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Comprendre aujourd’hui les innovations qui transformeront la santé de demain

par David Smadja et Léa Behr le 16 juin 2026
À l’occasion du lancement de la newsletter hebdomadaire « Les mardis de l’innovation en santé »,David Smadja et Léa Behr proposent une réflexion fondatrice sur les transformations qui redessinent aujourd’hui le paysage sanitaire. À la croisée des sciences du vivant, de l’intelligence artificielle, des données de santé, des biotechnologies et des innovations organisationnelles, cette première contribution expose les ambitions de cette nouvelle série de publications : décrypter les innovations émergentes, éclairer leurs enjeux pour les patients et les professionnels, et nourrir le débat public autour des choix qui façonneront la santé du XXIe siècle.
La santé entre dans une nouvelle phase de transformation. Après les révolutions thérapeutiques, biologiques et numériques des dernières décennies, une nouvelle dynamique est désormais à l’œuvre, portée par la convergence entre les sciences du vivant, les données de santé, l’intelligence artificielle, les biotechnologies et les innovations organisationnelles. Cette évolution dépasse largement le cadre du progrès technologique. Elle modifie en profondeur notre manière de prévenir les maladies, d’établir les diagnostics, de personnaliser les traitements, d’organiser les parcours de soins et de piloter les politiques publiques de santé. Les innovations qui émergent aujourd’hui dessinent progressivement un nouveau modèle de santé, plus prédictif, plus préventif, plus personnalisé et potentiellement plus efficient. Dans le même temps, les défis auxquels notre système de santé est confronté n’ont jamais été aussi importants. Vieillissement de la population, augmentation des maladies chroniques, tensions sur les ressources humaines, contraintes budgétaires, attentes croissantes des citoyens, enjeux de souveraineté sanitaire et compétition internationale imposent de repenser les modalités d’organisation et de financement de la santé. L’innovation apparaît ainsi non seulement comme un facteur de progrès médical mais également comme un levier stratégique permettant de répondre aux défis structurels auxquels notre pays est confronté. C’est dans cet esprit que le Laboratoire de la République lance une série de notes hebdomadaires consacrées à l’innovation en santé. L’ambition de cette initiative est de contribuer au débat public en apportant un éclairage rigoureux, indépendant et prospectif sur les transformations qui façonnent la médecine et le système de santé du XXIe siècle. Dans un environnement où les annonces se multiplient et où les cycles d’innovation s’accélèrent, il est devenu essentiel de distinguer les ruptures technologiques majeures des évolutions plus incrémentales, d’identifier les innovations réellement créatrices de valeur et de mieux comprendre les conditions de leur déploiement au bénéfice des patients et de la collectivité. Ces publications n’ont pas vocation à promouvoir des acteurs particuliers ni à défendre des intérêts sectoriels. Elles visent à analyser les évolutions scientifiques, médicales, technologiques et organisationnelles qui pourraient avoir un impact significatif sur la santé publique, la qualité des soins, l’organisation du système de santé et la compétitivité de notre écosystème d’innovation. Notre conviction est simple : l’innovation ne doit pas être évaluée uniquement à travers sa performance technologique. Sa véritable valeur réside dans sa capacité à améliorer la santé des populations, renforcer la prévention, faciliter le travail des professionnels, optimiser les parcours de soins et contribuer à la soutenabilité du système de santé. Au cours des prochains mois, les Notes du Laboratoire de la République exploreront les principaux champs de transformation de la santé contemporaine. L’intelligence artificielle occupera naturellement une place centrale dans cette réflexion. Longtemps considérée comme un simple outil d’aide à la décision, l’IA devient progressivement une technologie structurante capable de transformer l’ensemble de la chaîne de valeur de la santé. Ses applications concernent déjà l’interprétation de l’imagerie médicale, l’analyse biologique, l’aide au diagnostic, la médecine prédictive, la découverte de nouveaux médicaments, l’optimisation des parcours de soins ou encore l’automatisation de nombreuses tâches administratives. Mais au-delà de ces usages, une nouvelle étape se dessine : celle des systèmes de santé dits « IA-Native ». À l’image des organisations nativement numériques qui ont profondément transformé d’autres secteurs économiques, les futures organisations de santé pourraient être conçues dès l’origine autour des capacités offertes par l’intelligence artificielle. Dans cette perspective, l’IA ne constituerait plus une couche technologique