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Municipales 2026 – Les fonds européens, une opportunité négligée par les communes françaises

par Olivier Costa le 23 février 2026
À l’approche des élections municipales de 2026, la question du financement des projets locaux s’impose comme un enjeu central. Dans cette troisième note de notre série consacrée aux élections municipales, Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS (CEVIPOF / Sciences Po), montre que les fonds européens constituent un levier stratégique encore trop peu mobilisé par les communes françaises. Entre contraintes budgétaires croissantes et besoin d’investissements structurants, ces dispositifs représentent pourtant une opportunité majeure pour les territoires.
Dans cette note, Olivier Costa revient sur les fondements et les objectifs de la politique européenne de cohésion, qui mobilise plus de 20 % du budget de l’Union européenne. Conçue pour réduire les écarts de développement entre régions et accompagner les grandes transformations économiques et sociales, elle s’appuie notamment sur le FEDER, le FSE+ et le FEADER qui permettent de cofinancer des projets locaux dans des domaines clés : transition écologique, développement économique, inclusion sociale ou encore innovation territoriale. Loin d’être marginale, cette politique produit un effet de levier significatif pour les territoires. L’auteur souligne toutefois le paradoxe français : alors que les communes disposent d’un accès facilité aux fonds européens depuis plusieurs années, la France demeure en situation de sous-consommation par rapport à la moyenne européenne. Les petites et moyennes communes, en particulier, déposent moins de projets et captent une part plus faible des financements. Complexité des procédures, manque d’ingénierie, culture administrative centralisée et appréhensions face aux contrôles expliquent en partie cette situation. Au-delà des enjeux techniques et budgétaires, la note met en lumière la dimension politique et démocratique de ces financements. S’engager dans les programmes européens, c’est non seulement moderniser les pratiques locales (transparence, évaluation, partenariats), mais aussi rendre visible l’apport concret de l’Union européenne dans la vie quotidienne des citoyens. Dans un contexte de tensions budgétaires et de prudence fiscale à l’approche des municipales de 2026, les fonds européens apparaissent ainsi comme un levier non partisan pour financer des projets structurants sans alourdir la fiscalité locale. Olivier Costa est directeur de recherche au CNRS, CEVIPOF, Sciences Po. Il est notamment auteur, avec Nathalie Brack, de « Le fonctionnement de l’Union européenne » (Éditions de l’Université de Bruxelles). Retrouvez l'ensemble de ses travaux sur le site internet : www.olivier-costa.com Municipales 2026 - Note GéopolitiqueTélécharger

Tribune libre : Nos alliés, nos amis meurent. Et nous regardons ailleurs.

