Parc HLM saturé, pénurie de logement de long terme, prix en hausse, difficultés grandissantes d'accès à la propriété : la crise du logement en France semble s'amplifier, l'inflation des derniers mois accentuant encore les effets d'exclusion. Alors que le mal logement qui frappe les ménages les plus précaires s'enracine, Le Laboratoire de la République a interrogé Sophie Bénard, responsable de l'expression publique chez Action Logement, pour imaginer les solutions de demain contre ce fléau.
Le Laboratoire de la République : Selon le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre, la France n’obtient pas de bons résultats par rapport à ses voisins européens en matière de lutte contre le sans-abrisme et le mal-logement. Comment l’expliquer ?
Sophie Bénard : Traiter du sans-abrisme en tant que tel n’a pas grand sens : toute réflexion sur le mal logement et ses conséquences ne peut que s’inscrire que dans la cadre d’une réflexion plus large sur le logement en France. Or aujourd’hui, sans noircir inutilement le tableau, c’est toute la chaine du logement qui s’étiole et se fragilise en France. Trois illustrations rapides, assez significatives d’un système qui frôle l’embolie : d’abord, les plus modestes peinent à devenir propriétaire, plus que jamais depuis dix-huit mois où se conjuguent hausse des taux, augmentation des prix du foncier et des coûts de construction. Autre exemple, l’accès au logement dans ce que l’on nomme joliment les « zones tendues » est un chemin du combattant pour les actifs contraints à la relégation de plus en plus loin des centres économiques. Enfin, l’effort de construction de logement sociaux est notoirement insuffisant : il y a aujourd’hui près de 2,5 millions de ménages qui en sont demandeurs, dont plus de 800 000 dans la seule Ile-de-France, tandis que les bailleurs sociaux ne produisent que moins de 100 000 nouveaux logements par an. Au regard de ce tableau, le sans-abrisme et la mal-logement, avec leur lot de drames personnels auxquels personne ne peut rester insensibles, sont tout à la fois la partie la plus visible des enjeux et paradoxalement celle qui fait l’objet du moins d’initiatives publiques. Pour l’essentiel et depuis de longues années, ces sujets sont pris en charge pour une part mineure par la solidarité nationale, mais surtout opérationnellement, concrètement traités par le secteur associatif, à bout de sous souffle et de moyens pour répondre à l’ampleur des besoins. Autrement dit, nulle solution pérenne au sans-abrisme ne peut être imaginée, sans une vision globale des enjeux du logement, c’est-à-dire une politique publique, entendue dans le sens noble du terme, qui couvre l’ensemble des facettes d’un secteur complexe. N’attendons pas un hiver 54 bis…
Le Laboratoire de la République : La précarité énergétique est un sujet qui a ressurgi avec la hausse des prix du gaz et de l’électricité l’hiver dernier. Quelle est la situation à quelques mois de la période hivernale ?
Sophie Bénard : La précarité énergétique est évidemment la conséquence systématique du mal-logement. Sur ce point, il convient de tordre le cou à une idée trop répandue : fin du mois et fin du monde ne sont pas antinomiques. Développer un plan ambitieux en faveur de la rénovation thermique des logements, c’est bien sûr travailler à l’avenir de notre planète, mais c’est surtout, dans des délais assez immédiats contribuer au pouvoir d’achat des locataires et propriétaires les plus fragiles. Sur ce terrain, il y a des « quick wins » à réaliser : nombre de solutions techniques à coût raisonnable existent pour piloter mieux les fameux radiateurs grille-pains trop énergivores. Idem pour les ballons d’eau chaude sanitaire dont on peut réguler les températures et les consommations, avec des boitiers de contrôle faciles à installer. Même si cela peut sembler contre-intuitif, les bailleurs sociaux propriétaires de plus de 5 millions de logements en France ont parfaitement intégré ces enjeux et tout en améliorant la qualité énergétique de leur parc, contribuent à la modération des charges énergétiques. Reste le champ de l’habitat privé qui appelle d’urgence des mesures d’accompagnement.
Le Laboratoire de la République : Que faudrait-il mettre en place pour lutter durablement contre le mal-logement ?
