Mercredi 24 avril, Brice Couturier et Chloé Morin ont reçu Nicolas Tenzer pour parler de son dernier ouvrage "Notre guerre : Le crime et l’oubli : pour une pensée stratégique", publié par les éditions de l'Observatoire
Lors de notre conversation éclairée mensuelle, Brice Couturier et Chloé Morin ont accueilli Nicolas Tenzer pour discuter de son dernier ouvrage, « Notre guerre : Le crime et l’oubli : pour une pensée stratégique », publié par les éditions de l’Observatoire. N. Tenzer a exposé la nécessité d’une stratégie lucide dans un monde où les certitudes passées obscurcissent les dangers futurs. Il a souligné l’urgence d’une nouvelle diplomatie face à la dégradation du droit international et à l’affaiblissement des démocraties confrontées à des régimes prêts à tout pour préserver leur pouvoir. En analysant les crises contemporaines telles que la guerre russo-ukrainienne et les ambitions chinoises, N. Tenzer a proposé un plan d’action rigoureux pour éviter les erreurs du passé et naviguer dans un monde où la guerre est devenue omniprésente. Son livre, bien plus qu’un ouvrage de géopolitique, est un appel à la lucidité et un avertissement contre les illusions qui nous rendent vulnérables.
Le 17 octobre 2025, s’est tenue notre rencontre littéraire mensuelle animée par Brice Couturier, consacrée à la présentation du dernier ouvrage de Raphaël Enthoven, L’Albatros, publié aux éditions de l’Observatoire.
Crédit photo : Daniel Perron
Pour R. Enthoven, l’écriture est un moyen de rectifier l’existence et de la pérenniser face à l’oubli, à l’image du scribe, greffier de l’essentiel. Cette réflexion s’inscrit dans une vision plus large où la solidarité des vivants permet aux défunts de continuer à exister dans la mémoire collective.
La figure maternelle, à la fois spiritualiste et matérialiste, traverse le récit et nourrit son cheminement intellectuel. L’auteur retrace son itinéraire : du kantisme à Spinoza et Nietzsche, il opère un retour profond aux sources maternelles. Marqué dès l’enfance par le passage au foyer paternel et l’influence de la gauche antitotalitaire de Bernard-Henri Lévy, Enthoven évoque aussi ses engagements, notamment en Bosnie et au Soudan. Sa pensée évolue d’un kantisme nourri par Soljenitsyne vers une adhésion à la puissance du système spinoziste et à la déconstruction nietzschéenne, en passant par Rosset et Bergson — un cheminement qui le ramène finalement à l’enfance et aux convictions héritées de sa mère.
Raphaël Enthoven aborde également les dérives déshumanisantes du système de santé actuel, illustrées par des témoignages poignants recueillis « sur le vif » : attente interminable chez le généraliste dans des conditions difficiles, vision en silo chez les spécialistes, et scènes d’indifférence chez certains soignants. Il souligne que si l’incompétence existe partout, en matière médicale, elle a des conséquences directes et parfois dramatiques.
Au fil de l’échange, l’auteur partage ses réflexions face aux douleurs du drame du 7 octobre 2023. Il exprime une forme de soulagement que sa mère, à moitié juive et américaine, n’ait pas été témoin de ces événements tragiques. Marquée par la mort de Rabin et partisane d’une solution à deux États, elle demeure une figure morale centrale dans le récit d’Enthoven. Ce dernier cite également l’une de ses phrases favorites : « Il n’y a qu’un seul Dieu et nous n’y croyons pas », illustrant la polysémie entre dogmatisme et scepticisme.
Un temps fort de la soirée fut la discussion sur la rhétorique contemporaine et l’usage des mots, sur fond de guerre médiatique. R. R. Enthoven s’est expliqué sur ses propos controversés concernant les journalistes à Gaza, reconnaissant une maladresse dans la formule mais insistant sur la nécessité de défendre la liberté de la presse et de dénoncer les ambiguïtés de certains statuts. Il a également analysé la multiplication des termes comme « nettoyage ethnique », « génocide », « déporté », ou « apartheid » à propos d’Israël, dénonçant une nazification discursive et appelant à redonner sens aux mots pour préserver la rigueur du débat public.
En conclusion, Raphaël Enthoven rappelle l’importance de la méthode, de la vérification et du « temps long » pour résister au chaos informationnel contemporain. Par son livre et son engagement dans le débat public, il invite chacun à l’exigence intellectuelle et morale.
La captation intégrale de l’événement est disponible ci-dessous pour approfondir ces réflexions passionnantes.
https://youtu.be/ntjySD2Psu0
A la mairie du 9ᵉ arrondissement de Paris, le Laboratoire de la République a eu le privilège d’accueillir Étienne Klein pour une nouvelle édition de ses Conversations éclairées. Devant une salle comble, le physicien et philosophe des sciences est revenu sur les grandes lignes de son dernier ouvrage, "Éloges du dépassement", coécrit avec l’astronaute Thomas Pesquet et publié aux éditions Flammarion.
Le Laboratoire de la République a organisé sa 31ème Conversation éclairée autour du dialogue scientifique et de l’innovation, mettant en lumière le livre coécrit par Étienne Klein et Thomas Pesquet, "Éloges du dépassement" (Flammarion). L’échange a permis de plonger au cœur de la réflexion scientifique et philosophique sur l’exploration spatiale, l’innovation, et la manière dont les sociétés contemporaines se projettent vers l’avenir.