par Katell Faria le 23 janvier 2026
Alors que les Kurdes de Syrie, alliés historiques de l’Occident dans la lutte contre le terrorisme islamiste, sont aujourd’hui abandonnés à leurs ennemis, Katell Faria signe un texte de colère et de lucidité. Elle y dénonce le reniement moral et stratégique des puissances occidentales, le silence des médias et l’illusion dangereuse selon laquelle ce drame ne concernerait pas directement la France. Un appel à regarder en face une tragédie dont les conséquences nous rattraperont.
Depuis deux semaines, j’assiste impuissante, effondrée et consternée, au lâchage des Kurdes par les Occidentaux – les États-Unis en tête, et la France à leur suite – dans l’indifférence quasi généralisée des médias, des politiques et des peuples que cette tragédie concerne pourtant directement. Il y a dix ans, pendant la bataille de Kobané, les combattants kurdes des unités YPG-YPJ étaient nos héros : ceux qui, avec l’appui de la coalition internationale, avaient défait le terrorisme islamique dont les attaques, commanditées depuis Raqqa, nous frappaient jusque sur nos terrasses de cafés, nos stades et nos salles de concert. Nous souvenons-nous à quel point nous avions peur, alors ? À l’époque, nos journaux affichaient en couverture les yapajas, ces amazones à longues tresses qui mourraient pour un idéal fondé sur la démocratie, l’égalité des sexes, le respect des minorités et la laïcité. Un idéal qu’elles et leurs camarades masculins du YPG avaient construit en s’inspirant de l’Occident, dont elles admiraient nombre de penseurs et de valeurs. Aujourd’hui, nous les abandonnons aux mains de leurs pires ennemis, qui sont aussi les nôtres : les islamistes, téléguidés par la Turquie. Les voilà tristement éclairées sur ce que nous sommes devenus : des ingrats, des suiveurs, des lâches. Des gens aveugles et perdus. Sans épaisseur ni conviction profonde. Les islamistes, en plus d’être redoutablement intelligents, sont habités par une détermination absolue. Tacticiens autant que stratèges, ils ont une vision très claire de leur avenir et apprennent de leurs erreurs. Le califat de l’État Islamique a été anéanti en 2019 ? Peu importe : ils le ressusciteront d’une autre manière. Ce qu’ils n’ont eu par le djihad, ils l’obtiendront par la ruse et la taqîya, à l’usure, avec la bénédiction de cet Occident qu’ils honnissent. Cela prendra simplement plus de temps que prévu… À ceux qui pensent que ce qui se passe aujourd’hui en Syrie ne concerne pas la France, je veux dire qu’ils se trompent gravement : ce n’est qu’une question de temps avant que la victoire de l’islamisme en Syrie ne galvanise les nombreux disciples qu’il compte sur notre territoire. À ceux qui invoquent le pragmatisme ou pire, revendiquent le cynisme, je veux dire qu’ils s’illusionnent s’ils pensent que la prise de pouvoir d’Al-Joulani dit Al-Charaa nous sera bénéfique sur le long terme : les gens comme lui nous haïssent pour ce que nous sommes, et notre abandon des Kurdes nous rendra encore plus méprisables à leurs yeux. À quoi nous servira que la Syrie soit prétendument unifiée, si elle est unifiée contre nous ? Pendant ce temps, les civils issus des minorités se pressent aux frontières, les djihadistes sortent des camps de détention, et les combattants kurdes sont massacrés. Nos alliés, nos amis meurent. Et nous regardons ailleurs. Honte à nous. Katell Faria dite « Kewê » est une écrivaine française engagée auprès des Kurdes de Syrie depuis 2018. Cette tribune est l’expression d’un cri de colère d'une actrice engagée sur le terrain. Sur cette photo prise en 2019, elle apparaît en deuxième position à gauche.

Crise internationale : Iran et Venezuela, entre effondrement des régimes et recompositions géopolitiques

