Articles de marie-alice

Premier rendez-vous des « conversations éclairées »

par L'équipe du Lab' le 10 mars 2022 Brice Couturier, Philippe Val et Rachel Khan
Le 8 mars avait lieu le premier rendez-vous des "conversations éclairées" du Laboratoire, avec Philippe Val.
Lors de ce rendez-vous, Rachel Khan et Brice Couturier ont reçu Philippe Val pour son ouvrage : "Dictionnaire philosophique d'un monde sans dieu ". Chaque mois, Brice Couturier associé à Rachel Khan recevra un auteur au centre de l’actualité éditoriale. Philippe Val, ancien directeur de Charlie Hebdo et de France Inter, était l’invité de ce premier rendez-vous. Il publie un "Dictionnaire philosophique d’un monde sans dieu" aux Éditions de l’Observatoire. Dans un monde infini et face à ce qu’il appelle « l’horizon de l’ignorance », Philippe Val nous invite à ne jamais cesser d’interroger les nombreux mystères qui nous entourent. « La philosophie d'un monde sans dieu incite à rebâtir entièrement sa propre vie, puisque personne d'autre ne s'en charge. » Les échanges étaient suivis d’une séance de dédicaces. Retrouvez des photos de ces échanges : Revoir l'intégralité de ces échanges : https://www.youtube.com/watch?v=XWhv2Sgc5ZI

[Conférence] Invasion de l’Ukraine : Quelle analyse, quelle réaction, quelle mobilisation ?

par L'équipe du Lab' le 7 mars 2022 photo de l'événement sur l'Ukraine à l'Assemblée nationale
Le 1er mars, le Laboratoire a organisé une conférence à l'Assemblée nationale sur la situation en Ukraine. Compte-rendu de cette conférence.
Photos et vidéos de la conférence en bas d'article Introduction de la conférence La conférence débute par un mot de Jean-Michel Blanquer, Président du Laboratoire de la République, au cours duquel il rappelle que défendre la souveraineté de l’Ukraine revient à défendre bien plus : la liberté et la démocratie. Le nationalisme, c'est la guerre, et nous devons lui opposer l'esprit de la nation. Cela nous oblige alors à deux choses : être mobilisé, d'une part, et comprendre, d'autre part. Ce qui nous mobilise tous depuis l'invasion de l'Ukraine nous ramène inévitablement à la République. Cette guerre est avant tout une violation du droit, de l'article 2§4 de la Charte des Nations Unies. L'Europe est donc violée, dans ses territoires tout d'abord, car l'Ukraine, d'un point de vue géographique, fait partie de l'Europe. L'Europe est ensuite violée en esprit : l'esprit européen est personnifié, car l'esprit européen souffre. Cette crise nous ramène ensuite à la République car elle nous rappelle que les enfants, grands oubliés de cette guerre, doivent être au centre de nos préoccupations. Pierre-Yves Bournazel, député de la 18ème circonscription de Paris, poursuit l'introduction de cette conférence. Il appelle à ne pas confondre Vladimir Poutine avec le peuple russe : le président n'a pas demandé l'aval de son peuple pour faire la guerre. Il amène tout un chacun à prendre conscience de la véritable nature du régime russe par cette pensée : « Un opposant en Ukraine est libre ; un opposant en Russie est en prison ». Puis, il termine par cette phrase importante de Raymond Aron : « Je crois à la victoire finale des démocraties, mais à une condition : c'est qu'elles le veuillent ». Être républicain aujourd'hui, c'est aussi être démocrate et défendre la démocratie. Caroline Yadan, avocate et membre du Laboratoire de la République, nous rappelle pour finir les grandes questions qui animent ce bouleversement géopolitique majeur : comment en sommes-nous arrivés là ? Devons-nous craindre en sus d'un conflit armé, des cyber attaques ? La Russie est-elle isolée ou peut-elle compter sur des pays alliés ? De quoi la guerre en Ukraine est-elle le nom ? 