Le livre présenté constitue un véritable dialogue intellectuel avec Thomas Pesquet. Il explore des thèmes aussi variés que l’infini, la soif de connaissance, la quête du dépassement de soi et l’engagement dans la recherche scientifique. Plusieurs anecdotes et faits surprenants ont été évoqués : par exemple, le nombre de personnes ayant été dans l’espace dépasse celui des alpinistes ayant redescendu vivants du K2, et un tiers du budget des agences spatiales est consacré à l’observation de la Terre plutôt qu’à l’exploration spatiale. Le budget européen pour l’exploration spatiale est de 600 millions d’euros, inférieur à celui du PSG, illustrant les priorités financières des sociétés modernes. E. Klein a également mentionné la spéléologie comme étape clé dans la formation des astronautes, soulignant l’importance des conditions extrêmes pour préparer l’homme aux défis de l’espace.
Les échanges ont ensuite abordé des questions plus philosophiques et sociétales. Les participants ont discuté de la notion de progrès et d’innovation, en insistant sur l’importance de ces concepts dans la construction de sociétés durables et résilientes. E. Klein a montré que la société contemporaine tend à négliger la valeur du progrès, dont la place dans le discours public a diminué depuis les années 1980. L’innovation, loin d’être seulement technologique, doit s’articuler avec le droit, la philosophie et l’éducation pour devenir crédible et attractive. L’idée centrale est que la compréhension scientifique ne suffit pas : il faut également former les individus à penser librement et à s’approprier les connaissances, afin de créer un futur cohérent et motivant.
Une réflexion approfondie a été menée sur la manière dont les ingénieurs et chercheurs abordent les technologies complexes. Plus la technologie est sophistiquée, plus elle soulève des défis cognitifs et structurels, mais elle offre également des opportunités d’apprentissage et d’émancipation. L’exemple du projet Stardust ou du CERN a été cité pour illustrer comment la planification à long terme et la maîtrise technique permettent de relever des défis considérables tout en influençant la société sur plusieurs générations.
Le dialogue a également exploré les questions environnementales et énergétiques. E. Klein a insisté sur la nécessité d’innover pour prévenir la dégradation des ressources naturelles, tout en évitant une approche catastrophiste ou fataliste. La science et l’innovation sont présentées comme des outils pour guider l’action collective et construire des solutions viables, à la fois au niveau technologique et sociétal.
Enfin, l’échange a abordé la question de la pédagogie et de la transmission du savoir. Il a été souligné que la compréhension profonde d’un concept, acquise par l’effort et l’expérimentation, crée une mémoire durable et favorise la pensée libre. Les participants ont mis en lumière l’importance de l’apprentissage actif et réflexif, où l’expérience et la difficulté jouent un rôle crucial dans la consolidation des connaissances. La discussion a montré que la science n’est pas seulement un ensemble de faits, mais un vecteur de formation de l’esprit critique et d’orientation vers l’avenir.
https://youtu.be/gUTBTQRboN0
Le jeudi 11 décembre à 19h00, le Laboratoire de la République a eu l’honneur de recevoir Jean-Michel Blanquer à la Sorbonne pour une rencontre autour de son dernier ouvrage, Civilisation française (éditions Albin Michel). Animée par Brice Couturier et Chloé Morin, cette soirée a été l’occasion de réfléchir aux grands défis de notre temps — divisions sociales, montée des autoritarismes, perte de repères — et de repenser le sens de la civilisation française, cette force capable de redonner vie au projet collectif de notre pays.
Un livre pour réenchanter la France
Dans Civilisation française, Jean-Michel Blanquer explore la notion de civilisation, concept rarement mobilisé dans deux siècles d’histoire française. S’inspirant de Condorcet, de Fernand Braudel et de la pensée du XVIIIe siècle, il propose une réflexion sur trois niveaux temporels : l’événement, l’époque et la civilisation. Son objectif : revaloriser ce concept face à la haine de soi actuelle et proposer une vision d’avenir pour la France.
Des propositions concrètes pour tous les domaines
La discussion a couvert de nombreux sujets cruciaux pour notre pays :
Territoire et aménagement : création d’un Haut-commissariat à l’aménagement, développement de la façade maritime, projets stratégiques Paris-Le Havre et Marseille-Lyon, et réinvestissement dans la diagonale du vide.
Démographie : encouragement des familles à s’installer dans les villages rénovés, soutien aux jeunes mères et création d’un cercle vertueux social et matériel.
Éducation et sciences : bilan du ministère, promotion des prépas scientifiques, dédoublement des classes.
Intelligence artificielle et numérique : nécessité d’une stratégie européenne ambitieuse pour ne pas rater la révolution de l’IA, comparable à l’invention de l’imprimerie.
Indivisibilité de la République : opposition au fédéralisme et à l’autonomie différenciée, préservation de la liberté locale et rôle d’un État stratège.
Laïcité et culture : défense de la laïcité comme liberté, importance de la culture et du langage pour l’épanouissement civilisationnel, critique de l’architecture contemporaine et promotion du beau.
Des mots forts pour un message d’espoir
« La France n’est rien au départ sans l’ensemble de ses territoires »« Nous sommes un verbe qui s’est fait chair »« Rester une civilisation qui éclaire plutôt que devenir une nation qui gère »
À travers cet ouvrage, il appelle à combiner raison et émotion pour réenchanter le débat politique français et bâtir un projet national ambitieux et cohérent.
https://www.youtube.com/watch?v=bg_2HdIBbE8
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