supplémentaire venant améliorer des processus existants ; elle deviendrait un élément constitutif de la conception même des parcours de soins, de la prévention, de la recherche clinique, de l’organisation hospitalière et de la santé publique. Cette transformation pourrait favoriser une médecine davantage prédictive, une prévention personnalisée à grande échelle, une détection plus précoce des maladies, une meilleure allocation des ressources et une coordination renforcée des parcours patients. Elle soulève également des questions fondamentales relatives à la gouvernance des données, à la transparence des algorithmes, à la souveraineté numérique, à la cybersécurité et à la préservation de la relation humaine au cœur du soin. Les futures notes s’intéresseront également aux évolutions de la biologie médicale, devenue un acteur central de la décision clinique. Les progrès des technologies analytiques, des biomarqueurs, du diagnostic moléculaire et de la biologie délocalisée ouvrent de nouvelles perspectives pour accélérer les diagnostics, personnaliser les prises en charge et améliorer l’efficience des parcours de soins. La biologie médicale n’est plus seulement un outil de confirmation diagnostique ; elle participe désormais pleinement à la médecine de précision et à la prévention. La génétique constituera également un axe majeur de réflexion. Les avancées du séquençage à haut débit, l’amélioration des capacités d’analyse des données biologiques et le développement de nouvelles approches thérapeutiques permettent d’envisager une médecine toujours plus individualisée. Ces progrès concernent aussi bien les maladies rares que l’oncologie, la prévention, le dépistage ou encore l’identification précoce des facteurs de risque. L’imagerie médicale et la radiologie connaissent elles aussi une évolution profonde. L’intégration croissante des outils d’intelligence artificielle, l’amélioration des capacités d’acquisition et la convergence entre données cliniques, biologiques et radiologiques ouvrent la voie à des approches diagnostiques toujours plus précises et personnalisées. La prévention occupera une place particulière dans cette série. Pendant longtemps, les systèmes de santé ont principalement été organisés autour du traitement des maladies. Les défis démographiques et économiques imposent aujourd’hui un changement de paradigme. Les innovations permettant d’identifier plus précocement les risques, d’anticiper les complications et de personnaliser les stratégies préventives pourraient constituer l’un des principaux leviers d’amélioration de la santé des populations au cours des prochaines décennies. Au-delà des innovations technologiques, ces notes s’intéresseront également aux innovations organisationnelles, aux nouveaux modèles de financement, aux transformations des parcours de soins et aux évolutions des politiques publiques de santé. L’histoire montre en effet que les progrès les plus significatifs résultent souvent de la combinaison entre innovation scientifique, innovation organisationnelle et innovation réglementaire. L’innovation en santé est aujourd’hui devenue un enjeu majeur de souveraineté. La maîtrise des technologies stratégiques, des infrastructures numériques, des données de santé, des capacités de recherche et de production constitue désormais un déterminant essentiel de la résilience des nations. Dans un environnement international marqué par une accélération des investissements et une compétition technologique croissante, la France dispose d’atouts considérables : une recherche biomédicale reconnue, un système hospitalier de qualité, des professionnels hautement qualifiés et un écosystème d’innovation dynamique. Ces forces devront néanmoins être pleinement mobilisées pour permettre l’émergence d’innovations créatrices de valeur pour les patients et pour la société. Conscient que la diffusion des connaissances ne peut plus aujourd’hui reposer sur un seul format, le Laboratoire de la République développera une approche éditoriale multicanale associant notes d’analyse, tribunes, décryptages, entretiens, podcasts et contenus audiovisuels. Chaque sujet pourra ainsi être abordé selon plusieurs niveaux de lecture, depuis l’analyse approfondie destinée aux décideurs publics, aux professionnels de santé et aux experts, jusqu’à des formats plus accessibles permettant de toucher un public plus large. Cette diversité des formats répond à une même ambition : rendre les enjeux scientifiques, technologiques et organisationnels de la santé plus compréhensibles, plus accessibles et plus utiles au débat public. Les notes hebdomadaires constitueront le socle de cette démarche. Elles pourront être complétées par des podcasts réunissant chercheurs, cliniciens, entrepreneurs, représentants des patients, experts et décideurs publics, ainsi que par des vidéos pédagogiques permettant d’expliquer les grandes innovations qui