1ère table ronde : Analyse : De quoi la guerre en Ukraine est-elle le nom ? Brice Couturier, essayiste, modérait cette première table ronde qui réunissait Frédéric Encel essayiste, géo-politologue et maître de conférences à Sciences Po, Asma Mhalla, enseignante à Sciences Po, spécialiste des enjeux numériques, Jean-Louis Bourlanges, député et président de la commission des affaires étrangères et Marie Mendras, chercheuse au CNRS et CERI et professeure à Sciences Po, spécialiste de la Russie. Marie Mendras débute cet échange en rappelant que cette guerre, absolument monstrueuse, a été décidée par un clan. Le clan poutinien n'avait aucun moyen de prévoir. C'est le principe de la dictature : on désinforme, on diffuse des fake news. Ils n'ont pas anticipé car ils ne le pouvaient pas : Vladimir Poutine lui-même ne pouvait plus anticiper les réactions en chaîne. Il a désormais les moyens militaires et financiers d'exprimer sa haine contre les Ukrainiens, qui a aussi eu lieu contre les Géorgiens, en 2014, lors de la Guerre du Donbass et de l'annexion de la Crimée. Elle rappelle toutefois ce qui est tu et pourtant véhiculé par le régime Poutinien : il y a une véritable révolution démocratique depuis les années 1980. Question : Pensez-vous qu’il existe une chance que cela s’arrête ? Marie Mendras rappelle que nous observons depuis le début la chute du régime Poutinien. Le peuple russe est en général contre la guerre et contre l’engagement de la guerre en Syrie. Une grave crise est en train de se propager au sein des élites dirigeantes, autour de Poutine, à la fois dans le milieu du renseignement, dans le milieu militaire, dans le milieu diplomatique. Il y a un mensonge sur les pertes russes en Ukraine, qui se comptent par milliers, alors même que les informations russes évoquent quelques pertes. Une véritable désinformation est à l'oeuvre. Jean-Louis Bourlanges aborde ensuite la question de l’OTAN : si l'OTAN était quelque chose de conquérant et d’artificiel, la preuve a été faite qu’il était préférable de bénéficier de l’article 5 que d’en être exclu. La naïveté ne réside donc pas dans le fait d’entamer des négociations mais dans le fait d’accepter des négociations sans même y avoir participé. La façon dont la population a voulu prendre en main leur destin a fortement inquiété Vladimir Poutine. L’Ukraine a choisi quelqu'un qui est un héros du quotidien, (ndlr : Volodymyr Zelensky, le Président ukrainien) car placé dans des responsabilités étonnantes. Vladimir Poutine ne peut tolérer le contraire du pouvoir de la tyrannie kleptocratique qu’il a instauré en Russie. Ndlr : Une kleptocratie désigne un système politique au sein duquel une ou plusieurs personnes, à la tête d'un pays, pratique à une très grande échelle la corruption, souvent avec des proches et des membres de leur famille. Le choix de l’intervention global est totalement irrationnel : le Président russe se met un poids sur les épaules qu’il aura énormément de mal à gérer. Question : L’Allemagne vient d'annoncer aujourd'hui qu’elle doublerait son budget de dépenses : l’idée d’une souveraineté européenne de défense est-elle en train de faire son chemin ? Jean-Louis Bourlanges rappelle que l’essentiel, c'est l’endurance, c'est-à-dire la capacité à vivre dans le temps long. Pour citer le Cardinal de Richelieu, « Il faut tenir la distance ». Il est impossible de continuer à faire semblant d’être des partenaires confiants des Russes, des amis des Chinois. Il faudra qu’on tienne la distance, qu’on accepte les conséquences très dures des sanctions, et la négociation sur le temps que le Président de la République Emmanuel Macron a engagé, en profitant de la maladresse de Joe Biden. Question : En lien avec votre article publié dans Le Monde à propos de la cyberguerre, estimez-vous, Asma Mhalla, que la campagne de désinformation par les trolls Poutiniens ont réussi leur coup ? Asma Mhalla développe le terme de cyberguerre, qui comprend deux grands domaines : les cyberattaques et la guerre informationnelle, qui se passe par les réseaux sociaux. La Russie a développé des techniques très sophistiquées en terme d’infiltration des informations. Les Russes sont familiers de ce type de pratique et le conflit ukrainien ne fait pas exception. En revanche, la guerre informationnelle a été perdue par la Russie car la guerre des images a été gagnée par Volodymyr Zelensky. Vladimir Poutine a une communication traditionnelle, verticale, basée sur des méthodes de terreur. Une guerre informationnelle sur les réseaux sociaux se déroule comme suit : on commence à construire le narratif, c'est-à-dire le discours qui mène à la brutalisation de la population cible. Puis, les trolls domestiques