Retour sur la conversation éclairée d’Antonio Rodriguez Castiñeira

par L'équipe du Lab' le 30 juin 2026
Pour sa dernière « Conversation éclairée » de l’année 2025-2026, le Laboratoire de la République recevait Antonio Rodriguez Castiñeira, journaliste à l’AFP et auteur du Chemin de la colère. De la Galice à la Suisse, son récit suit les routes de l’émigration et raconte une autre Europe : celle de la désindustrialisation, du déclassement et des territoires qui se sentent abandonnés. Une plongée dans les racines économiques et sociales d’une colère devenue politique.
De la crise financière à la colère politique : une Europe vue depuis ses marges Pourquoi la colère sociale s’est-elle installée durablement en Europe ? Et comment expliquer qu’elle nourrisse aujourd’hui les votes populistes et d’extrême droite ? Pour la dernière « Conversation éclairée » de l’année 2025-2026, le Laboratoire de la République a choisi de partir du terrain, avec Antonio Rodriguez Castiñeira, journaliste à l’AFP et auteur du Chemin de la colère. Son livre est d’abord un voyage. De la Côte de la Mort, en Galice, jusqu’au lac Léman, en Suisse, l’auteur emprunte les routes suivies depuis des décennies par les travailleurs espagnols partis chercher un emploi au nord de l’Europe. Un road trip placé sous le patronage des Raisins de la colère de John Steinbeck : à la Grande Dépression américaine répond ici la Grande Récession provoquée par la crise financière de 2008. Quand l’émigration recommence Pour Antonio Rodriguez Castiñeira, l’histoire est aussi familiale. Fils d’un émigré galicien, né en Suisse, il raconte avoir longtemps vu dans la construction européenne une promesse de progrès et de convergence. L’entrée de l’Espagne dans la Communauté européenne, en 1986, avait représenté un immense espoir. La crise de 2008 marque une rupture. Alors que l’émigration économique espagnole semblait appartenir au passé, de jeunes Galiciens reprennent la route de leurs parents et grands-parents, notamment vers la Suisse. C’est de ce retour en arrière que naît la colère racontée dans le livre. Sur ces routes circulent encore des taxis collectifs, parfois des Mercedes, qui transportent directement les travailleurs galiciens sur près de 2 000 kilomètres jusqu’à leur lieu de travail en Suisse. Antonio Rodriguez Castiñeira a voyagé avec eux et recueilli les témoignages de celles et ceux qui ont vécu la crise loin des salles de réunion de Bruxelles, Francfort ou Washington. Le prix humain de la crise La discussion est revenue sur les choix effectués après la crise financière : sauvetage des banques, politiques d’austérité, hausse des taux de la BCE en 2011 ou encore traitement réservé aux pays du sud de l’Europe. L’auteur ne nie pas les réponses apportées par l’Union européenne. Il rend notamment hommage à l’action de Mario Draghi et à son « whatever it takes », qui a contribué à stabiliser la zone euro. Mais son propos se situe ailleurs : dans le temps qui sépare la décision économique de ses conséquences humaines. Pendant que les institutions cherchaient une réponse à la crise, rappelle-t-il, des Européens perdaient leur emploi ou leur logement et se retrouvaient parfois à dormir dans leur voiture, dans des campings ou des auberges de jeunesse. Le sauvetage d’établissements bancaires continuant, dans certains cas, à distribuer des bonus a également nourri un profond sentiment d’injustice. C’est ce décalage entre rationalité économique et expérience vécue qui constitue l’un des fils rouges du Chemin de la colère. Des territoires qui décrochent Au-delà de la crise de 2008, la rencontre a élargi la réflexion à la désindustrialisation et à la métropolisation. Emplois, habitants et services se concentrent dans les grandes villes tandis que certains territoires connaissent une perte progressive d’activité, de services publics et de perspectives. La question industrielle occupe à ce titre une place centrale. Antonio Rodriguez Castiñeira défend le maintien d’une capacité de production en Europe et souligne le contraste avec la Suisse, où l’industrie conserve une place importante et où l’apprentissage contribue à maintenir des savoir-faire et des emplois. Le débat a également porté sur le libre-échange. L’auteur en critique les effets lorsqu’il conduit à privilégier systématiquement le prix le plus bas au détriment de l’emploi, des conditions sociales ou de l’environnement. Quand le déclassement se transforme en vote Reste une question politique : pourquoi cette colère profite-t-elle aujourd’hui autant aux formations populistes et à l’extrême droite ? Antonio Rodriguez Castiñeira rappelle que la crise économique a d’abord produit des réponses politiques diverses. En Espagne, elle a notamment favorisé l’émergence de Podemos. Mais dans plusieurs territoires français frappés par la désindustrialisation, le vote en faveur du Rassemblement national s’est progressivement installé. L’auteur évoque notamment La Souterraine, dans la Creuse, et le combat des salariés de l’équipementier automobile GM&S en 2017. À l’époque, certains ouvriers s’interrogeaient sur l’opportunité d’inviter Marine Le Pen sur le site, non nécessairement par adhésion, mais pour attirer l’attention des médias sur leur situation. Quelques années plus tard, le territoire a basculé électoralement vers le RN. L’exemple résume une partie du propos de la soirée : lorsque le sentiment d’abandon perdure, la colère économique peut finir par trouver une traduction électorale. Faire remonter le terrain Face à cette fracture, Antonio Rodriguez Castiñeira revendique moins une théorie qu’une méthode : celle du journaliste qui retourne sur le terrain. Prendre les routes, entrer dans les usines, écouter les travailleurs, comprendre ce que les grandes transformations économiques produisent dans les vies quotidiennes. Regarder l’Europe non seulement depuis ses institutions et ses métropoles, mais depuis ses périphéries. Le chemin de la colère raconte ainsi l’Europe de ceux qui, selon l’image de l’auteur, voient passer les TGV sans pouvoir y monter et finissent dans les TER. Une formule qui résume l’enjeu de cette dernière « Conversation éclairée » : derrière la montée de la colère politique se trouvent des trajectoires individuelles, des territoires et un sentiment de déclassement que les démocraties européennes ne peuvent se permettre de ne plus entendre. https://www.youtube.com/watch?v=Gbh_KRwvDcI