transforment la santé et leurs implications pour notre société. Au-delà de l’analyse, cette démarche vise également à créer un espace d’échange entre les différents acteurs de l’écosystème de santé. L’innovation ne se construit pas uniquement dans les laboratoires, les hôpitaux, les universités ou les entreprises ; elle se nourrit de la confrontation des expériences, des expertises et des points de vue. En associant différents formats et différentes voix, le Laboratoire de la République entend contribuer à faire émerger une réflexion collective sur les transformations de la santé, leurs opportunités et leurs conditions de réussite. Chaque semaine, les Notes du Laboratoire de la République auront ainsi pour objectif de décrypter les innovations émergentes, d’en analyser les bénéfices potentiels, d’en identifier les limites et d’éclairer les choix qui devront être faits dans les années à venir. La santé de demain ne se construira ni contre la science, ni contre l’innovation. Elle devra au contraire s’appuyer sur les avancées technologiques tout en demeurant fidèle aux principes d’équité, de solidarité, de confiance et d’humanisme qui fondent notre modèle de santé. Parce que les décisions prises aujourd’hui détermineront les capacités de notre système de santé à répondre aux défis de demain, il est essentiel de comprendre, d’évaluer et d’anticiper les innovations qui transforment déjà notre présent. À travers ses notes, ses podcasts, ses vidéos et ses travaux de prospective, le Laboratoire de la République souhaite contribuer à éclairer les choix qui façonneront la santé de demain, en plaçant l’innovation, la prévention, la science et l’intérêt général au cœur du débat public. Rendez-vous le mardi 23 juin pour la première note « Les mardis de l’innovation en santé » David Smadja est professeur d’hématologie à l'AP-HP et à l'Université Paris Cité, responsable de la Commission Santé du Laboratoire de la République. Léa Behr est CEO de RespublicIA et membre de la commission Santé du Laboratoire de la République.

Vers un Label Hôpital de Santé Environnementale, pour des soins durables et responsables

par David Smadja , Marin de Nebehay le 7 avril 2026
Face à l’accélération des crises climatiques et sanitaires, le système hospitalier est appelé à se transformer en profondeur. À la croisée des enjeux de santé publique et de transition écologique, cette note propose la création d’un label « Hôpital de Santé Environnementale » pour structurer, valoriser et accélérer les démarches de soins durables. Une initiative ambitieuse pour faire de l’hôpital un acteur central de la santé de demain, à la fois plus responsable, plus préventif et mieux ancré dans les réalités territoriales.
La note de David Smadja et Marin de Nebehay met en lumière la nécessité urgente de repenser le rôle de l’hôpital face aux défis environnementaux, désormais reconnus comme des déterminants majeurs de santé. Pollution, dérèglement climatique et expositions multiples influencent directement l’état de santé des populations, tandis que le secteur hospitalier contribue lui-même significativement aux émissions de gaz à effet de serre. Pour répondre à ce paradoxe, les auteurs s’appuient sur le concept d’exposome, qui permet d’appréhender la santé comme le résultat de l’ensemble des expositions subies tout au long de la vie. Cette approche ouvre la voie à une médecine plus préventive et territorialisée. La note souligne également que de nombreuses initiatives existent déjà dans les établissements de santé (réduction des examens inutiles, logistique décarbonée, mutualisation des équipements), mais restent dispersées et insuffisamment valorisées. La création d’un label national « Hôpital de Santé Environnementale » est ainsi proposée pour structurer ces démarches autour d’un référentiel commun : réduction des émissions, pertinence des soins, gestion des déchets, formation, mobilité durable ou encore sobriété numérique. Adaptable aux réalités locales, ce label constituerait un levier d’attractivité et d’innovation pour les établissements. Enfin, les auteurs plaident pour un financement hybride, inspiré de modèles européens, afin d’accompagner cette transformation sans alourdir les charges hospitalières. Au-delà d’une simple réforme, il s’agit d’inscrire durablement l’hôpital dans une logique de « santé planétaire », conciliant qualité des soins, responsabilité environnementale et justice sociale. Note Santé environnementaleTélécharger

Municipales 2026 – Le maire, acteur oublié de la santé publique

par David Smadja le 19 février 2026
Et si la santé publique relevait aussi des responsabilités municipales ? Dans cette note, première de notre série consacrée aux élections municipales, David Smadja défend l’idée d’un maire pleinement acteur de la santé des citoyens et appelle à intégrer la culture scientifique au cœur de la décision locale pour renforcer la démocratie.