vont relayer ce discours en masse. Question : Aux yeux des Russes, est-on déjà entré en état de guerre, ou alors des négociations sont-elles encore possibles ? Asma Mhalla répond qu'en termes d’Internet, il est à prévoir une déconnexion de l’armée russe : on aura alors deux cyberespaces qui vont être parfaitement distincts, et avec la main mise du Kremlin sur l’ensemble du réseau. Il aura le contrôle pur et parfait sur leur propre réseau. On aura ainsi deux blocs qui se font face et qui ne vont plus pouvoir communiquer. En ce moment, on étudie la possible d’arrêter la diffusion de RT et Sputnik (ndlr : Russia Today et Sputnik, deux médias affiliés au gouvernement russe). Les formats de ce type de chaînes sont compatibles, face aux réseaux sociaux, avec un mécanisme de viralité. Une des mesures de rétorsion possible serait que tous les journalistes soient dans l'obligation de quitter le terrain : ce serait un bannissement qui constituerait « une grande humiliation » pour le régime russe, selon la journaliste Anne Nivat, spécialiste de la Russie. En effet, depuis la création de RT et Sputnik, il s'agit de la volonté de Vladimir Poutine d'avoir des chaînes qui peuvent porter l'histoire, la communication, la propagande du gouvernement russe à l’extérieur du pays. Frédéric Encel évoque pour lui la leçon à tirer dans cette crise, celle de l’humilité. Pendant plus de 22 ans, Vladimir Poutine a démontré beaucoup de brutalité, beaucoup de pragmatisme et de rationalité. De ce point de vue là, le stratège est celui qui est pragmatique : il met toutes les conditions en oeuvre afin de mettre en place des interventions militaires. On aurait dû écouter « la dérive idéologique poutinienne » comme le dénonce l’Élysée. On ne peut jamais faire confiance à un autocrate ! Cela s’applique de manière universelle (Frédéric Encel évoque Mao, stratège et « boucher »). Vladimir Poutine est brutal mais il a construit une véritable forme de stratégie. La grande puissance pauvre ne peut pas être vaincue militairement. Tout ce qui relève de l’économique, du financier et du politique nous montre que le Président russe est finalement très seul. Frédéric Encel file ensuite la métaphore du joueur de cartes (ici, Vladimir Poutine) qui ne dispose pas de plus de deux jokers (son droit de veto et ses moyens militaires) pour lutter contre ce que nous pouvons lui opposer : des sanctions très lourdes qui, en principe, devraient le faire réfléchir. Or, c'est à double tranchant : rien n’indique que les sanctions pourront le faire reculer. La Russie peut inquiéter en dépit de sa faiblesse par sa capacité de nuisance. Elle finance des groupes mercenaires sans les assumer qui se payent sur la dette, elle procède à des cyber attaques. La Russie surjoue d’une capacité de nuisance en créant des leviers, puis une peur panique qui permet de pallier cette faiblesse. Le problème de l’autocrate dirigeant une grande puissance pauvre réside dans le fait qu'il avait sous-estimé la volonté ukrainienne à résister à une intervention militaire de sa part. Il y a eu un dispositif de mésestimation. Vladimir Poutine est conscient du sort réserver aux autocrates précédents lorsqu’ils ont perdu une guerre. 2ème table ronde : Réactions : Quelle réponse à l’agression russe ? Quels scenarii du futur ? Cette deuxième table ronde est modérée par Jean-Philippe Moinet, essayiste et fondateur de la Revue Civique. Elle regroupe Valéria Faure-Muntian, députée, présidente du groupe d’amitié France-Ukraine, Galia Ackerman, historienne, spécialiste de l’ex-URSS et Pascal Bruckner, essayiste. Question : Quelle est la meilleure manière de se mobiliser ? Galia Ackerman introduit son propos en rappelant que cette réunion arrive à un moment extrêmement douloureux, car nous avons appris que des chars russes de 60 kilomètres de long se dirigeaient vers Kiev. Le Président Vladimir Poutine a dit lundi dernier qu’il prévoyait « une opération spéciale » pour parler de la guerre de manière tacite. Il évoquait un processus de « dénazification » : cela semble bizarre pour un régime avec à sa tête un président juif. Pour eux, cela signifie la décapitation physique de l’élite politique ukrainienne. Des listes ont