Occidents, enquête sur nos ennemis : Frédéric Martel aux Conversations éclairées

par L'équipe du Lab' le 18 mai 2026
Le mercredi 13 mai, le Laboratoire de la République recevait l'essayiste et journaliste Frédéric Martel à la Maison de l'Amérique latine, dans le cadre de ses « Conversations Éclairées ». Animée par Brice Couturier et Chloé Morin, la soirée a été l'occasion d'un échange exigeant et sans détours autour de son dernier ouvrage Occidents, Enquête sur nos ennemis, paru aux éditions Plon.
Une enquête de terrain contre le pessimisme de salonFrédéric Martel a d'emblée posé le cadre de sa démarche : plutôt que de produire un essai introspectif, il a choisi d'aller au contact direct de ceux qui critiquent, rejettent ou combattent les valeurs occidentales. « Face à un monde devenu incompréhensible, je prends le parti d'aller sur le terrain, au contact de nos ennemis, de nos détracteurs, plus ou moins méchants », a-t-il expliqué.Ce choix méthodologique n'est pas anodin. Il procède d'une conviction profonde : écouter ses adversaires est la meilleure façon de comprendre ce à quoi l'on tient. « À partir du moment où l'on écoute ce qui est dit par nos détracteurs, on arrive à comprendre à quoi on tient », a-t-il affirmé. Une posture intellectuelle rare, à rebours des débats où chacun se contente de parler à ses propres convictions.Le résultat est sans appel : ce voyage au cœur des discours hostiles à l'Occident l'a renvoyé plus convaincu que jamais. « J'en suis revenu encore plus convaincu par l'Union européenne et ses valeurs que quand je suis parti. »Décolonialisme, gauche anti-totalitaire et lucidité historiqueFrédéric Martel revendique une formation intellectuelle ancrée dans la gauche anti-totalitaire. Cette filiation le conduit à une lecture lucide et sans complaisance des décolonisations du XXe siècle. Si le mouvement décolonial mérite d'être pris au sérieux, il ne saurait faire l'économie d'un regard critique sur ses propres échecs. « On est obligé de prendre en compte le fait que certaines décolonisations ont échoué dans leur émancipation des peuples, l'Algérie avec le FLN, ou encore la Chine », a-t-il rappelé.Il souligne également la contradiction fondamentale de l'époque de Bandung : au moment même où l'Afrique et l'Asie s'émancipaient du joug colonial, l'URSS étendait son emprise sur de nouveaux territoires. Une tension que la pensée décoloniale contemporaine peine souvent à intégrer.Les sphères de justice : une grille de lecture pour notre époqueAu cœur de l'ouvrage se trouve une notion philosophique empruntée au penseur Michael Walzer : les sphères de justice. Pour Frédéric Martel, la démocratie ne se réduit pas au seul suffrage universel. Elle repose sur l'autonomie de sphères distinctes : politique, économique, intellectuelle, religieuse, culturelle, qui doivent rester indépendantes les unes des autres et ne pas être soumises à une domination unique.C'est à l'aune de ce critère qu'il évalue les régimes contemporains. « En Chine, toutes ces sphères sont dominées. En Iran aussi. Et c'est également ce qu'essaye de faire Donald Trump. » Un constat qui refuse toute forme de double standard et s'applique avec la même rigueur, qu'il s'agisse d'adversaires déclarés ou d'alliés encombrants.L'universalisme comme pari assuméLà où beaucoup hésitent, Frédéric Martel assume pleinement une position universaliste. « Je crois profondément, jusqu'à ce que les Chinois me prouvent le contraire, que les valeurs dont je parle sont universelles. » Liberté, démocratie, économie de marché honnête et non confisquée par les oligarchies ou les kleptocraties : autant d'aspirations qu'il croit communes à tous les peuples, par-delà les frontières culturelles.Cette conviction ne relève pas d'un impérialisme naïf, mais d'un pari intellectuel et politique : refuser de concéder aux régimes autoritaires le monopole de la définition de leur propre peuple.La guerre idéologique et nos divisions comme forceLa soirée s'est conclue sur une note à la fois lucide et résolument optimiste. Frédéric Martel n'esquive pas la réalité d'une guerre idéologique en cours, ni l'existence de ce qu'il appelle des « chevaux de Troie à domicile », des acteurs intérieurs qui relaient, consciemment ou non, les narratifs de nos adversaires.Mais il refuse d'en faire un motif de désespoir. Nos démocraties se distinguent précisément par leur capacité à se déchirer en débats, à critiquer leurs propres fondements. « En France, en Europe, nous nous battons tout le temps entre nous et c'est aussi ça la démocratie. Ces débats n'existent pas en Chine, à Cuba, en Russie. Au fond, c'est très bien que nous soyons divisés, tant que nous ne sommes pas dans la violence. »Quant aux propagandistes étrangers, il relativise leur puissance réelle : « Je ne crois pas qu'ils aient plus d'idées que nous. » Et de rappeler que les vrais intellectuels — ceux capables de critiquer les leurs se trouvent rarement au sein des régimes autoritaires, mais bien souvent en exil ou à l'international. https://youtu.be/h8qz7LMYGHQ