Dans cette note « Pour une République des savoirs partagés : le maire, acteur oublié de la santé publique », David Smadja défend une thèse claire : la santé publique ne se joue pas uniquement à l’hôpital, mais dans l’ensemble des politiques locales (urbanisme, logement, transports, environnement). À rebours d’une vision strictement sanitaire, il rappelle que le maire, par sa proximité avec le terrain et ses compétences en matière d’aménagement et de gouvernance, devrait être reconnu comme un acteur central de la santé des populations. Pourtant, face à la technicité croissante des enjeux contemporains (crises sanitaires, changement climatique, pollutions, risques environnementaux…), les élus locaux restent insuffisamment armés pour dialoguer avec les experts, interpréter les données scientifiques et anticiper les impacts de long terme de leurs décisions. La pandémie de Covid-19 a mis en lumière ce décalage entre savoir scientifique et pouvoir local, révélant l’isolement de nombreux maires face à des décisions complexes. S’inscrivant dans la dynamique portée par la Fondation Charpak, l’auteur plaide pour une véritable « République des savoirs partagés ». Cela suppose de renforcer la formation scientifique des élus, d’organiser un dialogue structuré entre chercheurs et décideurs, et d’intégrer pleinement la culture de la preuve dans la gouvernance territoriale. À l’heure des crises multiples, il en va non seulement de l’efficacité des politiques publiques, mais aussi de la qualité démocratique de nos institutions. David Smadja est professeur d'hématologie (Université Paris Cité, Inserm PARCC et Hôpital Européen Georges Pompidou) et responsable de la commission Santé du Laboratoire de la République. Municipales 2026 - Note SantéTélécharger

Désinformation en santé : les propositions du Laboratoire retenues dans un rapport ministériel

par David Smadja , Nathalie Sonnac le 13 janvier 2026
La désinformation en santé n’est plus un phénomène marginal : elle constitue désormais une menace majeure pour la qualité des soins, la confiance dans la science et la cohésion sociale. Un rapport remis au ministre de la Santé le 12 janvier 2026 dresse un constat préoccupant et formule des recommandations ambitieuses pour endiguer la propagation de fausses informations médicales. Le rapport reprend plusieurs axes structurants défendus par le Laboratoire de la République, sous l’impulsion de David Smadja et Nathalie Sonnac.