été faites par les chaînes russes : ils ont l’intention de capturer physiquement et éliminer quelques centaines de personnes, les hommes politiques de Volodymyr Zelenksy, intellectuels et chefs des ONG, journalistes et réfugiés politiques russes et biélorusses ; car c’est dans ce pays qu'ils se sentaient libres. Les mesures ressemblent à celles des nazis, comme quand on envoyait dans les camps pour toute opposition. Galia Ackerman pense que Vladimir Poutine réagit avec une certaine logique malgré le fait qu'il vive dans une réalité parallèle, dans laquelle il a fallu éradiquer toute opposition en Russie, et la réduire au silence. Nous étions avant dans un constat très triste, les ONG ont été déclarées « agents étrangers » car financés par l’étranger, c'est-à-dire l’Occident. C’est symbolique : hier, il a été confirmé la liquidation de Memorial (ndlr : l'ONG Memorial était le plus importante association de défense des droits de l'homme russes, gardienne de la mémoire des victimes de la terreur stalinienne), c'est-à-dire la conscience de la nation, une organisation qui collectait des centaines de milliers de témoignages, avec 64 sections dans les régions et des millions de pages sur Internet. Toute la mémoire des tragédies du communisme du XXème siècle était réunie. C’était une ONG créée pendant la Perestroïka. Elle doit être dissoute et mise en liquidation judiciaire. L'ONG des droits humains et de préservation de la mémoire des victimes de crimes soviétiques est en effet coupable de « violations répétées » de la loi sur le statut des « agents de l'étranger ». Au moment où on a déclaré la fermeture du Memorial, c’est Poutine qui a posé des ultimatums à l’Occident. C’est presque une signature stalinienne. L’action militaire en Ukraine est une opération de libération : on utilise la terminologie de la Seconde Guerre mondiale comme si on libérait l’Europe des nazis. Cette fois, on veut libérer l’Ukraine de la Russie. Déjà 1 500 journalistes l’année dernière ont quitté la Russie : cette exode pourra peut être s'arrêter, car désormais, un Russe peut difficilement quitter la Russie. On parle d’une nuit noire. Il faut agir en faveur de la société ukrainienne et faciliter les conditions d’obtention d’asile pour les opposants russes. Il faut aider les opposants russes à partir en exil et leur faciliter un départ. Valéria Faure-Muntian souhaite aller dans le sens de Galia Ackerman, avec une formule choisie « L’Ukraine est mise à genoux par Poutine mais elle se relèvera ». Elle fera la démonstration de cette capacité à se relever, seule, ou avec l’aide de l’Occident. Le peuple russe est aujourd'hui isolé pour plusieurs générations. Poutine a détruit la Russie en premier chef, ils mettront plusieurs générations à s’en relever. Les deux médias russes libres ont été fermés définitivement car ils sont considérés par Poutine comme « agents étrangers ». C’est définitivement la réinstallation du soviétisme. La guerre est atroce en Ukraine. La destruction de la tour de télévision à Kiev ne présage rien de bon. Les Ukrainiens commencent à souffrir de pénurie alimentaire. Et puis, il y a les réfugiés : on ne peut pas laisser toutes ces femmes, enfants et vieillards aux frontières. L’avenir est dans les pourparlers diplomatique pour qu’il y ait un cessez-le-feu. Mais, on le voit lors des débats, ce que demande l’Ukraine est légitime, ce que demande la Russie est aberrant. La « dézanification » ne veut absolument rien dire dans un pays comme l’Ukraine qui commémore les morts de la Seconde Guerre mondiale. Question : Quel serait, selon vous, le levier le plus efficace pour agir aujourd'hui ? Pascal Bruckner se dit surpris par une chose dans cette affaire, c'est que certains puissent être surpris. Il suffit de lire les traductions des discours de Poutine depuis une vingtaine d’années, ou alors « Dans la tête de Vladmir Poutine » de Michel Eltchaninoff (ndlr : publié aux Éditions Actes Sud, en 2015). Il a construit pendant 22 ans une sorte de système paranoïaque où l’ennemi principal est l’Europe, et les États-Unis, qu’il décrit comme décadente, comme en proie à l’esprit LGBT. Au fond, Vladimir Poutine est un possédé froid, glacial : « Le fou est