Sophie Bénard : L’une des difficultés majeures est que le mal-logement et le sans-abrisme appellent pour d’évidentes raisons humanitaires des réponses rapides pour ne pas dire immédiates. Or, la construction est par essence un sujet de temps long. L’Etat et les collectivités territoriales se doivent a minima d’être des facilitateurs. Il est très frappant de voir combien, absolument partout en France, il existe des solutions agiles qui déployées plus massivement permettraient d’au moins partiellement de désengorger le système et de fluidifier les parcours résidentiels : ici le développement d’habitat modulaire, là la cohabitation intergénérationnelle avec un bail dédié, plus loin encore la transformation de bureaux vacants en logements. Certes, l’écosystème du logement a besoin de règles. Mais il exige aussi de la souplesse, de la fluidité. Beaucoup d’acteurs, publics, associatifs – et également privés, puisqu’historiquement, en France, les entreprises ont établi un lien entre l’emploi et le logement – développent des initiatives qui peinent à être dupliquées, systématisées et durablement associées en tant que tel aux procédures de suivi social des personnes sans abri ou mal logées. Faute d’être portée par une volonté politique, elles ne seront au mieux qu’un cautère sur une jambe de bois.
Après l’intervention militaire américaine au Venezuela et la capture de Nicolás Maduro, les équilibres politiques, juridiques et régionaux du continent latino-américain sont profondément ébranlés. Entre risque de fragmentation interne, crise de légalité internationale et résurgence du spectre de l’interventionnisme américain, l’événement ouvre une séquence lourde d’incertitudes. Jean-Michel Blanquer, président du Laboratoire de la République, professeur de droit public et ancien président de l’Institut des Amériques, a répondu aux questions de La Nouvelle Revue Politique sur les conséquences immédiates de l’opération, ses implications pour l’ordre international et les voies possibles d’une transition démocratique crédible.
Longtemps considérés comme de simples infrastructures techniques, les réseaux d’eau, d’énergie, de mobilité ou de télécommunications sont devenus des objets éminemment politiques. Ils conditionnent la résilience des territoires, leur attractivité et la continuité des services essentiels face aux crises climatiques et aux tensions économiques. Dans cette dixième note de notre série consacrée aux municipales, Nicolas Burblis défend une conviction : gouverner les réseaux est désormais un impératif de démocratie locale.
Les infrastructures en réseau structurent le quotidien des habitants et engagent le temps long. À ce titre, elles ne peuvent plus être laissées à une approche exclusivement technicienne. Les choix d’investissement, d’entretien et de modernisation relèvent pleinement de la responsabilité politique des élus, devant les citoyens.
Nicolas Burblis, responsable de la commission Territoire du Laboratoire de la République, met en lumière une exigence centrale : la lisibilité démocratique. Face à des réseaux vulnérables et à des investissements massifs à engager pour renforcer leur résilience, les citoyens attendent des décisions claires, expliquées et assumées. Gouverner les réseaux suppose donc un effort pédagogique, une transparence accrue et une capacité à inscrire les arbitrages techniques dans un projet territorial cohérent.
Dans cette note, il met également en garde contre la tentation récurrente de rechercher un « bon échelon » institutionnel en déplaçant les compétences vers des niveaux plus éloignés. Il défend au contraire le rôle du bloc communal et de l’intercommunalité, soulignant que la mutualisation des moyens ne doit pas conduire à un affaiblissement de la responsabilité politique locale, mais en être le prolongement.
Enfin, il appelle l’État à stabiliser le cadre normatif et institutionnel. Dans un domaine où les décisions engagent plusieurs décennies, l’instabilité législative et l’inflation normative fragilisent l’action publique. Stabiliser, réguler avec cohérence et laisser aux élus locaux les moyens d’assumer leurs compétences : telle est la condition d’une gouvernance des réseaux à la fois efficace et pleinement démocratique.
Nicolas Burblis est responsable de la commission Territoire du Laboratoire de la République.
Municipales 2026 - Gouverner les réseauxTélécharger
L’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un nouvel outil de l’action publique locale. Des services administratifs à la gestion urbaine, en passant par la sécurité ou l’information des citoyens, elle promet des gains d’efficacité mais soulève aussi des questions démocratiques et sociales. Dans cette onzième note de notre série consacrée aux municipales, David Lacombled, président de La villa numeris, analyse la place croissante de l’IA dans les programmes municipaux et plaide pour une approche équilibrée : investir dans les technologies, mais surtout dans les citoyens qui devront les comprendre, les utiliser et en encadrer les usages.