Désinformation en santé : un enjeu majeur de santé publique Le rapport remis au ministre de la Santé le 12 janvier 2026 tire la sonnette d’alarme : la désinformation en santé fragilise notre système de soins et met à mal le débat public. À l’heure des réseaux sociaux et de l’information instantanée, les fausses nouvelles circulent plus vite que jamais, souvent au détriment de la rigueur scientifique. Le document met en lumière plusieurs constats préoccupants. Plus de la moitié des jeunes âgés de 15 à 30 ans (53 %) s’informent principalement via Instagram, TikTok ou YouTube. Sur ces plateformes, les algorithmes favorisent les contenus émotionnels, spectaculaires ou polarisants, au détriment des informations fondées sur des données scientifiques solides. Dans ce contexte, les fausses informations relatives aux vaccins, aux traitements médicaux, à l’alimentation ou encore à la santé mentale se diffusent rapidement, bien plus vite que les réponses institutionnelles. Ces dernières peinent souvent à suivre le rythme et à adopter les codes de communication propres aux nouveaux usages numériques. Le rapport souligne également le rôle actif de certains acteurs de la désinformation : influenceurs, groupes militants, scientifiques dévoyés ou encore lobbies industriels exploitent les failles du système informationnel. À l’inverse, les scientifiques, journalistes ou lanceurs d’alerte qui défendent les faits et l’intégrité scientifique sont fréquemment exposés à des campagnes de harcèlement, des menaces ou des procédures-bâillons. Des recommandations structurantes pour enrayer la désinformation Face à ce constat, le rapport formule une série de recommandations destinées à structurer une réponse durable et collective. Il préconise d’abord de renforcer l’éducation à l’esprit critique dès l’école et tout au long de la vie, afin de permettre à chacun de mieux évaluer la fiabilité des informations auxquelles il est exposé. La formation des professionnels de santé, des journalistes et des cadres publics à la communication scientifique et à la lutte contre la désinformation constitue également un levier essentiel. Parmi les propositions phares figure la création d’un Info-Score Santé, inspiré du Nutri-Score, destiné à évaluer la fiabilité des sources d’information en santé. Le rapport recommande également la mise en place d’un Observatoire de l’information en santé, s’appuyant sur une intelligence artificielle dédiée et un système d’infovigilance capable de détecter et de contrer les fausses informations en temps réel. Enfin, le texte insiste sur la nécessité de sanctionner les désinformateurs, tout en renforçant la protection des scientifiques et experts qui contribuent à l’information du public. Des propositions déjà formulées par le Laboratoire de la République Dès décembre 2024, le Laboratoire de la République, à travers les travaux de David Smadja et Nathalie Sonnac, avait formulé plusieurs propositions pour lutter contre la désinformation en santé. Ces analyses et recommandations sont disponibles sur notre site internet. Le rapport officiel peut quant à lui être consulté sur le site du ministère de la Santé.

Faire société : ce que la France peut apprendre de l’initiative « Valued Citizens »

par David Smadja le 9 décembre 2025 David Smadja
Alors que la France interroge sa capacité à transmettre la citoyenneté et à engager sa jeunesse, l’initiative sud-africaine Valued Citizens, fondée par Carole Podetti Ngono, offre un exemple saisissant de ce que signifie véritablement « faire société ». Forte d’un parcours international et d’une expérience professionnelle diversifiée, Carole a choisi de transformer l’école, la famille et les institutions sociales en véritables incubateurs de citoyenneté active, centrée sur l’estime de soi, le dialogue, le leadership éthique et l’engagement collectif. Touchant des millions de jeunes et formant des milliers de professionnels, son approche démontre qu’investir dans l’enfance et les compétences sociales permet de répondre aux fractures sociales et à la défiance envers les institutions. Pour la France, cette expérience est une interpellation : elle rappelle que la citoyenneté ne se proclame pas mais se construit, se vit et s’éprouve, et que notre jeunesse peut devenir non de simples héritiers d’un modèle républicain, mais de véritables co-constructeurs d’une société plus juste et dynamique.