celui qui a tout perdu sauf sa raison » pour citer G.K. Chesterton. Ici, Poutine est le fou qui a tout perdu sauf sa haine froide. Les Occidentaux ne veulent pas entendre ce langage. Poutine fascine par sa brutalité, on écrase les révoltes dans le sang et quiconque relève la tête sera décapité : il faut prendre cet ennemi là au sérieux. Le scénario du pire est le scénario du probable : personne ne veut vivre à coté de la Russie. Selon Galia Ackerman qui a longtemps analysé et étudié la logique militarisme russe, un adage populaire de l’armée russe dans une logique militariste très ancrée dit « on peut répéter ça », alors que les gens qui ont connu la guerre répétaient plutôt tout l’inverse:  « Pourvu que ça ne se répète pas ». Valéria Faure-Muntian affirme que Vladimir Poutine veut retrouver l'impérialisme russe, dans un sentiment de dégradation de reste du monde. Pourquoi s’arrêterait-il en chemin ? Il pourrait très bien continuer à attaquer, en s’en prenant à la Moldavie et la Géorgie par exemple, qui ne font pas partie de l'OTAN. Frédéric Encel évoque ensuite la Chine. Sans vouloir faire d’essentialisme, il affirme que les Occidentaux et les Russes ne fonctionnent pas sur le plan géopolitique comme fonctionnent les Chinois. L’usage de la force létale a été le modus operandi principal. Les Chinois nous montrent, notamment depuis 1979 au Vietnam, qu’ils ne procèdent pas prioritairement par l’usage d’armes létales. La Chine s’est abstenue au Conseil de sécurité : elle n’est pas une alliée de la Russie ! Si l’OTAN est faible sur la crise ukrainienne, alors quelle leçon les Chinois vont-ils en tirer pour Taiwan ? Les Chinois sont en train de nous observer de très près. Question : Est-ce qu'il ne faudrait pas discuter avec les Chinois ? Ils savent très bien articuler la palette diplomatique, militaire, etc. Les Chinois attendent très patiemment. C’est soit les Ouïghours, soit les Tibétains, soit les Ukrainiens. On ne pourra pas sauver tout le monde : il va falloir faire des choix. Question : Peut-il y avoir une révolte du peuple russe contre Poutine ? Peu probable qu’il y ait une révolution contre Vladimir Poutine. Le sort réservé à l’opposition est la décapitation. La Russie a au moins été suspendue du Conseil de l’Europe. Selon Galia Ackerman, la solution ne peut venir que du premier cercle de Poutine, c'est-à-dire d'un coup d’État. On dénombre déjà quatre coups d’états : le premier était contre Staline ; le deuxième contre Lavrenti Beria ; ancien premier vice-président du Conseil des ministres de l'URSS et chef des services secrets, le troisième contre Nikita Khrouchtchev qui a été limogé ; le quatrième contre Mikhaïl Gorbatchev mais ce putsch n’a pas réussi. Poutine doit être très prudent, on ne compte plus les nombreux régicides de l’empire russe. S’il souhaite jouer avec du nucléaire, quelqu'un trouvera un moyen d'y mettre un terme. Suite aux accords de Minsk de 1991 qui entérinent la dislocation de l'Union soviétique et donne naissance à la Communauté des États indépendants, nait trois ans plus tard les mémorandums de Budapest. L’Ukraine a renoncé à toute partie d’armement nucléaire au profit de la Russie. Les mémorandums de Budapest sont trois documents signés en termes identiques le 5 décembre 1994, respectivement par la Biélorussie, le Kazakhstan et l'Ukraine ainsi que par les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie qui accordent des garanties d'intégrité territoriale et de sécurité à chacune des trois anciennes Républiques socialistes soviétiques (RSS) en échange de leur ratification du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Lors de la crise de Crimée de 2014, l'Ukraine se réfère à ce mémorandum pour rappeler à la Russie qu'elle s'est engagée à respecter les frontières ukrainiennes, et aux autres signataires qu'ils en sont garants. Quelques photos de cet événement : Les vidéos de la soirée :

[Conférence] « La République face aux risques des nouvelles fractures de la société »

par L'équipe du Lab' le 22 février 2022 invitation à la conférence du 1er mars
Le Laboratoire de la République est heureux de vous inviter à son prochain événement qui aura lieu le 1er mars à l'Assemblée nationale.