Neutralité en entreprise : quand le vivre-ensemble devient une exigence professionnelle

le 30 avril 2026
Retour sur le colloque « Neutralité en entreprise » organisé par le Laboratoire de la République à Villers-Cotterêts le 29 avril 2026. Entre témoignages du monde économique, de l'éducation et de l'insertion, une conviction partagée : le vivre-ensemble au travail ne va pas de soi, il se construit.
Le 29 avril 2026, le Laboratoire de la République réunissait à la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts élus, dirigeants d'entreprise, chercheurs et professionnels de l'insertion autour d'une question aussi simple qu'exigeante : comment garantir la neutralité au travail dans une société traversée par les tensions identitaires et le bouillonnement des réseaux sociaux ? Le travail, premier espace du vivre-ensemble ? C'est dans le cadre majestueux du château de Villers-Cotterêts, berceau de la langue française, que le Laboratoire de la République a choisi d'ancrer ce colloque. Un symbole fort : la langue, comme la neutralité, est un bien commun qui transcende les appartenances particulières. Nicolas Fayol, directeur des ressources humaines de Toyota Motor Manufacturing France, a posé d'emblée la question centrale : « Comment les individus acceptent-ils de bien vivre ensemble ? » Un enjeu devenu plus aigu encore à l'heure des réseaux sociaux, qui font entrer les conflits de la sphère privée au cœur de l'espace professionnel. « Avec les réseaux sociaux, les problèmes de la sphère privée interviennent dans le monde du travail. » Nicolas Fayol, DRH, Toyota Motor Manufacturing France La neutralité, condition du bien-être au travail Pour Peggy Brione, ancienne directrice générale adjointe de la Caisse d'Épargne Hauts-de-France, la neutralité se définit d'abord par ce qu'elle permet : venir travailler sereinement, sans être heurté par les croyances ou les engagements des autres. En entreprise, chacun doit faire fi de ses convictions personnelles. Non par renoncement à soi, mais par respect de l'espace commun. « Le monde du travail est un endroit où les salariés doivent ressentir du bien-être et où il doit y avoir de la cohésion. » Peggy Brione, ancienne DGA, Caisse d'Épargne Hauts-de-France Le service public, garant de l'égalité de traitement Alice Lemeret, directrice départementale Aisne de France Travail, a rappelé ce qui fonde la neutralité dans le service public : permettre à chaque individu de bénéficier de la même qualité de service, quelles que soient ses opinions. Une exigence républicaine, mais aussi une réalité opérationnelle quotidienne pour les agents au contact de publics très divers. L'uniforme, outil de cohésion et non d'effacement Jérôme Blanchard, directeur du Centre EPIDE de Margny-lès-Compiègne, a apporté un éclairage particulièrement frappant à partir de l'expérience des jeunes en insertion qu'il accompagne. Dans cet établissement qui accueille des profils aux parcours difficiles, l'uniforme n'a pas pour vocation d'effacer les personnalités, il crée de la cohésion. « On essaie de leur apprendre que, quelles que soient leurs convictions, il faut accepter les différences dans le respect de l'autre. » Jérôme Blanchard, directeur du Centre EPIDE de Margny-lès-Compiègne Médiation plutôt qu'interdiction : la voie de l'éducation Stéphanie Rodrigues, proviseure du Lycée professionnel de Château-Thierry, a témoigné d'une approche pédagogique fondée sur le dialogue. Face aux tensions entre élèves, l'institution scolaire ne peut pas se contenter d'interdire : elle doit