le 13 janvier 2026
Dans un contexte international marqué par une multiplication des tensions géopolitiques, le Laboratoire de la République a organisé une conférence consacrée à deux crises majeures : l’Iran et le Venezuela. Deux pays aux trajectoires différentes, mais au cœur de recompositions internationales profondes, tant sur les plans politique, diplomatique que stratégique.
Réunissant Jean-Michel Blanquer, Jean-Marc Laforêt, Fahimeh Robiolle et Carlos Quenan, cette rencontre a permis de croiser les regards d’experts, de responsables publics et de chercheurs afin de mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre dans ces deux régions du monde. Le Venezuela : du déclin chaviste à l’enjeu stratégique mondial Ancien ambassadeur de France au Venezuela, Jean-Marc Laforêt est revenu sur les racines du déclin du chavisme, qu’il situe dès 2007, avec la défaite d’Hugo Chávez lors du référendum constitutionnel. Avant même son arrivée au pouvoir en 1998, le pays connaissait déjà une pauvreté massive : 72 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté selon l’ONU, contre 81 % aujourd’hui. L’économiste Carlos Quenan a dressé un constat économique alarmant. En 1960, le Venezuela représentait 13 % du PIB sud-américain ; il n’en représente plus que 2,5 % en 2024. La production pétrolière, pilier historique de l’économie nationale, s’est effondrée, passant de 3 à 4 millions de barils par jour à environ 500 000/ 600 000 barils récemment. Une intervention américaine aux conséquences lourdes L’intervention militaire américaine récente a été qualifiée de réussite technique : 55 Vénézuéliens et Cubains neutralisés, sans pertes américaines. Cette opération soulève toutefois de nombreuses interrogations, notamment sur l’existence de complicités internes au sein du régime chaviste. Dans la foulée, Caracas a accepté de fournir entre 30 et 50 millions de barils de pétrole aux États-Unis, soit près de 3 milliards de dollars au prix actuel. Une décision qui illustre l’approche pragmatique privilégiée par l’administration Trump, davantage tournée vers le « business » que vers les considérations de droits de l’homme ou de légitimité démocratique. Ressources naturelles et rivalités internationales Au-delà du pétrole, dont le Venezuela détient les premières réserves mondiales prouvées, le pays dispose de ressources stratégiques majeures : terres rares (coltan, thorium), or, gaz naturel (avec des réserves comparables à celles du Qatar) et une biodiversité parmi les plus riches au monde. Ces richesses attisent les convoitises internationales. La Chine, notamment, a cartographié les ressources minières du pays dès 2010-2011, lui conférant un avantage stratégique considérable. Les créances chinoises sur le Venezuela sont estimées entre 20 et 50 milliards de dollars. Une opposition marginalisée et une approche régionale défaillante L’opposition incarnée par María Corina Machado et Edmundo González Urrutia est aujourd’hui écartée par Washington, jugée incapable de contrôler l’armée et la police. Par ailleurs, les tentatives de médiation régionale se sont révélées inefficaces. La CELAC est largement discréditée, la rencontre de Santa Marta en novembre ayant été qualifiée de « fiasco total ». Les intervenants ont insisté sur la nécessité d’une approche régionale crédible, impliquant notamment le Brésil, le Mexique et la Colombie. L’Iran : un régime à bout de souffle face à une contestation massive La situation iranienne a été analysée par Fahimeh Robiolle, qui a détaillé les liens étroits entre Téhéran et Caracas. L’Iran a investi entre 2 et 4 milliards de dollars au Venezuela, sans remboursement effectif, dans des secteurs clés comme l’énergie, l’automobile ou les infrastructures. La présence du Hezbollah au Venezuela a également été soulignée, notamment dans les trafics d’armes et de drogue. Après 46 ans de République islamique, le bilan est lourd : près d’un million de morts durant la guerre Iran-Irak, un programme nucléaire ayant coûté plus de 3 000 milliards de dollars, 75 % de la population appauvrie, 8 millions d’Iraniens en exil et 1 900 exécutions recensées en 2023. La monnaie nationale s’est effondrée, le rial ayant perdu près de 20 000 fois sa valeur face au dollar. Contestation populaire et alternative politique Aujourd’hui, la contestation touche entre 100 et 200 villes, y compris des universités. Les slogans entendus « Vive le roi » témoignent d’un soutien croissant au prince Reza Pahlavi, qui propose une transition fondée sur trois principes : l’intégrité territoriale de l’Iran, une démocratie laïque respectueuse des droits de l’homme et le droit du peuple à choisir librement son système politique. Face à une répression violente, touchant y compris des enfants, les intervenants ont appelé à une mobilisation internationale urgente, exhortant notamment la France et les puissances occidentales à sortir de leur mutisme. Des crises locales aux enjeux globaux Les débats ont mis en évidence l’affaiblissement simultané de l’axe Russie-Chine-Iran-Venezuela. La Russie accumule les revers, notamment en Syrie et au Venezuela, où son matériel militaire s’est révélé inefficace. La Chine, quant à elle, a profité de l’embargo sur l’Iran pour acheter du pétrole à prix réduit et sécuriser l’accès aux terres rares, essentielles aux nouvelles technologies, à l’intelligence artificielle et aux véhicules électriques. Quels scénarios pour l’avenir ? Pour le Venezuela, les risques sont nombreux : fragmentation territoriale, émergence de guérillas, instabilité liée aux collectivos et absence de plan clair de transition. Les priorités identifiées sont la reconstruction institutionnelle, la normalisation financière internationale, le règlement des dettes et une réconciliation nationale. Pour l’Iran, l’urgence est humanitaire et politique. Soutenir le peuple iranien est présenté comme un « investissement dans la stabilité mondiale ». En croisant ces deux crises, la conférence a rappelé que la compréhension fine des enjeux locaux est indispensable pour anticiper les recompositions internationales et penser une action diplomatique efficace. La captation intégrale de l’événement est disponible ci-dessous pour approfondir ces réflexions passionnantes. https://youtu.be/2pfc9InG0yU?si=ULTEtzPWkz5lCbn8