Il y a quelques mois, un voyage en Afrique du Sud m’a offert bien plus qu’un simple dépaysement géographique et artistique : il m’a conduit à la découverte de Valued Citizens Initiative, une organisation qui incarne, avec une étonnante simplicité, ce que signifie transmettre les valeurs profondes de la citoyenneté. Une femme, une vision, un changement systémique Carole Podetti Ngono n’est pas une militante comme les autres. Elle ne brandit pas des slogans. Elle bâtit des ponts. Des ponts entre les générations, les classes sociales, les mondes parfois irréconciliables de la politique, de l’éducation, et des réalités sociales du terrain. Diplômée de l’ISCOM Paris et forte d’un parcours international (France, États-Unis, Afrique du Sud), elle aurait pu rester dans le confort des grandes entreprises et des événements mondiaux — elle a notamment travaillé pour le Comité d’Organisation de la Coupe du Monde de la FIFA 1998. Mais c’est en Afrique du Sud, en 2001, qu’elle décide de faire de la citoyenneté une mission de vie. Elle fonde alors Valued Citizens Initiative, une organisation à but non lucratif, installée à Johannesburg, avec une ambition audacieuse : reconstruire la société par l’éducation citoyenne et l’action collective. Une réponse éducative aux fractures sociales Carole ne part pas d’une idéologie, mais d’un constat de terrain. En Afrique du Sud, 30 ans après la fin de l’apartheid, dans une démocratie aux promesses inachevées, Carole répond aux fractures sociales non par l’idéologie, mais par l’action : elle fait des écoles et des familles des lieux où la jeunesse retrouve repères, confiance et pouvoir d’agir. L’Initiative Valued Citizens ne propose pas une énième charte morale ou un programme abstrait. Elle transforme les écoles, les familles, les institutions sociales en incubateurs d’émancipation. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Plus de 1,7 million d’élèves touchés directement par les programmes ; 2 674 écoles publiques partenaires, dans 6 régions d’Afrique du Sud (Gauteng, Limpopo, KwaZulu-Natal, Free State, Mpumalanga et Western Cape); 12 651 professionnels formés, dont 4 019 travailleurs sociaux, 73 Éducatrices de la petite enfance et 8 559 enseignants ; Une expansion en cours au Lesotho et au Malawi ; 38 % de l’équipe salariée issue des anciens bénéficiaires. L’enfance comme levier de résilience collective Ce que propose Carole Podetti Ngono, c’est une pédagogie de la citoyenneté incarnée. Elle mise sur les soft skills : estime de soi, expression émotionnelle, prise de parole, écoute active, leadership éthique. Ses programmes, conçus en interne, sont accrédités par les autorités sud-africaines. À travers le programme Sondela Open Dialogue — Sondela signifiant "approche-toi" en zoulou — des adolescents de milieux marginalisés débattent de l’histoire sud-africaine, de l’égalité, de la justice sociale, de la confiance dans les institutions, de l’environnement, de l’entrepreneuriat et l’emploi, et de leur propre avenir. Ces jeunes osent rêver, mais surtout : ils s’engagent à devenir les bâtisseurs de leur démocratie. Ces dialogues ont un impact profond : « Ces élèves de classe de troisième ne se contentent plus d’espérer un changement, ils en deviennent les architectes. »— Extrait du rapport Sondela. Une citoyenneté vécue, pas seulement enseignée Carole ne croit pas à une citoyenneté abstraite. Elle croit à une citoyenneté expérientielle, vécue, ressentie. Elle intègre des outils pédagogiques comme My Valued Diary, développe des contenus multimédias, publie des recueils de témoignages de jeunes, et met en scène les valeurs constitutionnelles dans des récits incarnés. L’action de Valued Citizen repose sur trois piliers essentiels : Valoriser l’écosystème de l’enfantFormation professionnelle des enseignants, dirigeants scolaires, praticiens de la petite enfance et travailleurs sociaux. Développement des compétences parentales pour renforcer le rôle des familles. Accroître l’employabilité des jeunes Orientation professionnelle, communication, intelligence émotionnelle, prise de décision, leadership, préparation au monde du travail et entrepreneuriat. Développer une citoyenneté activeDialogue sur la Constitution, les droits humains, les inégalités et l’identité.Promotion du respect, de l’autonomie, et de la responsabilité. Expression par l’art, justice restaurative et inclusion sociale. L’initiative intègre aussi un soutien psychosocial pour les individus et communautés les plus vulnérables, dans une logique de transformation durable. Et nous, en France ? Que faisons-nous, ici, en France, pour