expliquer, mettre en débat, construire du sens. « Avec les élèves, on passe par la médiation et la communication plutôt que par l'interdiction. » Stéphanie Rodrigues, proviseure du Lycée Professionnel de Château-Thierry En conclusion : le vivre-ensemble, priorité absolue de la République C'est Michel Lalande, préfet honoraire et responsable de la commission République laïque du Laboratoire de la République, qui a conclu les échanges avec une conviction forte : le vivre-ensemble est plus important que tout le reste. Et pour en rappeler les fondements, il a convoqué la mémoire collective, celle d'une histoire douloureuse dont le 14 juillet reste le symbole vivant, chaque année, des conditions du pacte républicain. « Le vivre-ensemble est plus important que tout le reste. » Michel Lalande, préfet honoraire, commission République laïque https://youtu.be/ADGoX2w5wmY

Violences intra-familiales : un ciné-débat pour interroger le silence

par L'antenne de Sciences Po le 1 avril 2026
Le Laboratoire de la République, à travers son antenne de Sciences Po Paris, a organisé un ciné-débat consacré aux violences intra-familiales. Entre projection documentaire et échange avec des acteurs engagés, cette soirée a permis d’ouvrir un espace de réflexion autour d’un enjeu social majeur.
Le Laboratoire de la République poursuit son objectif : faire vivre le débat public sur des sujets contemporains structurants. À Sciences Po Paris, l’antenne étudiante a ainsi proposé une soirée consacrée aux violences intra-familiales, en s’appuyant sur un format mêlant production documentaire et discussion. L’événement s’est ouvert par la projection du film « Didier, moi et les autres… les enfants du silence », réalisé par Nicolas Bourgouin. Le film donne la parole à des hommes aujourd’hui adultes, victimes de viols ou d’agressions sexuelles durant leur enfance. À travers leurs témoignages, il met en lumière la persistance du silence, les mécanismes de déni et les difficultés spécifiques liées à la reconnaissance des violences sexuelles lorsqu’elles concernent des garçons. La projection a été suivie d’un échange avec Steffy Alexandrian, fondatrice et présidente de l’association Carl, et Patrick Spica, producteur du documentaire. Leurs interventions ont permis d’articuler deux approches complémentaires : celle du terrain, à travers l’accompagnement des victimes, et celle de la production audiovisuelle, comme outil de sensibilisation et de mise en visibilité. Les discussions ont notamment porté sur les conditions d’émergence de la parole des victimes, les freins sociaux et institutionnels à leur reconnaissance, ainsi que sur le rôle que peuvent jouer les acteurs publics, associatifs et médiatiques dans la lutte contre ces violences. La question de la prévention et de la responsabilisation collective a également été abordée. Au-delà du seul cadre de la projection, ce ciné-débat illustre une démarche plus large portée par le Laboratoire de la République : croiser les regards, faire dialoguer les expériences et structurer des espaces de réflexion au plus près des jeunes publics. Dans un contexte où les violences intra-familiales demeurent un enjeu central des politiques publiques, ce type d’initiative contribue à nourrir une compréhension plus fine et partagée du phénomène. En mobilisant à la fois le récit documentaire et la discussion, l’antenne de Sciences Po Paris affirme ainsi sa volonté de participer activement à la construction d’un débat public informé et exigeant. (Re)voir l'intégralité du débat : https://youtu.be/S8qWjI3P-eQ