À l’heure où l’idéal républicain universaliste est contesté par des radicalités plurielles, le Laboratoire de la République souhaite décrypter les risques des nouvelles fractures de la société et permettre de disposer d’outils de réflexion pour y répondre.  Des experts, chercheurs, philosophes, historiens, sociologues se réuniront le 1er mars prochain autour de 4 tables rondes afin de traiter le sens et contresens des concepts de culture, de féminisme, de racisme et d’analyser les nouvelles radicalités et les extrémismes.  Avec la participation de Tristane Banon, Sami Biasoni, Pascal Bruckner, Brice Couturier, Frederic Encel, Caroline Fourest, Najwa El Haïté, Rachel Khan, Jean-Philippe Moinet, Peggy Sastre, Abnousse Shalmani, Jean Szlamowicz…  Y participer Mardi 1er mars 202219:30 – 21:00 Assemblée Nationale - Salle Victor Hugo101 rue de l'UniversitéImmeuble Jacques Chaban-Delmas75007 Paris S'inscrire Merci d'arriver à 18 h 30 et de vous munir de votre CARTE D'IDENTITE ou PASSEPORT ainsi que de votre PASSE SANITAIRE valide. Déroulement de l'événement Cette conférence s'organisera autour de quatre tables rondes.  Ouverture par Caroline Yadan, avocate, membre de la commission Republique laïque du Laboratoire de la République. Mot d'accueil par Monsieur le député Pierre-Yves Bournazel.  Introduction par Monsieur Jean-Michel Blanquer, Président du Laboratoire de la République.  1) Sens et contresens du concept de culture (cancel culture)  Invités :  Sami BiasoniBrice CouturierJean-Philippe Moinet 2) Sens et contresens du concept de féminisme (néo-féminisme) Tristane BanonRachel KhanPeggy Sastre 3) Sens et contresens du combat antiraciste Pascal BrucknerAbnousse ShalmaniCaroline Yadan 4) Les nouvelles radicalités et extrémismes Frédéric EncelCaroline FourestJean Szlamowicz  Clôture par Ilana Cicurel, Secrétaire Générale et Éric Clairefond, Délégué Général du Laboratoire de la République. Invitation à la conférence du 1er mars

Scientia ad civitatem ; pour un nouveau pacte social entre la communauté scientifique et la cité

par Claudio Galderisi le 4 février 2022 Allégorie de la Science - Louvre Collections
Jamais la science n’a été aussi centrale dans l’histoire de la civilisation occidentale, jamais la res publica n’a autant compté sur elle pour concevoir de nouveaux horizons, créer un avenir qui apparaisse comme un progrès, façonner une destinée commune.
Jamais la science n’a été aussi centrale dans l’histoire de la civilisation occidentale, jamais la res publica n’a autant compté sur elle pour concevoir de nouveaux horizons, créer un avenir qui apparaisse comme un progrès, façonner une destinée commune. Et pourtant la tour d’ivoire de la recherche paraît ébranlée et ses fondements épistémiques sont attaqués de l’intérieur comme de l’extérieur. Or une science qui féconde la société est une science consciente de sa valeur patrimoniale, de ce que les savoirs du passé charrient de l’esprit humain, de sa faculté à édifier ce lieu sublimé d’humanité qu’est la cité. La science s’inscrit par essence dans un espace-temps sans fin, jalonné de vérités provisoires, sur lesquelles s’édifient selon des continuités ou des ruptures épistémiques les connaissances de demain. La mise en cause de l’éthique du vrai et de la rationalité scientifique entraîne une forme nouvelle de rejet des savoirs constitués, de l’expertise intellectuelle ou technique, de la parole d’autorité, et parfois de la possibilité même d’un dialogue argumenté, du partage des acquis, d’un langage commun. Cette tentation d’une vérité alternative, sujette à la subjectivité et à perméable à l’écume du temps comme aux projections identitaires, laisse entrevoir le risque d’un reniement de la part d’un pan croissant de la société du contrat social, par conséquent du pacte qui relie idéalement la cité scientifique et la polis. Nombreuses sont donc les raisons qui justifient que la relation entre science et société, entre recherche et enseignement, d’un côté, divulgation et profit social, de l’autre, soit au cœur d’une réflexion qui se veut à la fois analytique et épistémique, tout en proposant des orientations pouvant offrir des perspectives à un débat public et à une loi qui paraissent urgents. C’est ce contrat de moyens et de finalités que les trente propositions cherchent à redéfinir, renforcer, ancrer dans une éthique partagée du vrai, de la connaissance comme vertu, pour nourrir une nouvelle paideia. La présente réflexion collégiale s’appuie sur les analyses de spécialistes représentant les grands secteurs disciplinaires1. 1 Groupe coordonné par Claudio Galderisi, avec les contributions de Pierre Caye, Philippe Dulbecco, Bénédicte Durand, Gabriele Fioni, Philippe Hoffmann, Alain Laquièze, Didier Moreau, Franck Neveu, Jean-François Sabouret, Pierre Schapira, Carole Talon-Hugon, Jean-Jacques Vincensini, Philippe Walter. Vous pouvez consulter la totalité des travaux du groupe ci-dessous et en téléchargement : Scientia ad civitatem - Pour un nouveau pacte social - Janvier 2022Télécharger

L’art et la culture, cœur battant de l’universalisme

par Rachel Khan le 24 janvier 2022 photo de visiteurs devant la Victoire de Samothrace, au Louvre
« L’origine d’un écrivain, c’est la bibliothèque » disait il y a peu Dany Laferrière. C’est précisément pour cela que l’artiste est un « sujet » pour les ennemis de la République et de l’humanisme, explique Rachel Khan dans cet éloge des artistes au cœur de la cité.