Intervention américaine au Venezuela : entretien avec Jean-Michel Blanquer

le 5 janvier 2026 Crédit photo : "Les forces américaines ont mené des frappes sur la capitale vénézuélienne", Caracas, le 3 décembre 2026. ©AFP - STR.
Après l’intervention militaire américaine au Venezuela et la capture de Nicolás Maduro, les équilibres politiques, juridiques et régionaux du continent latino-américain sont profondément ébranlés. Entre risque de fragmentation interne, crise de légalité internationale et résurgence du spectre de l’interventionnisme américain, l’événement ouvre une séquence lourde d’incertitudes. Jean-Michel Blanquer, président du Laboratoire de la République, professeur de droit public et ancien président de l’Institut des Amériques, a répondu aux questions de La Nouvelle Revue Politique sur les conséquences immédiates de l’opération, ses implications pour l’ordre international et les voies possibles d’une transition démocratique crédible.
"Les forces américaines ont mené des frappes sur la capitale vénézuélienne", Caracas, le 3 janvier 2026. ©AFP - STR. Le 3 janvier 2026, le président du Laboratoire de la République, professeur de droit public et ancien président de l'Institut des Amériques, Jean-Michel Blanquer, a répondu aux questions de La Nouvelle Revue Politique sur l'intervention américaine au Venezuela. Après l’opération américaine et la capture de Maduro, quelles conséquences immédiates pour le Venezuela ?  La première conséquence est institutionnelle : on crée un vide brutal au sommet de l’exécutif, mais pas forcément un vide du pouvoir réel. Les appareils chavistes– forces armées, services de renseignement, ministère de l’Intérieur, réseaux politico-économiques– peuvent chercher à tenir l’État malgré l’absence du chef, au nom de la “continuité”. Les réactions initiales des autorités vénézuéliennes vont déjà dans ce sens, en contestant l’opération et en appelant à la résistance.  La deuxième conséquence est sécuritaire : dans ce type d’épisode, le risque n’est pas seulement l’“effondrement”, mais la fragmentation (chaînes de commandement concurrentes, milices, “collectivos”, factions militaires). C’est là que se joue, dans les 72 heures, la différence entre une transition contrôlée et une spirale de violences. La troisième conséquence est humanitaire et économique : les frappes semblent avoir touché des infrastructures civiles et provoqué des dégâts importants dans certains sites (et de la panique à Caracas), tandis que des sources indiquent que les installations pétrolières seraient restées en grande partie opérationnelles, mais dans un contexte de pression et de blocage maritime antérieurs.  On doit donc anticiper : déplacements internes, besoins médicaux, ruptures de services, et une bataille immédiate sur qui contrôle les ports, la douane, la liquidité. Que faut-il penser et que faut-il faire face à une telle intervention militaire ? Maduro a truqué l’élection et violé gravement les droits fondamentaux. Cela ne pose néanmoins pas une base légale pour une intervention militaire directe d’une puissance extérieure. Le respect de la souveraineté des États doit rester le principe fondamental. Il est consacré par l’article 2.4 de la Charte des Nations unies. Les exceptions classiques sont la légitime défense (article 51) en cas “d’attaque armée” et l’autorisation du Conseil de sécurité. Si l’opération est bien “unilatérale” (sans mandat du Conseil) et si la justification n’est pas une légitime défense stricto sensu, l’argument de l’illégalité est puissant, d’où les premières réactions comme celles du Mexique renvoyant explicitement à l’article 2.4. À cela s’ajoute, au niveau régional, la Charte de l’OEA : principe de non-intervention (article 19 : “No State… has the right to intervene… for anyreason whatever”). Et, en toile de fond, la jurisprudence CIJ Nicaragua c. États-Unis (1986), qui rappelle la portée coutumière du principe de non-intervention et de non-recours à la force.  On doit le rappeler et partir de la situation de facto pour préconiser unetransition démocratique rapide, avec une figure de continuité institutionnelle reconnue par les Vénézuéliens et la région. On doit donc plaider pour un rôle maximal des États latino-américains et un retrait des Etats-Unis. Il y a un président élu en 2024, reconnu par de nombreux États, Edmundo González. Il bénéficiera de nombreux soutiens à commencer par la prix Nobel de la paix María Corina Machado. La meilleure façon de faire contrepoids au risque d’impérialisme américain n’est pas de protester stérilement mais de concevoir une suite avec les États d’Amérique latine qui puisse se réaliser avec un retrait des forces américaines. Cette intervention hors de tout cadre juridique international aura-t-elle un impact sur la relation des États-Unis avec l’ensemble sud-américain ?  