que la transition écologique locale n’est ni un catalogue de mesures ni un mur budgétaire, mais un projet politique structurant, à condition d’être anticipé, piloté et expliqué aux citoyens.
Les autrices Marine de Bazelaire et Agnès Pannier-Runacher, avec la participation de Swann Riché, appellent ainsi les futurs exécutifs municipaux à assumer pleinement leur responsabilité historique : faire du choc climatique non pas une fatalité subie, mais le point de départ d’un projet de territoire résilient, attractif et durable.
Marine de Bazelaire est CEO Regain Nature, ancienne Directrice Capital Naturel du Groupe HSBC.
Agnès Pannier-Runacher est ancienne ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt et de la Pêche, députée de la 2ème circonscription du Pas-de-Calais.
Avec la participation de Swann Riché, sherpa de la commission Environnement-Agriculture du Laboratoire de la République et étudiant en master 2 de droit international et comparé de l’environnement.
La commission Environnement-Agriculture du Laboratoire de la République tient à remercier Guillaume Sainteny ainsi qu’Éric Hazan, co-fondateur d’Ardabelle Capital, enseignant à HEC et à Sciences Po, expert de l’impact de la technologie et de l’IA sur la société et l’économie, auteur avec Frédéric Salat-Baroux de « Révolution par les territoires » (Éditions de l’Observatoire) et, avec Olivier Sibony, de « Faut-il encore décider ? La décision humaine à l’ère de l’intelligence artificielle » (Flammarion), pour leur contributions à la rédaction de cette note.
Municipales 2026 - Préparer nos communes au choc climatiqueTélécharger
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