« L’origine d’un écrivain, c’est la bibliothèque » disait il y a peu Dany Laferrière. C’est précisément pour cela que l’artiste est un « sujet » pour les ennemis de la République et de l’humanisme.  « Ils sont les législateurs de l’ombre » Il ne faut jamais oublier que les régimes totalitaires sont ceux qui réussissent à terroriser dans toutes les sphères de la vie, jusqu’à l’imaginaire. Ainsi, ils tuent la communication par les mots, par les sens et tuent le sens même de la politique, dont l’incessante conquête de la liberté est le principe fondamental. Les racistes autant que la nouvelle vague - qui se dit antiraciste - enferment l’artiste.   Pourtant, créer en liberté n’est pas un déni mais au contraire la traduction de l’inconsolable, de l’intraduisible en dépassant les identités carcérales. En donnant naissance à une nouvelle matière, la création est l’alliée de la réparation. Les artistes prédisent, influent sur les avancées, font bouger les lignes, permettent d’anticiper bien avant que les parlements ne se positionnent et préparent le terrain de la conscience. Gouvernants de l’imaginaire, dirigeants de l’indicible, ils sont les législateurs de l’ombre.  La création est une souffrance et prend un temps qui ne correspond pas à la vie d’un hashtag. Elle prend les douleurs de l’Histoire comme matière première. Elle les domine pour les enjamber. Cette volonté de réparation, présente dans toutes les disciplines artistiques, les rend poreuses entre elles. La réparation offre une cohésion du champ artistique et culturel, autant qu’un sentiment d’appartenance à notre patrimoine universel d’interrogations.  L’artiste est « embarqué » malgré lui Certaines esthétiques ont été essentielles pour la lutte contre les violences, contre les inégalités. Le hip-hop témoigne depuis les années 80 d’une liberté, d’une volonté d’égalité, d’une profondeur poétique qui se place bien au-dessus des tentatives de censure et de castration. C’est grâce au hip-hop que des talents représentants toute la France ont émergé. C’est grâce à lui que la lumière a été faite sur certains territoires, que la culture gay a fait son entrée dans les cités via le voguing notamment, c’est grâce à lui que des jeunes filles prennent confiance en elles pour créer et s’émanciper. Le hip-hop est un art de liberté, inféodé à aucun dogme. Il se bat avec des valeurs de loyauté et de dépassement de soi, sans victimisation. Sans le conscientiser, c’est bien l’universalisme que la création défend.  L’artiste ne peut plus être seulement engagé, il est « embarqué » comme le disait Camus, devant des notions de citoyenneté et de laïcité qui se confrontent aux replis, aux mépris, à la haine en ligne. « Créer aujourd’hui, c’est créer dangereusement ...Toute publication et acte expose aux passions d’un siècle qui ne pardonne rien […] La question […] est seulement de savoir comment, parmi les polices de tant d’idéologies, l’étrange liberté de la création reste possible. » Il faut protéger nos artistes !  La peinture, l’écriture, la musique sont des partages qui rapiècent le monde par mille chemins singuliers et autant de nuances d’un cœur vers d’autres. Les extrêmes des deux bords ne sont pas des éveillés, ils sont un cauchemar de l’imaginaire, de la création et s’organisent pour menacer la République et la démocratie. Or, grâce à ses fondamentaux, la France est le dernier bastion de résistance face aux extrêmes. Nous sommes regardés à travers le monde ! L’artiste œuvre toujours vers des chemins de traverse. Pour cela, il a comme outil, au-delà de l’encre et de ses pinceaux, la Déclaration de 1789, préambule de notre Constitution. Romain Gary, Dibango, Gainsbourg, Glissant, Rabelais, de Balzac, de Camus, d’Hannah Arendt, Senghor, Brassens sont des signatures à l’identité infinie. Loin de la déconstruction, la liberté de leurs mots est créatrice de nous-mêmes. Il faut protéger nos artistes, petits poucets qui savent retrouver le chemin de notre République.  Soutenir la création par la défense des idées  Le monde n’est pas humain pour avoir été créé par des femmes et des hommes, il devient humain par les mots et créations, qui permettent le dialogue, nécessaire à l’universalisme et à la démocratie. Si les soutiens publics à la création ne sont pas exigeants sur nos fondamentaux, les artistes vont disparaître pour laisser place aux influenceurs (de haine). On parle beaucoup de bataille culturelle, celle-ci implique d’être aux côtés des artistes et des lieux qui doivent rester ouverts et citoyens. Toute bataille culturelle met les artistes au centre, puisque tout théâtre est un hémicycle. 