David Lacombled montre que l’intelligence artificielle est désormais au cœur des stratégies d’attractivité et de modernisation des communes. Les élections municipales reflètent cette évolution : comme hier les sites web, les réseaux sociaux ou la visioconférence, l’IA devient un marqueur de modernité politique. Pour les collectivités, ne pas s’approprier ces technologies comporte un risque de déclassement économique et territorial, alors que les habitants et les entreprises y recourent déjà massivement.
La note passe en revue les principaux usages envisagés par les candidats : vidéosurveillance algorithmique, mairies « augmentées » grâce aux outils génératifs, agents conversationnels capables de répondre aux questions des administrés, ou encore optimisation de la gestion publique par l’analyse automatisée des données. Ces promesses technologiques s’inscrivent toutefois dans un débat politique plus large, notamment autour des questions de sécurité, de protection des libertés et de qualité du service public.
David Lacombled souligne également un paradoxe : alors que les citoyens utilisent de plus en plus les outils numériques, beaucoup perçoivent une dégradation du lien avec les services publics. L’IA ne doit donc pas devenir un facteur supplémentaire de distance administrative. Elle doit au contraire améliorer l’accès aux services tout en maintenant la possibilité d’un contact humain, ce qui implique de former les agents publics et d’accompagner les usages.
Enfin, la note insiste sur la dimension sociale et éducative de la transition numérique. Dans un pays où une part importante de la population demeure en difficulté face au numérique, les communes ont un rôle essentiel à jouer pour éviter l’exclusion. Développement de tiers-lieux, initiatives locales de sensibilisation, émergence future de « Maisons de l’IA » : l’enjeu n’est pas seulement technologique. Il est démocratique. Pour les élus locaux, investir dans l’intelligence artificielle n’a de sens que s’ils investissent d’abord dans les citoyens.
David Lacombled est président de La villa numeris.
Municipales 2026 - Investir dans l'IA et dans les citoyensTélécharger
Pour rester informé inscrivez-vous à la newsletter
Nous utilisons des cookies sur notre site Web pour vous offrir l'expérience la plus pertinente en mémorisant vos préférences et vos visites répétées. En cliquant sur "Accepter tout", vous consentez à l'utilisation de TOUS les cookies. Toutefois, vous pouvez visiter "Paramètres des cookies" pour fournir un consentement contrôlé.
Ce site web utilise des cookies pour améliorer votre expérience lorsque vous naviguez sur le site. Parmi ceux-ci, les cookies qui sont catégorisés comme nécessaires sont stockés sur votre navigateur car ils sont essentiels pour le fonctionnement des fonctionnalités de base du site web. Nous utilisons également des cookies tiers qui nous aident à analyser et à comprendre comment vous utilisez ce site web. Ces cookies ne seront stockés dans votre navigateur qu'avec votre consentement. Vous avez également la possibilité de refuser ces cookies. Mais la désactivation de certains de ces cookies peut affecter votre expérience de navigation.
Les cookies nécessaires sont absolument indispensables au bon fonctionnement du site web. Ces cookies assurent les fonctionnalités de base et les caractéristiques de sécurité du site web, de manière anonyme.
Cookie
Durée
Description
cookielawinfo-checkbox-analytics
11 mois
Ce cookie est utilisé pour stocker le consentement de l'utilisateur pour les cookies de la catégorie "Analytics".
cookielawinfo-checkbox-analytiques
11 mois
Ce cookie est utilisé pour stocker le consentement de l'utilisateur pour les cookies de la catégorie "Analytics".
cookielawinfo-checkbox-necessary
11 mois
Ce cookie est utilisé pour stocker le consentement de l'utilisateur pour les cookies de la catégorie "Nécessaire".
display_splash
1 heure
Ce cookie est utilisé pour stocker si l'utilisateur a déjà vu le "Splash Screen". Il ne stocke pas de données personnelles.
viewed_cookie_policy
11 mois
Ce cookie est utilisé pour stocker si l'utilisateur a consenti ou non à l'utilisation de cookies. Il ne stocke pas de données personnelles.
Les cookies analytiques sont utilisés pour comprendre comment les visiteurs interagissent avec le site web. Ces cookies permettent de fournir des informations sur les mesures du nombre de visiteurs, le taux de rebond, la source de trafic, etc.