Moyen-Orient : La poudrière : Allons-nos vers un basculement historique ?

par L'équipe du Lab' le 26 mars 2026
Le 25 mars 2026, le Laboratoire de la République consacrait une « Conversation actuelle » à l’escalade des tensions au Moyen-Orient après les frappes américano-israéliennes contre l’Iran. Experts, diplomates et témoins ont analysé les logiques stratégiques à l’œuvre, les perspectives d’évolution du régime iranien et les risques de recomposition durable de l’ordre international.
Le 25 mars 2026, le Laboratoire de la République organisait une conférence, consacrée à la situation internationale au Moyen-Orient, dans un contexte de tensions accrues après les frappes américano-israéliennes contre l’Iran. Cette rencontre exceptionnelle a réuni experts, diplomates et témoins directs afin d’éclairer les dynamiques à l’œuvre et d’en interroger les conséquences à court et moyen terme. Autour de Rachel, modératrice représentant les jeunes du Laboratoire, les échanges ont rassemblé Éric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël, Frédéric Encel, docteur en géopolitique et professeur à Sciences Po, Brice Couturier, journaliste essayiste, ainsi que Fahimeh Robiolle, militante pour les droits du peuple iranien. La discussion s’est structurée autour d’un constat partagé : les événements récents marquent une rupture stratégique dont les effets restent encore largement incertains.Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une campagne de bombardements d’ampleur sur le territoire iranien, visant les infrastructures centrales du régime. Cette opération, qui s’inscrit dans une logique de neutralisation du programme nucléaire et des capacités balistiques iraniennes, poursuit également un objectif politique plus implicite : fragiliser le régime en place afin de favoriser une dynamique de contestation interne.Les conséquences immédiates ont été significatives, tant sur le plan militaire que symbolique. La disparition du guide suprême Ali Khamenei, la destruction de milliers de sites stratégiques selon les sources américaines, ainsi que les frappes de représailles iraniennes sur plusieurs capitales régionales et au-delà, ont contribué à une escalade rapide, sans pour autant déboucher sur un élargissement massif du conflit.Sur ce point, Frédéric Encel a tenu à relativiser le risque d’une conflagration mondiale. Selon lui, les conditions structurelles d’une troisième guerre mondiale ne sont pas réunies. L’absence de blocs militaires comparables à ceux du XXe siècle limite l’extension du conflit, qui reste circonscrit à un nombre restreint d’acteurs. L’OTAN demeure aujourd’hui la seule alliance militaire structurée, ce qui empêche la formation d’un système d’affrontement global. Éric Danon a, quant à lui, insisté sur la durée probable du conflit. Les objectifs initiaux des protagonistes n’ayant pas été atteints, la logique d’escalade devrait se poursuivre. Il a également détaillé les conditions nécessaires à un éventuel changement de régime en Iran : une opposition structurée, des ressources financières conséquentes et un appui militaire extérieur. À cet égard, la question des moyens de communication, notamment via des technologies comme Starlink, apparaît déterminante.L’ancien ambassadeur a aussi souligné les enjeux énergétiques, en particulier autour du détroit d’Ormuz et de l’île de Kharag. La stratégie américaine se heurte ici à un dilemme : frapper les infrastructures pétrolières iraniennes affaiblirait la Chine, principal importateur du pétrole iranien, mais renforcerait mécaniquement la Russie via une hausse des prix mondiaux.Brice Couturier a proposé une lecture plus prospective, inscrivant les événements actuels dans un temps long. Selon lui, le cycle historique ouvert par la révolution iranienne de 1979 est en voie d’achèvement. Il met en avant une société iranienne profondément transformée, plus jeune, plus éduquée et de plus en plus détachée du modèle théocratique. Par ailleurs, l’Iran aurait perdu une grande partie de ses relais régionaux, ce qui affaiblit durablement son influence.La question nucléaire reste toutefois au cœur des préoccupations. Les intervenants ont rappelé que l’Iran disposerait encore de stocks importants d’uranium enrichi, dont la localisation demeure incertaine. Certains sites profondément enfouis échappent à toute capacité de destruction conventionnelle, posant un problème stratégique majeur. Une destruction directe de ces stocks pourrait en outre entraîner des conséquences radiologiques importantes.La position française, évoquée au cours des échanges, se caractérise par une ligne de prudence. Le président Emmanuel Macron a choisi de ne pas engager la France dans les opérations offensives, tout en maintenant ses engagements dans le cadre des alliances existantes, notamment au Moyen-Orient. Cette posture traduit une volonté d’équilibre entre solidarité stratégique et autonomie de décision. Le témoignage de Fahimeh Robiolle a apporté une dimension humaine essentielle à la discussion. Elle a décrit une situation intérieure marquée par une répression extrême et une violence systémique. Son intervention a également mis en lumière les attentes d’une partie de la population iranienne, favorable à une transition politique vers un modèle laïque et démocratique.Enfin, les perspectives évoquées au cours de cette rencontre restent ouvertes et incertaines. Plusieurs scénarios coexistent : un soulèvement populaire encore hypothétique, une intervention ciblée pour neutraliser les capacités nucléaires restantes, ou encore une transformation interne du régime, y compris sous forme militaire.Le risque de prolifération nucléaire a également été souligné comme un enjeu majeur. Une issue perçue comme défavorable pour les États-Unis pourrait inciter d’autres puissances régionales à se doter de l’arme nucléaire, modifiant durablement les équilibres stratégiques. Au-delà des considérations militaires et diplomatiques, les échanges ont enfin soulevé une question fondamentale de droit international : celle du devoir de protéger les populations face à des États accusés de violences massives contre leurs propres citoyens. Ce débat, loin d’être tranché, illustre les tensions croissantes entre souveraineté étatique et responsabilité internationale. Retrouvez l'intégralité de la conférence sur notre chaine YouTube ! https://youtu.be/8kWZe-iF7cE?si=dyhbtz_6Y18ryk_A