Gauche camembert et gauche quinoa : peuvent-elles encore se mettre autour de la table ?

par Jacques Julliard le 20 janvier 2022 photo de fromages
Le candidat PCF à l’élection présidentielle, Fabien Roussel, a déclaré, le 9 janvier dernier sur France 3, qu’il ambitionnait de défendre l’accès pour tous à des produits de qualité : « Un bon vin, une bonne viande, un bon fromage : pour moi, c'est la gastronomie française », propos qui ont déclenché une vive polémique au sein de la gauche. Le symbole d’une division historique, estime Jacques Julliard.
« La vie à base de quinoa et de tofu est fade. Ce n’est pas ma France », dit Fabien Roussel, le candidat du PCF aux élections présidentielles. « Le couscous est le plat préféré des Français », lui rétorque Sandrine Rousseau d’EELV. Une illustration de la théorie des « deux gauches » ? Jacques Julliard : Oui, c’est une illustration, certes un peu marginale, mais attendue, de l’idée, lancée il y a quelques années, par Manuel Valls et d’autres avant lui qui avaient fait le même constat. Parce qu’il y a toujours eu une gauche proche des valeurs traditionnelles de la République, c’est-à-dire patriotique et laïque. De ce point de vue, le rôle décisif, dans la constitution de la nation française, a été l’école. Cette même gauche est celle qui a compris également la valeur fondamentale de la sécurité ; c’est Gambetta qui, à partir de 1875, a convaincu ses amis que la gauche devait s’atteler à rétablir la sécurité dans les villes et dans les campagnes. Ce programme, bien rapidement esquissé, c’est celui d’une partie de la gauche, celle qui a été populaire. L’autre gauche, dont je dirais qu’elle est plutôt intellectuelle et qu’elle s’est développée moins dans les partis de gauche, que dans l’Université et dans la presse, donc chez des intellectuels plutôt que des élus, insiste sur l’idée de diversité. Et le clivage fondamental entre les deux gauches porte sur l’idée qu’elles se font de la nation : d’un côté, vous avez une insistance sur l’unicité de la République, de l’autre, sur la diversité des composantes du peuple. Cette gauche-ci a pris la place de la « gauche américaine ». Elle s’inspire de ce qui se pense dans la gauche américaine. C’est ce qui explique, d’après vous, la coupure de l’électorat de gauche ? Jacques Julliard : Mais non : l’électorat de gauche, il est presque tout entier du premier côté, du côté républicain. Enfin, voyons, la gauche, dans notre pays, a perdu la moitié de son électorat en quelques années et elle ne se demande pas pourquoi… Il y aurait pourtant urgence à chercher les raisons de cette hémorragie électorale !  Mais pour en revenir à cette querelle culinaire au sein de la gauche, il faudrait rappeler aux deux partis en présence qu’un bon casse-croûte n’exclut pas le couscous. Pourquoi vouloir les opposer ? Vous savez, je suis fils de vigneron, et de marchand de vin, du côté de ma mère. Alors, le vin joue un rôle important dans ma vie et cet élément a aussi joué un rôle dans l’éducation que j’ai voulu donner à mes enfants. Je leur ai transmis cette culture, afin de les prémunir contre l’alcoolisme. Et je pense qu’à travers le goût du vin, qu’ils ont conservé, ils ont manifesté une fidélité à leur pays. Pensez-vous qu’il y a, derrière, un clivage générationnel : la gauche âgée serait républicaine et les nouvelles générations peu ou prou gagnée par les thèmes woke (identités, minorités, frugalité…) ? Jacques Julliard : C’est bien possible, en effet. Parce que ce qui est décisif, c’est la nature de la formation reçue. Nous sommes les fils et les filles de l’école républicaine. Aussi, si beaucoup de jeunes se sont éloignés des idéaux de la gauche traditionnelle, c’est que l’école n’a pas fait son travail. L’échec le plus dramatique de la République, depuis trente ans, c’est celui de notre école.  Elle a cessé de leur enseigner que la France, si elle n’existe pas en dehors des Français bien sûr, doit être conçue comme une idée en surplomb des Français, et pas seulement comme une espèce de résultante d’un composite de tendances et de singularités. Et puis, je crois, moi, à l’existence de la culture française. Contrairement à Emmanuel Macron… Comment peut-on prétendre qu’il n’y a « pas de culture française » ? Pour moi, avoir dire cette ânerie a constitué un motif de rupture. 

Le Laboratoire
de la République

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