Oui, parce que l’Amérique latine lit cet événement avec une mémoire longue. Depuis 1823 et la doctrine Monroe, l’Amérique latine a subi l’interventionnisme des Etats-Unis. À l’origine, cette doctrine visait à empêcher les puissances européennes d’étendre leur emprise dans l’hémisphère. Mais elle a été transformée, surtout avec la politique Roosevelt au tournant du XXème siècle, en logique de “police régionale”. Il est intéressant de voir que le gouvernement vénézuélien dans son communiqué fait référence à un usage coercitif de la force (blocus/bombardements) en 1902-1903 par des puissances extérieures(Royaume-Uni, Allemagne, Italie) pour dettes et créances, affaire qui a nourri la doctrine Drago puis la convention Drago-Porter (La Haye, 1907) sur la limitation du recours à la force pour recouvrement. Les Etats-Unis avaient joué à l’époque un rôle de médiateur. Cette fois, les rôles sont inversés. Il y aura une vague de défiance accentuée envers les Etats-Unis, sauf pour certains gouvernements très liés à Trump comme celui de Milei en Argentine. Lula parle d’une “ligne inacceptable” et d’un “précédent dangereux”, et rattache explicitement cela aux “pires moments de l’ingérence”. Rappelons en particulier que les Etats-Unis ont souvent pratiqué l’intervention militaire directe en Amérique latine mais toujours au nord de Panama. Autrement dit, cela avait concerné jusqu’à présent uniquement l’Amérique centrale, le Mexique et les Caraïbes, jamais l’Amérique du sud (même s’il y avait de l’ingérence indirecte comme lors du coup d’Etat au Chili). Il y a donc quelque chose de nouveau dans ce qui vient de se passer, d’autant plus que, depuis 2004 et le renversement du président Aristide en Haïti, les Etats-Unis semblaient avoir délaissé ce type de méthode. Quelle peut-être et que devrait être la ligne de l’Europe après cette intervention ?  L’Europe doit tenir une ligne en trois étages, précisément pour ne pas répéter les erreurs du passé. Le premier étage consiste à réaffirmer le droit  sans ambiguïté.Dire clairement : le recours unilatéral à la force et la capture d’un dirigeant hors mandat multilatéral posent un problème majeur au regard de la Charte des Nations Unies et des principes interaméricains de non-intervention. Le deuxième étage consiste à reconnaître la réalité politique : la crise de légitimité du régime, contestation de l’élection 2024, répression, exil, etc., tout en disant que la réponse doit être juridique et politique, pas militaire.  Elle doit donc pousser une transition articulée autour d’Edmundo González comme pivot institutionnel  et d’une garantie civique portée par María Corina Machado, désormais Nobel de la paix, pour crédibiliser l’orientation démocratique et la réconciliation.  Le troisième étage consistera à « outiller » l’aide latino-américaine au peuple vénézuélien. Cela peut passer par exemple par uneinitiative conjointe France–Espagne de soutien à une médiation conduite par Brésil et Mexique (format “groupe de contact”) ou par une démarche du président du Conseil européen, Antonio Costa en lien avec l’un des formats latino-américains d’intégration régionale comme la CELAC ou l’UNASUR) ; offrir une assistance électorale (listes, observation, audit, cybersécurité) ; préparer un paquet “urgence humanitaire + stabilisation” relié à une feuille de route de transition. Que laisse augurer la conférence de presse de Donald Trump ? L’intervention de Trump laisse augurer trois évolutions majeures préoccupantes sur le plan du droit international, ambiguës sur le plan politique, et risquées sur le plan régional. Premièrement, elle consacre un basculement assumé hors du cadre multilatéral international et même hors du cadre constitutionnel américain. Par ses déclarations, Trump revendique une action unilatérale, fondée sur une lecture politique et morale de la situation vénézuélienne : dénonciation d’un régime illégitime, accusé de violations massives des droits fondamentaux et de criminalité organisée. Or, même si ce diagnostic est largement partagé, la méthode annoncée affaiblit un peu plus l’architecture juridique internationale, déjà fragilisée. Deuxièmement, elle installe une logique de fait accompli plutôt qu’un projet politique stabilisé. Trump décrit une opération « efficace » et « rapide », mais sans dessiner clairement l’architecture d’une transition démocratique crédible. L’idée d’une prise en charge américaine « temporaire » du pays, sans mandat international explicite ni leadership régional clairement identifié, crée une zone grise : on écarte un pouvoir illégitime, sans garantir encore l’émergence ordonnée d’une légitimité nouvelle. Le risque est celui d’un vide politique, ou d’une transition perçue comme imposée de l’extérieur, donc contestée de l’intérieur. Le fait qu’il écarte l’hypothèse de faire confiance à l’opposante, prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado et qu’il ne cite pas non plus le président élu Edmundo Gonzalez est inquiétant. Troisièmement, elle ravive les vieux démons de l’histoire interaméricaine. Les références explicites au pétrole et au rôle futur d’entreprises américaines brouillent gravement le message politique. Elles réactivent, dans l’imaginaire latino-américain, le souvenir des interventions du XXᵉ siècle justifiées au nom de l’ordre, mais souvent associées à des intérêts économiques. Même si l’objectif proclamé est la stabilisation et la reconstruction, cette rhétorique affaiblit la crédibilité morale de l’opération et nourrit un réflexe de défiance régionale. Si une issue positive est encore possible, elle suppose désormais un infléchissement rapide : internationalisation du cadre notamment par des acteurs latino-américains, centralité d’une transition démocratique portée par des dirigeants civils vénézuéliens légitimes, et rôle des États-Unis réduit à celui d’un garant discret et non d’un administrateur de fait. Retrouvez l'entretien de Jean-Michel Blanquer sur le site de La Nouvelle Revue Politique.