La laïcité à l’école au cœur des débats

par L'équipe du Lab' le 26 mars 2026
Le 19 mars 2026, une conférence-débat consacrée à la laïcité à l’école s’est tenue à Guyancourt, réunissant experts et acteurs institutionnels autour d’un principe au cœur des tensions contemporaines. En présence de Jean-Michel Blanquer, les échanges ont permis de questionner les enjeux politiques, juridiques et éducatifs liés à son application dans l’espace scolaire.
Le 19 mars 2026, la Faculté de droit et science politique de Guyancourt a accueilli une conférence-débat consacrée à la laïcité à l’école, un sujet au croisement des enjeux juridiques, éducatifs et politiques contemporains. Organisée dans un contexte de débats renouvelés autour de ce principe fondamental, la rencontre a réuni un public attentif, venu interroger les évolutions et les tensions qui traversent aujourd’hui l’institution scolaire. Animée par Nathalie Wolff, vice-doyenne en charge de la culture et chargée de mission à la présidence de l’université, la conférence a proposé un retour structuré sur les fondements de la laïcité, tout en mettant en lumière les difficultés de compréhension et d’application qui peuvent émerger dans le cadre scolaire. Les échanges ont permis de rappeler que la laïcité, loin d’être un principe figé, s’inscrit dans une dynamique d’interprétation et d’adaptation aux réalités sociales. La présence de Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l’Éducation nationale et président du Laboratoire de la République, a apporté un éclairage institutionnel sur les politiques publiques mises en œuvre ces dernières années. Son intervention a notamment souligné les défis auxquels l’école est confrontée, entre affirmation du cadre républicain et gestion de situations concrètes parfois complexes sur le terrain. Au fil des prises de parole, plusieurs lignes de tension ont été identifiées : la persistance de malentendus autour de la notion de laïcité, les attentes contradictoires qui pèsent sur l’institution scolaire, ainsi que la nécessité de renforcer la formation et l’accompagnement des personnels éducatifs. La question de la transmission des valeurs républicaines est ainsi apparue comme un enjeu central, dans un contexte marqué par des recompositions sociales et culturelles. Cette conférence s’inscrit pleinement dans les travaux du Laboratoire de la République, qui œuvre à nourrir le débat public sur les principes qui fondent le pacte républicain. En proposant un espace de dialogue entre acteurs institutionnels, universitaires et citoyens, elle contribue à éclairer les enjeux contemporains de la laïcité et à renforcer la compréhension collective de ses implications concrètes. Retrouvez l'intégralité de la conférence sur notre chaine Youtube ! https://youtu.be/WZjUwsgbyTE?si=vokZxWeXTjawsU0M

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