accompagner cette jeunesse qui doute ?Que répondons-nous aux signaux faibles qui, de quartier en quartier, de collège en collège, traduisent une déconnexion croissante entre la République et ceux qui devraient en être les premiers bénéficiaires ? Nous aussi, nous avons : Des jeunes qui ne votent plus ou jamais voté. Des enseignants démunis face à la défiance. Des familles déstructurées et isolées. Des institutions perçues comme distantes, voire hostiles. Et pourtant, combien d’initiatives comme celle de Valued Citizens soutenons-nous réellement ? Une interpellation salutaire pour la République Il ne s’agit pas de transposer mécaniquement une initiative sud-africaine. Il s’agit de réfléchir autrement. Et si l’éducation civique en France devenait une éducation au dialogue ? Et si les écoles devenaient des lieux de transformation sociale ? Et si chaque jeune, dès le collège, avait accès à un parcours de citoyenneté active, où l’on parle d’éthique, d’empathie, de parole, d’engagement, de désaccords féconds, de résilience ? Valued Citizens Initiative nous rappelle une chose essentielle : La citoyenneté ne se proclame pas. Elle se construit. Elle se vit. Elle s’éprouve. Il ne s’agit plus de faire apprendre la République. Il s’agit désormais de faire vivre la République. En guise de conclusion Il est temps de faire de nos jeunes non pas de simples héritiers d’un modèle républicain figé, mais des co-constructeurs d’une société plus juste, plus inclusive, plus vivante. L’initiative de Carole Podetti Ngono est un électrochoc discret. Un exemple qui dérange les habitudes. Et une invitation à penser non pas en termes de dispositifs, mais en termes d’âmes, d’élans, de confiance, de dignité. C’est cela, faire société. Pour tout renseignements sur Valued Citizens : https://www.valuedcitizens.co.za David Smadja : Université Paris Cité, Inserm PARCC et Hôpital Européen Georges Pompidou, responsable de la commission santé du Laboratoire de la république

Transplant to Armenia : une révolution médicale et humaine dans l’ombre d’un contexte géopolitique fragile

par David Smadja le 3 novembre 2025 David Smadja
Au cœur d’une région en pleine recomposition, la médecine devient un moteur de transformation et d’espoir. En Arménie, le développement des soins hématologiques et de la transplantation ne symbolise pas seulement un progrès scientifique : il incarne la volonté d’un pays de bâtir un système de santé résilient, ouvert sur le monde, et de faire de la coopération médicale un levier de stabilité et de renaissance nationale. David Smadja est professeur d’hématologie à l’Université Paris Cité, praticien hospitalier à l’hôpital européen Georges Pompidou et responsable de la commission Santé du Laboratoire de la République.
À l’occasion de la première Journée Franco-Arménienne d’Hématologie, organisée dans le cadre de la Conférence Médicale Arméno-Française, médecins, chercheurs et acteurs de santé publique se sont rassemblés pour saluer l’impact historique de l’association Transplant to Armenia, fondée par le Dr Gérard Hovakimian, ardent défenseur de la coopération médicale entre l’Arménie et la France et marquer le début d’une collaboration hospitalière et universitaire entre la France et l’Arménie. La première Journée Franco-Arménienne d’Hématologie, qui s’est tenue le samedi 4 octobre 2025 à Erevan, s’inscrit dans un moment historique profondément marqué par des enjeux à la fois médicaux, géopolitiques et humains. Ce symposium n’était pas seulement un événement scientifique ; il fut aussi le reflet d’un contexte régional bouleversé et porteur d’espoir. Quelques semaines avant cette rencontre, un accord de paix a été signé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, mettant officiellement un terme à plusieurs années de conflit autour de la région du Haut-Karabagh. Si cette signature représente une avancée diplomatique majeure, elle ne dissipe pas les conséquences profondes de la guerre. L’Arménie fait aujourd’hui face à un afflux massif de réfugiés, des familles déracinées, traumatisées, souvent en grande détresse physique et psychologique. Parmi ces déplacés, nombreux sont ceux qui nécessitent des traitements lourds, notamment dans le domaine de l’oncohématologie. Le cancer du sang, les syndromes myélodysplasiques et autres pathologies hématologiques exigent des soins spécialisés, coûteux et complexes, qui ne sont pas encore disponibles à large échelle en Arménie. Face à cette crise humanitaire silencieuse, l’association Transplant to Armenia a décidé d’élargir son champ d’action. Initialement centrée sur la mise en place d’un centre