17/12 Table ronde : « L’Ouest empêtré : que faire face à la Russie de Poutine ? »

le 9 décembre 2025 confOUEST_Lab_17122025
Face à la Russie de Vladimir Poutine, les puissances occidentales doivent aujourd’hui faire des choix stratégiques décisifs. Pour éclairer ces enjeux et décrypter les nouvelles lignes de tension qui redessinent l’ordre mondial, le Laboratoire de la République organise une rencontre exceptionnelle avec Sylvie Kauffmann et Bruno Tertrais, animée par Christian Lequesne et Jean-François Cervel. Un échange pour comprendre les dynamiques géopolitiques, stratégiques et diplomatiques qui façonneront les prochaines années, le 17 décembre 2025, à 19h30, à la Maison de l’Amérique Latine.
À travers des perspectives complémentaires, les intervenants apporteront un éclairage sur les enjeux géopolitiques, stratégiques et diplomatiques qui entourent la position de l’Occident face à la Russie de Vladimir Poutine.Christian Lequesne, responsable de la commission Géopolitique du Laboratoire de la République, ancien directeur du CERI et professeur à Sciences Po Paris et Jean-François Cervel, responsable de la commission Géopolitique du Laboratoire de la république reçoivent :  Sylvie Kauffmann, éditorialiste au Monde et ancienne directrice de la rédaction et Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. Une rencontre pour décrypter les nouvelles lignes de tension qui redessinent l’ordre mondial et les choix déterminants auxquels sont confrontées les puissances occidentales.Quand ? 17 décembre 2025, 19h30 Où ? Maison de l’Amérique Latine, 217 boulevard Saint-Germain, Paris 7e S'inscrire

Table ronde à Lille : “Les conflits mondiaux négligés par les médias”

par L'antenne de Lille le 5 novembre 2025 event-lille-3nov-LAB
Lundi dernier à Lille, une centaine d’étudiants ont participé à la table ronde organisée par le Laboratoire de la République, en partenariat avec Gorgias et Espo Mun, sur le thème : « Les conflits mondiaux négligés par les médias ». Avec Marc Semo et Fahimeh Robiolle.
Lundi dernier, une centaine d’étudiants se sont réunis à Lille pour une table ronde organisée par Le Laboratoire de la République, en partenariat avec Gorgias et Espo Mun.Une rencontre stimulante intellectuellement et culturellement, pour comprendre pourquoi certains conflits occupent les unes des journaux quand d’autres disparaissent dans le silence médiatiqueDeux voix pour éclairer ces angles morts de l’information :- Marc Semo, journaliste spécialiste des relations internationales (Libération, Le Monde, France Culture).- Fahimeh Robiolle, militante pour les droits des femmes en Iran et en Afghanistan. De nombreux drames humains se déroulent loin des caméras : la guerre au Soudan, les violences en République démocratique du Congo, la répression en Birmanie, ou encore la lutte des femmes afghanes et iraniennes pour leurs droits.Autant de réalités souvent éclipsées par une actualité jugée plus “stratégique” ou “spectaculaire”.Les obstacles à la couverture médiatique sont nombreux : la complexité des conflits, comme dans les Grands Lacs africains, l’absence d’images ou de reporters sur place, notamment au Yémen ou au Soudan, la fatigue des opinions publiques, lassées par la guerre, la guerre des narratifs, où chaque puissance façonne sa propre vérité, et la course à l’instantanéité, qui remplace l’analyse par le flux. Ces freins contribuent à invisibiliser certaines tragédies, tandis que d’autres — comme la guerre en Ukraine ou le conflit israélo-palestinien — captent toute l’attention médiatique. Cette rencontre a rappelé que l’information n’est jamais neutre. Elle est le reflet de choix économiques, politiques et culturels qui façonnent notre regard sur le monde. Un grand merci aux étudiants présents pour la richesse de leurs échanges et leur engagement dans ce débat essentiel.

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