de greffe de cellules souches hématopoïétiques, l’organisation mobilise désormais ses ressources pour toutes les facettes de l’hématologie et pas uniquement la greffe mais elle vient aussi en aide aux réfugiés. Elle le fait en collaboration étroite avec des ONG locales, des partenaires médicaux internationaux et des membres de la diaspora. La tenue de cette première journée d’hématologie à Erevan, dans un tel climat, témoigne de la volonté collective de faire de la médecine un instrument de résilience, de reconstruction et de paix. C’est une étape symbolique et concrète dans la transformation du système de santé arménien, et un appel à la solidarité médicale internationale. « La santé est un droit fondamental. Si nous voulons un avenir stable pour la région, cela passe aussi par la santé. » — Dr Gérard Hovakimian Aux origines du projet : l’idée de créer un centre de greffe de cellules souches hématopoïétiques en Arménie a émergé en mars 2014, à Milan, lors du 40e Congrès de l’EBMT (European Society for Blood and Marrow Transplantation). Constatant le nombre croissant de patients arméniens venant se faire greffer en France, le Professeur Mohamad Mohty et plusieurs hématologues français de renom, dont le Pr Ibrahim Yakoub-Agha, ont spontanément proposé leur soutien. « L’Arménie ne disposait pas alors de cette thérapie vitale. Les patients devaient se rendre à Paris, Moscou, Téhéran ou Delhi. Ce n’était pas acceptable. » — Dr Gérard Hovakimian Depuis 2014, Transplant to Armenia a transformé un rêve en réalité : Formation intensive des hématologues arméniens dans les centres européens de référence Première autogreffe réussie le 10 avril 2017 sur un patient de 50 ans atteint d’un myélome multiple Plusieurs greffes réussies depuis, ouvrant la voie à une autonomie médicale arménienne Lors de la session d’ouverture du 4 octobre 2025 à Erevan, de nombreux spécialistes en hématologie français et arménien ont partagé la scène. Le ton était à l’espoir et à la coopération renforcée, mais aussi à la reconnaissance d’une avancée thérapeutique majeure en Arménie, permise par la synergie entre professionnels de santé, institutions et diaspora. Aujourd’hui, l’association Transplant to Armenia est plus qu’un projet médical. C’est un mouvement humanitaire, scientifique et diplomatique, qui place la médecine au service de la paix. Parmi les principales conclusions de cette première journée franco-arménienne d’hématologie, la volonté affirmée de structurer une coopération clinique bilatérale a occupé une place centrale. Celle-ci s’organise autour de trois domaines majeurs : la greffe de moelle osseuse, l’ensemble des pathologies malignes hématologiques – incluant les myélomes, leucémies, lymphomes et la myélofibrose – ainsi que l’hémostase et la prise en charge des complications thromboemboliques associées à ces maladies. Les discussions ont également permis de définir plusieurs axes prioritaires pour le système de santé arménien. L’un des enjeux essentiels demeure l’amélioration de l’accès aux traitements innovants, notamment les cellules CAR-T, les thérapies ciblées, et les greffes de cellules souches. Le déploiement de programmes de prise en charge standardisée pour les hémopathies malignes représente également un objectif majeur, afin de garantir une meilleure équité dans l’accès aux soins. En parallèle, le renforcement des capacités locales dans le domaine de l’anticoagulation et dans la prévention ainsi que la gestion des complications thromboemboliques est apparu comme un besoin urgent, en particulier dans un contexte de transformation rapide du paysage médical arménien. Un troisième pilier de cette collaboration repose sur un projet structurant de formation médicale. Celui-ci prévoit l’accueil de médecins arméniens au sein de centres universitaires français pour des formations spécialisées. Cette dynamique de transfert de compétences comprendra aussi l’intégration de ces professionnels dans des équipes de recherche, avec la possibilité de réaliser des stages de Master 2, voire des thèses de doctorat. Leur participation à l’activité clinique quotidienne des services hospitalo-universitaires partenaires permettra enfin un enrichissement mutuel, consolidant une expertise partagée au service des patients arméniens. En conclusion, le projet Transplant to Armenia avec de nombreux experts engagés, incarne ce que la médecine peut accomplir quand elle s’appuie sur la solidarité, l’excellence et la vision humaniste. En Arménie, elle a transformé des vies. Elle peut désormais changer l’avenir.

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